1. A Madame X

    En lui envoyant une pensée

    Au temps où vous m’aimiez (bien sûr ?),
    Vous m’envoyâtes, fraîche éclose,
    Une chère petite rose,
    Frais emblème, message pur.

    Elle disait en son langage
    Les » serments du premier amour « ,
    Votre coeur à moi pour toujours
    Et toutes les choses d’usage.

    Trois ans sont passés. Nous voilà !
    Mais moi j’ai gardé la mémoire
    De votre rose, et c’est ma gloire
    De penser encore à cela.


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    Paul VerlaineRecueil : Amour
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  2. Vous me distes, Maitresse, estant à la fenestre

    Vous me distes, Maitresse, estant à la fenestre,
    Regardant vers Mont-martre et les champs d’alentour :
    La solitaire vie, et le desert sejour
    Valent mieux que la Cour, je voudrois bien y estre.

    A l’heure mon esprit de mes sens seroit maistre,
    En jeusne et oraisons je passerais le jour :
    Je desfirois les traicts et les flames d’Amour
    Ce cruel de mon sang ne pourroit se repaistre.

    Quand je vous repondy, Vous trompez de penser
    Qu’un feu ne soit pas feu, pour se couvrir de cendre :
    Sur les cloistres sacrez la flame on voit passer :

    Amour dans les deserts comme aux villes s’engendre.
    Contre un Dieu si puissant, qui les Dieux peut forcer,
    Jeusnes ny oraisons ne se peuvent defendre.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  3. Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle

    Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
    Assise aupres du feu, devidant et filant,
    Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
    Ronsard me celebroit du temps que j’estois belle.

    Lors, vous n’aurez servante oyant telle nouvelle,
    Desja sous le labeur à demy sommeillant,
    Qui au bruit de mon nom ne s’aille resveillant,
    Benissant vostre nom de louange immortelle.

    Je seray sous la terre et fantaume sans os :
    Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
    Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

    Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
    Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
    Cueillez dés aujourd’huy les roses de la vie.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  4. Tant de fois s’appointer, tant de fois se fascher

    Tant de fois s’appointer, tant de fois se fascher,
    Tant de fois rompre ensemble et puis se renoüer,
    Tantost blasmer Amour et tantost le loüer,
    Tant de fois se fuyr, tant de fois se chercher,

    Tant de fois se monstrer, tant de fois se cacher,
    Tantost se mettre au joug, tantost le secouer,
    Advouer sa promesse et la desadvouer,
    Sont signes que l’Amour de pres nous vient toucher.

    L’inconstance amoureuse est marque d’amitié.
    Si donc tout à la fois avoir haine et pitié,
    Jurer, se parjurer, sermens faicts et desfaicts,

    Esperer son espoir, confort sans reconfort
    Sont vrais signes d’amour, nous entr’aimons bien fort,
    Car nous avons tousjours ou la guerre, ou la paix.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  5. Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi

    Maîtresse, embrasse-moi, baise-moi, serre-moi,
    Haleine contre haleine, échauffe-moi la vie,
    Mille et mille baisers donne-moi je te prie,
    Amour veut tout sans nombre, amour n’a point de loi.

    Baise et rebaise-moi ; belle bouche pourquoi
    Te gardes-tu là-bas, quand tu seras blêmie,
    A baiser (de Pluton ou la femme ou l’amie),
    N’ayant plus ni couleur, ni rien semblable à toi ?

    En vivant presse-moi de tes lèvres de roses,
    Bégaie, en me baisant, à lèvres demi-closes
    Mille mots tronçonnés, mourant entre mes bras.

    Je mourrai dans les tiens, puis, toi ressuscitée,
    Je ressusciterai ; allons ainsi là-bas,
    Le jour, tant soit-il court, vaut mieux que la nuitée.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  6. Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle

    Je plante en ta faveur cet arbre de Cybèle,
    Ce pin, où tes honneurs se liront tous les jours :
    J’ai gravé sur le tronc nos noms et nos amours,
    Qui croîtront à l’envi de l’écorce nouvelle.

    Faunes qui habitez ma terre paternelle,
    Qui menez sur le Loir vos danses et vos tours,
    Favorisez la plante et lui donnez secours,
    Que l’Été ne la brûle, et l’Hiver ne la gèle.

    Pasteur, qui conduiras en ce lieu ton troupeau,
    Flageolant une Eglogue en ton tuyau d’aveine,
    Attache tous les ans à cet arbre un tableau,

    Qui témoigne aux passants mes amours et ma peine ;
    Puis l’arrosant de lait et du sang d’un agneau,
    Dis : » Ce pin est sacré, c’est la plante d’Hélène. «

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  7. Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre

    Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre
    Pour danser d’artifice un beau ballet d’amour,
    Vos yeux, bien qu’il fût nuit, ramenèrent le jour,
    Tant ils surent d’éclairs par la place répandre.

    Le ballet fut divin, qui se soulait reprendre,
    Se rompre, se refaire, et tour dessus retour
    Se mêler, s’écarter, se tourner à l’entour,
    Contre-imitant le cours du fleuve de Méandre.

    Ores il était rond, ores long, or étroit,
    Or en pointe, en triangle en la façon qu’on voit
    L’escadron de la grue évitant la froidure.

    Je faux, tu ne dansais, mais ton pied voletait
    Sur le haut de la terre ; aussi ton corps s’était
    Transformé pour ce soir en divine nature.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  8. Quand je suis tout baissé sur votre belle face

    Quand je suis tout baissé sur votre belle face,
    Je vois dedans vos yeux je ne sais quoi de blanc,
    Je ne sais quoi de noir, qui m’émeut tout le sang,
    Et qui jusques au coeur de veine en veine passe.

    Je vois dedans Amour, qui va changeant de place,
    Ores bas, ores haut, toujours me regardant,
    Et son arc contre moi coup sur coup débandant.
    Las ! si je faux, raison, que veux-tu que j’y fasse ?

    Tant s’en faut que je sois alors maître de moi,
    Que je vendrais mon père, et trahirais mon Roi,
    Mon pays, et ma soeur, mes frères et ma mère.

    Tant je suis hors du sens, après que j’ai tâté
    A longs traits amoureux de la poison amère,
    Qui sort de ces beaux yeux, dont je suis enchanté.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  9. Pourtant si ta maîtresse

    Pourtant si ta maîtresse est un petit putain,
    Tu ne dois pour cela te courroucer contre elle.
    Voudrais-tu bien haïr ton ami plus fidèle
    Pour être un peu jureur, ou trop haut à la main ?

    Il ne faut prendre ainsi tous péchés à dédain,
    Quand la faute en péchant n’est pas continuelle ;
    Puis il faut endurer d’une maîtresse belle
    Qui confesse sa faute, et s’en repent soudain.

    Tu me diras qu’honnête et gentille est t’amie,
    Et je te répondrai qu’honnête fut Cynthie,
    L’amie de Properce en vers ingénieux,

    Et si ne laissa pas de faire amour diverse.
    Endure donc, Ami, car tu ne vaux pas mieux
    Que Catulle valut, que Tibulle et Properce.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  10. Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle

    Quand je pense à ce jour, où je la vey si belle
    Toute flamber d’amour, d’honneur et de vertu,
    Le regret, comme un trait mortellement pointu,
    Me traverse le coeur d’une playe eternelle.

    Alors que j’esperois la bonne grace d’elle,
    L’Amour a mon espoir que la Mort combattu :
    La Mort a mon espoir d’un cercueil revestu,
    Dont j’esperois la paix de ma longue querelle.

    Amour tu es enfant inconstant et leger .
    Monde, tu es trompeur, pipeur et mensonger,
    Decevant d’un chacun l’attente et le courage.

    Malheureux qui se fie en l’Amour et en toy :
    Tous deux comme la Mer vous n’avez point de foy,
    L’un fin, l’autre parjure, et l’autre oiseau volage.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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