1. Te souviens-tu ?

    Te souviens-tu du soir, où près de la fenêtre
    Ouverte d'un salon plein de joyeux ébats,
    Tu n'avais pas seize ans les avais-tu ? peut-être
    Sous le rideau tombé, nous nous parlions tout bas ?
    Ce n'était pas l'amour que t'exprimait ma bouche,
    Mon cœur était trop vieux, trop glacé, trop hautain
    Pour parler à ton cœur ; mais, prophète farouche,
    Je te prédisais ton destin.

    Et toi, tu m'écoutais, sur la barre accoudée ;
    Tu me montrais ta nuque, en me cachant ton front,
    Et tu restais muette à la cruelle idée
    De ce premier amour qui, t'ayant possédée,

    Deviendra mon dernier affront !
    Nuit, ciel, jardin, massifs, dehors tout était sombre,
    Et tu regardais dans ce noir.
    Mais ton cœur de seize ans avait encor plus d'ombre
    Et là, comme dehors, tu ne pouvais rien voir !

    Mais moi, moi j'y voyais ! mes yeux perçaient le voile
    Qui te cachait ton avenir,
    Et je voyais au loin monter l'affreuse étoile
    De ce premier amour qui pour toi doit venir !
    Je te disais alors : « Il va bientôt paraître
    Celui-là qui prendra d'autorité vos jours !
    Mais moi qui ne veux pas vous voir subir un maître,
    J'aurai disparu pour toujours ! »


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  2. Si j’avais, sous ma mantille

    Si j'avais, sous ma mantille,
    Cet œil gris de lin,
    Et cette svelte cheville
    Dans mon svelte brodequin ;

    Si j'avais ta morbidesse,
    Tes cheveux dorés,
    Retombant en double tresse
    Jusque sur mes reins cambrés !

    Si j'avais, ô ma pensée,
    Dans mon corset blanc,
    Ta blonde épaule irisée
    D'un duvet étincelant !

    .
    .
    .
    .


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    (il reste 10 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 0
  3. Si tu pleures jamais

    Si tu pleures jamais, que ce soit en silence ;
    Si l'on te voit pleurer, essuie au moins tes pleurs !
    Car tu ne peux trouver au fond de ta souffrance
    Le calme fier qui naît des injustes douleurs.

    Non ! tu ne le peux pas. Si ta vie est brisée,
    Qui me brisa le cœur où tu vivais ? Dis-moi,
    Dis-moi qui l'a voulu, si je t'ai délaissée ?
    Tes pleurs amers et vains n'accuseraient que toi !

    Les femmes sont ainsi ! Que je t'eusse trahie,
    Tu reviendrais m'offrir à genoux mon pardon.
    Si tu m'aimais, pourquoi cette triste folie
    D'implorer de l'amour la fuite et l'abandon ?

    Mon orgueil t'obéit sans risquer un murmure.
    A ce monde sans cœur je cache mes regrets ;
    Sous un dédain léger je voile ma torture,
    Et si bien — que toi-même aussi t'y tromperais !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 12
  4. Oh ! pourquoi voyager ?

    « Oh ! pourquoi voyager ? » as-tu dit. C'est que l'âme
    Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;
    C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,
    Qui, nos amours éteints, survit à nos amours !
    C'est qu'on est mal ici ! ? Comme les hirondelles,
    Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ;
    C'est qu'à nos cœurs, mon Dieu ! vous avez mis des ailes.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que le cœur hennit en pensant aux voyages,
    Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ;
    C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages
    Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend ;

    Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme
    Qui cherche son pays perdu ? dans l'avenir ;
    C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,
    Qui vivais près de nous et couchais sur nos cœurs,
    Tu n'as pas su dompter cette force rebelle
    Qui nous jeta vers toi pour nous pousser ailleurs !
    Tu n'as plus de mystère au fond de ton sourire,
    Nous le connaissons trop pour jamais revenir ;
    La chaîne des baisers se rompt, ? l'amour expire
    Voilà pourquoi je veux partir !


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    (il reste 11 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 8
  5. Oh ! les yeux adorés

    Oh ! les yeux adorés ne sont pas ceux qui virent
    Qu'on les aimait, ? alors qu'on en mourait tout bas !
    Les rêves les plus doux ne sont pas ceux que firent
    Deux êtres, cœur à cœur et les bras dans les bras !
    Les bonheurs les plus chers à notre âme assouvie
    Ne sont pas ceux qu'on pleure après qu'ils sont partis ;
    Mais les plus beaux amours que l'on eut dans la vie
    Du cœur ne sont jamais sortis !

    Ils sont là, vivent là, durent là. ? Les années
    Tombent sur eux en vain. On les croit disparus,
    Perdus, anéantis, au fond des destinées !
    Et le Destin, c'est eux, qui semblaient n'être plus !

    On a dix fois aimé depuis eux. ? La jeunesse
    A coulé, fastueuse et brûlante, ? et le Temps
    Amène un soir d'hiver, par la main, la Vieillesse,
    Qui nous prend, elle ! par les flancs !

    Mais ces flancs terrassés qu'on croyait sans blessure
    En ont une depuis qu'ils respirent, hélas !
    D'un trait mal appuyé, légère égratignure,
    Qui n'a jamais guéri, mais qui ne saignait pas !
    Ce n'était rien le pli de ces premières roses
    Qu'on s'écrase au printemps sur le cœur, quand il bout
    Ah ! dans ce cœur combien il a passé de choses !
    Mais ce rien resté c'était tout !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 6
  6. Les Spectres

    À M. B.

    Vous les connaissez bien ces amants des clairières,
    Ces spectres, revenant, de la tombe transis,
    Sous la lune bleuâtre et ses pâles lumières
    Ils dansent dans les cimetières,
    Mais dans mon cœur, ils sont assis.

    Ils sont là, tous, assis avec mélancolie,
    Dans l'immobilité des morts, sous leurs tombeaux :
    Et pâles et navrés, croyant qu'on les oublie,
    Ils ne se doutent pas qu'ils sont pour nous la Vie,
    Plus puissants qu'elle et bien plus beaux !

    O spectres des amours finis, — spectres de femmes,
    Qui faites nos regrets pires que des remords
    Vous ne revenez pas que la nuit dans nos âmes
    Mais des jours les plus clairs vous noircissez les flammes
    Et, morts, faites de nous des morts !


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    (il reste 1 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  7. Le Vieux Goëland

    À Léon Ostrowski.

    C'était un fier oiseau, farouche et solitaire,
    Au bec crochu d'or pâle, aux pieds d'ambre, à l'œil clair,
    Arraché tout vivant au rocher, son repaire,
    Aux flots verts, à la nue, aux brisans, au grand air !
    Ils l'avaient pris dans un de ces jours de tempête
    Où Satan, sur les mers, déchaîne son Sabbat
    Un harpon lui cassa l'aile au lieu de la tête
    Et ils en firent un forçat !

    Dans le fond d'une cour aux quatre angles de pierre,
    Ils l'avaient interné, ce sauvage reclus,
    Qui restait, toujours l'œil rentré sous sa paupière,
    Comme un rêveur qui songe à ce qu'il ne voit plus !

    Oh ! lui, qui quand la mer se creusait en abîmes
    Se plongeait dans sa courbe et remontait au jour,
    Comme il a dû souffrir, ce fils des pics sublimes,
    Des pierres plates de sa cour !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 2
  8. La Maîtresse rousse

    Je pris pour maître, un jour, une rude maîtresse,
    Plus fauve qu'un jaguar, plus rousse qu'un lion !
    Je l'aimais ardemment, âprement, sans tendresse,
    Avec possession plus qu'adoration !
    C'était ma rage, à moi ! la dernière folie
    Qui saisit, ? quand, touché par l'âge et le malheur,
    On sent au fond de soi la jeunesse finie
    Car le soleil des jours monte encor dans la vie,
    Qu'il s'en va baissant dans le cœur !

    Je l'aimais et jamais je n'avais assez d'elle !
    Je lui disais : « Démon des dernières amours,
    Salamandre d'enfer, à l'ivresse mortelle,
    Quand les cœurs sont si froids, embrase-moi toujours !

    Verse-moi dans tes feux les feux que je regrette,
    Ces beaux feux qu'autrefois j'allumais d'un regard !
    Rajeunis le rêveur, réchauffe le poète,
    Et, puisqu'il faut mourir, que je meure, ô Fillette !
    Sous tes morsures de jaguar ! »

    Alors je la prenais, dans son corset de verre,
    Et sur ma lèvre en feu, qu'elle enflammait encor,
    J'aimais à la pencher, coupe ardente et légère,
    Cette rousse beauté, ce poison dans de l'or !
    Et c'étaient des baisers ! Jamais, jamais vampire
    Ne suça d'une enfant le cou charmant et frais
    Comme moi je suçais, ô ma rousse hétaïre,
    La lèvre de cristal où buvait mon délire
    Et sur laquelle tu brûlais !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 3
  9. Le Buste jaune

    A mon grand ami
    le comte Roselly de Lorgues

    Le Jour meurt, — et la Nuit met le pied sur sa tombe
    Avec le noir orgueil d'avoir tué le Jour.
    De la patère au sphinx l'épais rideau retombe,
    Et le salon désert dans son vaste pourtour
    A pris des airs de catacombe.

    Et les volets fermés par-dessus le rideau
    Ont fait comme un cercueil à ma sombre pensée
    Je suis seul comme un mort ; — et la lampe baissée
    Sous son capuchon noir près de moi déposée
    Semble un moine sur un tombeau.

    Et les vases d'albâtre au fond des encoignures
    Blêmissent vaporeux, mais paraissent encor.
    Rien ne fait plus bouger les plis lourds des tentures
    Tout se tait, — excepté le vent du corridor
    Qui pleure aussi sur les toitures !


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    (il reste 10 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  10. La Haine du soleil

    À Mademoiselle Louise Read.

    Un soir, j'étais debout, auprès d'une fenêtre
    Contre la vitre en feu j'avais mon front songeur,
    Et je voyais, là-bas, lentement disparaître
    Un soleil embrumé qui mourait sans splendeur !
    C'était un vieux soleil des derniers soirs d'automne,
    Globe d'un rouge épais, de chaleur épuisé,
    Qui ne faisait baisser le regard à personne,
    Et qu'un aigle aurait méprisé !

    Alors, je me disais, en une joie amère :
    « Et toi, Soleil, aussi, j'aime à te voir sombrer !
    Astre découronné comme un roi de la terre,
    Tête de roi tondu que la nuit va cloîtrer ! »

    Demain, je le sais bien, tu sortiras des ombres !
    Tes cheveux d'or auront tout à coup repoussé !
    Qu'importe ! j'aurai cru que tu meurs quand tu sombres !
    Un moment je l'aurai pensé !


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    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 3
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