Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierMétamorphoses
Violon hippocampe et sirène
Berceau des cœurs, cœur et berceau
Larmes de Marie-Madeleine
Souper d'une Reine
Sanglot.Violon orgueil des mains légères
Départ à cheval sur les eaux
Amour chevauchant le mystère
Voleur en prière
Oiseau.Violon alcool de l'âme en peine
Préférence. Muscle du soir
Épaule des saisons soudaines
Feuille de chêne
Miroir.Violon femme morganatique
Chat botté courant la forêt
Puits des vérités lunatiques
Confession publique
Corset.
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Louise de VilmorinRecueil : Le Sable du sablierL’allée italienne
Plus tard, par l'allée italienne,
J'irai l'après-midi, longeant les murs du temps,
Promener dans sa grâce nouvelle
L'enfant de mes soucis.Cœur à cœur
Je lui dirai sa venue
Sans mystère en mon cœur.
Le secret de son nom par nos lèvres béni.(Ah ! Que j'aimais ces vœux
Qui m'ont conquise et menée.
Cet œil bleu de déraison,
La mauvaise saison de cette année
Sur les plantes,
Ce front qui refusait de s'ouvrir au bonheur
Et mon bonheur de tant aimer.)Pas à pas
Côte à côte,
Par l'allée italienne,
Mon fils et moi irons
Chantant les premiers mots de sa vie,
Le regard de son œil
Par la feuille verdie
Et, pris entre mes mains,
Ses doigts humides,
Ses mains,
Seront les fruits de mes baisers.
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Louise de VilmorinRecueil : L'Alphabet des aveuxOù les sens ne font qu’un
Je suis dans une chambre où les sens ne font qu'un,
Oreille, nez et main, bouche et regard s'assemblent,
L'œil entend, le nez voit, la main goûte aux parfums,
L'oreille a le toucher, la bouche a tout ensemble.
Je suis dans une chambre où les sens ne font qu'un.Je suis dans une chambre où le souvenir veille,
Où le souvenir dort, m'abandonne et me prend.
Des anciennes langueurs le chagrin s'émerveille,
Il faut peu de bonheur pour pleurer trop longtemps,
Je suis dans une chambre où le souvenir veille.Mon nez voit les rideaux du lit monter au ciel,
Mon œil écoute aux murs et l'heure et la demie,
Mon oreille se tend à ta paume endormie
Ma lèvre sans baiser goûte au baiser véniel
Et mes mains ton parfum quand j'étais ton amie.
Mon nez voit les rideaux du lit monter au ciel.1954
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Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireHabillée au goût du bonheur
Habillée au goût du bonheur
Elle traversa mes années
Sans jamais parler du bonheur.
Et le soir cheminant l'allée,
Cheminant les sentiers des lièvres,
Elle disait de petits mots
Qui s'en allaient hors de ses lèvres
Comme l'eau frisée du ruisseau
Qui coupait en deux nos journées.Passant le pont, penchée vers l'eau,
Penchée vers l'eau que disait-elle ?
« Tous les oiseaux battent de l'aile
Quand le courant tire le ciel.
Chaque poisson est un oiseau
Tombé d'amour, tombé à l'eau
Pendant les messes de Noël. »Habillée au goût du bonheur
Elle traversait la prairie
En berçant un bouquet de fleurs,
Un bouquet de Vierge Marie
Qui était lourd comme un enfant.
Enfant fleuri en ses bras blancs,
Petites filles endormies
Qu'elle apportait à la maison,
Amour en chapeau de prairie
Aux couleurs de chaque saison.En traversant notre prairie
Elle disait, berçant les fleurs :
« Les moutons de la bergerie
Ont fui les armes du malheur
Et moutonnent au ciel d'orage.
Dès que s'annonce le danger
Chaque mouton devient nuage,
Nuages de moutons légers
Partis au vent, haut sur la côte,
Lorsque s'éloigne le berger
Pour la messe de Pentecôte. »
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Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireFiançailles pour rire
Amants et séducteurs de belles imprudentes
Dans les chambres perdues passagers d'une nuit,
Le sort aux mille doigts vous indique la plante
Qui grimpe son conseil des jardins jusqu'aux lits.Captifs de l'enfance, vous rêviez d'être Princes
Battant monnaie d'amour au battement des cœurs,
Lorsque vous regardiez passer dans la province
Les robes du hasard qui portaient vos couleurs.Volants volant, belles robes sans pieds ni têtes,
Cortège de dentelle aux lisières des bois,
J'ai beaucoup de ces robes pour un soir de fête,
Beaucoup de rêves à déshabiller en moi.Ah ! rêves en gants blancs, ma main tourne une page :
Elle est noire d'ennui. Ah ! rêves en gants noirs,
Je tourne une page : Roi de cœur en voyage.
À la tour de l'adieu l'oiseau pose un mouchoir.
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Louise de VilmorinRecueil : Fiançailles pour rireÀ l’envers de ma porte
Ma peur bleue, ma groseille,
L'amour est une abeille
Qui me mange le cœur
Et bourdonne à ma bouche
Que tu nourris et touches
Des baisers du malheur.Mon ange sans oreilles,
Ma peur bleue, ma groseille,
Ne viendras-tu jamais
À l'envers de ma porte ?
Es-tu de cette sorte
Ange sourd et muet ?Tes mains sans teint, polies
Au jeu de tes folies,
Se mouillent à mes yeux
Et tu ris de ces fleuves
Où naviguent mes vœux
Parmi tes robes neuves.Ne me donneras-tu
Que ton chapeau pointu
À porter ma sorcière,
Et nul autre baiser
Que ces nids de danger
Et ces ruches entières ?
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Germain NouveauRecueil : ValentinesLe Baiser (I)
N’êtes-vous pas toute petite
Dans votre vaste appartement,
Où comme un oiseau qui palpite
Voltige votre pied normand ?N’est-elle pas toute mignonne,
Blanche dans l’ombre où tu souris,
Votre taille qui s’abandonne,
Parisienne de Paris ?N’est-il pas à Vous, pleine d’âme,
Franc comme on doit l’être, à l’excès,
Votre coeur d’adorable femme,
Nu, comme votre corps français ?Ne sont-ils pas, à Vous si fière,
Les neiges sous la nuit qui dort
Dans leur silence et leur lumière,
Vos magnifiques seins du Nord ?
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Germain NouveauRecueil : La Doctrine de l'AmourChasteté
Louez la chasteté, la plus grande douceur,
Qui fait les yeux divins et la lèvre fleurie,
Et de l’humanité tout entière une sœur,C’est par elle que l’âme à l’âme se marie ;
Par elle que le cœur du cœur est écouté ;
C’est le lys de Joseph, le parfum de Marie.Elle est arbre de force, elle est fleur de beauté ;
Elle sait détacher le cœur de toutes choses,
Et sans elle il n’est pas d’entière charité.La volupté viole et déchire les roses,
Sa fleur c’est le dégoût, son fruit c’est la laideur.
Son sourire est cruel dans ses apothéoses.
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Germain NouveauRecueil : La Doctrine de l'AmourCantique à la Reine
I
Douce Vierge Marie, humble mère de Dieu
Que tout le ciel contemple,
Vous qui fûtes un lys debout dans l'encens bleu
Sur les marches du temple ;Épouse agenouillée à qui l'ange parla ;
Ô divine accouchée,
Que virent les bergers, qu'une voix appela,
Sur la roche penchée;Qui regardiez dormir, l'abreuvant d'un doux lait,
L'adorant la première,
Un enfant frêle et nu, mais qui, la nuit, semblait
Être fait de lumière ;
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Guy de MaupassantRecueil : Des versVénus rustique
Les Dieux sont éternels. Il en naît parmi nous
Autant qu'il en naissait dans l'antique Italie,
Mais on ne reste plus des siècles à genoux,
Et, sitôt qu'ils sont morts, le peuple les oublie.
Il en naîtra toujours, et les derniers venus
Régneront malgré tout sur la foule incrédule,
Tous les héros sont faits de la race d'Hercule.
La vieille terre enfante encore des Vénus.I
Un jour de grand soleil, sur une grève immense,
Un pêcheur qui suivait, la hotte sur le dos,
Cette ligne d'écume où l'Océan commence,
Entendit à ses pieds quelques frêles sanglots.
Une petite enfant gisait, abandonnée,
Toute nue, et jetée en proie au flot amer,
Au flot qui monte et noie ; à moins qu'elle fût née
De l'éternel baiser du sable et de la mer.Il essuya son corps et la mit dans sa hotte,
Couchée en ses filets l'emporta triomphant,
Et, comme au bercement d'une barque qui flotte,
Le roulis de son dos fit s'endormir l'enfant.
Bientôt il ne fut plus qu'un point insaisissable,
Et le vaste horizon se referma sur lui,
Tandis que se déroule au bord de l'eau qui luit
Le chapelet sans fin de ses pas sur le sable.
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