1. Le Ciel ne veut, Dame, que je jouisse

    Le Ciel ne veut, Dame, que je jouisse
    De ce doux bien que dessert mon devoir ;
    Aussi ne veux-je, et ne me plaît d’avoir
    Sinon du mal en vous faisant service.

    Puisqu’il vous plaît, que pour vous je languisse,
    Je suis heureux, et ne puis recevoir
    Plus grand honneur, qu’en mourant, de me voir
    Faire à vos yeux de mon coeur sacrifice.

    Donc si ma main, malgré moi, quelquefois
    De l’amour chaste outrepasse les lois,
    Dans votre sein cherchant ce qui m’embraise,

    Punissez-la du foudre de vos yeux,
    Et la brûlez : car j’aime beaucoup mieux
    Vivre sans main, que ma main vous déplaise.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  2. Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse

    Je veux mourir pour tes beautés, Maîtresse,
    Pour ce bel oeil, qui me prit à son hain,
    Pour ce doux ris, pour ce baiser tout plein
    D’ambre et de musc, baiser d’une Déesse.

    Je veux mourir pour cette blonde tresse,
    Pour l’embonpoint de ce trop chaste sein,
    Pour la rigueur de cette douce main,
    Qui tout d’un coup me guérit et me blesse.

    Je veux mourir pour le brun de ce teint,
    Pour cette voix, dont le beau chant m’étreint
    Si fort le coeur que seul il en dispose.

    Je veux mourir ès amoureux combats,
    Soûlant l’amour, qu’au sang je porte enclose,
    Toute une nuit au milieu de tes, bras.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  3. Elégie à Janet, peintre du roi

    Peins-moi, Janet, peins-moi, je te supplie
    Dans ce tableau les beautés de m’amie
    De la façon que je te les dirai.
    Comme importun je ne te supplierai
    D’un art menteur quelque faveur lui faire :
    Il suffit bien si tu la sais portraire
    Ainsi qu’elle est, sans vouloir déguiser
    Son naturel pour la favoriser,
    Car la faveur n’est bonne que pour celles
    Qui se font peindre, et qui ne sont pas belles.

    Fais-lui premier les cheveux ondelés,
    Noués, retors, recrêpés, annelés,
    Qui de couleur le cèdre représentent ;
    Ou les démêle, et que libres ils sentent
    Dans le tableau, si par art tu le peux,
    La même odeur de ses propres cheveux,
    Car ses cheveux comme fleurettes sentent,
    Quand les Zéphyrs au printemps les éventent.

    Que son beau front ne soit entrefendu
    De nul sillon en profond étendu,
    Mais qu’il soit tel qu’est la pleine marine,
    Quand tant soit peu le vent ne la mutine,
    Et que gisante en son lit elle dort,
    Calmant ses flots sillés d’un somme mort.
    Tout au milieu par la grève descende
    Un beau rubis, de qui l’éclat s’épande
    Par le tableau, ainsi qu’on voit de nuit
    Briller les rais de la Lune qui luit
    Dessus la neige au fond d’un val coulée,
    De trace d’homme encore non foulée.

    Après fais-lui son beau sourcil voûtis
    D’ébène noir, et que son pli tortis
    Semble un croissant qui montre par la nue
    Au premier mois sa voûture cornue.
    Ou si jamais tu as vu l’arc d’Amour,
    Prends le portrait dessus le demi-tour
    De sa courbure à demi-cercle dose,
    Car l’arc d’Amour et lui n’est qu’une chose.
    Mais las ! mon Dieu, mon Dieu je ne sais pas
    Par quel moyen, ni comment, tu peindras
    (Voire eusses-tu l’artifice d’Apelle)
    De ses beaux yeux la grâce naturelle,
    Qui font vergogne aux étoiles des Cieux.
    Que l’un soit doux, l’autre soit furieux,
    Que l’un de Mars, l’autre de Vénus tienne ;
    Que du bénin toute espérance vienne,


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    (il reste 15 strophes à lire)
    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  4. Dans le serein de sa jumelle flamme

    Dans le serein de sa jumelle flamme
    Je vis Amour, qui son arc débandait,
    Et sur mon coeur le brandon épandait,
    Qui des plus froids les moelles enflamme.

    Puis çà puis là près les yeux de ma dame
    Entre cent fleurs un rets d’or me tendait,
    Qui tout crépu blondement descendait
    A flots ondés pour enlacer mon âme.

    Qu’eussé-je fait ? l’Archer était si doux,
    Si doux son feu, si doux l’or de ses noeuds,
    Qu’en leurs filets encore je m’oublie :

    Mais cet oubli ne me tourmente point,
    Tant doucement le doux Archer me point,
    Le feu me brûle, et l’or crêpe me lie.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  5. Ces liens d’or, cette bouche vermeille

    Ces liens d’or, cette bouche vermeille,
    Pleine de lis, de roses et d’oeillets,
    Et ces coraux chastement vermeillets,
    Et cette joue à l’Aurore pareille ;

    Ces mains, ce col, ce front, et cette oreille,
    Et de ce sein les boutons verdelets,
    Et de ces yeux les astres jumelets,
    Qui font trembler les âmes de merveille,

    Firent nicher Amour dedans mon sein,
    Qui gros de germe avait le ventre plein
    D’oeufs non formés qu’en notre sang il couve.

    Comment vivrai-je autrement qu’en langueur,
    Quand une engeance immortelle je trouve
    D’Amours éclos et couvés en mon coeur ?

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  6. Amour me tue, et si je ne veux dire

    Amour me tue, et si je ne veux dire
    Le plaisant mal que ce m’est de mourir :
    Tant j’ai grand peur, qu’on veuille secourir
    Le mal, par qui doucement je soupire.

    Il est bien vrai, que ma langueur désire
    Qu’avec le temps je me puisse guérir :
    Mais je ne veux ma dame requérir
    Pour ma santé : tant me plaît mon martyre.

    Tais-toi langueur je sens venir le jour,
    Que ma maîtresse, après si long séjour,
    Voyant le soin qui ronge ma pensée,

    Toute une nuit, folâtrement m’ayant
    Entre ses bras, prodigue, ira payant
    Les intérêts de ma peine avancée.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  7. Hinne à la Nuit

    Nuit, des amours ministre et sergente fidele
    Des arrests de Venus, et des saintes lois d’elle,
    Qui secrete acompaignes
    L’impatient ami de l’heure acoutumée,
    Ô l’aimée des Dieus, mais plus encore aimée
    Des étoiles compaignes,

    Nature de tes dons adore l’excellence,
    Tu caches lés plaisirs desous muet silence
    Que l’amour jouissante
    Donne, quand ton obscur étroitement assemble
    Les amans embrassés, et qu’ils tumbent ensemble
    Sous l’ardeur languissante.

    Lors que l’amie main court par la cuisse, et ores
    Par les tetins, ausquels ne s’acompare encores
    Nul ivoire qu’on voie,
    Et la langue en errant sur la joüe, et la face,
    Plus d’odeurs, et de fleurs, là naissantes, amasse
    Que I’Orient n’envoie.

    C’est toi qui les soucis, et les gennes mordantes,
    Et tout le soin enclos en nos ames ardantes
    Par ton present arraches.
    C’est toi qui rens la vie aus vergiers qui languissent,
    Aus jardins la rousée, et aus cieus qui noircissent
    Les idoles attaches.


    Lire le poème "Hinne à la Nuit" en entier
    (il reste 1 strophes à lire)
    Pierre de RonsardRecueil : Odes retranchées
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  8. Verson ces roses pres ce vin

    Verson ces roses pres ce vin,
    De ce vin verson ces roses,
    Et boyvon l’un à l’autre, afin
    Qu’au coeur noz tristesses encloses
    Prennent en boyvant quelque fin.

    La belle Rose du Printemps
    Aubert, admoneste les hommes
    Passer joyeusement le temps,
    Et pendant que jeunes nous sommes
    Esbatre la fleur de noz ans.

    Tout ainsi qu’elle défleurit
    Fanie en une matinée,
    Ainsi nostre âge se flestrit,
    Làs ! et en moins d’une journée
    Le printemps d’un homme perit.

    Ne veis-tu pas hier Brinon
    Parlant, et faisant bonne chere,
    Qui làs ! aujourd’huy n’est sinon
    Qu’un peu de poudre en une biere,
    Qui de luy n’a rien que le nom ?


    Lire le poème "Verson ces roses pres ce vin" en entier
    (il reste 8 strophes à lire)
    Pierre de RonsardRecueil : Les Odes
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  9. Odelette à une jeune maîtresse

    Pourquoi, comme une jeune Poutre,
    De travers guignes-tu vers moi ?
    Pourquoi, farouche, fuis-tu outre,
    Quand je veux approcher de toi ?

    Tu ne veux pas que l’on te touche,
    Mais si je t’avais sous ma main,
    Assure-toi que dans la bouche
    Bientôt je t’aurais mis le frein.

    Puis, te voltant à toute bride,
    Soudain je te ferais au cours,
    Et te piquant, serais ton guide
    Dans la carrière des Amours.

    Mais par l’herbe tu ne fais ore
    Que suivre des prés la fraîcheur,
    Parce que tu n’as point encore
    Trouvé quelque bon chevaucheur.

    Pierre de RonsardRecueil : Les Odes
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  10. Que tu es Cicéron

    Que tu es Ciceron un affetté menteur,
    Qui dis, qu’il n’y a mal sinon que l’infamie,
    Si tu portois celui que me cause m’amie,
    Pour le moins tu dirois que c’est quelque malheur.

    Je sen journelement un aigle sus mon coeur,
    J’entens un soing grifu, qui come une Furie
    Me ronge impatient, puis tu veus que je die,
    Abusé de tes mots, que mal n’est pas douleur

    Vous en disputerés ainsi que bon vous semble,
    Vous Philosofes, Grés, et vous Romains ensemble,
    Mais je croy pour le seur qu’un travail langoureux

    Est douleur, quand Amour l’encharne dedans l’ame,
    Et que le deshonneur, la honte, et le diffame
    N’est point de mal, au pris du tourment amoureux.

    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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