1. Au livre de Léopardi

    Il est de longs soupirs qui traversent les âges
    Pour apprendre l’amour aux âmes les plus sages.
    Ô sages ! De si loin que ces soupirs viendront,
    Leurs brûlantes douceurs un jour vous troubleront.

    Et s’il vous faut garder parmi vos solitudes
    Le calme qui préside aux sévères études,
    Ne risquez pas vos yeux sur les tendres éclairs
    De l’orage éternel enfermé dans ces vers,

    Dans ces chants, dans ces cris, dans ces plaintes voilées,
    Tocsins toujours vibrant de douleurs envolées.
    Oh ! N’allez pas tenter, d’un courage hardi,
    Tout cet amour qui pleure avec Léopardi !

    Léopardi ! Doux Christ oublié de son père,
    Altéré de la mort sans le ciel qu’elle espère,
    Qu’elle ouvre d’une clé pendue à tout berceau,
    Levant de l’avenir l’insoulevable sceau.


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Poésies inédites
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  2. Amour, divin rôdeur

    Amour, divin rôdeur, glissant entre les âmes,
    Sans te voir de mes yeux, je reconnais tes flammes.
    Inquiets des lueurs qui brûlent dans les airs,
    Tous les regards errants sont pleins de tes éclairs

    C’est lui ! Sauve qui peut ! Voici venir les larmes !
    Ce n’est pas tout d’aimer, l’amour porte des armes.
    C’est le roi, c’est le maître, et, pour le désarmer,
    Il faut plaire à l’Amour : ce n’est pas tout d’aimer !

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Poésies inédites
    • 1
  3. Le secret

    Dans la foule, Olivier, ne viens plus me surprendre ;
    Sois là, mais sans parler, tâche de me l’apprendre :
    Ta voix a des accents qui me font tressaillir !
    Ne montre pas l’amour que je ne puis te rendre,
    D’autres yeux que les tiens me regardent rougir.

    Se chercher, s’entrevoir, n’est-ce pas tout se dire ?
    Ne me demande plus, par un triste sourire,
    Le bouquet qu’en dansant je garde malgré moi :
    Il pèse sur mon coeur quand mon coeur le désire,
    Et l’on voit dans mes yeux qu’il fut cueilli pour toi.

    Lorsque je m’enfuirai, tiens-toi sur mon passage ;
    Notre heure pour demain, les fleurs de mon corsage,
    Je te donnerai tout avant la fin du jour :
    Mais puisqu’on n’aime pas lorsque l’on est bien sage,
    Prends garde à mon secret, car j’ai beaucoup d’amour !

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Poésies
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  4. Le ver luisant

    Juin parfumait la nuit, et la nuit transparente
    N’était qu’un voile frais étendu sur les fleurs :
    L’insecte lumineux, comme une flamme errante,
    Jetait avec orgueil ses mobiles lueurs.

    « J’éclaire tout, dit-il, et jamais la Nature
    N’a versé tant d’éclat sur une créature !
    Tous ces vers roturiers qui rampent au grand jour,
    Celui qui dans la soie enveloppe sa vie,
    Cette plèbe des champs, dont j’excite l’envie,
    Me fait pitié, me nuit dans mon vaste séjour.
    Nés pour un sort vulgaire et des soins insipides,
    Immobiles et froids comme en leurs chrysalides,
    La nuit, sur les gazons, je les vois sommeiller :
    Moi, lampe aventureuse, au loin on me devine ;
    Etincelle échappée à la source divine,
    Je n’apparais que pour briller.

    « Sans me brûler, j’allume un phare à l’espérance ;
    De mes jeunes époux il éveille l’amour ;
    Sur un trône de fleurs, belles de ma présence,
    J’attire mes sujets, j’illumine ma cour.

    « Et ces feux répandus dans de plus hautes sphères,
    Ces diamants rangés en phares gracieux,
    Ce sont assurément mes frères
    Qui se promènent dans les cieux.
    Les rois qui dorment mal charment leur insomnie
    A regarder courir ces légers rayons d’or ;
    Au sein de l’éclatante et nocturne harmonie,
    C’est moi qu’ils admirent encor :
    Leur grandeur en soupire, et rien dans leur couronne
    N’offre l’éclat vivant dont seul je m’environne ! »


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Poésies
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  5. Le bouquet sous la croix

    D’où vient-il ce bouquet oublié sur la pierre ?
    Dans l’ombre, humide encor de rosée, ou de pleurs,
    Ce soir, est-il tombé des mains de la prière ?
    Un enfant du village a-t-il perdu ces fleurs ?

    Ce soir, fut-il laissé par quelque âme pensive
    Sous la croix où s’arrête un pauvre voyageur ?
    Est-ce d’un fils errant la mémoire naïve
    Qui d’une pâle rose y cacha la blancheur ?

    De nos mères partout nous suit l’ombre légère ;
    Partout l’amitié prie et rêve à l’amitié ;
    Le pèlerin souffrant sur la route étrangère
    Offre à Dieu ce symbole, et croit en sa pitié !

    Solitaire bouquet, ta tristesse charmante
    Semble avec tes parfums exhaler un regret.
    Peut-être es-tu promis au songe d’une amante :
    Souvent dans une fleur l’amour a son secret !


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Poésies
    • 2
  6. Le beau jour

    J’eus en ma vie un si beau jour,
    Qu’il éclaire encore mon âme.
    Sur mes nuits il répand sa flamme ;
    Il était tout brillant d’amour,
    Ce jour plus beau qu’un autre jour ;
    Partout, je lui donne un sourire,
    Mêlé de joie et de langueur ;
    C’est encor lui que je respire,
    C’est l’air pur qui nourrit mon coeur.

    Ah ! que je vis dans ses rayons,
    Une image riante et claire ?
    Qu’elle était faite pour me plaire !
    Qu’elle apporta d’illusions,
    Au milieu de ses doux rayons !
    L’instinct, plus prompt que la pensée,
    Me dit : « Le voilà ton vainqueur. »
    Et la vive image empressée,
    Passa de mes yeux à mon coeur.

    Quand je l’emporte au fond des bois,
    Hélas ! qu’elle m’y trouble encore :
    Que je l’aime ! que je l’adore !
    Comme elle fait trembler ma voix
    Quand je l’emporte au fond des bois !
    J’entends son nom, je vois ses charmes,
    Dans l’eau qui roule avec lenteur ;
    Et j’y laisse tomber les larmes,
    Dont l’amour a baigné mon coeur.

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Poésies
    • 3
  7. Les cloches du soir

    Quand les cloches du soir, dans leur lente volée
    Feront descendre l’heure au fond de la vallée,
    Si tu n’as pas d’amis ni d’amours près de toi,
    Pense à moi ! Pense à moi !

    Car les cloches du soir avec leur voix sonore
    A ton coeur solitaire iront parler encore,
    Et l’air fera vibrer ces mots autour de toi :
    Aime moi ! Aime moi !

    Si les cloches du soir éveillent les alarmes,
    Demande au temps ému qui passe entre nos larmes,
    Le temps dira toujours qu’il n’a trouvé que toi
    Près de moi !

    Quand les cloches du soir, si tristes dans l’absence,
    Tinteront sur mon coeur ivre de ta présence,
    Ah ! c’est le chant du ciel qui sonnera pour toi !
    Pour toi et pour moi !


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Mélanges
    • 1
  8. Le papillon malade

    Apologue

    Las des fleurs, épuisé de ses longues amours,
    Un papillon dans sa vieillesse
    (Il avait du printemps goûté les plus beaux jours)
    Voyait d’un oeil chagrin la tendre hardiesse
    Des amants nouveau-nés, dont le rapide essor
    Effleurait les boutons qu’humectait la rosée.
    Soulevant un matin le débile ressort
    De son aile à demi-brisée :

    » Tout a changé, dit-il, tout se fane. Autrefois
    L’univers n’avait point cet aspect qui m’afflige.
    Oui, la nature se néglige ;
    Aussi pour la chanter l’oiseau n’a plus de voix.
    Les papillons passés avaient bien plus de charmes !
    Toutes les fleurs tombaient sous nos brûlantes armes !
    Touchés par le soleil, nos légers vêtements
    Semblaient brodés de diamants !
    Je ne vois plus rien sur la terre
    Qui ressemble à mon beau matin !
    J’ai froid. Tout, jusqu’aux fleurs, prend une teinte austère,
    Et je n’ai plus de goût aux restes du festin !
    Ce gazon si charmant, ce duvet des prairies,
    Où mon vol fatigué descendait vers le soir,
    Où Chloé, qui n’est plus, vint chanter et s’asseoir,
    N’offre plus qu’un vert pâle et des couleurs flétries !
    L’air me soutient à peine à travers les brouillards
    Qui voilent le soleil de mes longues journées ;
    Mes heures, sans amour, se changent en années :
    Hélas ! Que je plains les vieillards !

    » Je voudrais, cependant, que mon expérience
    Servît à tous ces fils de l’air.
    Sous des bosquets flétris j’ai puisé ma science,
    J’ai défini la vie, enfants : c’est un éclair !
    Frêles triomphateurs, vos ailes intrépides
    S’arrêteront un jour avec étonnement :
    Plus de larcins alors, plus de baisers avides ;
    Les roses subiront un affreux changement.


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Mélanges
    • 0
  9. Le rossignol aveugle

    Pauvre exilé de l’air ! Sans ailes, sans lumière,
    Oh ! Comme on t’a fait malheureux !
    Quelle ombre impénétrable inonde ta paupière !
    Quel deuil est étendu sur tes chants douloureux !
    Innocent Bélisaire ! Une empreinte brûlante
    Du jour sur ta prunelle a séché les couleurs,
    Et ta mémoire y roule incessamment des pleurs,
    Et tu ne sais pourquoi Dieu fit la nuit si lente !
    Et Dieu nous verse encor la nuit égale au jour.
    Non ! Ta nuit sans rayons n’est pas son triste ouvrage.
    Il ouvrit tout un ciel à ton vol plein d’amour,
    Et ton vol mutilé l’outrage !

    Par lui ton coeur éteint s’illumine d’espoir.
    Un éclair qu’il allume à ton horizon noir
    Te fait rêver de l’aube, ou des étoiles blanches
    Ou d’un reflet de l’eau qui glisse entre les branches
    Des bois que tu ne peux plus voir !
    Et tu chantes les bois, puisque tu vis encore.
    Tu chantes : pour l’oiseau, respirer, c’est chanter.
    Mais quoi ! Pour moduler l’ennui qui te dévore,
    Sous le voile vivant qui te cache l’aurore,
    Combien d’autres accents te faut-il inventer !

    Un coeur d’oiseau sait-il tant de notes plaintives ?
    Ah ! Quand la liberté soufflait dans tes chansons,
    Qu’avec ravissement tes ailes incaptives
    Dans l’azur sans barrière emportaient ses leçons !
    Douce horloge du soir aux saules suspendue,
    Ton timbre jetait l’heure aux pâtres dispersés ;
    Mais le timbre égaré dans ta clarté perdue
    Sonne toujours minuit sur tes chants oppressés.

    Tes chants n’éveillent plus la pâle primevère
    Qui meurt sans recevoir les baisers du soleil,
    Ni le souci fermé sous le doigt du sommeil
    Qui se rouvre baigné d’une rosée amère ;
    Tu ne sais plus quel astre éclaire tes instants ;
    Tu bois, sans les compter, tes heures de souffrance ;
    Car la veille sans espérance
    Ne sent pas la fuite du temps !


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Mélanges
    • 0
  10. L’amour

    Vous demandez si l’amour rend heureuse ;
    Il le promet, croyez-le, fût-ce un jour.
    Ah ! pour un jour d’existence amoureuse,
    Qui ne mourrait ? la vie est dans l’amour.

    Quand je vivais tendre et craintive amante,
    Avec ses feux je peignais ses douleurs :
    Sur son portrait j’ai versé tant de pleurs,
    Que cette image en paraît moins charmante.

    Si le sourire, éclair inattendu,
    Brille parfois au milieu de mes larmes,
    C’était l’amour ; c’était lui, mais sans armes ;
    C’était le ciel qu’avec lui j’ai perdu.

    Sans lui, le coeur est un foyer sans flamme ;
    Il brûle tout, ce doux empoisonneur.
    J’ai dit bien vrai comme il déchire une âme :
    Demandez-donc s’il donne le bonheur !


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Mélanges
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