François-René de ChateaubriandRecueil : Poésies diversesLes Alpes ou l’Italie
Donc reconnaissez-vous au fond de vos abîmes
Ce voyageur pensif,
Au cœur triste, aux cheveux blanchis comme vos cimes,
Au pas lent et tardif ?Jadis de ce vieux bois, où fait une eau limpide,
Je sondais l’épaisseur
Hardi comme un aiglon, comme un chevreuil rapide,
Et gai comme un chasseur.Alpes, vous n’avez point subi mes destinées !
Le temps ne vous peut rien;
Vos fronts légèrement ont porté les années
Qui pèsent sur le mien.Pour la première fois, quand, rempli d’espérance,
Je franchis vos remparts,
Ainsi que l’horizon, un avenir immense
S’ouvrait à mes regards.
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François-René de ChateaubriandRecueil : Poésies diversesBallade de l’Abencérage
Le roi don Juan
Un jour chevauchant
Vit sur la montagne
Grenade d’Espagne ;
Il lui dit soudain :
Cité mignonne,
Mon cœur te donne
Avec ma main.Je t’épouserai,
Puis apporterai
En dons à ta ville
Cordoue et Séville.
Superbes atours
Et perles fines
Je te destine
Pour nos amours.Grenade répond :
Grand roi de Léon,
Au Maure liée,
Je suis mariée.
Garde tes présents :
J’ai pour parure
Riche ceinture
Et beaux enfants.Ainsi tu disais ;
Ainsi tu mentais.
O mortelle injure !
Grenade est parjure !
Un chrétien maudit
D’Abencerage
Tient l’héritage :
C’était écrit !
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François-René de ChateaubriandRecueil : Poésies diversesÀ Lydie
(Imitation d'Alcée, poète grec)
Lydie, es-tu sincère ? Excuse mes alarmes :
Tu t’embellis en accroissant mes feux ;
Et le même moment qui t’apporte des charmes
Ride mon front et blanchit mes cheveux.Au matin de tes ans, de la foule chérie,
Tout est pour toi joie, espérance, amour ;
Et moi, vieux voyageur, sur ta route fleurie
Je marche seul et vois finir le jour.Ainsi qu’un doux rayon quand ton regard humide
Pénètre au fond de mon cœur ranimé,
J’ose à peine effleurer d’une lèvre timide
De ton beau front le voile parfumé.
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Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesUne femme est l’amour
Une femme est l’amour, la gloire et l’espérance ;
Aux enfants qu’elle guide, à l’homme consolé,
Elle élève le coeur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.Courbé par le travail ou par la destinée,
L’homme à sa voix s’élève et son front s’éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son coeur s’adoucit.Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :
Bien longtemps à l’attendre il faut se résigner.
Mais qui n’aimerait pas, dans sa grâce sereine,
La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?- 37
Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesRésignation
Quand les feux du soleil inondent la nature,
Quand tout brille à mes yeux et de vie et d’amour,
Si je vois une fleur qui s’ouvre, fraîche et pure,
Aux rayons d’un beau jour ;Si des troupeaux joyeux bondissent dans la plaine,
Si l’oiseau chante au bois où je vais m’égarer,
Je suis triste et de deuil me sens l’âme si pleine
Que je voudrais pleurer.Mais quand je vois sécher l’herbe de la prairie,
Quand la feuille des bois tombe jaune à mes pieds,
Quand je vois un ciel pâle, une rose flétrie
En rêvant je m’assieds.Et je me sens moins triste et ma main les ramasse,
Ces feuilles, ces débris de verdure et de fleurs.
J’aime à les regarder, ma bouche les embrasse
Je leur dis : O mes soeurs !
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Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesMélodie irlandaise
(Imitée de Thomas Moore)
Le soleil du matin commençait sa carrière,
Je vis près du rivage une barque légère
Se bercer mollement sur les flots argentés.
Je revins quand la nuit descendait sur la rive :
La nacelle était là, mais l’onde fugitive
Ne baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.Et voilà notre sort ! au matin de la vie
Par des rêves d’espoir notre âme poursuivie
Se balance un moment sur les flots du bonheur ;
Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre,
L’onde qui nous portait se retire, et dans l’ombre
Bientôt nous restons seuls en proie à la douleur.Au déclin de nos jours on dit que notre tête
Doit trouver le repos sous un ciel sans tempête ;
Mais qu’importe à mes voeux le calme de la nuit !
Rendez-moi le matin, la fraîcheur et les charmes ;
Car je préfère encor ses brouillards et ses larmes
Aux plus douces lueurs du soleil qui s’enfuit.
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Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesLe ballet des heures
(Le Dieu Pan parle)
Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses
Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;
Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses
Et ne les donner qu’à l’amour.Ainsi que de l’éclair, rien ne reste de l’heure,
Qu’au néant destructeur le temps vient de donner ;
Dans son rapide vol embrassez la meilleure,
Toujours celle qui va sonner.Et retenez-la bien au gré de votre envie,
Comme le seul instant que votre âme rêva ;
Comme si le bonheur de la plus longue vie
Était dans l’heure qui s’en va.
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Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesMélodie
(Imitée de Thomas Moore)
Quand le plaisir brille en tes yeux
Pleins de douceur et d’espérance,
Quand le charme de l’existence
Embellit tes traits gracieux, -Bien souvent alors je soupire
En songeant que l’amer chagrin,
Aujourd’hui loin de toi, peut t’atteindre demain,
Et de ta bouche aimable effacer le sourire ;
Car le Temps, tu le sais, entraîne sur ses pas
Les illusions dissipées,
Et les yeux refroidis, et les amis ingrats,
Et les espérances trompées !Mais crois-moi, mon amour ! tous ces charmes naissants
Que je contemple avec ivresse,
S’ils s’évanouissaient sous mes bras caressants,
Tu conserverais ma tendresse !
Si tes attraits étaient flétris,
Si tu perdais ton doux sourire,
La grâce de tes traits chéris
Et tout ce qu’en toi l’on admire,
Va, mon coeur n’est pas incertain :
De sa sincérité tu pourrais tout attendre.
Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,
S’enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre !
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Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesLaisse-moi !
Non, laisse-moi, je t’en supplie ;
En vain, si jeune et si jolie,
Tu voudrais ranimer mon coeur :
Ne vois-tu pas, à ma tristesse,
Que mon front pâle et sans jeunesse
Ne doit plus sourire au bonheur ?Quand l’hiver aux froides haleines
Des fleurs qui brillent dans nos plaines
Glace le sein épanoui,
Qui peut rendre à la feuille morte
Ses parfums que la brise emporte
Et son éclat évanoui !Oh ! si je t’avais rencontrée
Alors que mon âme enivrée
Palpitait de vie et d’amours,
Avec quel transport, quel délire
J’aurais accueilli ton sourire
Dont le charme eût nourri mes jours.Mais à présent, Ô jeune fille !
Ton regard, c’est l’astre qui brille
Aux yeux troublés des matelots,
Dont la barque en proie au naufrage,
A l’instant où cesse l’orage
Se brise et s’enfuit sous les flots.
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Gérard de NervalRecueil : Poésies diversesA Victor Hugo
qui m’avait donné son livre du Rhin
De votre amitié, maître, emportant cette preuve
Je tiens donc sous mon bras « le Rhin ». – J’ai l’air d’un fleuve
Et je me sens grandir par la comparaison.Mais le Fleuve sait-il lui pauvre Dieu sauvage
Ce qui lui donne un nom, une source, un rivage,
Et s’il coule pour tous quelle en est la raison.Assis au mamelon de l’immense nature,
Peut-être ignore-t-il comme la créature
D’où lui vient ce bienfait qu’il doit aux Immortels :
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(il reste 1 strophes à lire)- 6