1. Marie, vous avez la joue aussi vermeille

    Marie, vous avez la joue aussi vermeille
    Qu’une rose de mai, vous avez les cheveux
    De couleur de châtaigne, entrefrisés de noeuds,
    Gentement tortillés tout autour de l’oreille.

    Quand vous étiez petite, une mignarde abeille
    Dans vos lèvres forma son doux miel savoureux,
    Amour laissa ses traits dans vos yeux rigoureux,
    Pithon vous fit la voix à nulle autre pareille.

    Vous avez les tétins comme deux monts de lait,
    Qui pommellent ainsi qu’au printemps nouvelet
    Pommellent deux boutons que leur châsse environne.

    De Junon sont vos bras, des Grâces votre sein,
    Vous avez de l’Aurore et le front, et la main,
    Mais vous avez le coeur d’une fière lionne.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  2. Marie, qui voudrait votre beau nom tourner

    Marie, qui voudrait votre beau nom tourner,
    Il trouverait Aimer : aimez-moi donc, Marie,
    Faites cela vers moi dont votre nom vous prie,
    Votre amour ne se peut en meilleur lieu donner.

    S’il vous plaît pour jamais un plaisir demener,
    Aimez-moi, nous prendrons les plaisirs de la vie,
    Pendus l’un l’autre au col, et jamais nulle envie
    D’aimer en autre lieu ne nous pourra mener.

    Si faut-il bien aimer au monde quelque chose :
    Celui qui n’aime point, celui-là se propose
    Une vie d’un Scythe, et ses jours veut passer

    Sans goûter la douceur des douceurs la meilleure.
    Eh, qu’est-il rien de doux sans Vénus ? las ! à l’heure
    Que je n’aimerai point, puissé-je trépasser !

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  3. Marie, que je sers en trop cruel destin

    Marie, que je sers en trop cruel destin,
    Quand d’un baiser d’amour votre bouche me baise,
    Je suis tout éperdu, tant le coeur me bat d’aise.
    Entre vos doux baisers puissé-je prendre fin !

    Il sort de votre bouche un doux flair, qui le thym,
    Le jasmin et l’oeillet, la framboise et la fraise
    Surpasse de douceur, tant une douce braise
    Vient de la bouche au coeur par un nouveau chemin.

    Il sort de votre sein une odoreuse haleine
    (Je meurs en y pensant) de parfum toute pleine,
    Digne d’aller au ciel embaumer Jupiter.

    Mais quand toute mon âme en plaisir se consomme
    Mourant dessus vos yeux, lors pour me dépiter
    Vous fuyez de mon col, pour baiser un jeune homme.

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  4. Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas

    Marie, baisez-moi ; non, ne me baisez pas,
    Mais tirez-moi le coeur de votre douce haleine ;
    Non, ne le tirez pas, mais hors de chaque veine
    Sucez-moi toute l’âme éparse entre vos bras ;

    Non, ne la sucez pas ; car après le trépas
    Que serais-je sinon une semblance vaine,
    Sans corps, dessus la rive, où l’amour ne démène
    (Pardonne-moi, Pluton) qu’en feintes ses ébats ?

    Pendant que nous vivons, entr’aimons-nous, Marie,
    Amour ne règne pas sur la troupe blêmie
    Des morts, qui sont sillés d’un long somme de fer.

    C’est abus que Pluton ait aimé Proserpine ;
    Si doux soin n’entre point en si dure poitrine :
    Amour règne en la terre et non point en enfer.

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  5. Marie, à tous les coups vous me venez reprendre

    Marie, à tous les coups vous me venez reprendre
    Que je suis trop léger, et me dites toujours,
    Quand je vous veux baiser, que j’aille à ma Cassandre,
    Et toujours m’appelez inconstant en amours.

    Je le veux être aussi, les hommes sont bien lourds
    Qui n’osent en cent lieux neuve amour entreprendre.
    Celui-là qui ne veut qu’à une seule entendre,
    N’est pas digne qu’Amour lui fasse de bons tours.

    Celui qui n’ose faire une amitié nouvelle,
    A faute de courage, ou faute de cervelle,
    Se défiant de soi, qui ne peut avoir mieux.

    Les hommes maladifs, ou matés de vieillesse,
    Doivent être constants : mais sotte est la jeunesse
    Qui n’est point éveillée, et qui n’aime en cent lieux.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  6. Je vous envoye un bouquet que ma main

    Je vous envoye un bouquet que ma main
    Vient de trier de ces fleurs épanies,
    Qui ne les eust à ce vespre cuillies,
    Cheutes à terre elles fussent demain.

    Cela vous soit un exemple certain
    Que vos beautés, bien qu’elles soient fleuries,
    En peu de tems cherront toutes flétries,
    Et comme fleurs, periront tout soudain.

    Le tems s’en va, le tems s’en va, ma Dame,
    Las ! le tems non, mais nous nous en allons,
    Et tost serons estendus sous la lame :

    Et des amours desquelles nous parlons,
    Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle :
    Pour-ce aimés moy, ce-pendant qu’estes belle.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  7. L’an se rajeunissait en sa verte jouvence

    L’an se rajeunissait en sa verte jouvence
    Quand je m’épris de vous, ma Sinope cruelle ;
    Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,
    Et votre teint sentait encore son enfance.

    Vous aviez d’une infante encor la contenance,
    La parole, et les pas ; votre bouche était belle,
    Votre front et vos mains dignes d’une Imrnortelle,
    Et votre oeil, qui me fait trépasser quand j’y pense.

    Amour, qui ce jour-là si grandes beautés vit,
    Dans un marbre, en mon coeur d’un trait les écrivit ;
    Et si pour le jourd’hui vos beautés si parfaites

    Ne sont comme autrefois, je n’en suis moins ravi,
    Car je n’ai pas égard à cela que vous êtes,
    Mais au doux souvenir des beautés que je vis.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  8. Je ne suis seulement amoureux de Marie

    Je ne suis seulement amoureux de Marie,
    Anne me tient aussi dans les liens d’Amour,
    Ore l’une me plaît, ore l’autre à son tour :
    Ainsi Tibulle aimait Némésis, et Délie.

    On me dira tantôt que c’est une folie
    D’en aimer, inconstant, deux ou trois en un jour,
    Voire, et qu’il faudrait bien un homme de séjour,
    Pour, gaillard, satisfaire à une seule amie.

    Je réponds à cela, que je suis amoureux,
    Et non pas jouissant de ce bien doucereux,
    Que tout amant souhaite avoir à sa commande.

    Quant à moi, seulement je leur baise la main,
    Les yeux, le front, le col, les lèvres et le sein,
    Et rien que ces biens-là d’elles je ne demande.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  9. Douce Maîtresse

    Chanson

    Douce Maîtresse, touche,
    Pour soulager mon mal,
    Ma bouche de ta bouche
    Plus rouge que coral ;
    Que mon col soit pressé
    De ton bras enlacé.

    Puis, face dessus face,
    Regarde-moi les yeux,
    Afin que ton trait passe
    En mon coeur soucieux,
    Coeur qui ne vit sinon
    D’Amour et de ton nom.

    Je l’ai vu fier et brave,
    Avant que ta beauté
    Pour être son esclave
    Du sein me l’eût ôté ;
    Mais son mal lui plaît bien,
    Pourvu qu’il meure tien.


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    (il reste 5 strophes à lire)
    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  10. Comme on voit sur la branche au mois de may la rose

    Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
    En sa belle jeunesse, en sa premiere fleur,
    Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
    Quand l’Aube de ses pleurs au poinct du jour l’arrose ;

    La grace dans sa feuille, et l’amour se repose,
    Embasmant les jardins et les arbres d’odeur ;
    Mais batue ou de pluye, ou d’excessive ardeur,
    Languissante elle meurt, fueille à fueille déclose.

    Ainsi en ta premiere et jeune nouveauté,
    Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
    La Parque t’a tuee, et cendre tu reposes.

    Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs,
    Ce vase pleine de laict, ce panier plein de fleurs,
    Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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