1. La Bouteille à la mer

    Conseil à un jeune homme inconnu

    I

    Courage, ô faible enfant, de qui ma solitude
    Reçoit ces chants plaintifs, sans nom, que vous jetez
    Sous mes yeux ombragés du camail de l'étude.
    Oubliez les enfants par la mort arrêtés ;
    Oubliez Chatterton, Gilbert et Malfilâtre ;
    De l'œuvre d'avenir saintement idolâtre,
    Enfin, oubliez l'homme en vous-même. — Écoutez :

    II


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    (il reste 58 strophes à lire)
    Alfred de VignyRecueil : Les Destinées
    • 3
  2. Que serais-je sans toi ?

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
    Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

    J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
    Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
    Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
    Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
    Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
    Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
    Que serais-je sans toi qu’un coeur au bois dormant
    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
    Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

    Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
    N’est-ce pas un sanglot que la déconvenue
    Une corde brisée aux doigts du guitariste
    Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
    Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
    Terre, terre, voici ses rades inconnues.


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    (il reste 1 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : Le Roman inachevé
    • 9
  3. Le vieil homme

    Moi qui n’ai jamais pu me faire à mon visage
    Que m’importe traîner dans la clarté des cieux
    Les coutures les traits et les taches de l’âge

    Mais lire les journaux demande d’autres yeux
    Comment courir avec ce cœur qui bat trop vite
    Que s’est-il donc passé La vie et je suis vieux

    Tout pèse L’ombre augmente aux gestes qu’elle imite
    Le monde extérieur se fait plus exigeant
    Chaque jour autrement je connais mes limites

    Je me sens étranger toujours parmi les gens
    J’entends mal je perds intérêt à tant de choses
    Le jour n’a plus pour moi ses doux effets changeants


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    (il reste 14 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : Le Roman inachevé
    • 3
  4. L’affiche rouge

    Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
    Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
    Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
    Vous vous étiez servis simplement de vos armes
    La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

    Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
    Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
    L’affiche qui semblait une tache de sang
    Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
    Y cherchait un effet de peur sur les passants

    Nul ne semblait vous voir Français de préférence
    Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
    Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
    Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

    Et les mornes matins en étaient différents
    Tout avait la couleur uniforme du givre
    A la fin février pour vos derniers moments
    Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
    Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
    Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand


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    (il reste 3 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : Le Roman inachevé
    • 3
  5. Aimer à perdre la raison

    Aimer à perdre la raison
    Aimer à n’en savoir que dire
    A n’avoir que toi d’horizon
    Et ne connaître de saisons
    Que par la douleur du partir
    Aimer a perdre la raison

    Ah c’est toujours toi que l’on blesse
    C’est toujours ton miroir brisé
    Mon pauvre bonheur, ma faiblesse
    Toi qu’on insulte et qu’on délaisse
    Dans toute chair martyrisée

    Aimer à perdre la raison
    Aimer a n’en savoir que dire
    A n’avoir que toi d’horizon
    Et ne connaître de saisons
    Que par la douleur du partir
    Aimer a perdre la raison

    La faim, la fatigue et le froid
    Toutes les misères du monde
    C est par mon amour que j’y crois
    En elle je porte ma croix
    Et de leurs nuits ma nuit se fonde


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    (il reste 1 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : Le Fou d'Elsa
    • 2
  6. Il n’y a pas d’amour heureux

    Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
    Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
    Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
    Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
    Sa vie est un étrange et douloureux divorce
    Il n’y a pas d’amour heureux

    Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
    Qu’on avait habillés pour un autre destin
    A quoi peut leur servir de se lever matin
    Eux qu’on retrouve au soir désoeuvrés incertains
    Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
    Il n’y a pas d’amour heureux

    Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
    Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
    Répétant après moi les mots que j’ai tressés
    Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
    Il n’y a pas d’amour heureux

    Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
    Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson
    Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
    Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
    Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare
    Il n’y a pas d’amour heureux


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    (il reste 2 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : La Diane française
    • 2
  7. Rencontre de deux sourires

    Dans le royaume des coiffeurs, les heureux ne perdent pas tout leur temps à être mariés. Au-delà de la coquetterie des guéridons, les pattes des canards abrègent les cris d'appel des dames blanches. Dans la manche du violon, vous trouverez les cris des grillons. Dans la manche du manchot, vous trouverez le philtre pour se faire tuer. Vous serez étonnés de retrouver la splendeur de vos miroirs dans les ongles des aigles. Regardez ces petits serpents canonisés qui, à la veille de leur premier bal, lancent du sperme avec leurs seins. La richesse a tellement troublé leurs ambitions qu'ils posent des énigmes éternelles aux antiquaires qui passent. Écoutez les soupirs de ces femmes coiffées en papillon.

    Paul EluardRecueil : Les Malheurs des immortels
    • 0
  8. Charlot mystique

    L’ascenseur descendait toujours à perdre
    haleine
    et l'escalier montait toujours
    Cette dame n'entend pas les discours
    elle est postiche
    Moi qui songeais à lui parler d'amour
    Oh le commis
    si comique avec sa moustache et ses sourcils
    artificiels
    Il a crié quand je les ai tirés
    Étrange
    Qu'ai-je vu Cette noble étrangère
    Monsieur je ne suis pas une femme légère
    Hou la laide
    Par bonheur nous
    avons des valises en peau de porc
    à toute épreuve
    Celle-ci
    Vingt dollars
    Elle en contient mille
    C'est toujours le même système
    Pas de mesure
    ni de logique
    mauvais thème

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
    • 1
  9. Vous êtes jeune et belle

    Vous êtes jeune et belle, et vos lèvres rieuses
    N’ont que charmants souris tout fraîchement éclos ;
    Le temps sonne pour vous ses heures folles, joyeuses
    Qui vont se succédant comme les flots aux flots.

    L’amour pour vos plaisirs rend plus voluptueuses
    Ces langueurs qui s’en vont en de tendres sanglots ;
    La fortune, les ris, et les choses heureuses,
    Catinetta mia, voilà quels sont vos lots !

    Quand vous prendrez le deuil d’une prompte jeunesse,
    Et que vous sentirez les doigts de la vieillesse
    De jours d’or et de soie, hélas ! brouiller le fil !

    Quand tout vous fera mal, et le bonheur des autres,
    Ces plaisirs enivrants qui ne sont plus les vôtres,
    Tout, jusqu’au souvenir ? — Que vous restera-t-il ?

    Jules Vernes
    • 0
  10. Quand par le dur hiver

    Quand par le dur hiver tristement ramenée
    La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,
    Laissez geindre du temps la face enchifrenée.
    Par nos nombreux fagots, rendez-moi l’âtre étroit !

    Par le rêveur oisif, la douce après-dînée !
    Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit
    Au bonheur ! — il ne veut devant sa cheminée
    Qu’un voltaire bien doux, pouvant railler le froid !

    Il tisonne son feu du bout de sa pincette ;
    La flamme s’élargit, comme une étoile jette
    L’étincelle que l’oeil dans l’ombre fixe et suit ;

    Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ;
    L’illusion redouble ; heureux ! il pense joindre
    A la chaleur du jour le charme de la nuit !

    Jules Vernes
    • 1
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