1. Art poétique

    De la musique avant toute chose,
    Et pour cela préfère l’Impair
    Plus vague et plus soluble dans l’air,
    Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

    Il faut aussi que tu n’ailles point
    Choisir tes mots sans quelque méprise :
    Rien de plus cher que la chanson grise
    Où l’Indécis au Précis se joint.

    C’est des beaux yeux derrière des voiles,
    C’est le grand jour tremblant de midi,
    C’est, par un ciel d’automne attiédi,
    Le bleu fouillis des claires étoiles !

    Car nous voulons la Nuance encor,
    Pas la Couleur, rien que la nuance !
    Oh ! la nuance seule fiance
    Le rêve au rêve et la flûte au cor !


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    Paul VerlaineRecueil : Jadis et naguère
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  2. Circonspection

    Donne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nous
    Sous cet arbre géant où vient mourir la brise
    En soupirs inégaux sous la ramure grise
    Que caresse le clair de lune blême et doux.

    Immobiles, baissons nos yeux vers nos genoux.
    Ne pensons pas, rêvons. Laissons faire à leur guise
    Le bonheur qui s’enfuit et l’amour qui s’épuise,
    Et nos cheveux frôlés par l’aile des hiboux.

    Oublions d’espérer. Discrète et contenue,
    Que l’âme de chacun de nous deux continue
    Ce calme et cette mort sereine du soleil.

    Restons silencieux parmi la paix nocturne :
    Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeil
    La nature, ce dieu féroce et taciturne.

    Paul VerlaineRecueil : Jadis et naguère
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  3. A Albert Mérat

    Et nous voilà très doux à la bêtise humaine,
    Lui pardonnant vraiment et même un peu touchés
    De sa candeur extrême et des torts très légers,
    Dans le fond, qu’elle assume et du train qu’elle mène.

    Pauvres gens que les gens ! Mourir pour Célimène,
    Epouser Angélique ou venir de nuit chez
    Agnès et la briser, et tous les sots péchés,
    Tel est l’Amour encor plus faible que la Haine !

    L’Ambition, l’orgueil, des tours dont vous tombez,
    Le Vin, qui vous imbibe et vous tord imbibés,
    L’Argent, le Jeu, le Crime, un tas de pauvres crimes !

    C’est pourquoi, mon très cher Mérat, Mérat et moi,
    Nous étant dépouillés de tout banal émoi,
    Vivons dans un dandysme épris des seules Rimes !

    Paul VerlaineRecueil : Jadis et naguère
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  4. Bonne pensée du matin

    A quatre heures du matin, l’été,
    Le sommeil d’amour dure encore.
    Sous les bosquets l’aube évapore
    L’odeur du soir fêté.

    Mais là-bas dans l’immense chantier
    Vers le soleil des Hespérides,
    En bras de chemise, les charpentiers
    Déjà s’agitent.

    Dans leur désert de mousse, tranquilles,
    Ils préparent les lambris précieux
    Où la richesse de la ville
    Rira sous de faux cieux.

    Ah ! pour ces Ouvriers charmants
    Sujets d’un roi de Babylone,
    Vénus ! laisse un peu les Amants,
    Dont l’âme est en couronne.


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    Arthur RimbaudRecueil : Derniers vers
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  5. L’amour par terre

    Le vent de l’autre nuit a jeté bas l’Amour
    Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc,
    Souriait en bandant malignement son arc,
    Et dont l’aspect nous fit tant songer tout un jour !

    Le vent de l’autre nuit l’a jeté bas ! Le marbre
    Au souffle du matin tournoie, épars. C’est triste
    De voir le piédestal, où le nom de l’artiste
    Se lit péniblement parmi l’ombre d’un arbre,

    Oh ! c’est triste de voir debout le piédestal
    Tout seul ! Et des pensers mélancoliques vont
    Et viennent dans mon rêve où le chagrin profond
    Évoque un avenir solitaire et fatal.

    Oh ! c’est triste ! – Et toi-même, est-ce pas ! es touchée
    D’un si dolent tableau, bien que ton oeil frivole
    S’amuse au papillon de pourpre et d’or qui vole
    Au-dessus des débris dont l’allée est jonchée.

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  6. En sourdine

    Calmes dans le demi-jour
    Que les branches hautes font,
    Pénétrons bien notre amour
    De ce silence profond.

    Fondons nos âmes, nos coeurs
    Et nos sens extasiés,
    Parmi les vagues langueurs
    Des pins et des arbousiers.

    Ferme tes veux à demi,
    Croise tes bras sur ton sein,
    Et de ton coeur endormi
    Chasse à jamais tout dessein.

    Laissons-nous persuader
    Au souffle berceur et doux
    Qui vient à tes pieds rider
    Les ondes de gazon roux.


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    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  7. Dans la grotte

    Là ! Je me tue à vos genoux !
    Car ma détresse est infinie,
    Et la tigresse épouvantable d’Hyrcanie
    Est une agnelle au prix de vous.

    Oui, céans, cruelle Clymène,
    Ce glaive, qui dans maints combats
    Mit tant de Scipions et de Cyrus à bas,
    Va finir ma vie et ma peine !
    Ai-je même besoin de lui
    Pour descendre aux Champs Élysées ?
    Amour perça-t-il pas de flèches aiguisées
    Mon coeur, dès que votre oeil m’eut lui ?

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  8. Cythère

    Un pavillon à claires-voies
    Abrite doucement nos joies
    Qu’éventent des rosiers amis;

    L’odeur des roses, faible, grâce
    Au vent léger d’été qui passe,
    Se mêle aux parfums qu’elle a mis ;

    Comme ses yeux l’avaient promis,
    Son courage est grand et sa lèvre
    Communique une exquise fièvre ;

    Et l’Amour comblant tout, hormis
    La Faim, sorbets et confitures
    Nous préservent des courbatures.

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  9. Clair de lune

    Votre âme est un paysage choisi
    Que vont charmant masques et bergamasques
    Jouant du luth et dansant et quasi
    Tristes sous leurs déguisements fantasques.

    Tout en chantant sur le mode mineur
    L’amour vainqueur et la vie opportune,
    Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
    Et leur chanson se mêle au clair de lune,

    Au calme clair de lune triste et beau,
    Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
    Et sangloter d’extase les jets d’eau,
    Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  10. Tu n’es pas du tout vertueuse

    Tu n’es pas du tout vertueuse,
    Je ne suis pas du tout jaloux :
    C’est de se la couler heureuse
    Encor le moyen le plus doux.

    Vive l’amour et vivent nous !

    Tu possèdes et tu pratiques
    Les tours les plus intelligents
    Et les trucs les plus authentiques
    À l’usage des braves gens

    Et tu m’as quels soins indulgents !


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    Paul VerlaineRecueil : Chansons pour elle
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