Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireJ’ai la toux dans mon jeu
J'ai la toux dans mon jeu,
C'est ainsi que je gagne
Les cœurs aventureux
Qui battent la campagne.Appuyés à mon lit
Que secouent mes morts feintes
Des jeunes gens pâlis
Se pâment à mes quintes.Toujours prêts aux adieux,
Car je suis fée d'automne,
Ils prennent à mon jeu
La mort que la toux donne.Ils saisissent les fleurs
Dont j'ai la bouche pleine,
La bouche à mes couleurs
Et les fleurs de mes veines,
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Pablo NerudaRecueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée18 – Ici je t’aime
Ici je t’aime.
Dans les pins obscurs le vent se démêle.
La lune resplendit sur les eaux vagabondes.
Des jours égaux marchent et se poursuivent.Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.
Une mouette d’argent du couchant se décroche.
Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.Ô la croix noire d’un bateau.
Seul.
Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.
La mer au loin sonne et résonne.
Voici un port.
Ici je t’aime.Ici je t’aime. En vain te cache l’horizon.
Tu restes mon amour parmi ces froides choses.
Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
qui courent sur la mer au but jamais atteint.
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Pablo NerudaRecueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée16 – Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel
Paraphrase de Rabindranath Tagore.
Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel,
ta forme, ta couleur sont comme je les veux.
Tu es mienne, tu es mienne, ma femme à la lèvre douce
et mon songe infini s’établit dans ta vie.La lampe de mon coeur met du rose à tes pieds
et mon vin d’amertume est plus doux sur tes lèvres,
moissonneuse de ma chanson crépusculaire,
tellement mienne dans mes songes solitairesTu es mienne, tu es mienne, et je le crie dans la brise
du soir, et le deuil de ma voix s’en va avec le vent.
Au profond de mes yeux tu chasses, ton butin
stagne comme les eaux de ton regard de nuit.
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Pablo NerudaRecueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée17 – En pensant, en prenant des ombres au filet
En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude profonde.
Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.
Penseur, lâcheur d’oiseaux, images dissipées
et lampes enterrées.
Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut!
Étouffant le gémir,
taciturne meunier de la farine obscure de l’espoir,
la nuit s’en vient à toi, rampant, loin de la ville.Ta présence a changé et m’est chose étrangère.
Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.
Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.
Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,
en courant libre et fou, dans la buée de la mer.
Cri et triste furie, solitude marine.
Emballé, violent, élancé vers le ciel.Toi, femme, qu’étais-tu alors? Quelle lame, quelle branche
de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu’à présent.
Incendie dans le bois ! Croix bleues de l’incendie.
Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.
Il s’écroule et crépite. Incendie, incendie.Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.
Qui appelle? Quel silence peuplé d’échos?
Heure de nostalgie, heure de l’allégresse, heure de solitude,
heure mienne entre toutes!
Trompe qui passe en chantant dans le vent.
Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.
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Pablo NerudaRecueil : Les Vers du CapitaineLa Nuit dans l’Ile
Toute la nuit j’ai dormi avec toi
près de la mer, dans l’île.
Sauvage et douce tu étais entre le plaisir et le sommeil,
entre le feu et l’eau.Très tard peut-être
nos sommeils se sont-ils unis
par le sommet ou par le fond,
là-haut, comme des branches agitées par le même vent,
en bas, comme rouges racines se touchant.Peut-être ton sommeil
s’est il aussi dépris du mien
et sur la mer et sur sa nuit
m’a-t-il cherché
comme avant toi et moi,
quand tu n’existais pas encore,
quand, sans t’apercevoir,
je naviguais de ton côté
et que tes yeux cherchaient
ce qu’aujourd’hui
- pain, vin, amour, colère -
je t’offre à pleines mains
à toi, la coupe
qui attendait de recevoir les présents de ma vie.J’ai dormi avec toi
toute la nuit alors
que la terre en sa nuit tournait
avec ses vivants et ses morts,
et lorsque je me réveillais
soudain, par l’ombre environné,
mon bras te prenait par la taille.
La nuit ni le sommeil
n’ont pu nous séparer.
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Pablo NerudaRecueil : Chant GénéralLe poète
Avant je circulais dans la vie, un amour
douloureux m’entourait: avant je retenais
une petite page de quartz
en clouant les yeux sur la vie.
J’achetais un peu de bonté, je fréquentais
le marché de la jalousie, je respirais
les eaux les plus sourdes de l’envie,l’inhumaine
hostilité des masques et des êtres.
Le monde où je vivais était marécage marin:
le fleur brusquement, le lis tout à coup
me dévorait dans son frisson d’écume,
et là où je posais le pied mon coeur glissait
vers les dents de l’abîme.
Ainsi naquit ma poésie, à peine
arrachée aux orties, empoignée sur
la solitude comme un châtiment,
ou qui dans le jardin de l’impudeur en éloignait
sa fleur la plus secrète au point de l’enterrer.
Isolé donc comme l’eau noire
qui vit dans ses couloirs profonds,
de main en main, je coulais vers l’esseulement
de chacun, vers la haine quotidienne.
je sus qu’ils vivaient ainsi, en cachant
la moitié des être, comme des poissons
de l’océan le plus étrange, et j’aperçus
la mort dans les boueuses immensités.
La mort qui ouvrait portes et chemins.
La Mort qui se faufilait dans les murs.- 1
Germain NouveauLa chanson du troubadour
Sans amis, sans parents, sans emploi, sans fortune,
Je n’ai que la prison pour y passer la nuit.
Je n’ai rien à manger que du gâteau mal cuit,
Et rien pour me vêtir que déjeuners de lune.Personne je ne suis, personne ne me suit,
Que la grosse tsé-tsé, ma foi ! fort importune ;
Et si je veux chanter sur les bords de la Tune
Un ami vient me dire : Il ne faut pas de bruit !Nous regardons vos mains qui sont pures et nettes,
Car on sait, troun de l’air ! que vous êtes honnêtes,
De peur que quelque don ne me vienne guérir.Mais je ne suis icy pour y faire d’envie,
Mais bien pour y mourir, disons pour y pourrir ;
Et la mort que j’attends n’ôte rien que la vie.- 4
Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Refus
Je suis pédéraste dans l'âme,
Je le dis tout haut et debout.
Assis, je changerais de gamme,
Et, couché sur un lit, Madame,
Je ne le dirais plus du tout.La pédérastie est un vice :
C'est l'avis de mon médecin.
Je le crois, il n'est pas novice
Quand il soutient que l'exercice
Le plus naturel, le plus sain,Sain, comme la mer et son hâle,
L'honneur même de la maison,
Qui fait le regard le moins pâle,
Le plus magnifiquement mâle,
Sans aucune comparaison,Le plus ravissant sur la terre,
C'est de froisser le traversin
D'une femme qu'on désaltère,
Quand elle serait adultère,
Quand elle n'aurait qu'un seul sein.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Mendiant
L'être que j'adore en ce monde,
Eût-il les pieds noirs et des poux,
C'est le mendiant, il m'inonde
Le cœur d'une extase profonde ;
Je lui baiserais les genoux.D'abord il convient de vous dire
Que si je ne l'adorais pas,
Ça ferait peut-être sourire ;
On penserait : Hé ! le bon sire !
Il a le « trac » pour ses ducats.Il a peur de faire l'aumône,
Ou qu'on le vole, il a raison
Dans la vie, ah ! tout n'est pas jaune,
Et mon ami le plus béjaune
Ne viendrait pas à la maison.Ou, s'il venait, il voudrait faire,
Tout comme moi, les mêmes frais,
Nous compterions, quelle misère !
Et s'il me cassait, quoi ? son verre ?
Ah ! la tête que je ferais !
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(il reste 9 strophes à lire)- 3
Germain NouveauRecueil : ValentinesL’Âme
Comme un exilé du vieux thème,
J’ai descendu ton escalier ;
Mais ce qu’a lié l’Amour même,
Le temps ne peut le délier.Chaque soir quand ton corps se couche
Dans ton lit qui n’est plus à moi,
Tes lèvres sont loin de ma bouche ;
Cependant, je dors près de Toi.Quand je sors de la vie humaine,
J’ai l’air d’être en réalité
Un monsieur seul qui se promène ;
Pourtant je marche à ton côté.Ma vie à la tienne est tressée
Comme on tresse des fils soyeux,
Et je pense avec ta pensée,
Et je regarde avec tes yeux.
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(il reste 5 strophes à lire)- 2