Jules Barbey d'AurevillyRecueil : PoussièresÀ Valognes
Ex imo.
.. C'était dans la ville adorée
Sarcophage pour moi des premiers souvenirs,
Où tout enfant j'avais, en mon âme enivrée
Rêvé ces bonheurs fous qui restent des désirs !
C'était là qu'une après-midi, dans une rue,
Dont un soleil d'août, de sa lumière drue,
Frappait le blanc pavé désert, ? qu'elle passa,
Et qu'en moi, sur ses pas, tout mon cœur s'élança !
Elle passa, charmante à n'y pas croire,
Car ils la disent laide ici, ? stupide gent !
Tunique blanche au vent sur une robe noire,
Elle était pour mes jeux comme un vase élégant
Incrusté d'ébène et d'ivoire !
Je la suivis ? Ton cœur ne t'a pas dit tout basQue quelqu'un te suivait, innocente divine,
Et mettait mettait, pas pour pas,
Sa botte où tombait ta bottine ?
Qui sait ? Dieu te sculpta peut-être pour l'amour,
Ô svelte vase humain, élancé sur ta base !
Pourquoi donc n'es-tu pas, ô Vase !
L'urne de ce cœur mort que tu fis battre un jour !Août 1875.
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internauteRecueil : PoussièresÀ qui rêves-tu
À qui rêves-tu si tu rêves,
Front bombé que j'adore et voudrais entr'ouvrir,
Entr'ouvrir d'un baiser pénétrant comme un glaive,
Pour voir si c'est à moi, — que tu fais tant souffrir !
O front idolâtré, mais fermé, — noir mystère,
Plus noir que ces yeux noirs qui font la Nuit en moi,
Et dont le sombre feu nourrit et désespère
L'amour affreux que j'ai pour toi !Je n'ai su jamais si tu penses,
Si tu sens, — si ton cœur bat comme un autre cœur,
Et s'il est quelque chose au fond de ton silence
Obstinément gardé, cruellement boudeur !Non ! je n'ai jamais su s'il était dans ton âme
Une place où plus tard pût naître un sentiment,
Ou si tu dois rester une enfant, quoique femme,
Une enfant ! pas même ! — un néant !Un néant qui semble la vie !
Mais qui fait tout oser aux cœurs comme le mien ;
Car l'être inanimé qu'on aime, nous défie !
On brûlerait le marbre en l'aimant ! — Mais le rien ! !
Le rien vêtu d'un corps *
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Antonin ArtaudRecueil : Tric Trac du cielAmour
Et l'amour ? Il faut nous laver
De cette crasse héréditaire
Où notre vermine stellaire
Continue à se prélasserL'orgue, l'orgue qui moud le vent
Le ressac de la mer furieuse
Sont comme la mélodie creuse
De ce rêve déconcertantD'Elle, de nous, ou de cette âme
Que nous assîmes au banquet
Dites-nous quel est le trompé
O inspirateur des infâmesCelle qui couche dans mon lit
Et partage l'air de ma chambre
Peut jouer aux dés sur la table
Le ciel même de mon esprit- 1
Antonin ArtaudRecueil : L'Ombilic des LimbesL’amour sans trêve
Ce triangle d'eau qui a soif
cette route sans écriture
Madame, et le signe de vos mâtures
sur cette mer où je me noieLes messages de vos cheveux
le coup de fusil de vos lèvres
cet orage qui m'enlève
dans le sillage de vos yeux.Cette ombre enfin, sur le rivage
où la vie fait trêve, et le vent,
et l'horrible piétinement
de la foule sur mon passage.Quand je lève les yeux vers vous
on dirait que le monde tremble,
et les feux de l'amour ressemblent
aux caresses de votre époux.- 1
Louise de VilmorinRecueil : Solitude, ô mon éléphantUn rire sur mes maux
Mon beau petit oiseau, mon enfant sur ma tombe
Qu'elle est pâle la nuit, qu'il est doux le berceau
De tes bras, de ton cœur, de ton regard d'où tombent
Des larmes sur ma vie, un rire sur mes maux.Mon enfant sur ma tombe, en regardant la route
Je vois partout l'empreinte et le rythme passé
De ton pas, mon voisin, l'ami de tous mes doutes
Et ton regard empli de l'amour trépassé.Qu'il fut doux le berceau d'où je sortis vivante,
Humide et fraîche enfant d'un destin déjà mort ;
Tu me fis naître tard sur la route savante
Où cherchant notre paix nous trouvions le remords.- 7
Louise de VilmorinRecueil : Solitude, ô mon éléphantLe baiser de ta voix
Dans ta voix ce qui m'émerveille
Et me fait rime de ton temps
C'est ton baiser à mon oreille
Et c'est le rêve qui m'attend
Dès les moments où je m'éveille.Je t'aime d'amour innocent,
Je ne suis rien voulant tout être,
Je suis la pluie et le beau temps,
Je suis le tulle à ta fenêtre,
Je suis-je ne sais pas comment.Mais si tu voulais me connaître,
Mais si tu voulais m'emmener
Vers tout ce qui peut m'apparaître
Dans notre amour tôt condamné
Par tes ailleurs et tes peut-être,Je te dirais : « Plutôt finir. »
Dans le présent de tes journées
Vois en moi la fleur à cueillir,
Et vois la fleur abandonnée
Par le destin de tes plaisirs.- 3
Louise de VilmorinRecueil : Solitude, ô mon éléphantChâteau de ma présence
Château des souvenirs
Où l'heure m'est lointaine,
Où l'amour se promène,
Dont j'entends les soupirs
Tout au long des semaines,Château du « Revois tout »,
Château de ma présence,
L'amour encore y danse
Et me tient par le cou
Car je vivais d'avance.- 2
Louise de VilmorinRecueil : Les Lettres françaisesÀ Roger Nimier
L'amour est imposant que laisse la personne
Dont la mort prend le nom qui nous appartenait.
Le sanglot dans le sang monte au cœur et couronne
L'absent d'une présence où la vie apparaît.Fugitif, à demain ! Distance n'est mortelle
Qu'aux yeux de l'insensé. Je te garde enlacé,
Mon taquin, mon plus doux que la douceur réelle,
Aux rives d'à présent je m'en vais te bercer.Tu te promèneras, éloquent ou silence,
Comme tu le voulais. Ta prunelle en mon œil
Vivra de tes regards dont je porte le deuil.Sur tes chemins secrets, cherchant ta préférence,
Je te redonnerai la vie à chaque pas.
Et tu vivras par moi ce que je ne sais pas.
1962- 0
Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierSouvenir et plaisir
Souvenir et plaisir ne font pas bon ménage,
Vois déferler les pleurs au revers des beaux jours,
Vois au flot du regret la parure baignée,
L'écharpe de minuit de sanglots imprégnée,
Vois le baiser qui cherche à rejoindre l'amour
Et l'amour s'enivrer de nos larmes sauvages.1945
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierMétamorphoses
Violon hippocampe et sirène
Berceau des cœurs, cœur et berceau
Larmes de Marie-Madeleine
Souper d'une Reine
Sanglot.Violon orgueil des mains légères
Départ à cheval sur les eaux
Amour chevauchant le mystère
Voleur en prière
Oiseau.Violon alcool de l'âme en peine
Préférence. Muscle du soir
Épaule des saisons soudaines
Feuille de chêne
Miroir.Violon femme morganatique
Chat botté courant la forêt
Puits des vérités lunatiques
Confession publique
Corset.
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