1. A Ninon (I)

    Si je vous le disais pourtant, que je vous aime,
    Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ?
    L’amour, vous le savez, cause une peine extrême ;
    C’est un mal sans pitié que vous plaignez vous-même ;
    Peut-être cependant que vous m’en puniriez.

    Si je vous le disais, que six mois de silence
    Cachent de longs tourments et des voeux insensés :
    Ninon, vous êtes fine, et votre insouciance
    Se plaît, comme une fée, à deviner d’avance ;
    Vous me répondriez peut-être : Je le sais.

    Si je vous le disais, qu’une douce folie
    A fait de moi votre ombre, et m’attache à vos pas :
    Un petit air de doute et de mélancolie,
    Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie;
    Peut-être diriez-vous que vous n’y croyez pas.

    Si je vous le disais, que j’emporte dans l’âme
    Jusques aux moindres mots de nos propos du soir :
    Un regard offensé, vous le savez, madame,
    Change deux yeux d’azur en deux éclairs de flamme ;
    Vous me défendriez peut-être de vous voir.


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  2. A mon frère, revenant d’Italie

    Ainsi, mon cher, tu t’en reviens
    Du pays dont je me souviens
    Comme d’un rêve,
    De ces beaux lieux où l’oranger
    Naquit pour nous dédommager
    Du péché d’Ève.

    Tu l’as vu, ce ciel enchanté
    Qui montre avec tant de clarté
    Le grand mystère ;
    Si pur, qu’un soupir monte à Dieu
    Plus librement qu’en aucun lieu
    Qui soit sur terre.

    Tu les as vus, les vieux manoirs
    De cette ville aux palais noirs
    Qui fut Florence,
    Plus ennuyeuse que Milan
    Où, du moins, quatre ou cinq fois l’an,
    Cerrito danse.

    Tu l’as vue, assise dans l’eau,
    Portant gaiement son mezzaro,
    La belle Gênes,
    Le visage peint, l’oeil brillant,
    Qui babille et joue en riant
    Avec ses chaînes.


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  3. A Madame G.

    C’est mon avis qu’en route on s’expose à la pluie,
    Au vent, à la poussière, et qu’on peut, le matin,
    S’éveiller chiffonnée avec un mauvais teint,
    Et qu’à la longue, en poste, un tête-à-tête ennuie.

    C’est mon avis qu’au monde il n’est pire folie
    Que d’embarquer l’amour pour un pays lointain.
    Quoi qu’en dise Héloïse ou madame Cottin,
    Dans un miroir d’auberge on n’est jamais jolie.

    C’est mon avis qu’en somme un bas blanc bien tiré,
    Sur une robe blanche un beau ruban moiré,
    Et des ongles bien nets, sont le bonheur suprême.

    Que dites-vous, madame, à ce raisonnement ?
    Un point, à ce sujet, m’étonne seulement :
    C’est qu’on n’a pas le temps d’y penser quand on aime.

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  4. A la Malibran

    Stances

    I

    Sans doute il est trop tard pour parler encor d’elle ;
    Depuis qu’elle n’est plus quinze jours sont passés,
    Et dans ce pays-ci quinze jours, je le sais,
    Font d’une mort récente une vieille nouvelle.
    De quelque nom d’ailleurs que le regret s’appelle,
    L’homme, par tout pays, en a bien vite assez.

    II


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  5. Cantate de Bettine

    Nina, ton sourire,
    Ta voix qui soupire,
    Tes yeux qui font dire
    Qu’on croit au bonheur,

    Ces belles années,
    Ces douces journées,
    Ces roses fanées,
    Mortes sur ton coeur

    Nina, ma charmante,
    Pendant la tourmente,
    La mer écumante
    Grondait à nos yeux ;

    Riante et fertile,
    La plage tranquille
    Nous montrait l’asile
    Qu’appelaient nos voeux !


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  6. Le cancre

    Il dit non avec la tête
    mais il dit oui avec le coeur
    il dit oui à ce qu’il aime
    il dit non au professeur
    il est debout
    on le questionne
    et tous les problèmes sont posés
    soudain le fou rire le prend
    et il efface tout
    les chiffres et les mots
    les dates et les noms
    les phrases et les pièges
    et malgré les menaces du maître
    sous les huées des enfants prodiges
    avec les craies de toutes les couleurs
    sur le tableau noir du malheur
    il dessine le visage du bonheur.

    Le Cancre, tiré du recueil Paroles paru aux éditions Gallimard
    © Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

    Jacques PrévertRecueil : Paroles
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