1. Sonnet : Se voir le plus possible

    Se voir le plus possible et s’aimer seulement,
    Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
    Sans qu’un désir nous trompe, ou qu’un remords nous ronge,
    Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

    Respecter sa pensée aussi loin qu’on y plonge,
    Faire de son amour un jour au lieu d’un songe,
    Et dans cette clarté respirer librement -
    Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

    Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
    Cest vous, la tête en fleurs, qu’on croirait sans souci,
    C’est vous qui me disiez qu’il faut aimer ainsi.

    Et c’est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
    Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
    Oui, l’on vit autrement, mais c’est ainsi qu’on aime.

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  2. Sonnet : Béatrix Donato

    Béatrix Donato fut le doux nom de celle
    Dont la forme terrestre eut ce divin contour.
    Dans sa blanche poitrine était un coeur fidèle,
    Et dans son corps sans tache un esprit sans détour.

    Le fils du Titien, pour la rendre immortelle,
    Fit ce portrait, témoin d’un mutuel amour ;
    Puis il cessa de peindre à compter de ce jour,
    Ne voulant de sa main illustrer d’autre qu’elle.

    Passant, qui que tu sois, si ton coeur sait aimer,
    Regarde ma maîtresse avant de me blâmer,
    Et dis si, par hasard, la tienne est aussi belle.

    Vois donc combien c’est peu que la gloire ici-bas,
    Puisque tout beau qu’il est, ce portrait ne vaut pas
    (Crois-m’en sur ma parole) un baiser du modèle.

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  3. Rondeau : Fut-il jamais douceur de coeur pareille

    Fut-il jamais douceur de coeur pareille
    À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
    Son front coquet parfume l’oreiller ;
    Dans son beau sein j’entends son coeur qui veille.
    Un songe passe, et s’en vient l’égayer.

    Ainsi s’endort une fleur d’églantier,
    Dans son calice enfermant une abeille.
    Moi, je la berce ; un plus charmant métier
    Fut-il jamais ?

    Mais le jour vient, et l’Aurore vermeille
    Effeuille au vent son bouquet printanier.
    Le peigne en main et la perle à l’oreille,
    À son miroir Manon court m’oublier.
    Hélas ! l’amour sans lendemain ni veille
    Fut-il jamais ?

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  4. Rondeau : Dans dix ans d’ici seulement

    Dans dix ans d’ici seulement,
    Vous serez un peu moins cruelle.
    C’est long, à parler franchement.
    L’amour viendra probablement
    Donner à l’horloge un coup d’aile.

    Votre beauté nous ensorcelle,
    Prenez-y garde cependant :
    On apprend plus d’une nouvelle
    En dix ans.

    Quand ce temps viendra, d’un amant
    Je serai le parfait modèle,
    Trop bête pour être inconstant,
    Et trop laid pour être infidèle.
    Mais vous serez encor trop belle
    Dans dix ans.

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  5. Rappelle-toi

    (Vergiss mein nicht)
    (Paroles faites sur la musique de Mozart)

    Rappelle-toi, quand l’Aurore craintive
    Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
    Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive
    Passe en rêvant sous son voile argenté ;
    A l’appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
    Aux doux songes du soir lorsque l’ombre t’invite,
    Ecoute au fond des bois
    Murmurer une voix :
    Rappelle-toi.

    Rappelle-toi, lorsque les destinées
    M’auront de toi pour jamais séparé,
    Quand le chagrin, l’exil et les années
    Auront flétri ce coeur désespéré ;
    Songe à mon triste amour, songe à l’adieu suprême !
    L’absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
    Tant que mon coeur battra,
    Toujours il te dira
    Rappelle-toi.

    Rappelle-toi, quand sous la froide terre
    Mon coeur brisé pour toujours dormira ;
    Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
    Sur mon tombeau doucement s’ouvrira.
    Je ne te verrai plus ; mais mon âme immortelle
    Reviendra près de toi comme une soeur fidèle.
    Ecoute, dans la nuit,
    Une voix qui gémit :
    Rappelle-toi.

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  6. Par un mauvais temps

    Elle a mis, depuis que je l’aime
    (Bien longtemps, peut-être toujours),
    Bien des robes, jamais la même ;
    Palmire a dû compter les jours.

    Mais, quand vous êtes revenue,
    Votre bras léger sur le mien,
    Il faisait, dans cette avenue,
    Un froid de loup, un temps de chien.

    Vous m’aimiez un peu, mon bel ange,
    Et, tandis que vous bavardiez,
    Dans cette pluie et cette fange
    Se mouillaient vos chers petits pieds.

    Songeait-elle, ta jambe fine,
    Quand tu parlais de nos amours,
    Qu’elle allait porter sous l’hermine
    Le satin, l’or et le velours ?


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    (il reste 1 strophes à lire)
    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  7. Mimi Pinson

    Chanson

    Mimi Pinson est une blonde,
    Une blonde que l’on connaît.
    Elle n’a qu’une robe au monde,
    Landerirette !
    Et qu’un bonnet.
    Le Grand Turc en a davantage.
    Dieu voulut de cette façon
    La rendre sage.
    On ne peut pas la mettre en gage,
    La robe de Mimi Pinson.

    Mimi Pinson porte une rose,
    Une rose blanche au côté.
    Cette fleur dans son coeur éclose,
    Landerirette !
    C’est la gaieté.
    Quand un bon souper la réveille,
    Elle fait sortir la chanson
    De la bouteille.
    Parfois il penche sur l’oreille,
    Le bonnet de Mimi Pinson.

    Elle a les yeux et la main prestes.
    Les carabins, matin et soir,
    Usent les manches de leurs vestes,
    Landerirette !
    A son comptoir.
    Quoique sans maltraiter personne,
    Mimi leur fait mieux la leçon
    Qu’à la Sorbonne.
    Il ne faut pas qu’on la chiffonne,
    La robe de Mimi Pinson.


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    (il reste 3 strophes à lire)
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  8. Lucie

    Élégie

    Mes chers amis, quand je mourrai,
    Plantez un saule au cimetière.
    J’aime son feuillage éploré ;
    La pâleur m’en est douce et chère,
    Et son ombre sera légère
    À la terre où je dormirai.

    Un soir, nous étions seuls, j’étais assis près d’elle ;
    Elle penchait la tête, et sur son clavecin
    Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
    Ce n’était qu’un murmure : on eût dit les coups d’aile
    D’un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux,
    Et craignant en passant d’éveiller les oiseaux.
    Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
    Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
    Les marronniers du parc et les chênes antiques
    Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
    Nous écoutions la nuit ; la croisée entr’ouverte
    Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
    Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
    Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
    Je regardais Lucie. – Elle était pâle et blonde.
    Jamais deux yeux plus doux n’ont du ciel le plus pur
    Sondé la profondeur et réfléchi l’azur.
    Sa beauté m’enivrait ; je n’aimais qu’elle au monde.
    Mais je croyais l’aimer comme on aime une soeur,
    Tant ce qui venait d’elle était plein de pudeur !
    Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sienne.
    Je regardais rêver son front triste et charmant,
    Et je sentais dans l’âme, à chaque mouvement,
    Combien peuvent sur nous, pour guérir toute peine,
    Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur,
    Jeunesse de visage et jeunesse de coeur.
    La lune, se levant dans un ciel sans nuage,
    D’un long réseau d’argent tout à coup l’inonda.
    Elle vit dans mes yeux resplendir son image ;
    Son sourire semblait d’un ange : elle chanta.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


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    (il reste 5 strophes à lire)
    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  9. La nuit de mai

    LA MUSE

    Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
    La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore,
    Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser ;
    Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
    Aux premiers buissons verts commence à se poser.
    Poète, prends ton luth, et me donne un baiser.

    LE POÈTE

    Comme il fait noir dans la vallée !
    J’ai cru qu’une forme voilée
    Flottait là-bas sur la forêt.
    Elle sortait de la prairie ;
    Son pied rasait l’herbe fleurie ;
    C’est une étrange rêverie ;
    Elle s’efface et disparaît.


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    (il reste 16 strophes à lire)
    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  10. La nuit de décembre

    LE POÈTE

    Du temps que j’étais écolier,
    Je restais un soir à veiller
    Dans notre salle solitaire.
    Devant ma table vint s’asseoir
    Un pauvre enfant vêtu de noir,
    Qui me ressemblait comme un frère.

    Son visage était triste et beau :
    A la lueur de mon flambeau,
    Dans mon livre ouvert il vint lire.
    Il pencha son front sur sa main,
    Et resta jusqu’au lendemain,
    Pensif, avec un doux sourire.

    Comme j’allais avoir quinze ans
    Je marchais un jour, à pas lents,
    Dans un bois, sur une bruyère.
    Au pied d’un arbre vint s’asseoir
    Un jeune homme vêtu de noir,
    Qui me ressemblait comme un frère.


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    (il reste 29 strophes à lire)
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