1. Charlottembourg

    ou le tombeau de la reine de Prusse

    Le voyageur.
    Sous les hauts pins qui protègent ces sources,
    Gardien, dis-moi quel est ce monument nouveau ?

    Le gardien.
    Un jour il deviendra le terme de tes courses :
    O voyageur ! c’est un tombeau.

    Le voyageur.
    Qui repose en ces lieux ?

    Le gardien.

    Un objet plein de charmes.


    Lire le poème "Charlottembourg" en entier
    (il reste 16 strophes à lire)
    François-René de ChateaubriandRecueil : Poésies diverses
    • 0
  2. Clarisse

    Imitation d’un poète écossais.

    Oui, je me plais, Clarisse, à la saison tardive,
    Image de cet âge où le temps m’a conduit ;
    Du vent à tes foyers j’aime la voix plaintive
    Durant la longue nuit.

    Philomèle a cherché des climats plus propices ;
    Progné fuit à son tour : sans en être attristé,
    Des beaux jours près de toi retrouvant les délices,
    Ton vieux cygne est resté.

    Viens dans ces champs déserts où la bise murmure
    Admirer le soleil, qui s’éloigne de nous ;
    Viens goûter de ces bois qui perdent leur parure
    Le charme triste et doux.


    Lire le poème "Clarisse" en entier
    (il reste 5 strophes à lire)
    François-René de ChateaubriandRecueil : Poésies diverses
    • 2
  3. À Lydie

    (Imitation d'Alcée, poète grec)

    Lydie, es-tu sincère ? Excuse mes alarmes :
    Tu t’embellis en accroissant mes feux ;
    Et le même moment qui t’apporte des charmes
    Ride mon front et blanchit mes cheveux.

    Au matin de tes ans, de la foule chérie,
    Tout est pour toi joie, espérance, amour ;
    Et moi, vieux voyageur, sur ta route fleurie
    Je marche seul et vois finir le jour.

    Ainsi qu’un doux rayon quand ton regard humide
    Pénètre au fond de mon cœur ranimé,
    J’ose à peine effleurer d’une lèvre timide
    De ton beau front le voile parfumé.


    Lire le poème "À Lydie" en entier
    (il reste 6 strophes à lire)
    François-René de ChateaubriandRecueil : Poésies diverses
    • 1
  4. Résignation

    Quand les feux du soleil inondent la nature,
    Quand tout brille à mes yeux et de vie et d’amour,
    Si je vois une fleur qui s’ouvre, fraîche et pure,
    Aux rayons d’un beau jour ;

    Si des troupeaux joyeux bondissent dans la plaine,
    Si l’oiseau chante au bois où je vais m’égarer,
    Je suis triste et de deuil me sens l’âme si pleine
    Que je voudrais pleurer.

    Mais quand je vois sécher l’herbe de la prairie,
    Quand la feuille des bois tombe jaune à mes pieds,
    Quand je vois un ciel pâle, une rose flétrie
    En rêvant je m’assieds.

    Et je me sens moins triste et ma main les ramasse,
    Ces feuilles, ces débris de verdure et de fleurs.
    J’aime à les regarder, ma bouche les embrasse
    Je leur dis : O mes soeurs !


    Lire le poème "Résignation" en entier
    (il reste 7 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Poésies diverses
    • 15
  5. Stances élégiaques

    Ce ruisseau, dont l’onde tremblante
    Réfléchit la clarté des cieux,
    Paraît dans sa course brillante
    Étinceler de mille feux ;
    Tandis qu’au fond du lit paisible,
    Où, par une pente insensible,
    Lentement s’écoulent ses flots,
    Il entraîne une fange impure
    Qui d’amertume et de souillure
    Partout empoisonne ses eaux.

    De même un passager délire,
    Un éclair rapide et joyeux
    Entr’ouvre ma bouche au sourire,
    Et la gaîté brille en mes yeux ;
    Cependant mon âme est de glace,
    Et rien n’effacera la trace
    Des malheurs qui m’ont terrassé.
    En vain passera ma jeunesse,
    Toujours l’importune tristesse
    Gonflera mon coeur oppressé.

    Car il est un nuage sombre,
    Un souvenir mouillé de pleurs,
    Qui m’accable et répand son ombre
    Sur mes plaisirs et mes douleurs.
    Dans ma profonde indifférence,
    De la joie ou de la souffrance
    L’aiguillon ne peut m’émouvoir ;
    Les biens que le vulgaire envie
    Peut-être embelliront ma vie,
    Mais rien ne me rendra l’espoir.

    Du tronc à demi détachée
    Par le souffle des noirs autans,
    Lorsque la branche desséchée
    Revoit les beaux jours du printemps,
    Si parfois un rayon mobile,
    Errant sur sa tête stérile,
    Vient brillanter ses rameaux nus,
    Elle sourit à la lumière ;
    Mais la verdure printanière
    Sur son front ne renaîtra plus.

    Gérard de NervalRecueil : Poésies diverses
    • 13
  6. Mélodie irlandaise

    (Imitée de Thomas Moore)

    Le soleil du matin commençait sa carrière,
    Je vis près du rivage une barque légère
    Se bercer mollement sur les flots argentés.
    Je revins quand la nuit descendait sur la rive :
    La nacelle était là, mais l’onde fugitive
    Ne baignait plus ses flancs dans le sable arrêtés.

    Et voilà notre sort ! au matin de la vie
    Par des rêves d’espoir notre âme poursuivie
    Se balance un moment sur les flots du bonheur ;
    Mais, sitôt que le soir étend son voile sombre,
    L’onde qui nous portait se retire, et dans l’ombre
    Bientôt nous restons seuls en proie à la douleur.

    Au déclin de nos jours on dit que notre tête
    Doit trouver le repos sous un ciel sans tempête ;
    Mais qu’importe à mes voeux le calme de la nuit !
    Rendez-moi le matin, la fraîcheur et les charmes ;
    Car je préfère encor ses brouillards et ses larmes
    Aux plus douces lueurs du soleil qui s’enfuit.


    Lire le poème "Mélodie irlandaise" en entier
    (il reste 1 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Poésies diverses
    • 4
  7. Le ballet des heures

    (Le Dieu Pan parle)

    Les heures sont des fleurs l’une après l’autre écloses
    Dans l’éternel hymen de la nuit et du jour ;
    Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses
    Et ne les donner qu’à l’amour.

    Ainsi que de l’éclair, rien ne reste de l’heure,
    Qu’au néant destructeur le temps vient de donner ;
    Dans son rapide vol embrassez la meilleure,
    Toujours celle qui va sonner.

    Et retenez-la bien au gré de votre envie,
    Comme le seul instant que votre âme rêva ;
    Comme si le bonheur de la plus longue vie
    Était dans l’heure qui s’en va.


    Lire le poème "Le ballet des heures" en entier
    (il reste 3 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Poésies diverses
    • 18
  8. Laisse-moi !

    Non, laisse-moi, je t’en supplie ;
    En vain, si jeune et si jolie,
    Tu voudrais ranimer mon coeur :
    Ne vois-tu pas, à ma tristesse,
    Que mon front pâle et sans jeunesse
    Ne doit plus sourire au bonheur ?

    Quand l’hiver aux froides haleines
    Des fleurs qui brillent dans nos plaines
    Glace le sein épanoui,
    Qui peut rendre à la feuille morte
    Ses parfums que la brise emporte
    Et son éclat évanoui !

    Oh ! si je t’avais rencontrée
    Alors que mon âme enivrée
    Palpitait de vie et d’amours,
    Avec quel transport, quel délire
    J’aurais accueilli ton sourire
    Dont le charme eût nourri mes jours.

    Mais à présent, Ô jeune fille !
    Ton regard, c’est l’astre qui brille
    Aux yeux troublés des matelots,
    Dont la barque en proie au naufrage,
    A l’instant où cesse l’orage
    Se brise et s’enfuit sous les flots.


    Lire le poème "Laisse-moi !" en entier
    (il reste 1 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Poésies diverses
    • 8
  9. Épitaphe

    Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
    Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
    Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre.
    Un jour il entendit qu’à sa porte on sonnait.

    C’était la Mort ! Alors il la pria d’attendre
    Qu’il eût posé le point à son dernier sonnet ;
    Et puis sans s’émouvoir, il s’en alla s’étendre
    Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

    Il était paresseux, à ce que dit l’histoire,
    Il laissait trop sécher l’encre dans l’écritoire.
    Il voulait tout savoir mais il n’a rien connu.

    Et quand vint le moment où, las de cette vie,
    Un soir d’hiver, enfin l’âme lui fut ravie,
    Il s’en alla disant : » Pourquoi suis-je venu ? «

    Gérard de NervalRecueil : Poésies diverses
    • 6
  10. Prologue des « Élégies nationales »

    Je ne suis plus enfant : trop lents pour mon envie,
    Déjà dix-sept printemps ont passé dans ma vie :
    Je possède une lyre, et cependant mes mains
    N’en tirent dès longtemps que des sons incertains.
    Oh! quand viendra le jour où, libre de sa chaîne,
    Mon coeur ne verra plus la gloire, son amour,
    Aux songes de la nuit se montrer incertaine,
    Pour s’enfuir comme une ombre aux premiers feux du jour.

    J’étais bien jeune encor quand la France abattue
    Vit de son propre sang ses lauriers se couvrir ;
    Deux fois de son héros la main lasse et vaincue
    Avait brisé le sceptre, en voulant le saisir.
    Ces maux sont déjà loin : cependant, sous des chaînes,
    Nous pleurâmes longtemps notre honneur outragé ;
    L’empreinte en est restée, et l’on voit dans nos plaines
    Un sang qui fume encore et qui n’est pas vengé !

    Ces tableaux de splendeur, ces souvenirs sublimes,
    J’ai vu des jours fatals en rouler les débris,
    Dans leur course sanglante entraîner des victimes,
    Et de flots étrangers inonder mon pays.
    Je suis resté muet ; car la voix d’un génie
    Ne m’avait pas encor inspiré des concerts ;
    Mon âme de la lyre ignorait l’harmonie,
    Et ses plaisirs si doux, et ses chagrins amers.

    Ne reprochez pas à mes chants, à mes larmes,
    De descendre trop tard sur des débris glacés,
    De ramener les coeurs à d’illustres alarmes,
    Et d’appeler des jours déjà presque effacés ;
    Car la source des pleurs en moi n’est point tarie,
    Car mon premier accord dut être à la patrie ;
    Heureux si je pouvais exprimer par mes vers
    La fierté qui m’anime en songeant à ses gloires,
    Le plaisir que je sens en chantant ses victoires,
    La douleur que j’éprouve en pleurant ses revers !


    Lire le poème "Prologue des « Élégies nationales »" en entier
    (il reste 6 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Poésies de jeunesse
    • 7
Accès à la page :