1. Les feuilles mortes

    C’est une chanson, qui nous ressemble
    Toi tu m’aimais et je t’aimais
    Nous vivions tous, les deux ensemble
    Toi que m’aimais moi qui t’aimais
    Mais la vie sépare ceux qui s’aiment
    Tout doucement sans faire de bruit
    Et la mer efface sur la sable les pas des amants désunis

    Oh! je voudrais tant que tu te souviennes
    Des jours heureux ou nous étions amis
    En ce temps-la la vie était plus belle,
    Et le soleil plus brulant qu’aujourd’hui
    Les feuilles mortes se ramassent a la pelle
    Tu vois, je n’ai pas oublié
    Les feuilles mortes se ramassent a la pelle,
    Les souvenirs et les regrets aussi
    Et le vent du nord les emporte
    Dans la nuit froide de l’oubli.
    Tu vois, je n’ai pas oublié
    La chanson que tu me chantais.

    C’est une chanson qui nous ressemble
    Toi, tu m’aimais et je t’aimais
    Et nous vivions tous deux ensemble
    Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais
    Mais la vie sépare ceux qui s’aiment
    Tout doucement, sans faire de bruit
    Et la mer efface sur le sable
    Les pas des amants désunis.

    Les feuilles mortes se ramassent a la pelle,
    Les souvenirs et les regrets aussi
    Mais mon amour silencieux et fidèle
    Sourit toujours et remercie la vie
    Je t’aimais tant, tu étais si jolie,
    Comment veux-tu que je t’oublie?
    En ce temps-la, la vie était plus belle
    Et le soleil plus brulant qu’aujourd’hui
    Tu étais ma plus douce amie
    Mais je n’ai que faire des regrets
    Et la chanson que tu chantais
    Toujours, toujours je l’entendrai!


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    (il reste 2 strophes à lire)
    Jacques PrévertRecueil : Soleil de nuit
    • 7
  2. Droit de regard

    Vous
    Je ne vous regarde pas
    ma vie non plus ne vous regarde pas
    J'aime ce que j'aime
    et cela seul me regarde
    et me voit
    J'aime ceux que j'aime
    je les regarde
    ils m'en donnent droit.

    Droit de regard, tiré du recueil La Pluie et le beau temps paru aux éditions Gallimard
    © Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

    Jacques PrévertRecueil : La Pluie et le beau temps
    • 3
  3. Étranges étrangers

    Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
    hommes des pays lointains
    cobayes des colonies
    Doux petits musiciens
    soleils adolescents de la porte d’Italie
    Boumians de la porte de Saint-Ouen
    Apatrides d’Aubervilliers
    brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
    ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
    au beau milieu des rues
    Tunisiens de Grenelle
    embauchés débauchés
    manoeuvres désoeuvrés
    Polacks du Marais du Temple des Rosiers

    Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
    pêcheurs des Baléares ou bien du Finisterre
    rescapés de Franco
    et déportés de France et de Navarre
    pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
    la liberté des autres
    Esclaves noirs de Fréjus
    tiraillés et parqués
    au bord d’une petite mer
    où peu vous vous baignez
    Esclaves noirs de Fréjus
    qui évoquez chaque soir
    dans les locaux disciplinaires
    avec une vieille boîte à cigares
    et quelques bouts de fil de fer
    tous les échos de vos villages
    tous les oiseaux de vos forêts
    et ne venez dans la capitale
    que pour fêter au pas cadencé
    la prise de la Bastille le quatorze juillet

    Enfants du Sénégal
    dépatriés expatriés et naturalisés

    Enfants indochinois
    jongleurs aux innocents couteaux
    qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
    de jolis dragons d’or faits de papier plié


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    (il reste 4 strophes à lire)
    Jacques PrévertRecueil : Grand bal du printemps
    • 0
  4. La Seine a rencontré Paris

    Qui est la
    Toujours là dans la ville
    Et qui pourtant sans cesse arrive
    Et qui pourtant sans cesse s'en va

    C'est un fleuve
    répond un enfant
    un devineur de devinettes
    Et puis l'œil brillant il ajoute
    Et le fleuve s'appelle la Seine
    Quand la ville s'appelle Paris
    et la Seine c'est comme une personne
    Des fois elle court elle va très vite
    elle presse le pas quand tombe le soir
    Des fois au printemps elle s'arrête
    et vous regarde comme un miroir
    et elle pleure si vous pleurez
    ou sourit pour vous consoler
    et toujours elle éclate de rire
    quand arrive le soleil d'été
    La Seine dit un chat
    c'est une chatte
    elle ronronne en me frôlant

    Ou peut-être que c'est une souris
    qui joue avec mois puis s'enfuit
    La Seine c'est une belle fille de dans le temps
    une jolie fille du French Cancan
    dit un très vieil Old Man River
    un gentleman de la misère
    et dans l'écume du sillage
    d'un lui aussi très vieux chaland
    il retrouve les galantes images
    du bon vieux temps tout froufroutant

    La Seine
    dit un manœuvre
    un homme de peine de rêves de muscles et de sueur
    La Seine c'est une usine
    La Seine c'est le labeur
    En amont en aval toujours la même manivelle
    des fortunes de pinard de charbon et de blé
    qui remontent et descendent le fleuve
    en suivant le cours de la Bourse
    des fortunes de bouteilles et de verre brisé
    des trésors de ferraille rouillée
    de vieux lits-cages abandonnés
    ré-cu-pé-rés
    La Seine
    c'est une usine
    même quand c'est la fraicheur
    c'est toujours le labeur
    c'est une chanson qui coule de source
    Elle a la voix de la jeunesse
    dit une amoureuse en souriant
    une amoureuse du Vert-Galant
    Une amoureuse de l'ile des cygnes
    se dit la même chose en rêvant


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    (il reste 8 strophes à lire)
    Jacques PrévertRecueil : Choses et autres
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