Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Nom
Je porte un nom assez bizarre,
Tu diras : » Ton cas n’est pas rare. »
Oh ! je ne pose pas pour ça,
Du tout Mais permettez, Madame,
Je découvre en son anagramme :
‘Amour ingénue’, et puis : ‘Va’ !Si comme un régiment qu’on place
Sous le feu je change la face
De ce nom drôlement venu,
Dans le feu sacré qui le dore,
Tiens ! regarde je lis encore :
‘Amour ignée’, et puis : ‘Va, nu’ !Pas une lettre de perdue !
Il avait la tête entendue,
Le parrain qui me le trouva !
Mais ce n’est pas là tout, écoute !
Je lis encor, pour Toi, sans doute :
‘Amour ingénu’, puis : ‘Éva’ !Tu sais nous ne sommes peut-être
Les seuls amours qu’on ait vus naître ;
Il en naît et meurt tous les jours ;
On en voit sous toutes les formes ;
Et petits, grands ou même énormes,
Tous les hommes sont des amours.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Mendiant
L'être que j'adore en ce monde,
Eût-il les pieds noirs et des poux,
C'est le mendiant, il m'inonde
Le cœur d'une extase profonde ;
Je lui baiserais les genoux.D'abord il convient de vous dire
Que si je ne l'adorais pas,
Ça ferait peut-être sourire ;
On penserait : Hé ! le bon sire !
Il a le « trac » pour ses ducats.Il a peur de faire l'aumône,
Ou qu'on le vole, il a raison
Dans la vie, ah ! tout n'est pas jaune,
Et mon ami le plus béjaune
Ne viendrait pas à la maison.Ou, s'il venait, il voudrait faire,
Tout comme moi, les mêmes frais,
Nous compterions, quelle misère !
Et s'il me cassait, quoi ? son verre ?
Ah ! la tête que je ferais !
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Dieu
N'est pas athée qui veut.
NapoléonJe vous dis un soir une chose
Dont vous fûtes peut-être cause :
J'ai découvert un nouveau Dieu.
« Nous irons le prêcher ensemble »,
Me répondîtes-vous ; j'en tremble
Car vous vous avanciez un peu.Puisque, jusqu'à preuve apportée,
Je ne veux être qu'un athée
Qui ne peux croire qu'en l'Amour,
Quel Dieu, répondez-moi, quel diable
De Dieu né mort ou né viable
Avais-je bien pu mettre au jour ?Mais j'avais dit vrai sans blasphème,
Vous allez voir cherchez vous-même
Vous ne trouvez pas ? non ? vraiment !
Je vais vous mettre sur la route :
C'est un Dieu bon alors nul doute
Que ce ne soit un Dieu charmant ;
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Livre
De vous le dire je m'empresse
Oh ! la fâcheuse inversion !
D'ailleurs la seule qui paraisse
Être échappée à ma paresse,
Au cours de cette édition.Je m'empresse de vous le dire,
Allons ! voilà qui va bien mieux !
Je ne suis pas (faut-il l'écrire ?)
Un poète, je suis sans lyre.
Je crois que cela saute aux yeux.Mais, vous m'avez dit, d'aventure,
Un soir : « Je n'aime pas les vers. »
Or, nous revenions en voiture ;
« Quoi ? pas même ceux de Voiture ? »
Je vous regardai de travers.Je trouvai la chose hardie.
Nous traversions le carrefour,
De l'Ancienne Comédie,
« Moi, je les aime, quoiqu'on die
Presqu'autant que faire l'amour. »
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Baiser (III)
» Tout fait l’amour. » Et moi j’ajoute,
Lorsque tu dis : » Tout fait l’amour » :
Même le pas avec la route,
La baguette avec le tambour.Même le doigt avec la bague,
Même la rime et la raison,
Même le vent avec la vague,
Le regard avec l’horizon.Même le rire avec la bouche,
Même l’osier et le couteau,
Même le corps avec la couche,
Et l’enclume sous le marteau.Même le fil avec la toile
Même la terre avec le ver,
Le bâtiment avec l’étoile,
Et le soleil avec la mer.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Baiser (IV)
Le Baiser de ton rêve
Est celui de l'Amour !
Le jour, le jour se lève,
Clairons, voici le jour !Le Baiser de mon rêve
Est celui de l'Amour !
Enfin, le jour se lève !
Clairons, voici le jour !La caresse royale
Est celle de l'Amour.
Battez la générale,
Battez, battez, tambour !Car l'Amour est horrible
Au gouffre de son jour !
Pour le tir à la cible
Battez, battez, tambour.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Baiser (II)
Comme une ville qui s'allume
Et que le vent achève d'embraser,
Tout mon cœur brûle et se consume,
J'ai soif, oh ! j'ai soif d'un baiser.Baiser de la bouche et des lèvres
Où notre amour vient se poser,
Plein de délices et de fièvres,
Ah ! j'ai soif, j'ai soif d'un baiser !Baiser multiplié que l'homme
Ne pourra jamais épuiser,
Ô toi, que tout mon être nomme,
J'ai soif, oui, j'ai soif d'un baiser.Fruit doux où la lèvre s'amuse,
Beau fruit qui rit de s'écraser,
Qu'il se donne ou qu'il se refuse,
Je veux vivre pour ce baiser.
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Visite
Moi mouchard ? oui, madame Phaïlle,
Comme on Vous nomme dans l'endroit,
Que Tu ravis avec ta taille,
Où tu prends du bout d'une paille,
Au temps chaud, ton sorbet très froid.À l'Ictinus ! près de la place
Et du palais de Médicis,
Tu t'asseyais, pâle, un peu lasse ;
Et ta grenadine à la glace
Souriait, rose, à mon cassis.Beau café ; terrasse ; pratique
Chère aux chanteurs du vieux Faubourg ;
À proximité fantastique
De l'Odéon ; vue artistique
Sur les arbres du Luxembourg.Je disais ? ah ! ceci, Madame,
Que s'il est un pauvre mouchard
Sur la galère noire où rame
L'esclave du Paris infâme,
Sans l'excuse d'être pochard,
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Baiser (I)
N’êtes-vous pas toute petite
Dans votre vaste appartement,
Où comme un oiseau qui palpite
Voltige votre pied normand ?N’est-elle pas toute mignonne,
Blanche dans l’ombre où tu souris,
Votre taille qui s’abandonne,
Parisienne de Paris ?N’est-il pas à Vous, pleine d’âme,
Franc comme on doit l’être, à l’excès,
Votre coeur d’adorable femme,
Nu, comme votre corps français ?Ne sont-ils pas, à Vous si fière,
Les neiges sous la nuit qui dort
Dans leur silence et leur lumière,
Vos magnifiques seins du Nord ?
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLa Statue
Parmi les marbres qu’on renomme
Sous le ciel d’Athène ou de Rome,
Je prends le plus pur, le plus blanc,
Je le taille et puis je l’étale
Dans ta pose d’Horizontale
Soulevée un peu sur le flancVoici la tête qui se dresse,
Qu’une ample chevelure presse,
Le cou blanc, dont le pur contour
Rappelle à l’oeil qui le contemple
Une colonne, au front d’un temple,
Le plus beau temple de l’Amour !Voici la gorge féminine,
Le bout des seins sur la poitrine
Délicatement accusé,
Les épaules, le dos, le ventre
Où le nombril se renfle et rentre
Comme un tourbillon apaisé.Voici le bras plein qui s’allonge ;
Voici, comme on les voit en songe,
Les deux petites mains d’Eros,
Le bassin immense, les hanches,
Et les adorablement blanches
Et fermes fesses de Paros.
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