1. Delfica

    La connais-tu, Dafné, cette ancienne romance
    Au pied du sycomore, ou sous les lauriers blancs,
    Sous l’olivier, le myrte, ou les saules tremblants
    Cette chanson d’amour qui toujours recommence ?

    Reconnais-tu le TEMPLE au péristyle immense,
    Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents,
    Et la grotte, fatale aux hôtes imprudents,
    Où du dragon vaincu dort l’antique semence ? ..

    Ils reviendront, ces Dieux que tu pleures toujours !
    Le temps va ramener l’ordre des anciens jours ;
    La terre a tressailli d’un souffle prophétique

    Cependant la sibylle au visage latin
    Est endormie encor sous l’arc de Constantin
    - Et rien n’a dérangé le sévère portique.

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 1
  2. Caligula – Ier chant

    L’hiver s’enfuit ; le printemps embaumé
    Revient suivi des Amours et de Flore ;
    Aime demain qui n’a jamais aimé,
    Qui fut amant, demain le soit encore !

    Hiver était le seul maître des temps,
    Lorsque Vénus sortit du sein de l’onde ;
    Son premier souffle enfanta le printemps,
    Et le printemps fit éclore le monde.

    L’été brûlant a ses grasses moissons,
    Le riche automne a ses treilles encloses,
    L’hiver frileux son manteau de glaçons,
    Mais le printemps a l’amour et les roses.

    L’hiver s’enfuit, le printemps embaumé
    Revient suivi des Amours et de Flore ;
    Aime demain qui n’a jamais aimé,
    Qui fut amant, demain le soit encore !

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 1
  3. A J.-Y. Colonna

    La connais-tu, Daphné, cette vieille romance
    Au pied du sycomore ou sous les mûriers blancs,
    Sous l’olivier plaintif, ou les saules tremblants,
    Cette chanson d’amour, qui toujours recommence ?

    Reconnais-tu le Temple au péristyle immense,
    Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents,
    Et la grotte fatale aux hôtes imprudents
    Où du serpent vaincu dort la vieille semence ?

    Sais-tu pourquoi, là-bas, le volcan s’est rouvert ?
    C’est qu’un jour nous l’avions touché d’un pied agile,
    Et de sa poudre au loin l’horizon s’est couvert !

    Depuis qu’un Duc Normand brisa vos dieux d’argile,
    Toujours sous le palmier du tombeau de Virgile
    Le pâle hortensia s’unit au laurier vert.

    Gérard de NervalRecueil : Les chimères
    • 0
  4. Un amour de jupe

    À la comtesse de P

    Seulement !

    Si mon cœur faisait ses mémoires
    Je crois que j'y mettrais ceci :
    « Elle avait des dentelles noires
    « Avec un jupon cramoisi. »

    C'était ravissant ! — Les donzelles
    De ce soir et de ce salon,
    Se pâmaient devant ces dentelles
    Mais, moi, j'aimais mieux le jupon.


    Lire le poème "Un amour de jupe" en entier
    (il reste 10 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 6
  5. Treize ans

    Elle avait dix-neuf ans. Moi, treize. Elle était belle ;
    Moi, laid. Indifférente, ? et moi je me tuais
    Rêveur sombre et brûlant, je me tuais pour elle.
    Timide, concentré, fou, je m'exténuais
    Mes yeux noirs et battus faisaient peur à ma mère ;
    Mon pâle front avait tout à coup des rougeurs
    Qui me montaient du cœur comme un feu sort de terre !
    Je croyais que j'avais deux cœurs.

    Un n'était pas assez pour elle. Ma poitrine
    Semblait sous ces deux cœurs devoir un jour s'ouvrir
    Et les jeter tous deux sous sa fière bottine,
    Pour qu'elle pût fouler mieux aux pieds son martyr !

    Ô de la puberté la terrible démence !
    Qui ne les connut pas, ces amours de treize ans ?
    Solfatares du cœur qui brûlent en silence,
    Embrasements, étouffements !

    Je passais tous mes jours à ne regarder qu'elle
    Et le soir, mes deux yeux, fermés comme deux bras,
    L'emportaient, pour ma nuit, au fond de leur prunelle
    Ah ! le regard fait tout, quand le cœur n'ose pas !
    Le regard, cet oseur et ce lâche, en ses fièvres,
    Sculpte le corps aimé sous la robe, à l'écart
    Notre cœur, nos deux mains, et surtout nos deux lèvres,
    Nous les mettons dans un regard !


    Lire le poème "Treize ans" en entier
    (il reste 11 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 4
  6. Te souviens-tu ?

    Te souviens-tu du soir, où près de la fenêtre
    Ouverte d'un salon plein de joyeux ébats,
    Tu n'avais pas seize ans les avais-tu ? peut-être
    Sous le rideau tombé, nous nous parlions tout bas ?
    Ce n'était pas l'amour que t'exprimait ma bouche,
    Mon cœur était trop vieux, trop glacé, trop hautain
    Pour parler à ton cœur ; mais, prophète farouche,
    Je te prédisais ton destin.

    Et toi, tu m'écoutais, sur la barre accoudée ;
    Tu me montrais ta nuque, en me cachant ton front,
    Et tu restais muette à la cruelle idée
    De ce premier amour qui, t'ayant possédée,

    Deviendra mon dernier affront !
    Nuit, ciel, jardin, massifs, dehors tout était sombre,
    Et tu regardais dans ce noir.
    Mais ton cœur de seize ans avait encor plus d'ombre
    Et là, comme dehors, tu ne pouvais rien voir !

    Mais moi, moi j'y voyais ! mes yeux perçaient le voile
    Qui te cachait ton avenir,
    Et je voyais au loin monter l'affreuse étoile
    De ce premier amour qui pour toi doit venir !
    Je te disais alors : « Il va bientôt paraître
    Celui-là qui prendra d'autorité vos jours !
    Mais moi qui ne veux pas vous voir subir un maître,
    J'aurai disparu pour toujours ! »


    Lire le poème "Te souviens-tu ?" en entier
    (il reste 2 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  7. Sur son album

    À Armance.

    Vous voulez donc que sur la blanche page,
    Fruits d'un arbre flétri, soient écrits quelques vers ?
    Oh ! pourquoi votre cœur n'a-t-il pas pour image
    Ces candides feuillets à mes regrets ouverts !
    J'essaierais d'y tracer peut-être avec délices
    Le doux mot qu'en raillant vous dites chaque jour ;
    Mais votre cœur, hélas ! est si plein de caprices
    Que la place y manque à l'amour !

    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 0
  8. Si j’avais, sous ma mantille

    Si j'avais, sous ma mantille,
    Cet œil gris de lin,
    Et cette svelte cheville
    Dans mon svelte brodequin ;

    Si j'avais ta morbidesse,
    Tes cheveux dorés,
    Retombant en double tresse
    Jusque sur mes reins cambrés !

    Si j'avais, ô ma pensée,
    Dans mon corset blanc,
    Ta blonde épaule irisée
    D'un duvet étincelant !

    .
    .
    .
    .


    Lire le poème "Si j’avais, sous ma mantille" en entier
    (il reste 10 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 0
  9. Si tu pleures jamais

    Si tu pleures jamais, que ce soit en silence ;
    Si l'on te voit pleurer, essuie au moins tes pleurs !
    Car tu ne peux trouver au fond de ta souffrance
    Le calme fier qui naît des injustes douleurs.

    Non ! tu ne le peux pas. Si ta vie est brisée,
    Qui me brisa le cœur où tu vivais ? Dis-moi,
    Dis-moi qui l'a voulu, si je t'ai délaissée ?
    Tes pleurs amers et vains n'accuseraient que toi !

    Les femmes sont ainsi ! Que je t'eusse trahie,
    Tu reviendrais m'offrir à genoux mon pardon.
    Si tu m'aimais, pourquoi cette triste folie
    D'implorer de l'amour la fuite et l'abandon ?

    Mon orgueil t'obéit sans risquer un murmure.
    A ce monde sans cœur je cache mes regrets ;
    Sous un dédain léger je voile ma torture,
    Et si bien — que toi-même aussi t'y tromperais !


    Lire le poème "Si tu pleures jamais" en entier
    (il reste 3 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 12
  10. Oh ! pourquoi voyager ?

    « Oh ! pourquoi voyager ? » as-tu dit. C'est que l'âme
    Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;
    C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,
    Qui, nos amours éteints, survit à nos amours !
    C'est qu'on est mal ici ! ? Comme les hirondelles,
    Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ;
    C'est qu'à nos cœurs, mon Dieu ! vous avez mis des ailes.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que le cœur hennit en pensant aux voyages,
    Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ;
    C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages
    Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend ;

    Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme
    Qui cherche son pays perdu ? dans l'avenir ;
    C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,
    Qui vivais près de nous et couchais sur nos cœurs,
    Tu n'as pas su dompter cette force rebelle
    Qui nous jeta vers toi pour nous pousser ailleurs !
    Tu n'as plus de mystère au fond de ton sourire,
    Nous le connaissons trop pour jamais revenir ;
    La chaîne des baisers se rompt, ? l'amour expire
    Voilà pourquoi je veux partir !


    Lire le poème "Oh ! pourquoi voyager ?" en entier
    (il reste 11 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 8
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