Louise de VilmorinRecueil : L'Alphabet des aveuxL’œil et l’oeillet
L'œillet grenat et l'oeillet mauve
Dans la chambre des jours heureux
De leur parfum font une alcôve
Pour mon amour dont l'œil est bleu.L'œillet grenat et l'oeillet rose
À l'heure où le baiser se prend
Parfument la main que je pose
Sur mon amour dont l'œil est grand.Si de mon amour l'œil est triste
L'œillet mauve et l'œillet grenat
En leur parfum qui tant insisteRaniment l'heure qui sonna
Et le geste qui vient se rendre
À mon amour dont l'œil est tendre.
Lire le poème "L’œil et l’oeillet" en entier
(il reste 1 strophes à lire)- 0
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireViolon
Couple amoureux aux accents méconnus
Le violon et son joueur me plaisent.
Ah ! j'aime ces gémissements tendus
Sur la corde des malaises.
Aux accords sur les cordes des pendus
À l'heure où les Lois se taisent
Le cœur en forme de fraise
S'offre à l'amour comme un fruit inconnu.
1939- 0
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireL’hirondelle
« Je n'irai plus aux bois
d'Afrique
Où dansent tous les rois
de pique. »La dernière hirondelle
se meurt
Elle bat de ses ailes
son cœur.
Du fil télégraphique
désert
Où tremble une musique
d'hiver
Elle crie et appelle
ses sœurs :
« Au secours hirondelles
j'ai peur. »
Mais sa voix trop petite
se perd
Dans le vent qui agite
la mer.
Elle entend un message
d'amant
Passer en son plumage
mourant.
La parole est oiseau
comme elle
Qui pose au manteau
des belles.
« Ton Paul t'aime et t'adore
toujours,
Il pense à nos aurores
d'amour. »
Ah ! beau ciel de paroles
rempli
Toutes les bouches volent
la nuit.
Paupières de voyage
en pleurs
Elle prend le message
et meurt.
Orages de tendresse
l'oiseau
Se console ou se blesse
aux mots.
La dernière hirondelle
est là
Inerte sous son aile
qui bat.Et moi je suis debout à la fenêtre
Je vois l'hirondelle à terre et pourtant
Je ne pense qu'à celui que j'attends
Celui qui m'aime et me dira peut-être :« Viens avec moi aux bois
d'Afrique
Où dansent tous les rois
de pique. »
Lire le poème "L’hirondelle" en entier
(il reste 1 strophes à lire)- 4
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireLe châle
Assise sur la plaine
Elle tissait le soir
Le châle de mes peines
Du fil de mes espoirs.Mes mains chaudes et mains moites
Blancs oiseaux passagers
J'aimais ses mains étroites
Sur mon cœur en danger.J'aimais que son visage
Mît mes jours en péril
Et risquer mon courage
Aux traits de son profil.La faute originelle
Plantée en son bel œil
Fleurissait sa prunelle :
Couronne de mon deuil.
Lire le poème "Le châle" en entier
(il reste 6 strophes à lire)- 0
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireLa lune
Prenant l'amour à son image,
La lune brise au fil de l'eau
Les amants pris au fil de l'âge
Et leur indique les roseaux.Les roseaux hantés de suicide
Et le dessein de belle mort
Fixé aux profondeurs liquides
Où se perd le plongeur de sort.1939
- 3
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireHabillée au goût du bonheur
Habillée au goût du bonheur
Elle traversa mes années
Sans jamais parler du bonheur.
Et le soir cheminant l'allée,
Cheminant les sentiers des lièvres,
Elle disait de petits mots
Qui s'en allaient hors de ses lèvres
Comme l'eau frisée du ruisseau
Qui coupait en deux nos journées.Passant le pont, penchée vers l'eau,
Penchée vers l'eau que disait-elle ?
« Tous les oiseaux battent de l'aile
Quand le courant tire le ciel.
Chaque poisson est un oiseau
Tombé d'amour, tombé à l'eau
Pendant les messes de Noël. »Habillée au goût du bonheur
Elle traversait la prairie
En berçant un bouquet de fleurs,
Un bouquet de Vierge Marie
Qui était lourd comme un enfant.
Enfant fleuri en ses bras blancs,
Petites filles endormies
Qu'elle apportait à la maison,
Amour en chapeau de prairie
Aux couleurs de chaque saison.En traversant notre prairie
Elle disait, berçant les fleurs :
« Les moutons de la bergerie
Ont fui les armes du malheur
Et moutonnent au ciel d'orage.
Dès que s'annonce le danger
Chaque mouton devient nuage,
Nuages de moutons légers
Partis au vent, haut sur la côte,
Lorsque s'éloigne le berger
Pour la messe de Pentecôte. »
Lire le poème "Habillée au goût du bonheur" en entier
(il reste 3 strophes à lire)- 1
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireJ’ai la toux dans mon jeu
J'ai la toux dans mon jeu,
C'est ainsi que je gagne
Les cœurs aventureux
Qui battent la campagne.Appuyés à mon lit
Que secouent mes morts feintes
Des jeunes gens pâlis
Se pâment à mes quintes.Toujours prêts aux adieux,
Car je suis fée d'automne,
Ils prennent à mon jeu
La mort que la toux donne.Ils saisissent les fleurs
Dont j'ai la bouche pleine,
La bouche à mes couleurs
Et les fleurs de mes veines,
Lire le poème "J’ai la toux dans mon jeu" en entier
(il reste 4 strophes à lire)- 0
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireFleurs
Fleurs promises, fleurs tenues dans tes bras,
Fleurs sorties des parenthèses d'un pas,
Qui t'apportait ces fleurs l'hiver
Saupoudrées du sable des mers ?
Sable de tes baisers, fleurs des amours fanées
Les beaux yeux sont de cendre et dans la cheminée
Un cœur enrubanné de plaintes
Brûle avec ses images saintes.
1939- 0
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireFiançailles pour rire
Amants et séducteurs de belles imprudentes
Dans les chambres perdues passagers d'une nuit,
Le sort aux mille doigts vous indique la plante
Qui grimpe son conseil des jardins jusqu'aux lits.Captifs de l'enfance, vous rêviez d'être Princes
Battant monnaie d'amour au battement des cœurs,
Lorsque vous regardiez passer dans la province
Les robes du hasard qui portaient vos couleurs.Volants volant, belles robes sans pieds ni têtes,
Cortège de dentelle aux lisières des bois,
J'ai beaucoup de ces robes pour un soir de fête,
Beaucoup de rêves à déshabiller en moi.Ah ! rêves en gants blancs, ma main tourne une page :
Elle est noire d'ennui. Ah ! rêves en gants noirs,
Je tourne une page : Roi de cœur en voyage.
À la tour de l'adieu l'oiseau pose un mouchoir.
Lire le poème "Fiançailles pour rire" en entier
(il reste 12 strophes à lire)- 5
Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireAmour
Une petite plage où l'on ne rit pas
Où personne ne passe :
C'est l'amour.L'ombre non plus n'y chasse
De bras en bras
Un autre jour.Pas de fausses mésanges
Mais au loin
Une petite îleComme une meule de foin,
Et sous l'aile d'un ange
Deux anges immobiles.
1939- 0