1. La nuit d’octobre

    LE POÈTE

    Le mal dont j’ai souffert s’est enfui comme un rêve.
    Je n’en puis comparer le lointain souvenir
    Qu’à ces brouillards légers que l’aurore soulève,
    Et qu’avec la rosée on voit s’évanouir.

    LA MUSE

    Qu’aviez-vous donc, ô mon poète !
    Et quelle est la peine secrète
    Qui de moi vous a séparé ?
    Hélas ! je m’en ressens encore.
    Quel est donc ce mal que j’ignore
    Et dont j’ai si longtemps pleuré ?


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  2. La nuit d’août

    LA MUSE

    Depuis que le soleil, dans l’horizon immense,
    A franchi le Cancer sur son axe enflammé,
    Le bonheur m’a quittée, et j’attends en silence
    L’heure où m’appellera mon ami bien-aimé.
    Hélas ! depuis longtemps sa demeure est déserte ;
    Des beaux jours d’autrefois rien n’y semble vivant.
    Seule, je viens encor, de mon voile couverte,
    Poser mon front brûlant sur sa porte entr’ouverte,
    Comme une veuve en pleurs au tombeau d’un enfant.

    LE POÈTE

    Salut à ma fidèle amie !
    Salut, ma gloire et mon amour !
    La meilleure et la plus chérie
    Est celle qu’on trouve au retour.
    L’opinion et l’avarice
    Viennent un temps de m’emporter.
    Salut, ma mère et ma nourrice !
    Salut, salut consolatrice !
    Ouvre tes bras, je viens chanter.


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  3. Idylle

    A quoi passer la nuit quand on soupe en carême ?
    Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis.
    Quels entretiens choisir, honnêtes et permis,
    Mais gais, tels qu’un vieux vin les conseille et les aime ?

    RODOLPHE

    Parlons de nos amours ; la joie et la beauté
    Sont mes dieux les plus chers, après la liberté.
    Ébauchons, en trinquant, une joyeuse idylle.
    Par les bois et les prés, les bergers de Virgile
    Fêtaient la poésie à toute heure, en tout lieu ;
    Ainsi chante au soleil la cigale-dorée.
    D’une voix plus modeste, au hasard inspirée,
    Nous, comme le grillon, chantons au coin du feu.

    ALBERT


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  4. Chanson de Fortunio

    Si vous croyez que je vais dire
    Qui j’ose aimer,
    Je ne saurais, pour un empire,
    Vous la nommer.

    Nous allons chanter à la ronde,
    Si vous voulez,
    Que je l’adore et qu’elle est blonde
    Comme les blés.

    Je fais ce que sa fantaisie
    Veut m’ordonner,
    Et je puis, s’il lui faut ma vie,
    La lui donner.

    Du mal qu’une amour ignorée
    Nous fait souffrir,
    J’en porte l’âme déchirée
    Jusqu’à mourir.


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  5. Au Roi, après l’attentat de Meunier

    Prince, les assassins consacrent ta puissance.
    Ils forcent Dieu lui-même à nous montrer sa main.
    Par droit d’élection tu régnais sur la France;
    La balle et le poignard te font un droit divin.

    De ceux dont le hasard couronna la naissance,
    Nous en savons plusieurs qui sont sacrés en vain.
    Toi, tu l’es par le peuple et par la Providence;
    Souris au parricide et poursuis ton chemin.

    Mais sois prudent, Philippe, et songe à la patrie,
    Ta pensée est son bien, ton corps son bouclier;
    Sur toi, comme sur elle, il est temps de veiller.

    Ferme un immense abîme et conserve ta vie.
    Défendons-nous ensemble, et laissons-nous le temps
    De vieillir, toi pour nous, et nous pour tes enfants

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  6. A Sainte-Beuve

    Ami, tu l’as bien dit : en nous, tant que nous sommes,
    Il existe souvent une certaine fleur
    Qui s’en va dans la vie et s’effeuille du coeur.
    « Il existe, en un mot, chez les trois quarts des hommes,
    Un poète mort jeune à qui l’homme survit. »
    Tu l’as bien dit, ami, mais tu l’as trop bien dit.

    Tu ne prenais pas garde, en traçant ta pensée,
    Que ta plume en faisait un vers harmonieux,
    Et que tu blasphémais dans la langue des dieux.
    Relis-toi, je te rends à ta Muse offensée ;
    Et souviens-toi qu’en nous il existe souvent
    Un poète endormi toujours jeune et vivant.

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  7. A Ninon (II)

    Avec tout votre esprit, la belle indifférente,
    Avec tous vos grands airs de rigueur nonchalante,
    Qui nous font tant de mal et qui vous vont si bien,
    Il n’en est pas moins vrai que vous n’y pouvez rien.

    Il n’en est pas moins vrai que, sans qu’il y paraisse,
    Vous êtes mon idole et ma seule maîtresse ;
    Qu’on n’en aime pas moins pour devoir se cacher,
    Et que vous ne pouvez, Ninon, m’en empêcher.

    Il n’en est pas moins vrai qu’en dépit de vous-même,
    Quand vous dites un mot vous sentez qu’on vous aime,
    Que, malgré vos mépris, on n’en veut pas guérir,
    Et que d’amour de vous, il est doux de souffrir.

    Il n’en est pas moins vrai que, sitôt qu’on vous touche,
    Vous avez beau nous fuir, sensitive farouche,
    On emporte de vous des éclairs de beauté,
    Et que le tourment même est une volupté.


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  8. A M. A. T.

    Sonnet

    Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir !
    Adieu ; laissez les sots blâmer votre folie.
    Quel que soit le chemin, quel que soit l’avenir,
    Le seul guide en ce monde est la main d’une amie.

    Vous me laissez pourtant bien seul, moi qui m’ennuie.
    Mais qu’importe ? L’espoir de vous voir revenir
    Me donnera, malgré les dégoûts de la vie,
    Ce courage d’enfant qui consiste à vieillir.

    Quelquefois seulement, près de votre maîtresse,
    Souvenez-vous d’un coeur qui prouva sa noblesse
    Mieux que l’épervier d’or dont mon casque est armé ;


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  9. A la Malibran

    Stances

    I

    Sans doute il est trop tard pour parler encor d’elle ;
    Depuis qu’elle n’est plus quinze jours sont passés,
    Et dans ce pays-ci quinze jours, je le sais,
    Font d’une mort récente une vieille nouvelle.
    De quelque nom d’ailleurs que le regret s’appelle,
    L’homme, par tout pays, en a bien vite assez.

    II


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  10. Lumières d’Hommes

    Somnambule en plein midi
    même la viande sur la fourchette
    même la fourchette à la main
    toujours très près des camarades
    mais si loin tout de même si loin
    et donner la pâtée au chien
    mais je voyais la pâtée s'enfuir
    le chien courir le long du mur
    et j'entendais ses soupirs
    et le chien voyait ma lumière
    mon astre
    et laissait la pâtée courir
    j'avais cette lumière là sur moi
    comme ça
    mais ce n'était pas
    ma lumière
    elle était là comme ça
    j'aurais voulu
    j'ai tout essayé
    j'aurais voulu m'en débarrasser partager
    mais elle brûlait tout le monde
    personne n'en voulait
    mais
    si je la mettais en veilleuse
    tout le monde applaudissait
    lumière couleur de lanterne sourde
    petite lampe sans danger
    elle plaisait
    mais la grande lueur de l'indifférence avouée
    le vrai lampadaire
    le bec de gaz saignant
    contre lequel l'amour saignant se cogne
    se blesse
    se tue
    sans vraiment mourir
    la comète
    le grand rat de cave que chacun porte dans sa poitrine
    l'inquiétante et magnifique lueur
    cette braise
    personne presque personne n'en veut
    petits mensonges lumineux couleur de vérité lumineuse
    vérités verroteries
    lumière béate de l'homme franc qui vous regarde bien en face
    salamandre installée dans le front du penseur
    bois et charbons
    petits briquets de l'amitié
    feux de paille
    feux de poutres
    feux de joies
    de Bengale et de tous bois
    allumettes
    brindilles
    boulets bernots
    comme vous plaisez !
    ne croyez pas que je pousse le cri du ver luisant qui s'excuse de briller
    ou la plainte déchirante du cul-de-jatte qui voudrait patiner
    non
    je hurle à la lumière avec de l'encre et du papier
    le soir tard
    et je crie
    tout de même
    il y a la lumière
    chacun a sa lumière
    et le monde crève de froid
    le monde a peur de se brûler les doigts
    évidemment
    c'est la lumière qui brille qui brûle qui fait cuire
    et qui glace le sang
    c'est la grande omelette surprise
    le soleil avec des caillots de sang
    lueur du coeur
    lueur de l'amour
    lueur
    oh il faut la poursuivre cette lueur aveuglante
    elle existe
    elle crève les yeux
    mais s'ils faut que les yeux crèvent pour tout voir
    crevez les yeux

    c'est la lumière vivante que chacun porte en soi
    et que tout le monde étouffe pour faire comme tout le monde
    lumière défendue
    tu grilles ceux qui t'approchent
    ceux qui veulent te prendre
    mais tu les aimes
    lumière vivante
    la vie c'est toi
    la vie vivante qui marche en avant
    en revenant sur ses pas
    qui marche tout droit qui fait des détours et qui n'en fait pas
    soleil de nuit
    lune de jour
    étoiles de l'après-midi
    battements de coeur avant l'amour
    pendant l'amour
    après l'amour
    grande lumière dans l'oeil du porc qui fait l'amour
    lumière telle que sans abat-jour
    lumière brute lumière rouge
    lumière crépusculaire
    indifférente avide passionnée
    lumière de printemps si douce
    lumière d'enfant
    toujours la même lumière cruelle et lucide
    mais parfois si belle
    visages qui vous approchez
    yeux fermés
    bouches ouvertes
    tout tourne et tout flambe
    vos deux têtes
    tête de garçon
    tête de fille
    vos deux têtes tournent et oublient
    c'est un astre
    un instant
    une victoire
    une prise
    éclair obscur du mauvais temps
    feux follets de la morale
    croix de feu
    pétards mouillés
    ciboires bien astiqués
    malheureux petits soleils de cuivre
    hostensoirs
    comme ils sont ridicules et blêmes vos rayons
    lorsque la lumière de celle qui aime l'amour
    rencontre la lumière de celui qui aime l'amour
    drôle d'incendie
    peu importe sa durée
    toujours hier demain bonjour bonsoir autrefois jamais toujours et vous-mêmes
    qu'est-ce que ça fout pourvu que ça flambe.

    Lumières d’Hommes, tiré du recueil Soleil de nuit paru aux éditions Gallimard
    © Fatras/ Succession Jacques Prévert, pour les droits audiovisuels et numériques

    Jacques PrévertRecueil : Soleil de nuit
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