1. Métamorphoses

    Violon hippocampe et sirène
    Berceau des cœurs, cœur et berceau
    Larmes de Marie-Madeleine
    Souper d'une Reine
    Sanglot.

    Violon orgueil des mains légères
    Départ à cheval sur les eaux
    Amour chevauchant le mystère
    Voleur en prière
    Oiseau.

    Violon alcool de l'âme en peine
    Préférence. Muscle du soir
    Épaule des saisons soudaines
    Feuille de chêne
    Miroir.

    Violon femme morganatique
    Chat botté courant la forêt
    Puits des vérités lunatiques
    Confession publique
    Corset.


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    Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablier
    • 1
  2. L’allée italienne

    Plus tard, par l'allée italienne,
    J'irai l'après-midi, longeant les murs du temps,
    Promener dans sa grâce nouvelle
    L'enfant de mes soucis.

    Cœur à cœur
    Je lui dirai sa venue
    Sans mystère en mon cœur.
    Le secret de son nom par nos lèvres béni.

    (Ah ! Que j'aimais ces vœux
    Qui m'ont conquise et menée.
    Cet œil bleu de déraison,
    La mauvaise saison de cette année
    Sur les plantes,
    Ce front qui refusait de s'ouvrir au bonheur
    Et mon bonheur de tant aimer.)

    Pas à pas
    Côte à côte,
    Par l'allée italienne,
    Mon fils et moi irons
    Chantant les premiers mots de sa vie,
    Le regard de son œil
    Par la feuille verdie
    Et, pris entre mes mains,
    Ses doigts humides,
    Ses mains,
    Seront les fruits de mes baisers.


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    Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablier
    • 0
  3. Où les sens ne font qu’un

    Je suis dans une chambre où les sens ne font qu'un,
    Oreille, nez et main, bouche et regard s'assemblent,
    L'œil entend, le nez voit, la main goûte aux parfums,
    L'oreille a le toucher, la bouche a tout ensemble.
    Je suis dans une chambre où les sens ne font qu'un.

    Je suis dans une chambre où le souvenir veille,
    Où le souvenir dort, m'abandonne et me prend.
    Des anciennes langueurs le chagrin s'émerveille,
    Il faut peu de bonheur pour pleurer trop longtemps,
    Je suis dans une chambre où le souvenir veille.

    Mon nez voit les rideaux du lit monter au ciel,
    Mon œil écoute aux murs et l'heure et la demie,
    Mon oreille se tend à ta paume endormie
    Ma lèvre sans baiser goûte au baiser véniel
    Et mes mains ton parfum quand j'étais ton amie.
    Mon nez voit les rideaux du lit monter au ciel.

    1954

    Louise de VilmorinRecueil : L'Alphabet des aveux
    • 0
  4. Habillée au goût du bonheur

    Habillée au goût du bonheur
    Elle traversa mes années
    Sans jamais parler du bonheur.
    Et le soir cheminant l'allée,
    Cheminant les sentiers des lièvres,
    Elle disait de petits mots
    Qui s'en allaient hors de ses lèvres
    Comme l'eau frisée du ruisseau
    Qui coupait en deux nos journées.

    Passant le pont, penchée vers l'eau,
    Penchée vers l'eau que disait-elle ?
    « Tous les oiseaux battent de l'aile
    Quand le courant tire le ciel.
    Chaque poisson est un oiseau
    Tombé d'amour, tombé à l'eau
    Pendant les messes de Noël. »

    Habillée au goût du bonheur
    Elle traversait la prairie
    En berçant un bouquet de fleurs,
    Un bouquet de Vierge Marie
    Qui était lourd comme un enfant.
    Enfant fleuri en ses bras blancs,
    Petites filles endormies
    Qu'elle apportait à la maison,
    Amour en chapeau de prairie
    Aux couleurs de chaque saison.

    En traversant notre prairie
    Elle disait, berçant les fleurs :
    « Les moutons de la bergerie
    Ont fui les armes du malheur
    Et moutonnent au ciel d'orage.
    Dès que s'annonce le danger
    Chaque mouton devient nuage,
    Nuages de moutons légers
    Partis au vent, haut sur la côte,
    Lorsque s'éloigne le berger
    Pour la messe de Pentecôte. »


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    Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rire
    • 1
  5. Fiançailles pour rire

    Amants et séducteurs de belles imprudentes
    Dans les chambres perdues passagers d'une nuit,
    Le sort aux mille doigts vous indique la plante
    Qui grimpe son conseil des jardins jusqu'aux lits.

    Captifs de l'enfance, vous rêviez d'être Princes
    Battant monnaie d'amour au battement des cœurs,
    Lorsque vous regardiez passer dans la province
    Les robes du hasard qui portaient vos couleurs.

    Volants volant, belles robes sans pieds ni têtes,
    Cortège de dentelle aux lisières des bois,
    J'ai beaucoup de ces robes pour un soir de fête,
    Beaucoup de rêves à déshabiller en moi.

    Ah ! rêves en gants blancs, ma main tourne une page :
    Elle est noire d'ennui. Ah ! rêves en gants noirs,
    Je tourne une page : Roi de cœur en voyage.
    À la tour de l'adieu l'oiseau pose un mouchoir.


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    Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rire
    • 5
  6. À l’envers de ma porte

    Ma peur bleue, ma groseille,
    L'amour est une abeille
    Qui me mange le cœur
    Et bourdonne à ma bouche
    Que tu nourris et touches
    Des baisers du malheur.

    Mon ange sans oreilles,
    Ma peur bleue, ma groseille,
    Ne viendras-tu jamais
    À l'envers de ma porte ?
    Es-tu de cette sorte
    Ange sourd et muet ?

    Tes mains sans teint, polies
    Au jeu de tes folies,
    Se mouillent à mes yeux
    Et tu ris de ces fleuves
    Où naviguent mes vœux
    Parmi tes robes neuves.

    Ne me donneras-tu
    Que ton chapeau pointu
    À porter ma sorcière,
    Et nul autre baiser
    Que ces nids de danger
    Et ces ruches entières ?


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    Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rire
    • 0
  7. Le Baiser (I)

    N’êtes-vous pas toute petite
    Dans votre vaste appartement,
    Où comme un oiseau qui palpite
    Voltige votre pied normand ?

    N’est-elle pas toute mignonne,
    Blanche dans l’ombre où tu souris,
    Votre taille qui s’abandonne,
    Parisienne de Paris ?

    N’est-il pas à Vous, pleine d’âme,
    Franc comme on doit l’être, à l’excès,
    Votre coeur d’adorable femme,
    Nu, comme votre corps français ?

    Ne sont-ils pas, à Vous si fière,
    Les neiges sous la nuit qui dort
    Dans leur silence et leur lumière,
    Vos magnifiques seins du Nord ?


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    Germain NouveauRecueil : Valentines
    • 0
  8. Chasteté

    Louez la chasteté, la plus grande douceur,
    Qui fait les yeux divins et la lèvre fleurie,
    Et de l’humanité tout entière une sœur,

    C’est par elle que l’âme à l’âme se marie ;
    Par elle que le cœur du cœur est écouté ;
    C’est le lys de Joseph, le parfum de Marie.

    Elle est arbre de force, elle est fleur de beauté ;
    Elle sait détacher le cœur de toutes choses,
    Et sans elle il n’est pas d’entière charité.

    La volupté viole et déchire les roses,
    Sa fleur c’est le dégoût, son fruit c’est la laideur.
    Son sourire est cruel dans ses apothéoses.


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    Germain NouveauRecueil : La Doctrine de l'Amour
    • 3
  9. Cantique à la Reine

    I

    Douce Vierge Marie, humble mère de Dieu
    Que tout le ciel contemple,
    Vous qui fûtes un lys debout dans l'encens bleu
    Sur les marches du temple ;

    Épouse agenouillée à qui l'ange parla ;
    Ô divine accouchée,
    Que virent les bergers, qu'une voix appela,
    Sur la roche penchée;

    Qui regardiez dormir, l'abreuvant d'un doux lait,
    L'adorant la première,
    Un enfant frêle et nu, mais qui, la nuit, semblait
    Être fait de lumière ;


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    Germain NouveauRecueil : La Doctrine de l'Amour
    • 3
  10. Vénus rustique

    Les Dieux sont éternels. Il en naît parmi nous
    Autant qu'il en naissait dans l'antique Italie,
    Mais on ne reste plus des siècles à genoux,
    Et, sitôt qu'ils sont morts, le peuple les oublie.
    Il en naîtra toujours, et les derniers venus
    Régneront malgré tout sur la foule incrédule,
    Tous les héros sont faits de la race d'Hercule.
    La vieille terre enfante encore des Vénus.

    I

    Un jour de grand soleil, sur une grève immense,
    Un pêcheur qui suivait, la hotte sur le dos,
    Cette ligne d'écume où l'Océan commence,
    Entendit à ses pieds quelques frêles sanglots.
    Une petite enfant gisait, abandonnée,
    Toute nue, et jetée en proie au flot amer,
    Au flot qui monte et noie ; à moins qu'elle fût née
    De l'éternel baiser du sable et de la mer.

    Il essuya son corps et la mit dans sa hotte,
    Couchée en ses filets l'emporta triomphant,
    Et, comme au bercement d'une barque qui flotte,
    Le roulis de son dos fit s'endormir l'enfant.
    Bientôt il ne fut plus qu'un point insaisissable,
    Et le vaste horizon se referma sur lui,
    Tandis que se déroule au bord de l'eau qui luit
    Le chapelet sans fin de ses pas sur le sable.


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    (il reste 50 strophes à lire)
    Guy de MaupassantRecueil : Des vers
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