1. Jeune homme irrité

    Jeune homme irrité sur un banc d’école,
    Dont le coeur encor n’a chaud qu’au soleil,
    Vous refusez donc l’encre et la parole
    À celles qui font le foyer vermeil ?
    Savant, mais aigri par vos lassitudes,
    Un peu furieux de nos chants d’oiseaux,
    Vous nous couronnez de railleurs roseaux !
    Vous serez plus jeune après vos études :
    Quand vous sourirez,
    Vous nous comprendrez.

    Vous portez si haut la férule altière,
    Qu’un géant plîrait sous son docte poids.
    Vous faites baisser notre humble paupière,
    Et nous flagellez à briser nos doigts.
    Où prenez-vous donc de si dures armes ?
    Qu’ils étaient méchants vos maîtres latins !
    Mais l’amour viendra : roi de vos destins,
    Il vous changera par beaucoup de larmes :
    Quand vous pleurerez,
    Vous nous comprendrez !

    Ce beau rêve à deux, vous voudrez l’écrire.
    On est éloquent dès qu’on aime bien ;
    Mais si vous aimez qui ne sait pas lire,
    L’amante à l’amant ne répondra rien.
    Laissez donc grandir quelque jeune flamme
    Allumant pour vous ses vagues rayons ;
    Laissez-lui toucher plumes et crayons ;
    L’esprit, vous verrez, fait du jour à l’âme :
    Quand vous aimerez,
    Vous nous comprendrez !

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Mélanges
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  2. L’impossible

    Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes
    Et vole, vole ainsi que l’alouette aux cieux,
    Lorsque tant de clarté passe devant ses yeux,
    Qu’elle tombe éblouie au fond des fleurs, de celles
    Qui parfument son nid, son âme, son sommeil,
    Et lustrent son plumage ardé par le soleil !

    Ciel ! un de ces fils d’or pour ourdir ma journée,
    Un débris de ce prisme aux brillantes couleurs !
    Au fond de ces beaux jours et de ces belles fleurs,
    Un rêve ! où je sois libre, enfant, à peine née,

    Quand l’amour de ma mère était mon avenir,
    Quand on ne mourait pas encor dans ma famille,
    Quand tout vivait pour moi, vaine petite fille !
    Quand vivre était le ciel, ou s’en ressouvenir,

    Quand j’aimais sans savoir ce que j’aimais, quand l’âme
    Me palpitait heureuse, et de quoi ? Je ne sais ;
    Quand toute la nature était parfum et flamme,
    Quand mes deux bras s’ouvraient devant ces jours passés.

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Les Pleurs
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  3. La sincère

    Veux-tu l’acheter ?
    Mon coeur est à vendre.
    Veux-tu l’acheter,
    Sans nous disputer ?

    Dieu l’a fait d’aimant ;
    Tu le feras tendre ;
    Dieu l’a fait d’aimant
    Pour un seul amant !

    Moi, j’en fais le prix ;
    Veux-tu le connaître ?
    Moi, j’en fais le prix ;
    N’en sois pas surpris.

    As-tu tout le tien ?
    Donne ! et sois mon maître.
    As-tu tout le tien,
    Pour payer le mien ?


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    (il reste 4 strophes à lire)
    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Les Pleurs
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  4. Les roses

    L’air était pur, la nuit régnait sans voiles ;
    Elle riait du dépit de l’amour :
    Il aime l’ombre, et le feu des étoiles,
    En scintillant, formait un nouveau jour.

    Tout s’y trompait. L’oiseau, dans le bocage,
    Prenait minuit pour l’heure des concerts ;
    Et les zéphyrs, surpris de ce ramage,
    Plus mollement le portaient dans les airs.

    Tandis qu’aux champs quelques jeunes abeilles
    Volaient encore en tourbillons légers,
    Le printemps en silence épanchait ses corbeilles
    Et de ses doux présents embaumait nos vergers.

    Ô ma mère ! On eût dit qu’une fête aux campagnes,
    Dans cette belle nuit, se célébrait tout bas ;
    On eût dit que de loin mes plus chères compagnes
    Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.


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    (il reste 9 strophes à lire)
    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Idylles
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  5. Dors-tu ?

    Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
    Quand l’eau me cherche et me fuit comme toi ;
    Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
    Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?

    Démêles-tu, dans ton âme confuse,
    Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
    Ces longs secrets dont l’amour nous accuse,
    Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?

    As-tu livré ta voix tendre et hardie
    Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
    Non ! c’est du soir la vague mélodie ;
    Ton souffle encor n’a pas séché mes pleurs !

    Garde toujours ce douloureux empire
    Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
    Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
    Son mal est doux, bien qu’il fasse mourir !

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Les Pleurs
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  6. Toi qui m’as tout repris

    Toi qui m’as tout repris jusqu’au bonheur d’attendre,
    Tu m’as laissé pourtant l’aliment d’un coeur tendre,
    L’amour ! Et ma mémoire où se nourrit l’amour.
    Je lui dois le passé ; c’est presque ton retour !
    C’est là que tu m’entends, c’est là que je t’adore,
    C’est là que sans fierté je me révèle encore.
    Ma vie est dans ce rêve où tu ne fuis jamais ;
    Il a ta voix, ta voix ! Tu sais si je l’aimais !
    C’est là que je te plains ; car plus d’une blessure,
    Plus d’une gloire éteinte a troublé, j’en suis sûre,
    Ton coeur si généreux pour d’autres que pour moi :
    Je t’ai senti gémir ; je pleurais avec toi !

    Qui donc saura te plaindre au fond de ta retraite,
    Quand le cri de ma mort ira frapper ton sein ?
    Tu t’éveilleras seul dans la foule distraite,
    Où des amis d’un jour s’entr’égare l’essaim ;
    Tu n’y sentiras plus une âme palpitante
    Au bruit de tes malheurs, de tes moindres revers.
    Ta vie, après ma mort, sera moins éclatante ;
    Une part de toi-même aura fui l’univers.
    Il est doux d’être aimé ! Cette croyance intime
    Donne à tout on ne sait quel air d’enchantement ;
    L’infidèle est content des pleurs de sa victime ;
    Et, fier, aux pieds d’une autre il en est plus charmant.

    Mais je n’étouffe plus dans mon incertitude :
    Nous mourrons désunis, n’est-ce pas ? Tu le veux !
    Pour t’oublier, viens voir ! qu’ai-je dit ? Vaine étude,
    Où la nature apprend à surmonter ses cris,
    Pour déguiser mon coeur, que m’avez-vous appris ?
    La vérité s’élance à mes lèvres sincères ;
    Sincère, elle t’appelle, et tu ne l’entends pas !
    Ah ! Sans t’avoir troublé qu’elle meure tout bas !
    Je ne sais point m’armer de froideurs mensongères :
    Je sais fuir ; en fuyant on cache sa douleur,
    Et la fatigue endort jusqu’au malheur.

    Oui, plus que toi l’absence est douce aux cœurs fidèles :
    Du temps qui nous effeuille elle amortit les ailes ;
    Son voile a protégé l’ingrat qu’on veut chérir :
    On ose aimer encore, on ne veut plus mourir.

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Elégies
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  7. Un arc de triomphe

    Tout ce qu’ont dit les hirondelles
    Sur ce colossal bâtiment,
    C’est que c’était à cause d’elles
    Qu’on élevait un monument.

    Leur nid s’y pose si tranquille,
    Si près des grands chemins du jour,
    Qu’elles ont pris ce champ d’asile
    Pour causer d’affaire, ou d’amour.

    En hâte, à la géante porte,
    Parmi tous ces morts triomphants,
    Sans façon l’hirondelle apporte
    Un grain de chanvre à ses enfants.

    Dans le casque de la Victoire
    L’une, heureuse, a couvé ses oeufs,
    Qui, tout ignorants de l’histoire,
    Eclosent fiers comme chez eux.


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    (il reste 5 strophes à lire)
    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Elégies
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  8. Son image

    Elle avait fui de mon âme offensée ;
    Bien loin de moi je crus l’avoir chassée :
    Toute tremblante, un jour, elle arriva,
    Sa douce image, et dans mon coeur rentra :
    Point n’eus le temps de me mettre en colère ;
    Point ne savais ce qu’elle voulait faire ;
    Un peu trop tard mon coeur le devina.

    Sans prévenir, elle dit : « Me voilà ?
    « Ce coeur m’attend. Par l’Amour, que j’implore,
    « Comme autrefois j’y viens régner encore. »
    Au nom d’amour ma raison se troubla :
    Je voulus fuir, et tout mon corps trembla.
    Je bégayai des plaintes au perfide ;
    Pour me toucher il prit un air timide ;
    Puis à mes pieds en pleurant, il tomba.
    J’oubliai tout dès que l’Amour pleura

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Elégies
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  9. Rêve d’une femme

    Veux-tu recommencer la vie ?
    Femme, dont le front va pâlir,
    Veux-tu l’enfance, encor suivie
    D’anges enfants pour l’embellir ?
    Veux-tu les baisers de ta mère
    Echauffant tes jours au berceau ?
    - « Quoi ? mon doux Eden éphémère ?
    Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau ! »

    Sous la paternelle puissance
    Veux-tu reprendre un calme essor ?
    Et dans des parfums d’innocence
    Laisser épanouir ton sort ?
    Veux-tu remonter le bel âge,
    L’aile au vent comme un jeune oiseau ?
    - « Pourvu qu’il dure davantage,
    Oh ! oui, mon Dieu ! c’était si beau ! »

    Veux-tu rapprendre l’ignorance
    Dans un livre à peine entr’ouvert :
    Veux-tu ta plus vierge espérance,
    Oublieuse aussi de l’hiver :
    Tes frais chemins et tes colombes,
    Les veux-tu jeunes comme toi ?
    - « Si mes chemins n’ont plus de tombes,
    Oh ! oui, mon Dieu ! rendez-les moi ! »

    Reprends-donc de ta destinée,
    L’encens, la musique, les fleurs ?
    Et reviens, d’année en année,
    Au temps qui change tout en pleurs ;
    Va retrouver l’amour, le même !
    Lampe orageuse, allume-toi !
    « - Retourner au monde où l’on aime
    O mon Sauveur ! éteignez-moi ! »

    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Elégies
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  10. Qu’en avez-vous fait ?

    Vous aviez mon coeur,
    Moi, j’avais le vôtre :
    Un coeur pour un coeur ;
    Bonheur pour bonheur !

    Le vôtre est rendu,
    Je n’en ai plus d’autre,
    Le vôtre est rendu,
    Le mien est perdu !

    La feuille et la fleur
    Et le fruit lui-même,
    La feuille et la fleur,
    L’encens, la couleur :

    Qu’en avez-vous fait,
    Mon maître suprême ?
    Qu’en avez-vous fait,
    De ce doux bienfait ?


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    Marceline Desbordes-ValmoreRecueil : Elégies
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