1. Prière de Socrate

    O toi dont le pouvoir remplit l’immensité,
    Suprême ordonnateur de ces célestes sphères
    Dont j’ai voulu jadis, en ma témérité,
    Calculer les rapports et sonder les mystères ;
    Esprit consolateur, reçois du haut du ciel
    L’unique et pur hommage
    D’un des admirateurs de ton sublime ouvrage,
    Qui brûle de rentrer en ton sein paternel !

    Un peuple entier, guidé par un infâme prêtre,
    Accuse d’être athée et rebelle à la foi
    Le philosophe ardent qui seul connaît ta loi,
    Et bientôt cesserait de l’être,
    S’il doutait un moment de toi.

    Eh ! comment, voyant l’ordre où marche toute chose,
    Pourrais-je, en admirant ces prodiges divers,
    Cet éternel flambeau, ces mondes et ces mers,
    En admettre l’effet, en rejeter la cause ?

    Oui, grand Dieu, je te dois le bien que j’ai goûté,
    Et le bien que j’espère ;
    A m’appeler ton fils j’ai trop de volupté
    Pour renier mon père.


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    Gérard de NervalRecueil : Poésies de jeunesse
    • 4
  2. Le Temps

    Ode

    I

    Le Temps ne surprend pas le sage ;
    Mais du Temps le sage se rit,
    Car lui seul en connaît l’usage ;
    Des plaisirs que Dieu nous offrit,
    Il sait embellir l’existence ;
    Il sait sourire à l’espérance,
    Quand l’espérance lui sourit.

    II


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    Gérard de NervalRecueil : Poésies de jeunesse
    • 14
  3. L’enfance

    Qu’ils étaient doux ces jours de mon enfance
    Où toujours gai, sans soucis, sans chagrin,
    je coulai ma douce existence,
    Sans songer au lendemain.
    Que me servait que tant de connaissances
    A mon esprit vinssent donner l’essor,
    On n’a pas besoin des sciences,
    Lorsque l’on vit dans l’âge d’or !
    Mon coeur encore tendre et novice,
    Ne connaissait pas la noirceur,
    De la vie en cueillant les fleurs,
    Je n’en sentais pas les épines,
    Et mes caresses enfantines
    Étaient pures et sans aigreurs.
    Croyais-je, exempt de toute peine
    Que, dans notre vaste univers,
    Tous les maux sortis des enfers,
    Avaient établi leur domaine ?

    Nous sommes loin de l’heureux temps
    Règne de Saturne et de Rhée,
    Où les vertus, les fléaux des méchants,
    Sur la terre étaient adorées,
    Car dans ces heureuses contrées
    Les hommes étaient des enfants.

    (1822)

    Gérard de NervalRecueil : Poésies de jeunesse
    • 16
  4. A Béranger

    Ode

    Des chants, voilà toute sa vie !
    Ainsi qu’un brouillard vaporeux,
    Le souffle animé de l’envie
    Glissa sur son coeur généreux
    Toujours sa plus chère espérance
    Rêva le bonheur de la France ;
    Toujours il respecta les lois
    Mais les haines sont implacables,
    Et sur le banc des vils coupables
    La vertu s’assied quelquefois.

    Qu’a-t-il fait ? pourquoi le proscrire ?
    Ah ! c’est encor pour des chansons :
    Courage ! étouffez la satire,
    Au lieu d’écouter ses leçons.
    Quand une secte turbulente,
    Levant sa tête menaçante,
    Brave les décrets souverains,
    Vous restez muets, sans vengeance,
    Et vous n’usez de la puissance
    Que pour combattre des refrains

    Ô Béranger ! muse chérie !
    Toi dont la voix unit toujours
    Le souvenir de la patrie
    Au souvenir de tes amours,
    Tendre ami, poète sublime,
    Du pouvoir jaloux qui t’opprime
    Tes nobles chants seront vainqueurs ;
    Car ils parlent de notre gloire,
    Et, comme un récit de victoire,
    Ils ont fait palpiter nos coeurs.
    Un jour viendra, la France émue
    Rendra justice à tes vertus ;
    On verra surgir ta statue
    Mais alors tu ne seras plus !


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    Gérard de NervalRecueil : Odes et poèmes
    • 0
  5. Vers dorés

    Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
    Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

    Respecte dans la bête un esprit agissant :
    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
    Un mystère d’amour dans le métal repose :
    « Tout est sensible ! » – Et tout sur ton être est puissant !

    Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie
    A la matière même un verbe est attaché
    Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

    Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
    Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
    Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 9
  6. Pensée de Byron

    Élégie

    Par mon amour et ma constance,
    J’avais cru fléchir ta rigueur,
    Et le souffle de l’espérance
    Avait pénétré dans mon coeur ;
    Mais le temps, qu’en vain je prolonge,
    M’a découvert la vérité,
    L’espérance a fui comme un songe
    Et mon amour seul m’est resté !

    Il est resté comme un abîme
    Entre ma vie et le bonheur,
    Comme un mal dont je suis victime,
    Comme un poids jeté sur mon coeur !
    Pour fuir le piège où je succombe,
    Mes efforts seraient superflus ;
    Car l’homme a le pied dans la tombe,
    Quand l’espoir ne le soutient plus.

    J’aimais à réveiller la lyre,
    Et souvent, plein de doux transports,
    J’osais, ému par le délire,
    En tirer de tendres accords.
    Que de fois, en versant des larmes,
    J’ai chanté tes divins attraits !
    Mes accents étaient pleins de charmes,
    Car c’est toi qui les inspirais.


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    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 4
  7. Le Christ aux Oliviers

    I

    Quand le Seigneur, levant au ciel ses maigres bras
    Sous les arbres sacrés, comme font les poètes,
    Se fut longtemps perdu dans ses douleurs muettes,
    Et se jugea trahi par des amis ingrats ;

    Il se tourna vers ceux qui l’attendaient en bas
    Rêvant d’être des rois, des sages, des prophètes
    Mais engourdis, perdus dans le sommeil des bêtes,
    Et se prit à crier : « Non, Dieu n’existe pas ! »

    Ils dormaient. « Mes amis, savez-vous la nouvelle ?
    J’ai touché de mon front à la voûte éternelle ;
    Je suis sanglant, brisé, souffrant pour bien des jours !


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    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 2
  8. Un amour de jupe

    À la comtesse de P

    Seulement !

    Si mon cœur faisait ses mémoires
    Je crois que j'y mettrais ceci :
    « Elle avait des dentelles noires
    « Avec un jupon cramoisi. »

    C'était ravissant ! — Les donzelles
    De ce soir et de ce salon,
    Se pâmaient devant ces dentelles
    Mais, moi, j'aimais mieux le jupon.


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 6
  9. Treize ans

    Elle avait dix-neuf ans. Moi, treize. Elle était belle ;
    Moi, laid. Indifférente, ? et moi je me tuais
    Rêveur sombre et brûlant, je me tuais pour elle.
    Timide, concentré, fou, je m'exténuais
    Mes yeux noirs et battus faisaient peur à ma mère ;
    Mon pâle front avait tout à coup des rougeurs
    Qui me montaient du cœur comme un feu sort de terre !
    Je croyais que j'avais deux cœurs.

    Un n'était pas assez pour elle. Ma poitrine
    Semblait sous ces deux cœurs devoir un jour s'ouvrir
    Et les jeter tous deux sous sa fière bottine,
    Pour qu'elle pût fouler mieux aux pieds son martyr !

    Ô de la puberté la terrible démence !
    Qui ne les connut pas, ces amours de treize ans ?
    Solfatares du cœur qui brûlent en silence,
    Embrasements, étouffements !

    Je passais tous mes jours à ne regarder qu'elle
    Et le soir, mes deux yeux, fermés comme deux bras,
    L'emportaient, pour ma nuit, au fond de leur prunelle
    Ah ! le regard fait tout, quand le cœur n'ose pas !
    Le regard, cet oseur et ce lâche, en ses fièvres,
    Sculpte le corps aimé sous la robe, à l'écart
    Notre cœur, nos deux mains, et surtout nos deux lèvres,
    Nous les mettons dans un regard !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 4
  10. Tu t’en vas

    À ***

    Tu t'en vas, — ce n'est pas ta faute.
    Tu le crois ton Destin. Il part, et tu le suis
    Le cœur navré, dont un jour tu fus l'hôte,
    Sait trop que ce n'est pas ta faute
    Et te pardonne, si tu fuis.

    Va ! je sais trop comme s'achève
    Le rêve que les cœurs épris font ici-bas.
    Je sais trop ce que c'est qu'un rêve,
    Et fût-il beau, comme il s'achève,
    Pour t'en vouloir, — et je ne t'en veux pas !

    Mais du moins va-t'en de ma vie !
    Puisque tu dois partir, ne reviens plus jamais !
    Laisse-moi t'oublier. Oublie
    Et puisque tu ne m'as rien donné d'une amie,
    Emporte avec toi mes regrets !

    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 2
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