1. Juif

    Quelqu'un qui jamais ne se trompe,
    M'appelle juif Moi, juif ? Pourquoi ?
    Je suis chrétien, sans que je rompe
    Le pain bénit à son de trompe,
    Bien qu'en mon trou je reste coi.

    Je sais juif, ah ! c'est bien possible !
    Je n'ai le nez spirituel
    Ni l'air résigné d'une cible ;
    Je ne montre un cœur insensible.
    Tout juif est-il en Israël ?

    Mais si juif signifie avare
    Économisant sur le suif,
    Sur l'eau qui pourtant n'est pas rare
    Sur une corde de guitare,
    Je me fais honneur d'être juif.

    Je prends pour moi seul cette injure,
    Quoique je ne possède rien ;
    Je me l'écris sur la figure
    En trois mots, sans une rature ;
    Voyez : je suis juif. Lisez bien.


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    • 1
  2. Ignorant

    Je suis bien ignorant, Madame :
    Je ne sais si j'ai quatre mains,
    Si je n'ai qu'un corps ou qu'une âme,
    Ou quatre pieds sur les chemins.

    Je ne sais pas si j'ai deux queues,
    Et deux têtes, il se pourrait ;
    Mais je ne ferais pas trois lieues
    Pour prendre au vol ce beau secret.

    Je ne sais si j'ai quatre joues,
    Sous quatre-z-yeux ou sous deux nez,
    Comme ceux avec qui tu joues,
    Sans gestes trop désordonnés.

    Je ne sais pas si j'ai six couilles
    Ou six ou sept, entendons-nous,
    Ké-ke-ça peut vous fiche arsouilles,
    Je ne couche pas avec vous.


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    • 0
  3. Gâté

    Comme une femme, hélas ! vous change !
    Ainsi, moi je fume toujours,
    Je ris, je dors, je bois, et mange,
    Mais tu m'as rendu bien étrange,
    Et de tous les fils, le plus lourd.

    Un fils qui foule au pied sa mère,
    Ce que le dernier des troupiers
    Au pas accéléré peut faire,
    Qui s'oublie, ô folie amère,
    Jusqu'à l'écraser sous ses pieds !

    Eh ! oui, je foule aux pieds la Terre
    Qu'à deux genoux a su baiser
    Un Romain plein d'amour sévère,
    Brutus, que j'appelle mon frère,
    J'ai pu quelquefois l'écraser.

    Écraser qui ? la Terre où l'homme ?
    Les deux, n'en soyons pas surpris :
    Le Temps est le grand agronome ;
    Il peut aux poussières de Rome
    Mêler les cendres de Paris.


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    • 0
  4. Fou

    Que je sois un fou, qu'on le dise,
    Je trouve ça tout naturel,
    Ayant eu ma part de bêtise
    Et commis plus d'une sottise,
    Depuis que je suis temporel.

    Je suis un fou, quel avantage,
    Madame ! un fou, songez-y bien,
    Peut crier se tromper d'étage,
    Vous proposer le mariage,
    On ne lui dira jamais rien,

    C'est un fou ; mais lui peut tout dire,
    Lâcher parfois un terme vil,
    Dans ce cas le mieux c'est d'en rire,
    Se fâcher serait du délire,
    À quoi cela servirait-il ?

    C'est un fou. Si c'est un bonhomme
    Laissant les gens à leurs métiers,
    Peu contrariant, calme en somme,
    Distinguant un nez d'une pomme,
    On lui pardonne volontiers.


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    • 3
  5. Dernier madrigal

    Quand je mourrai, ce soir peut-être,
    Je n’ai pas de jour préféré,
    Si je voulais, je suis le maître,
    Mais ce serait mal me connaître,
    N’importe, enfin, quand je mourrai.

    Mes chers amis, qu’on me promette
    De laisser le bois au lapin,
    Et, s’il vous plaît, qu’on ne me mette
    Pas, comme une simple allumette,
    Dans une boîte de sapin ;

    Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;
    Ne me couchez pas tout du long,
    Pour le coup de fusil qui tonne,
    Dans la bière qu’on capitonne
    Sous sa couverture de plomb.

    Car, je ne veux rien, je vous jure ;
    Pas de cercueil ; quant au tombeau,
    J’y ferais mauvaise figure,
    Je suis peu fait pour la sculpture,
    Je le refuse, fût-il beau.


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    • 3
  6. Dauphin

    Madame, on dit que les bons comptes
    Font les bons amis. Soit, comptons
    Comme dans les comptes des contes,
    Par bœufs, par veaux et par moutons ;

    Pris un jour une cigarette
    De vous, dois : quatre-vingt-dix bœufs ;
    À ton bouquet, une fleurette,
    Peut-être une, peut-être deux,

    Dois : quatre-vingts bœufs ; pour l'essence
    Que ta lampe brûlait la nuit,
    Mille moutons que je recense
    Près du berger que son cbien suit.

    Pris à ta cuisine adorable
    Un bout de pain, un doigt de vin,
    Dois : une vache vénérable
    Avec sa crèche de sapin.


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    • 3
  7. Cru

    C'est vrai, je suis épileptique,
    Je peux tomber trois fois par jour
    D'une fenêtre, d'un portique,
    Et d'une cloche de l'Amour.

    Mais quel est cet air de reproche ?
    Ça ne fait que trois ? j'ai péché
    Et d'un joli quartier de roche,
    Où j'étais doucement niché.

    Je tombe, tombe, tombe, tombe,
    Ça fait bien quatre cette fois,
    Si j'étais un mort dans sa tombe,
    J'en tomberais sur tous les toits.

    C'est du moins ce que j'entends dire,
    Et qu'un petit bruit, dans un coin,
    A jadis tenté d'introduire
    En ton délicieux Bourgoin.


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    • 0
  8. Cas de divorce

    Adam était fort amoureux.
    Maigre comme un clou, les yeux creux ;
    Son Ève était donc bien heureuse
    D'être sa belle Ève amoureuse,
    Mais fiez-vous donc à demain !
    Un soir, en promenant sa main
    Sur le moins beau torse du monde,
    Ah ! sa surprise fut profonde !
    Il manquait une côte là.
    Tiens ! Tiens ! que veut dire cela ?
    Se dit Ève, en baissant la tête.
    Mais comme Ève n'était pas bête,
    Tout d'abord Ève ne fit rien
    Que s'en assurer bel et bien.
    « Vous, Madame, avec cette mine ?
    Qu'avez-vous donc qui vous chagrine ? »
    Lui dit Adam, le jour suivant.
    « Moi, rien dit Ève c'est le vent. »
    Or, le vent donnait sous la plume,
    Contrairement à sa coutume.
    Un autre eût été dépité,
    Mais comme il avait la gaieté
    Inaltérable de son âge,
    Il s'en fut à son jardinage
    Tout comme si de rien n'était.

    Cependant, Ève s'embêtait
    Comme s'ennuie une Princesse.
    « Il faut, nom de Dieu ! que ça cesse »,
    Se dit Ève, d'un ton tranchant.
    « Je veux le voir, oui, sur-le-champ »,
    Je dirai : « Sire, il manque à l'homme
    Une côte, c'est sûr ; en somme,
    En général, ça ne fait rien,
    Mais ce général, c'est le mien.
    Il faut donc la lui donner vite.
    Moi, j'ai mon compte, ça m'évite
    De vous importuner ; mais lui,
    N'a pas le sien, c'est un ennui.
    Ce détail me gâte la fête.
    Puisque je suis toute parfaite,
    J'ai bien droit au mari parfait.
    Il ne peut que dire : en effet »,

    Ici la Femme devint rose,

    « Et s'il dit, prenant mal la chose :
    « Ton Adam n'est donc plus tout nu !
    Que lui-même il n'est pas venu ?
    A-t-il sa langue dans sa poche ?
    Sur la mèche où le cœur s'accroche,
    La casquette à n'en plus finir ?
    Est-il en train de devenir
    Soutenu ? » Que répliquerai-je ?
    La Femme ici devint de neige.


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    • 2
  9. Amour

    Je ne crains pas les coups du sort,
    Je ne crains rien, ni les supplices,
    Ni la dent du serpent qui mord,
    Ni le poison dans les calices,
    Ni les voleurs qui fuient le jour,
    Ni les sbires ni leurs complices,
    Si je suis avec mon Amour.

    Je me ris du bras le plus fort,
    Je me moque bien des malices,
    De la haine en fleur qui se tord,
    Plus caressante que les lices ;
    Je pourrais faire mes délices
    De la guerre au bruit du tambour,
    De l’épée aux froids artifices,
    Si je suis avec mon Amour.

    Haine qui guette et chat qui dort
    N’ont point pour moi de maléfices ;
    Je regarde en face la mort,
    Les malheurs, les maux, les sévices ;
    Je braverais, étant sans vices,
    Les rois, au milieu de leur cour,
    Les chefs, au front de leurs milices,
    Si je suis avec mon Amour.

    ENVOI


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    • 1
  10. Musulmanes

    À Camille de Sainte-Croix.

    Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
    Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
    Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
    Miroirs plein d'ombre où reste une image sadique ;

    L'oreille ourlée ainsi qu'un gouffre, la mimique
    Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
    De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
    Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !

    Votre voile vous garde ainsi qu'une maison
    Et la maison vous garde ainsi qu'une prison ;
    Je vous comprends : l'Amour aime une immense scène.


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    Germain NouveauRecueil : Sonnets du Liban
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