1. L’Échanson

    À Clary.

    Tu ne sais pas, Clary, quand, heureuse, ravie,
    Tu me tends ton épaule et ton front tour à tour,
    Que dans la double coupe où je puise la vie
    Il est un autre goût que celui de l'amour
    Ô ma chère Clary, tu ne sais pas sans doute
    Qu'il est derrière nous un funèbre Échanson
    Dont la main doit verser d'abord, goutte par goutte,
    Dans tout amour un froid poison.

    Dès que nous nous aimons, cet Échanson terrible
    Apparaît, ? et grandit, comme un spectre fatal ;
    Il ne nous quitte plus présent, quoique invisible,
    De l'amour partagé mystérieux vassal.

    Partout où nous allons, comme un sinistre Page,
    Il s'attache à nos pas, il se tient à nos flancs,
    Et l'horrible poison que d'abord il ménage
    Bientôt il le verse à torrents !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  2. La Beauté

    À Armance.

    Eh quoi ! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie !
    Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts !
    Un dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie,
    Et du mépris au cœur ! ? Hélas ! c'est comme nous !
    Lie aux lèvres ? ? poison, reste brûlant du verre ;
    Dard aux yeux ? ? rapporté mi-brisé des combats ;
    Et dans le cœur mépris ? ? Éternel Sagittaire
    Dont le carquois ne tarit pas !

    Vous avez tout cela, ? comme nous, ô Madame !
    En vain Dieu répandit ses sourires sur vous !
    La Beauté n'est donc pas tout non plus pour la femme
    Comme en la maudissant nous disions à genoux,

    Et comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,
    Vous l'ont dit vos amants, en des transports perdus,
    Et que, pâle d'ennui, vous détourniez la tête,
    Ô Dieu ! n'y pensant déjà plus


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 4
  3. Débouclez-les, vos longs cheveux

    Débouclez-les, vos longs cheveux de soie,
    Passez vos mains sur leurs touffes d'anneaux,
    Qui, réunis, empêchent qu'on ne voie
    Vos longs cils bruns qui font vos yeux si beaux !
    Lissez-les bien, puisque toutes pareilles
    Négligemment deux boucles retombant
    Roulent autour de vos blanches oreilles,
    Comme autrefois, quand vous étiez enfant,
    Quand vos seize ans ne vous avaient quittée
    Pour s'en aller où tous nos ans s'en vont,
    En nous laissant, dans la vie attristée,
    Un cœur usé plus vite que le front !
    Ah ! c'est alors que je vous imagine
    Vous jetant toute aux bras de l'avenir,

    Sans larme aux yeux et rien dans la poitrine
    Rien qui vous fît pleurer ou souvenir !

    Ah ! de ce temps montrez-moi quelque chose
    En vous coiffant comme alors vous étiez ;
    Que je vous voie ainsi, que je repose
    Sur vos seize ans mes yeux de pleurs mouillés

    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 0
  4. Chanson

    Oui ! restons masqués pour le monde !
    Il ne vaut pas ce qu'il verrait
    Dans notre intimité profonde,
    S'il en surprenait le secret !
    Il en abuserait, sans doute ;
    Il est si cruel et si bas !
    Ma Clara, pour toi je redoute
    Ce que, toi, tu ne connais pas !

    Toi, tu ne connais de la vie
    Que ce qu'en a rêvé ton cœur
    Mais moi, Clara, je m'en défie
    Je sais ce qu'elle a de menteur.

    Je sais combien font de blessures
    Les cœurs jaloux aux cœurs heureux
    Nos masques seront nos armures !
    Masquons-nous, Clara, tu le veux !

    Glace tes yeux charmants que j'aime ;
    Fais mieux, ma Clara ! — remplis-les
    De dédain, de cruauté même
    Ris de moi, je te le permets !
    Que jamais on ne puisse dire :
    « Voyez ! ils se font les yeux doux !
    « Ils ont l'un sur l'autre un empire »
    Masquons-nous, Clara, masquons-nous !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  5. À qui rêves-tu

    À qui rêves-tu si tu rêves,
    Front bombé que j'adore et voudrais entr'ouvrir,
    Entr'ouvrir d'un baiser pénétrant comme un glaive,
    Pour voir si c'est à moi, — que tu fais tant souffrir !
    O front idolâtré, mais fermé, — noir mystère,
    Plus noir que ces yeux noirs qui font la Nuit en moi,
    Et dont le sombre feu nourrit et désespère
    L'amour affreux que j'ai pour toi !

    Je n'ai su jamais si tu penses,
    Si tu sens, — si ton cœur bat comme un autre cœur,
    Et s'il est quelque chose au fond de ton silence
    Obstinément gardé, cruellement boudeur !

    Non ! je n'ai jamais su s'il était dans ton âme
    Une place où plus tard pût naître un sentiment,
    Ou si tu dois rester une enfant, quoique femme,
    Une enfant ! pas même ! — un néant !

    Un néant qui semble la vie !
    Mais qui fait tout oser aux cœurs comme le mien ;
    Car l'être inanimé qu'on aime, nous défie !
    On brûlerait le marbre en l'aimant ! — Mais le rien ! !
    Le rien vêtu d'un corps *


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    internauteRecueil : Poussières
    • 0
  6. Révolte contre la poésie

    Nous n'avons jamais écrit qu'avec la mise en incarnation de l'âme, mais elle était déjà faite, et pas par nous-mêmes, quand nous sommes entrés dans la poésie.
    Le poète qui écrit s'adresse au Verbe et le Verbe a ses lois. Il est dans l'inconscient du poète de croire automatiquement à ces lois. Il se croit libre et il ne l'est pas.

    Il y a quelque chose derrière sa tête, autour de ses oreilles de sa pensée. Quelque chose est en germe dans sa nuque, où il était déjà quand il a commencé. Il est le fils de ses oeuvres, peut-être, mais ses oeuvres ne sont pas de lui, car ce qui était de lui-même dans sa poésie, ce n'est pas lui qui l'y avait mis, mais cet inconscient producteur de la vie qui l'avait désigné pour être son poète et qu'il n'avait pas désigné lui. Et qui ne fut jamais bien disposé pour lui.

    Je ne veux pas être le poète de mon poète, de ce moi qui a voulu me choisir poète, mais le poète créateur, en rébellion contre le moi et le soi. Et je me souviens de la rébellion antique contre les formes qui venaient sur moi.

    C'est par révolte contre le moi et le soi que je me suis débarrassé de toutes les mauvaises incarnations du Verbe qui ne furent jamais pour l'homme qu'un compromis de lâcheté et d'illusion et je ne sais quelle fornication abjecte entre la lâcheté et l'illusion. Je ne veux pas d'un verbe venu de je ne sais quelle libido astrale et qui fut toute consciente aux formations de mon désir en moi.


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    Antonin Artaud
    • 1
  7. Invocation à la Momie

    Ces narines d'os et de peau
    par où commencent les ténèbres
    de l'absolu, et la peinture de ces lèvres
    que tu fermes comme un rideau

    Et cet or que te glisse en rêve
    la vie qui te dépouille d'os,
    et les fleurs de ce regard faux
    par où tu rejoins la lumière

    Momie, et ces mains de fuseaux
    pour te retourner les entrailles,
    ces mains où l'ombre épouvantable
    prend la figure d'un oiseau

    Tout cela dont s'orne la mort
    comme d'un rite aléatoire,
    ce papotage d'ombres, et l'or
    où nagent tes entrailles noires


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    Antonin Artaud
    • 3
  8. C’est l’ordre de la cochonnerie criminelle

    C'est l'ordre de la cochonnerie criminelle, mentale qui a
    provoqué la formation des corps,
    et elle était morale, augurale et préputiale,
    car le mental de corps
    c'est de la couille en bande
    et de l'esprit à troude,
    et tout cela ne fut jamais qu'un corps.
    La masse
    agit par un bisquille
    et petandi mora trosquille
    et tranchati lima mimille
    et tematille maro pistille
    parce que jamais un geste n'a pu être fait sans un corps,
    ni une pensée avoir lieu sans un corps,
    et plus il y a de corps plus il y a de pensée,
    et plus il y a de pensée et moins il y a de corps,
    alors il faut tuer la pensée pour le corps,
    et il n'y a pas d'esprit
    et je n'ai pas d'esprit
    et je suis inintelligible
    et je n'entre jamais sans inintelligible
    attaché comme un nouveau corps
    à l'aisselle de mes pieds morts,
    et ils carapatent les pieds qui pensent,
    ce n'est pas de la pensée mais de la panse,
    et jamais je n'ai eu d'esprit,
    et si tu dis: Jamais d'esprit, non, jamais d'esprit de ta vie,
    dieu qui parles dans mon corps,
    je te
    parce que tu ne crois pas au corps,
    et même ici pour ce discours,
    apprête-toi à quelque chose.
    Car si l'esprit ni la pensée existent, alors il ne fallait pas
    en parler.
    il n'aurait jamais fallu en parler.

    Moi je n'ai pas d'esprit,
    je ne suis qu'un corps.

    Antonin ArtaudRecueil : Suppôts et suppliciations
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  9. L’amour sans trêve

    Ce triangle d'eau qui a soif
    cette route sans écriture
    Madame, et le signe de vos mâtures
    sur cette mer où je me noie

    Les messages de vos cheveux
    le coup de fusil de vos lèvres
    cet orage qui m'enlève
    dans le sillage de vos yeux.

    Cette ombre enfin, sur le rivage
    où la vie fait trêve, et le vent,
    et l'horrible piétinement
    de la foule sur mon passage.

    Quand je lève les yeux vers vous
    on dirait que le monde tremble,
    et les feux de l'amour ressemblent
    aux caresses de votre époux.

    Antonin ArtaudRecueil : L'Ombilic des Limbes
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  10. Poète noir

    Poète noir, un sein de pucelle
    te hante,
    poète aigri, la vie bout
    et la ville brûle,
    et le ciel se résorbe en pluie,
    ta plume gratte au coeur de la vie.

    Forêt, forêt, des yeux fourmillent
    sur les pignons multipliés ;
    cheveux d'orage, les poètes
    enfourchent des chevaux, des chiens.

    Les yeux ragent, les langues tournent
    le ciel afflue dans les narines
    comme un lait nourricier et bleu ;
    je suis suspendu à vos bouches
    femmes, coeurs de vinaigre durs.

    Antonin ArtaudRecueil : L'Ombilic des Limbes
    • 3
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