1. Une allée du Luxembourg

    Elle a passé, la jeune fille
    Vive et preste comme un oiseau
    À la main une fleur qui brille,
    À la bouche un refrain nouveau.

    C’est peut-être la seule au monde
    Dont le coeur au mien répondrait,
    Qui venant dans ma nuit profonde
    D’un seul regard l’éclaircirait !

    Mais non, – ma jeunesse est finie
    Adieu, doux rayon qui m’as lui, -
    Parfum, jeune fille, harmonie
    Le bonheur passait, – il a fui !

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 1
  2. Pensée de Byron

    Élégie

    Par mon amour et ma constance,
    J’avais cru fléchir ta rigueur,
    Et le souffle de l’espérance
    Avait pénétré dans mon coeur ;
    Mais le temps, qu’en vain je prolonge,
    M’a découvert la vérité,
    L’espérance a fui comme un songe
    Et mon amour seul m’est resté !

    Il est resté comme un abîme
    Entre ma vie et le bonheur,
    Comme un mal dont je suis victime,
    Comme un poids jeté sur mon coeur !
    Pour fuir le piège où je succombe,
    Mes efforts seraient superflus ;
    Car l’homme a le pied dans la tombe,
    Quand l’espoir ne le soutient plus.

    J’aimais à réveiller la lyre,
    Et souvent, plein de doux transports,
    J’osais, ému par le délire,
    En tirer de tendres accords.
    Que de fois, en versant des larmes,
    J’ai chanté tes divins attraits !
    Mes accents étaient pleins de charmes,
    Car c’est toi qui les inspirais.


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    (il reste 2 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 4
  3. Le point noir

    Quiconque a regardé le soleil fixement
    Croit voir devant ses yeux voler obstinément
    Autour de lui, dans l’air, une tache livide.

    Ainsi, tout jeune encore et plus audacieux,
    Sur la gloire un instant j’osai fixer les yeux :
    Un point noir est resté dans mon regard avide.

    Depuis, mêlée à tout comme un signe de deuil,
    Partout, sur quelque endroit que s’arrête mon oeil,
    Je la vois se poser aussi, la tache noire !

    Quoi, toujours ? Entre moi sans cesse et le bonheur !
    Oh ! c’est que l’aigle seul – malheur à nous, malheur !
    Contemple impunément le Soleil et la Gloire.

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 0
  4. Si tu pleures jamais

    Si tu pleures jamais, que ce soit en silence ;
    Si l'on te voit pleurer, essuie au moins tes pleurs !
    Car tu ne peux trouver au fond de ta souffrance
    Le calme fier qui naît des injustes douleurs.

    Non ! tu ne le peux pas. Si ta vie est brisée,
    Qui me brisa le cœur où tu vivais ? Dis-moi,
    Dis-moi qui l'a voulu, si je t'ai délaissée ?
    Tes pleurs amers et vains n'accuseraient que toi !

    Les femmes sont ainsi ! Que je t'eusse trahie,
    Tu reviendrais m'offrir à genoux mon pardon.
    Si tu m'aimais, pourquoi cette triste folie
    D'implorer de l'amour la fuite et l'abandon ?

    Mon orgueil t'obéit sans risquer un murmure.
    A ce monde sans cœur je cache mes regrets ;
    Sous un dédain léger je voile ma torture,
    Et si bien — que toi-même aussi t'y tromperais !


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    (il reste 3 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 12
  5. Oh ! pourquoi voyager ?

    « Oh ! pourquoi voyager ? » as-tu dit. C'est que l'âme
    Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;
    C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,
    Qui, nos amours éteints, survit à nos amours !
    C'est qu'on est mal ici ! ? Comme les hirondelles,
    Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ;
    C'est qu'à nos cœurs, mon Dieu ! vous avez mis des ailes.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que le cœur hennit en pensant aux voyages,
    Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ;
    C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages
    Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend ;

    Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme
    Qui cherche son pays perdu ? dans l'avenir ;
    C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,
    Qui vivais près de nous et couchais sur nos cœurs,
    Tu n'as pas su dompter cette force rebelle
    Qui nous jeta vers toi pour nous pousser ailleurs !
    Tu n'as plus de mystère au fond de ton sourire,
    Nous le connaissons trop pour jamais revenir ;
    La chaîne des baisers se rompt, ? l'amour expire
    Voilà pourquoi je veux partir !


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    (il reste 11 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 8
  6. Oh ! les yeux adorés

    Oh ! les yeux adorés ne sont pas ceux qui virent
    Qu'on les aimait, ? alors qu'on en mourait tout bas !
    Les rêves les plus doux ne sont pas ceux que firent
    Deux êtres, cœur à cœur et les bras dans les bras !
    Les bonheurs les plus chers à notre âme assouvie
    Ne sont pas ceux qu'on pleure après qu'ils sont partis ;
    Mais les plus beaux amours que l'on eut dans la vie
    Du cœur ne sont jamais sortis !

    Ils sont là, vivent là, durent là. ? Les années
    Tombent sur eux en vain. On les croit disparus,
    Perdus, anéantis, au fond des destinées !
    Et le Destin, c'est eux, qui semblaient n'être plus !

    On a dix fois aimé depuis eux. ? La jeunesse
    A coulé, fastueuse et brûlante, ? et le Temps
    Amène un soir d'hiver, par la main, la Vieillesse,
    Qui nous prend, elle ! par les flancs !

    Mais ces flancs terrassés qu'on croyait sans blessure
    En ont une depuis qu'ils respirent, hélas !
    D'un trait mal appuyé, légère égratignure,
    Qui n'a jamais guéri, mais qui ne saignait pas !
    Ce n'était rien le pli de ces premières roses
    Qu'on s'écrase au printemps sur le cœur, quand il bout
    Ah ! dans ce cœur combien il a passé de choses !
    Mais ce rien resté c'était tout !


    Lire le poème "Oh ! les yeux adorés" en entier
    (il reste 6 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 6
  7. La Beauté

    À Armance.

    Eh quoi ! vous vous plaignez, vous aussi, de la vie !
    Vous avez des douleurs, des ennuis, des dégoûts !
    Un dard sans force aux yeux, sur la lèvre une lie,
    Et du mépris au cœur ! ? Hélas ! c'est comme nous !
    Lie aux lèvres ? ? poison, reste brûlant du verre ;
    Dard aux yeux ? ? rapporté mi-brisé des combats ;
    Et dans le cœur mépris ? ? Éternel Sagittaire
    Dont le carquois ne tarit pas !

    Vous avez tout cela, ? comme nous, ô Madame !
    En vain Dieu répandit ses sourires sur vous !
    La Beauté n'est donc pas tout non plus pour la femme
    Comme en la maudissant nous disions à genoux,

    Et comme tant de fois, dans vos soirs de conquête,
    Vous l'ont dit vos amants, en des transports perdus,
    Et que, pâle d'ennui, vous détourniez la tête,
    Ô Dieu ! n'y pensant déjà plus


    Lire le poème "La Beauté" en entier
    (il reste 6 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 4
  8. À Valognes

    Ex imo.

    .. C'était dans la ville adorée
    Sarcophage pour moi des premiers souvenirs,
    Où tout enfant j'avais, en mon âme enivrée
    Rêvé ces bonheurs fous qui restent des désirs !
    C'était là qu'une après-midi, dans une rue,
    Dont un soleil d'août, de sa lumière drue,
    Frappait le blanc pavé désert, ? qu'elle passa,
    Et qu'en moi, sur ses pas, tout mon cœur s'élança !
    Elle passa, charmante à n'y pas croire,
    Car ils la disent laide ici, ? stupide gent !
    Tunique blanche au vent sur une robe noire,
    Elle était pour mes jeux comme un vase élégant
    Incrusté d'ébène et d'ivoire !
    Je la suivis ? Ton cœur ne t'a pas dit tout bas

    Que quelqu'un te suivait, innocente divine,
    Et mettait mettait, pas pour pas,
    Sa botte où tombait ta bottine ?
    Qui sait ? Dieu te sculpta peut-être pour l'amour,
    Ô svelte vase humain, élancé sur ta base !
    Pourquoi donc n'es-tu pas, ô Vase !
    L'urne de ce cœur mort que tu fis battre un jour !

    Août 1875.

    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 0
  9. Les mots

    Rien ne me reste plus à dire
    Mon cœur me coupe la parole.
    Cœur, oh ! cœur sécateur
    Tu coupes les mots du bonheur :
    Les mots sitôt venus se meurent.

    Louise de VilmorinRecueil : Solitude, ô mon éléphant
    • 4
  10. Rimes du coeur

    De ce temps si vite passé
    Rien n'est resté à la patience.

    Je n'eus pas le temps d'y penser
    Ni de faire un traité d'alliance
    J'ai tout pris et tout dépensé.

    Chaque plaisir, chaque malaise
    Trouvaient les mots qui font pâlir.

    Rimes du cœur sous les mélèzes,
    La forêt comprend le désir
    Et pleurait pour que mieux je plaise.


    Lire le poème "Rimes du coeur" en entier
    (il reste 13 strophes à lire)
    Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablier
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