Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Rencontre
Vous mîtes votre bras adroit,
Un soir d’été, sur mon bras gauche.
J’aimerai toujours cet endroit,
Un café de la Rive-Gauche ;Au bord de la Seine, à Paris
Un homme y chante la Romance
Comme au temps des lansquenets gris ;
Vous aviez emmené Clémence.Vous portiez un chapeau très frais
Sous des noeuds vaguement orange,
Une robe à fleurs sans apprêts,
Sans rien d’affecté ni d’étrange ;Vous aviez un noir mantelet,
Une pèlerine, il me semble,
Vous étiez belle, et s’il vous plaît,
Comment nous trouvions-nous ensemble ?
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Robe
Vous portez une robe grise,
M'a dit Suzanne l'autre jour ;
Or, vous aurai-je bien comprise ?
Ça veut-il dire qu'elle est grise,
Qu'elle est toute grise d'amour ?Qu'elle est grise comme la mine
De mes lettres dont le contour
S'éveille sous la plombagine
Qui trace en gris, pour Valentine,
Sur le papier mes vers d'amour ?Car cette robe si charmante,
À moins que, par un gueux de tour,
Ma mémoire ici ne me mente,
De nœuds de couleur s'agrémente,
Comme tous mes billets d'amour.Je sais que, fière et délicate,
Comme une Reine pour sa cour,
La femme très femme, et très chatte,
Ne peut remuer une patte
Sans quelque intention d'amour.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Poudre
Et vos cheveux, alors, de sombres
Deviennent gris, et de gris, blancs,
Comme un peuple aux ailes sans nombres
De colombes aux vols tremblants.Suis-je sur terre ou bien rêvè-je ?
Quoi, c'est vous, c'est toi que je vois
Sous ta chevelure de neige,
Jeune de visage et de voix ;Le corps svelte et libre d'allure,
Sans rien de fané ni de las,
Et cependant ta chevelure
Est plus blanche que les lilas.Pour qu'il meure et pour qu'il renaisse,
Viens-tu verser à mon désir,
Avec le vin de la jeunesse
L'expérience du plaisir ?
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Fée
Il en est encore une au monde,
Je la rencontre quelquefois,
Je dois vous dire qu'elle est blonde
Et qu'elle habite au fond des bois.N'était que Vous, Vous êtes brune
Et que Vous habitez Paris,
Vous vous ressemblez sous la lune,
Et quand le temps est un peu gris.Or, dernièrement, sur ma route
J'ai vu ma fée aux yeux subtils :
« Que faites-vous ? — Je vous écoute.
— Et les amours, comment vont-ils ?— Ah ! ne m'en parlez pas, Madame,
C'est toujours là que l'on a mal ;
Si ce n'est au corps c'est à l'âme.
L'amour, au diable l'animal !
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Devise
Puisque Vous vîntes en ce monde,
Sur la Normandie au sol fier,
Dans une ville gaie et blonde,
Entre les pommiers et la mer ;Puisqu'il est certain que vous, Femme,
Vous pouvez tout, grâce à l'Amour,
Vous de qui le regard m'enflamme
Comme une Flèche de son Jour ;Puisqu'il est clair que dans ta tête
Ton jugement est ferme et sûr,
Et tel qu'en août, aux champs en fête,
L'Épi de blé, lorsqu'il est mûr ;Puisqu'on voit en France les hommes
Céder à leurs femmes le pas,
Et que les Croqueuses de pommes
Leur font mettre à tous chapeau bas ;
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Germain NouveauRecueil : ValentinesL’Idéal
Il [l'honneur] permet la galanterie quand elle est unie
à l'idée de sentiments du cœur, ou à l'idée de conquête.
Montesquieu.Mon idéal n'est pas : mon ange,
À qui l'on dit : mon ange, mange ;
Tu ne bois pas, mon ange aimé ?
Un pauvre ange faux et sans ailes
Que les plus sottes ritournelles
Ont étrangement abimé.Mon idéal n'est pas : ma chère,
De l'amant qui fait maigre chère,
Et dit chère, du bout des dents,
Moins chère que ma chère tante,
Ou que la chaire protestante
Où gèlent les sermons prudents.Mon idéal n'est pas : ma bonne !
Ce n'est pas la bonne personne,
Celle dont on dit, et comment !
« Elle est si bonne ! elle est si douce ! »
Et qui jamais ne vous repousse,
Madone du consentement !
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Cour
Je connais, Madame, un bonhomme
Qui serait bien mal à la Cour.
Je ne sais comment il se nomme,
Sa femme n'est pas laide, en somme,
Non, elle est très digne d'amour.Elle a de l'œil et de la taille,
Un petit soulier de satin.
C'est une blonde, toute en paille.
Mais, voyez, Madame, elle baille
Dès les onze heures du matin.L'hiver, sa servante auprès d'elle,
Elle garde le coin du feu,
Demandant s'il vente ou s'il gèle ;
Quelquefois un bout de querelle
Avec son chéri, c'est fort peu.Au mois de juin, pour la distraire,
Celui-ci la mène à la mer,
Mais son fauteuil est solitaire ;
Surtout, pas de célibataire ;
Car ces messieurs vous ont un air
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Germain NouveauRecueil : ValentinesL’Âme
Comme un exilé du vieux thème,
J’ai descendu ton escalier ;
Mais ce qu’a lié l’Amour même,
Le temps ne peut le délier.Chaque soir quand ton corps se couche
Dans ton lit qui n’est plus à moi,
Tes lèvres sont loin de ma bouche ;
Cependant, je dors près de Toi.Quand je sors de la vie humaine,
J’ai l’air d’être en réalité
Un monsieur seul qui se promène ;
Pourtant je marche à ton côté.Ma vie à la tienne est tressée
Comme on tresse des fils soyeux,
Et je pense avec ta pensée,
Et je regarde avec tes yeux.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesL’Agonisant
Ce doit être bon de mourir,
D'expirer, oui, de rendre l'âme,
De voir enfin les cieux s'ouvrir ;
Oui, bon de rejeter sa flamme
Hors d'un corps las qui va pourrir ;
Oui, ce doit être bon, Madame,
Ce doit être bon de mourir !Bon, comme de faire l'amour,
L'amour avec vous, ma Mignonne,
Oui, la nuit, au lever du jour,
Avec ton âme qui rayonne,
Ton corps royal comme une cour ;
Ce doit être bon, ma Mignonne,
Oui, comme de faire l'amour ;Bon, comme alors que bat mon cœur,
Pareil au tambour qui défile,
Un tambour qui revient vainqueur,
D'arracher le voile inutile
Que retenait ton doigt moqueur,
De t'emporter comme une ville
Sous le feu roulant de mon cœur;De faire s'étendre ton corps,
Dont le soupirail s'entrebâille.
Dans de délicieux efforts,
Ainsi qu'une rose défaille
Et va se fondre en parfums forts,
Et doux, comme un beau feu de paille ;
De faire s'étendre ton corps ;
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Germain NouveauRecueil : ValentinesJaloux
En été dans ta chambre claire,
Vers le temps des premiers aveux,
(Ce jeu-là paraissait Te plaire)
On ouvrait parfois Baudelaire,
Avec ton épingle à cheveux,Comme un croyant ouvre sa Bible,
En s’imaginant que le Ciel,
Dans un verset doux ou terrible,
Va parler à son coeur sensible,
Quelque peu superficiel ;D’avance on désignait la page
A droite ou bien à gauche, et puis,
Par un chiffre le vers, ce mage
Qui devrait être ton image,
Ou me dire ce que je suis.Nous prenions du goût à la chose.
Donc on tirait chacun pour soi
Un vers, au hasard, noir ou rose,
Dans ce beau Poète morose.
Nous commencions, d’abord à Toi,
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