1. J’ai la toux dans mon jeu

    J'ai la toux dans mon jeu,
    C'est ainsi que je gagne
    Les cœurs aventureux
    Qui battent la campagne.

    Appuyés à mon lit
    Que secouent mes morts feintes
    Des jeunes gens pâlis
    Se pâment à mes quintes.

    Toujours prêts aux adieux,
    Car je suis fée d'automne,
    Ils prennent à mon jeu
    La mort que la toux donne.

    Ils saisissent les fleurs
    Dont j'ai la bouche pleine,
    La bouche à mes couleurs
    Et les fleurs de mes veines,


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    Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rire
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  2. 18 – Ici je t’aime

    Ici je t’aime.
    Dans les pins obscurs le vent se démêle.
    La lune resplendit sur les eaux vagabondes.
    Des jours égaux marchent et se poursuivent.

    Le brouillard en dansant qui dénoue sa ceinture.
    Une mouette d’argent du couchant se décroche.
    Une voile parfois. Haut, très haut, les étoiles.

    Ô la croix noire d’un bateau.
    Seul.
    Le jour parfois se lève en moi, et même mon âme est humide.
    La mer au loin sonne et résonne.
    Voici un port.
    Ici je t’aime.

    Ici je t’aime. En vain te cache l’horizon.
    Tu restes mon amour parmi ces froides choses.
    Parfois mes baisers vont sur ces graves bateaux
    qui courent sur la mer au but jamais atteint.


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    Pablo NerudaRecueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée
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  3. 16 – Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel

    Paraphrase de Rabindranath Tagore.

    Tu es au crépuscule un nuage dans mon ciel,
    ta forme, ta couleur sont comme je les veux.
    Tu es mienne, tu es mienne, ma femme à la lèvre douce
    et mon songe infini s’établit dans ta vie.

    La lampe de mon coeur met du rose à tes pieds
    et mon vin d’amertume est plus doux sur tes lèvres,
    moissonneuse de ma chanson crépusculaire,
    tellement mienne dans mes songes solitaires

    Tu es mienne, tu es mienne, et je le crie dans la brise
    du soir, et le deuil de ma voix s’en va avec le vent.
    Au profond de mes yeux tu chasses, ton butin
    stagne comme les eaux de ton regard de nuit.


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    Pablo NerudaRecueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée
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  4. 17 – En pensant, en prenant des ombres au filet

    En pensant, en prenant des ombres au filet dans la solitude profonde.
    Toi aussi tu es loin, bien plus loin que personne.
    Penseur, lâcheur d’oiseaux, images dissipées
    et lampes enterrées.
    Clocher de brumes, comme tu es loin, tout là-haut!
    Étouffant le gémir,
    taciturne meunier de la farine obscure de l’espoir,
    la nuit s’en vient à toi, rampant, loin de la ville.

    Ta présence a changé et m’est chose étrangère.
    Je pense, longuement je parcours cette vie avant toi.
    Ma vie avant personne, ma vie, mon âpre vie.
    Le cri face à la mer, le cri au coeur des pierres,
    en courant libre et fou, dans la buée de la mer.
    Cri et triste furie, solitude marine.
    Emballé, violent, élancé vers le ciel.

    Toi, femme, qu’étais-tu alors? Quelle lame, quelle branche
    de cet immense éventail ? Aussi lointaine qu’à présent.
    Incendie dans le bois ! Croix bleues de l’incendie.
    Brûle, brûle et flamboie, pétille en arbres de lumière.
    Il s’écroule et crépite. Incendie, incendie.

    Blessée par des copeaux de feu mon âme danse.
    Qui appelle? Quel silence peuplé d’échos?
    Heure de nostalgie, heure de l’allégresse, heure de solitude,
    heure mienne entre toutes!
    Trompe qui passe en chantant dans le vent.
    Tant de passion des pleurs qui se noue à mon corps.


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    Pablo NerudaRecueil : Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée
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  5. La Nuit dans l’Ile

    Toute la nuit j’ai dormi avec toi
    près de la mer, dans l’île.
    Sauvage et douce tu étais entre le plaisir et le sommeil,
    entre le feu et l’eau.

    Très tard peut-être
    nos sommeils se sont-ils unis
    par le sommet ou par le fond,
    là-haut, comme des branches agitées par le même vent,
    en bas, comme rouges racines se touchant.

    Peut-être ton sommeil
    s’est il aussi dépris du mien
    et sur la mer et sur sa nuit
    m’a-t-il cherché
    comme avant toi et moi,
    quand tu n’existais pas encore,
    quand, sans t’apercevoir,
    je naviguais de ton côté
    et que tes yeux cherchaient
    ce qu’aujourd’hui
    - pain, vin, amour, colère -
    je t’offre à pleines mains
    à toi, la coupe
    qui attendait de recevoir les présents de ma vie.

    J’ai dormi avec toi
    toute la nuit alors
    que la terre en sa nuit tournait
    avec ses vivants et ses morts,
    et lorsque je me réveillais
    soudain, par l’ombre environné,
    mon bras te prenait par la taille.
    La nuit ni le sommeil
    n’ont pu nous séparer.


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    (il reste 2 strophes à lire)
    Pablo NerudaRecueil : Les Vers du Capitaine
    • 3
  6. Le poète

    Avant je circulais dans la vie, un amour
    douloureux m’entourait: avant je retenais
    une petite page de quartz
    en clouant les yeux sur la vie.
    J’achetais un peu de bonté, je fréquentais
    le marché de la jalousie, je respirais
    les eaux les plus sourdes de l’envie,l’inhumaine
    hostilité des masques et des êtres.
    Le monde où je vivais était marécage marin:
    le fleur brusquement, le lis tout à coup
    me dévorait dans son frisson d’écume,
    et là où je posais le pied mon coeur glissait
    vers les dents de l’abîme.
    Ainsi naquit ma poésie, à peine
    arrachée aux orties, empoignée sur
    la solitude comme un châtiment,
    ou qui dans le jardin de l’impudeur en éloignait
    sa fleur la plus secrète au point de l’enterrer.
    Isolé donc comme l’eau noire
    qui vit dans ses couloirs profonds,
    de main en main, je coulais vers l’esseulement
    de chacun, vers la haine quotidienne.
    je sus qu’ils vivaient ainsi, en cachant
    la moitié des être, comme des poissons
    de l’océan le plus étrange, et j’aperçus
    la mort dans les boueuses immensités.
    La mort qui ouvrait portes et chemins.
    La Mort qui se faufilait dans les murs.

    Pablo NerudaRecueil : Chant Général
    • 1
  7. La chanson du troubadour

    Sans amis, sans parents, sans emploi, sans fortune,
    Je n’ai que la prison pour y passer la nuit.
    Je n’ai rien à manger que du gâteau mal cuit,
    Et rien pour me vêtir que déjeuners de lune.

    Personne je ne suis, personne ne me suit,
    Que la grosse tsé-tsé, ma foi ! fort importune ;
    Et si je veux chanter sur les bords de la Tune
    Un ami vient me dire : Il ne faut pas de bruit !

    Nous regardons vos mains qui sont pures et nettes,
    Car on sait, troun de l’air ! que vous êtes honnêtes,
    De peur que quelque don ne me vienne guérir.

    Mais je ne suis icy pour y faire d’envie,
    Mais bien pour y mourir, disons pour y pourrir ;
    Et la mort que j’attends n’ôte rien que la vie.

    Germain Nouveau
    • 4
  8. Le Refus

    Je suis pédéraste dans l'âme,
    Je le dis tout haut et debout.
    Assis, je changerais de gamme,
    Et, couché sur un lit, Madame,
    Je ne le dirais plus du tout.

    La pédérastie est un vice :
    C'est l'avis de mon médecin.
    Je le crois, il n'est pas novice
    Quand il soutient que l'exercice
    Le plus naturel, le plus sain,

    Sain, comme la mer et son hâle,
    L'honneur même de la maison,
    Qui fait le regard le moins pâle,
    Le plus magnifiquement mâle,
    Sans aucune comparaison,

    Le plus ravissant sur la terre,
    C'est de froisser le traversin
    D'une femme qu'on désaltère,
    Quand elle serait adultère,
    Quand elle n'aurait qu'un seul sein.


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    (il reste 15 strophes à lire)
    Germain NouveauRecueil : Valentines
    • 8
  9. Le Mendiant

    L'être que j'adore en ce monde,
    Eût-il les pieds noirs et des poux,
    C'est le mendiant, il m'inonde
    Le cœur d'une extase profonde ;
    Je lui baiserais les genoux.

    D'abord il convient de vous dire
    Que si je ne l'adorais pas,
    Ça ferait peut-être sourire ;
    On penserait : Hé ! le bon sire !
    Il a le « trac » pour ses ducats.

    Il a peur de faire l'aumône,
    Ou qu'on le vole, il a raison
    Dans la vie, ah ! tout n'est pas jaune,
    Et mon ami le plus béjaune
    Ne viendrait pas à la maison.

    Ou, s'il venait, il voudrait faire,
    Tout comme moi, les mêmes frais,
    Nous compterions, quelle misère !
    Et s'il me cassait, quoi ? son verre ?
    Ah ! la tête que je ferais !


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    (il reste 9 strophes à lire)
    Germain NouveauRecueil : Valentines
    • 3
  10. L’Âme

    Comme un exilé du vieux thème,
    J’ai descendu ton escalier ;
    Mais ce qu’a lié l’Amour même,
    Le temps ne peut le délier.

    Chaque soir quand ton corps se couche
    Dans ton lit qui n’est plus à moi,
    Tes lèvres sont loin de ma bouche ;
    Cependant, je dors près de Toi.

    Quand je sors de la vie humaine,
    J’ai l’air d’être en réalité
    Un monsieur seul qui se promène ;
    Pourtant je marche à ton côté.

    Ma vie à la tienne est tressée
    Comme on tresse des fils soyeux,
    Et je pense avec ta pensée,
    Et je regarde avec tes yeux.


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    (il reste 5 strophes à lire)
    Germain NouveauRecueil : Valentines
    • 2
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