1. Chasteté

    Louez la chasteté, la plus grande douceur,
    Qui fait les yeux divins et la lèvre fleurie,
    Et de l’humanité tout entière une sœur,

    C’est par elle que l’âme à l’âme se marie ;
    Par elle que le cœur du cœur est écouté ;
    C’est le lys de Joseph, le parfum de Marie.

    Elle est arbre de force, elle est fleur de beauté ;
    Elle sait détacher le cœur de toutes choses,
    Et sans elle il n’est pas d’entière charité.

    La volupté viole et déchire les roses,
    Sa fleur c’est le dégoût, son fruit c’est la laideur.
    Son sourire est cruel dans ses apothéoses.


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    • 3
  2. Charité

    Nourrissez votre cœur du feu des charités,
    Filles du Fils de l’homme, aux yeux pleins de clartés.
    Aimez celle qu’un peuple appelle politesse.
    Avant Notre-Seigneur, savoir vivre, qu’était-ce?
    Quelque chose au dehors, mais au fond, presque rien.
    Etre civilisé, c’est bien ; poli, très bien ;
    La politesse, fleur de l’homme charitable,
    Règle notre attitude et rit à notre table,
    Et donne un sens exquis aux choses du repas.
    Science qui s’apprend, et qui ne s’apprend pas :
    Code intime et profond, né dans la quiétude
    Du cloître, et dont le monde, après, fit son étude.
    L’âme où passa Jésus toujours en garde un pli,
    Et c’est encor rester chrétien qu’être poli,
    La politesse est reine et fait son doux royaume
    Des cœurs purs, c’est un lis royal qui les embaume !
    Non celle qui se montre en chapeaux élégants,
    Bien qu’un homme se lise aux couleurs de ses gants,
    Ni celle qui fatigue, ou bien qui complimente,
    Obligée à se taire à moins qu’elle ne mente :
    Mais celle-là qui règne avec simplicité,
    Qui sait servir le miel pur de la vérité;
    Qui veut laisser chacun ou chacune à sa place,
    Qui calme les transports, comme elle rompt la glace.
    Parmi les charités, si légères au sol
    Qu’elles foulent si peu, que l’on dirait un vol
    Timide, à fleur déterre, ou d’ange ou d’hirondelle;
    Au nom des tout petits qui soupent sans chandelle
    Sous les arbres, les yeux dans leurs cheveux trop longs,
    Et viennent d’Italie avec leurs violons ;
    Du vieux joueur de flûte, aux mèches toutes grises,
    Et du pauvre, à genoux sur le seuil des églises,
    Qui marmotte une antienne ou qui froisse les grains
    Du rosaire, à la fête où vont les pèlerins;
    Parmi les charités, porteuses d’escarcelles,
    D’un vers reconnaissant je veux célébrer celle
    Qui passe en écoutant les plaintes des roseaux,
    Et qui donne aux petits comme on donne aux oiseaux !
    Fais ton miel admirable, ô reine des abeilles,
    Charité, donne encor tes jours, ton cœur, tes veilles ;
    Jésus multiplia les poissons et les pains.
    Voyez, dans ce palais, dont les plafonds sont peints,
    Où les lustres ont plus de branches que les arbres,
    Où le peuple des sphinx taillés au cœur des marbres
    Garde la cour sonore et les vastes paliers,
    Château plein de frontons, d’urnes et de piliers,
    Cette royale entant toute belle, qui foule,
    Comme un jardin fleuri, l’éloge de la foule !
    Eh bien, la charité qui lui parle à mi-voix
    Saura lui retirer les bagues de ses doigts,
    La perle éclose au coin de son oreille en flamme,
    Sa chevelure où rit la gloire de la femme,
    Sa chambre où le soleil allonge dans la paix
    Sa large griffe d’or sur les tapis épais,
    Ses miroirs éclatants, les servantes accortes,
    Ce vestibule altier, plein de dessus de portes
    Où des gens, dont le vent chiffonne le manteau,
    Sont poudrés par Boucher et fardés par Watteau,
    Et l’œil de ces bergers diseurs de douces choses,
    Les grands vases de fleurs, où Sèvre a peint les roses!
    Ses pieds si délicats chaussés de gros souliers,
    Sa taille consacrée à d’humbles tabliers,
    Sous sa coiffe de tulle et d’épingles légères,
    L’enfant ira, parmi les âmes étrangères,
    Fermer les yeux des morts, coudre le drap fatal,
    Ou, sous les crucifix des murs de l’hôpital,
    Au chevet d’un mourant dont la bouche blasphème,
    Pour lui dire : « Je suis votre sœur qui vous aime! »
    Cette charité-là se nomme amour divin,
    Elle enivre les cœurs, plus forte que le vin.
    Père des charités, dont le Père pardonne,
    Jésus, ô doux Jésus, pour qu’enfin l’on se donne
    A vous, dont on tient l’âme et le cœur que l’on a,
    Vous qui changiez en vin l’eau claire de Cana
    Qui chantait en entrant sonore au col des vases,
    Changez la boue en or dans nos cœurs lourds de vases.
    Vous qui rendiez la vue à ceux dont les bâtons
    Tâtent le pied des murs, nous marchons à tâtons,
    Et nous sommes des sourds, et la pierre est pareille
    A nous. Maître, mettez le doigt sur notre oreille !
    Vous, dont l’ordre, au soleil qui sur le peuple luit,
    Tirait Lazare blanc des brunies de la nuit,
    Seigneur, ressuscitez aussi nos cœurs de roche,
    S’il est vrai, ô Seigneur, que votre règne approche !

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    • 1
  3. Aux femmes

    Et vous, l’ancienne esclave à la caresse amère,
    Vous le bétail des temps antiques et charnels,
    Vous, femmes, dont Jésus fit la Vierge et la Mère,
    D’après Celle qui porte en ses yeux maternels
    Le reflet le plus grand des rayons éternels,

    Aimez ces grands enfants pendus à votre robe,
    Les hommes, dont la lèvre est ivre encore du lait
    De vos mamelles d’or qu’un linge blanc dérobe ;
    Aimez l’homme, il est bon ; aimez-le, s’il est laid.
    S’il est déshérité, c’est ainsi qu’il vous plaît.

    Les hommes sont vos fruits : partagez-leur votre âme
    Votre âme est comme un lait qui ne doit pas tarir,
    O femmes, pour ces fils douloureux de la femme
    Que vous faites pour vivre, hélas ! et pour souffrir ;
    Que seul, le Fils de l’homme empêche de mourir !

    L’enfant c’est le mystère avec lequel tu joues,
    C’est l’inconnu sacré que tu portes neuf mois,
    Pendant que la douleur te baise sur les joues,
    Mère qui fais des gueux et toi qui fais des rois,
    Vous qui tremblez toujours et mourez quelquefois.


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    • 1
  4. Cantique à la Reine

    I

    Douce Vierge Marie, humble mère de Dieu
    Que tout le ciel contemple,
    Vous qui fûtes un lys debout dans l'encens bleu
    Sur les marches du temple ;

    Épouse agenouillée à qui l'ange parla ;
    Ô divine accouchée,
    Que virent les bergers, qu'une voix appela,
    Sur la roche penchée;

    Qui regardiez dormir, l'abreuvant d'un doux lait,
    L'adorant la première,
    Un enfant frêle et nu, mais qui, la nuit, semblait
    Être fait de lumière ;


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    • 3
  5. Aphorismes

    Aimer la Vérité,
    C’est aimer dans son cœur une Naïade blanche.
    Le peintre la demande aux rires des couleurs.

    *

    Sans la beauté de Dieu, le cœur de l’homme est sombre.

    *


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    • 0
  6. Saintes femmes

    Quelle étoile nous vit donc naître, nous qui sommes
    Les voleuses de vos coeurs charmants, Enfants-rois ?
    C’est nous qui vous faisons la cour, ô jeunes hommes,
    Et vos légèretés nous sont d’atroces croix.

    En nous rien des yeux verts de l’amante fatale
    Par sa jupe épandue en mare de sang noir.
    Rien des beautés faisant que le désir détale
    Devant leurs coeurs repus de vaches au dormoir.

    Mais nous nous déclarons d’avance les sujettes
    De votre règne aimable ou non, sans nul souci
    Que celui d’approcher vos mains ; sommes-nous bêtes
    De vous bercer, de vous enorgueillir ainsi !

    Pour atteindre aux baisers graves de votre bouche,
    Il nous plaît de braver, dans votre embrassement,
    Jusques à toi, Baiser déchirant, et toi couche
    Où le sang violé s’éperle obscurément.


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    • 2
  7. Ciels

    Le Ciel a de jeunes pâturages
    Tendres, vers un palais triste et vermeil :
    Un Essaim d’Heures sauvages
    Guide Pasiphaé, petite-fille du Soleil.

    Des troupeaux silencieux du ciel,
    Un nuage, un doux taureau s’écume,
    Se détache, avec le souci réel
    Du Baiser qui l’arrose et la parfume.

    Et ces neiges, fraîcheur et ferveur,
    Au ciel des étreintes fatales,
    S’unissent, ô Douleur !
    Le taureau roule sur la prairie idéale.

    La Passion plus doucement encore a lui
    Sous le Baiser qui les parfume et les arrose,
    Ils s’absorbent au ciel qui les absorbe en lui.
    Reste seule la bave du Baiser, amère et rose.


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    • 2
  8. Aux saints

    Si, tous les matins de nos fêtes,
    Nous chantions tous avec amour
    Sur les harpes des saints prophètes
    Nos prières qui sont parfaites,
    Je ne serais pas dans la cour.

    Si nous récitions nos prières
    Dans le crépuscule du soir
    Avec des lèvres régulières,
    Avant d’allumer les lumières,
    Je ne serais pas au chauffoir.

    Si les yeux remplis de beaux songes,
    Nous demandions, quand vient le jour,
    Au ciel qui voit tous nos mensonges
    L’humble foi du pêcheur d’éponges,
    Je ne serais pas dans la cour.

    Et quand la lampe s’est éteinte,
    Si nous sentions sur nos lits noirs
    La caresse d’une aile sainte,
    Attendant que l’Angelus tinte,
    Je ne serais pas au dortoir.


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    • 1
  9. Vénus rustique

    Les Dieux sont éternels. Il en naît parmi nous
    Autant qu'il en naissait dans l'antique Italie,
    Mais on ne reste plus des siècles à genoux,
    Et, sitôt qu'ils sont morts, le peuple les oublie.
    Il en naîtra toujours, et les derniers venus
    Régneront malgré tout sur la foule incrédule,
    Tous les héros sont faits de la race d'Hercule.
    La vieille terre enfante encore des Vénus.

    I

    Un jour de grand soleil, sur une grève immense,
    Un pêcheur qui suivait, la hotte sur le dos,
    Cette ligne d'écume où l'Océan commence,
    Entendit à ses pieds quelques frêles sanglots.
    Une petite enfant gisait, abandonnée,
    Toute nue, et jetée en proie au flot amer,
    Au flot qui monte et noie ; à moins qu'elle fût née
    De l'éternel baiser du sable et de la mer.

    Il essuya son corps et la mit dans sa hotte,
    Couchée en ses filets l'emporta triomphant,
    Et, comme au bercement d'une barque qui flotte,
    Le roulis de son dos fit s'endormir l'enfant.
    Bientôt il ne fut plus qu'un point insaisissable,
    Et le vaste horizon se referma sur lui,
    Tandis que se déroule au bord de l'eau qui luit
    Le chapelet sans fin de ses pas sur le sable.


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    • 7
  10. Une Conquête

    Un jeune homme marchait le long du boulevard
    Et sans songer à rien, il allait seul et vite,
    N'effleurant même pas de son vague regard
    Ces filles dont le rire en passant vous invite.

    Mais un parfum si doux le frappa tout à coup
    Qu'il releva les yeux. Une femme divine
    Passait. À parler franc, il ne vit que son cou ;
    Il était souple et rond sur une taille fine.

    Il la suivit – pourquoi ? – Pour rien ; ainsi qu'on suit
    Un joli pied cambré qui trottine et qui fuit,
    Un bout de jupon blanc qui passe et se trémousse.
    On suit ; c'est un instinct d'amour qui nous y pousse.

    Il cherchait son histoire en regardant ses bas.
    Élégante ? Beaucoup le sont. – La destinée
    L'avait-elle fait naître en haut ou bien en bas ?
    Pauvre mais déshonnête, ou sage et fortunée ?


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    Guy de MaupassantRecueil : Des vers
    • 1
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