Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierMercredi des Cendres
J'irai bien volontiers, le Mercredi des Cendres,
Effaçant de ton front l'annonce du trépas,
Te porter la mort lente à l'abri de mes bras.J'irai bien volontiers, le Mercredi des Cendres,
Te donner cette mort que l'amour fait attendre.1945
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierLe manteau
Ce n'est pas de gaîté qu'est tissé ce manteau
C'est mon manteau de guerre lasse.
La patience y posa ses guipures tenaces,
L'amour fuyant m'en fit cadeau.1945
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierLa solitude est verte
Chasseresse ou dévote ou porteuse de dons
La solitude est verte en des landes hantées
Comme chansons du vent aux provinces chantées
Comme le souvenir lié à l'abandon.La solitude est verte.
Verte comme verveine au parfum jardinier
Comme mousse crépue au bord de la fontaine
Et comme le poisson messager des sirènes,
Verte comme la science au front de l'écolier.La solitude est verte.
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(il reste 3 strophes à lire)- 6
Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierLe corset
La belle femme en son corset,
Vive comme un poisson dans l'onde,
Lasse et délasse tes projets,
T'offre la clef d'un nouveau monde
Ferme les yeux et disparaît.Son corset est l'armure ancienne
Où se cache ce qui te plaît.
C'est le château, c'est la persienne,
C'est le rempart et le coffret
Où tes désirs vont et reviennent.Refusant ce qu'elle promet,
Retenant l'amour qui se sauve,
Est-ce une femme ou un brochet
En coutil blanc lacé de mauve ?
Est-ce une femme ou un corset ?1945
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierAu jardin
Au jardin dans le coin des pensées
Mes amours se sont dépensées
Simples et graves comme ces fleurs
Portant leurs visages aux coeurs.
Dans ma main que le baiser tourmente
Repose mon profil d'amante.
Mon profil, mon profil est cueilli.
Bouquet de visage a vieilli.1945
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierLa maison des enfants
La maison des enfants
Est livrée au grand vent
Leurs chambres sont désertes.
Le grand vent du matin
Ne dénoue au jardin
Nul ruban de soie verte.Plus de mots hésitants
Et plus de compliments
Au midi de ma fête
Et plus de petits pas,
Plus de secrets tout bas
Ni de cris à tue-tête.Loin de moi grandissez
Enfants de mon passé
Qui vivez en voyage,
Puis venez à mon cœur
Fontaine de mes pleurs
Y puiser votre image.Usez de mon amour.
Votre jour est toujours
L'objet de mon envie.
Revenez à mes bras,
Ne vous éloignez pas
Du sein de votre vie.
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(il reste 6 strophes à lire)- 8
Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierAmours secrètes
Fragile en son châle rose
Que la brise délia,
Sous la glycine repose
La Dame aux camélias.Rêve, rêve
Fatigué de perdre haleine,
Las des ombres de satin
Et des nuits de prétentaine
Don Juan s'endort enfin.Songe, songe
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierAdieux
Les mots sont dits, les jeux sont faits
Toutes couleurs toutes mesures,
Le danger cueille son bouquet,
Aux falaises de l'aventure
Je ne reviendrai plus jamais.Adieu chapeau de Capitaine
Adieu gais écheveaux du vent,
Astre du Nord, étoile vaine,
Un baiser est au firmament
Des jardins où je me promène.Adieu bateaux au jour défaits,
L'heure attendue est bien venue,
L'amour me choisit mes secrets.
À la tour des peines perdues
Je ne monterai plus jamais.1945
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Louise de VilmorinRecueil : L'Alphabet des aveuxPlus jamais
Plus jamais de chambre pour nous,
Ni de baisers à perdre haleine
Et plus jamais de rendez-vous
Ni de saison, d’une heure à peine,
Où reposer à tes genoux.Pourquoi le temps des souvenirs
Doit-il me causer tant de peine
Et pourquoi le temps du plaisir
M’apporte-t-il si lourdes chaînes
Que je ne puis les soutenir ?Rivage, oh ! rivage où j’aimais
Aborder le bleu de ton ombre,
Rives de novembre ou de mai
Où l’amour faisait sa pénombre
Je ne vous verrai plus jamais.Plus jamais. C'est dit. C’est fini
Plus de pas unis, plus de nombre,
Plus de toit secret, plus de nid,
Plus de lèvres où fleurit et sombre
L’instant que l’amour a béni.
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(il reste 5 strophes à lire)- 2
Louise de VilmorinRecueil : L'Alphabet des aveuxPassionnément
Je l'aime un peu, beaucoup, passionnément,
Un peu c'est rare et beaucoup tout le temps.
Passionnément est dans tout mouvement :
Il est caché sous cet : un peu, bien sage
Et dans : beaucoup il bat sous mon corsage.
Passionnément ne dort pas davantage
Que mon amour aux pieds de mon amant
Et que ma lèvre en baisant son visage.1954
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