1. Prologue des « Élégies nationales »

    Je ne suis plus enfant : trop lents pour mon envie,
    Déjà dix-sept printemps ont passé dans ma vie :
    Je possède une lyre, et cependant mes mains
    N’en tirent dès longtemps que des sons incertains.
    Oh! quand viendra le jour où, libre de sa chaîne,
    Mon coeur ne verra plus la gloire, son amour,
    Aux songes de la nuit se montrer incertaine,
    Pour s’enfuir comme une ombre aux premiers feux du jour.

    J’étais bien jeune encor quand la France abattue
    Vit de son propre sang ses lauriers se couvrir ;
    Deux fois de son héros la main lasse et vaincue
    Avait brisé le sceptre, en voulant le saisir.
    Ces maux sont déjà loin : cependant, sous des chaînes,
    Nous pleurâmes longtemps notre honneur outragé ;
    L’empreinte en est restée, et l’on voit dans nos plaines
    Un sang qui fume encore et qui n’est pas vengé !

    Ces tableaux de splendeur, ces souvenirs sublimes,
    J’ai vu des jours fatals en rouler les débris,
    Dans leur course sanglante entraîner des victimes,
    Et de flots étrangers inonder mon pays.
    Je suis resté muet ; car la voix d’un génie
    Ne m’avait pas encor inspiré des concerts ;
    Mon âme de la lyre ignorait l’harmonie,
    Et ses plaisirs si doux, et ses chagrins amers.

    Ne reprochez pas à mes chants, à mes larmes,
    De descendre trop tard sur des débris glacés,
    De ramener les coeurs à d’illustres alarmes,
    Et d’appeler des jours déjà presque effacés ;
    Car la source des pleurs en moi n’est point tarie,
    Car mon premier accord dut être à la patrie ;
    Heureux si je pouvais exprimer par mes vers
    La fierté qui m’anime en songeant à ses gloires,
    Le plaisir que je sens en chantant ses victoires,
    La douleur que j’éprouve en pleurant ses revers !


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    Gérard de NervalRecueil : Poésies de jeunesse
    • 7
  2. Le Temps

    Ode

    I

    Le Temps ne surprend pas le sage ;
    Mais du Temps le sage se rit,
    Car lui seul en connaît l’usage ;
    Des plaisirs que Dieu nous offrit,
    Il sait embellir l’existence ;
    Il sait sourire à l’espérance,
    Quand l’espérance lui sourit.

    II


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    Gérard de NervalRecueil : Poésies de jeunesse
    • 14
  3. A Béranger

    Ode

    Des chants, voilà toute sa vie !
    Ainsi qu’un brouillard vaporeux,
    Le souffle animé de l’envie
    Glissa sur son coeur généreux
    Toujours sa plus chère espérance
    Rêva le bonheur de la France ;
    Toujours il respecta les lois
    Mais les haines sont implacables,
    Et sur le banc des vils coupables
    La vertu s’assied quelquefois.

    Qu’a-t-il fait ? pourquoi le proscrire ?
    Ah ! c’est encor pour des chansons :
    Courage ! étouffez la satire,
    Au lieu d’écouter ses leçons.
    Quand une secte turbulente,
    Levant sa tête menaçante,
    Brave les décrets souverains,
    Vous restez muets, sans vengeance,
    Et vous n’usez de la puissance
    Que pour combattre des refrains

    Ô Béranger ! muse chérie !
    Toi dont la voix unit toujours
    Le souvenir de la patrie
    Au souvenir de tes amours,
    Tendre ami, poète sublime,
    Du pouvoir jaloux qui t’opprime
    Tes nobles chants seront vainqueurs ;
    Car ils parlent de notre gloire,
    Et, comme un récit de victoire,
    Ils ont fait palpiter nos coeurs.
    Un jour viendra, la France émue
    Rendra justice à tes vertus ;
    On verra surgir ta statue
    Mais alors tu ne seras plus !


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    Gérard de NervalRecueil : Odes et poèmes
    • 0
  4. Une amoureuse flamme

    Une amoureuse flamme
    Consume mes beaux jours ;
    Ah ! la paix de mon âme
    A donc fui pour toujours !

    Son départ, son absence
    Sont pour moi le cercueil ;
    Et loin de sa présence
    Tout me paraît en deuil.

    Alors, ma pauvre tête
    Se dérange bientôt ;
    Mon faible esprit s’arrête,
    Puis se glace aussitôt.

    Une amoureuse flamme
    Consume mes beaux jours ;
    Ah ! la paix de mon âme
    A donc fui pour toujours !


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    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 9
  5. Vers dorés

    Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
    Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

    Respecte dans la bête un esprit agissant :
    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
    Un mystère d’amour dans le métal repose :
    « Tout est sensible ! » – Et tout sur ton être est puissant !

    Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie
    A la matière même un verbe est attaché
    Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

    Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
    Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
    Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 9
  6. Pensée de Byron

    Élégie

    Par mon amour et ma constance,
    J’avais cru fléchir ta rigueur,
    Et le souffle de l’espérance
    Avait pénétré dans mon coeur ;
    Mais le temps, qu’en vain je prolonge,
    M’a découvert la vérité,
    L’espérance a fui comme un songe
    Et mon amour seul m’est resté !

    Il est resté comme un abîme
    Entre ma vie et le bonheur,
    Comme un mal dont je suis victime,
    Comme un poids jeté sur mon coeur !
    Pour fuir le piège où je succombe,
    Mes efforts seraient superflus ;
    Car l’homme a le pied dans la tombe,
    Quand l’espoir ne le soutient plus.

    J’aimais à réveiller la lyre,
    Et souvent, plein de doux transports,
    J’osais, ému par le délire,
    En tirer de tendres accords.
    Que de fois, en versant des larmes,
    J’ai chanté tes divins attraits !
    Mes accents étaient pleins de charmes,
    Car c’est toi qui les inspirais.


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    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 4
  7. Les papillons

    I

    De toutes les belles choses
    Qui nous manquent en hiver,
    Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
    - Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
    - Moi, la moisson blondissante,
    Chevelure des sillons ;
    - Moi, le rossignol qui chante ;
    - Et moi, les beaux papillons !

    Le papillon, fleur sans tige,
    Qui voltige,
    Que l’on cueille en un réseau ;
    Dans la nature infinie,
    Harmonie
    Entre la plante et l’oiseau !

    Quand revient l’été superbe,
    Je m’en vais au bois tout seul :
    Je m’étends dans la grande herbe,
    Perdu dans ce vert linceul.
    Sur ma tête renversée,
    Là, chacun d’eux à son tour,
    Passe comme une pensée
    De poésie ou d’amour !


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    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 8
  8. Le roi de Thulé

    Il était un roi de Thulé
    A qui son amante fidèle
    Légua, comme souvenir d’elle,
    Une coupe d’or ciselé.

    C’était un trésor plein de charmes
    Où son amour se conservait :
    A chaque fois qu’il y buvait
    Ses yeux se remplissaient de larmes.

    Voyant ses derniers jours venir,
    Il divisa son héritage,
    Mais il excepta du partage
    La coupe, son cher souvenir.

    Il fit à la table royale
    Asseoir les barons dans sa tour ;
    Debout et rangée alentour,
    Brillait sa noblesse loyale.


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    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 1
  9. El Desdichado

    Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
    Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
    Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
    Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

    Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
    Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
    La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé,
    Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

    Suis-je Amour ou Phoebus ? Lusignan ou Biron ?
    Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
    J’ai rêvé dans la Grotte où nage la Sirène

    Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
    Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
    Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 0
  10. Espagne

    Mon doux pays des Espagnes
    Qui voudrait fuir ton beau ciel,
    Tes cités et tes montagnes,
    Et ton printemps éternel ?

    Ton air pur qui nous enivre,
    Tes jours, moins beaux que tes nuits,
    Tes champs, où Dieu voudrait vivre
    S’il quittait son paradis.

    Autrefois ta souveraine,
    L’Arabie, en te fuyant,
    Laissa sur ton front de reine
    Sa couronne d’Orient !

    Un écho redit encore
    A ton rivage enchanté
    L’antique refrain du Maure :
    Gloire, amour et liberté !

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 5
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