1. Plût-il à Dieu n’avoir jamais tâté

    Plût-il à Dieu n’avoir jamais tâté
    Si follement le tétin de m’amie !
    Sans lui vraiment l’autre plus grande envie,
    Hélas ! ne m’eût, ne m’eût jamais tenté.

    Comme un poisson, pour s’être trop hâté,
    Par un appât, suit la fin de sa vie,
    Ainsi je vois où la mort me convie,
    D’un beau tétin doucement apâté.

    Qui eût pensé, que le cruel destin
    Eût enfermé sous un si beau tétin
    Un si grand feu, pour m’en faire la proie ?

    Avisez donc, quel serait le coucher
    Entre ses bras, puisqu’un simple toucher
    De mille morts, innocent, me froudroie.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  2. Ores l’effroi et ores l’espérance

    Ores l’effroi et ores l’espérance
    De tous côtés se campent en mon coeur :
    Ni l’un ni l’autre au combat n’est vainqueur,
    Pareils en force et en persévérance.

    Ores douteux, ores pleins d’assurance,
    Entre l’espoir et le froid de la peur,
    Heureusement de moi-même trompeur,
    Au coeur captif je promets délivrance.

    Verrai-je point avant mourir le temps,
    Que je tondrai la fleur de son printemps,
    Sous qui ma vie à l’ombrage demeure ?

    Verrai-je point qu’en ses bras enlacé,
    Recru d’amour, tout pantois et lassé,
    D’un beau trépas entre ses bras je meure ?

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  3. Par un destin dedans mon coeur demeure

    Par un destin dedans mon coeur demeure,
    L’oeil, et la main, et le crin délié
    Qui m’ont si fort brûlé, serré, lié,
    Qu’ars, pris, lassé, par eux faut que je meure.

    Le feu, la prise, et le rets à toute heure,
    Ardant, pressant, nouant mon amitié,
    En m’immolant aux pieds de ma moitié,
    Font par la mort, ma vie être meilleure.

    Oeil, main et crin, qui flammez et gênez,
    Et r’enlacez mon coeur que vous tenez
    Au labyrint’ de votre crêpe voie.

    Hé que ne suis-je Ovide bien disant !
    Oeil tu serais un bel Astre luisant,
    Main un beau lis, crin un beau rets de soie.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  4. Comme un chevreuil, quand le printemps destruit

    Comme un chevreuil, quand le printemps destruit
    L’oyseux crystal de la morne gelée,
    Pour mieulx brouster l’herbette emmielée
    Hors de son boys avec l’Aube s’en fuit,

    Et seul, et seur, loing de chiens et de bruit,
    Or sur un mont, or dans une vallée,
    Or pres d’une onde à l’escart recelée,
    Libre follastre où son pied le conduit ;

    De retz ne d’arc sa liberté n’a crainte,
    Sinon alors que sa vie est attainte,
    D’un trait meurtrier empourpré de son sang :

    Ainsi j’alloy sans espoyr de dommage,
    Le jour qu’un oeil sur l’avril de mon age
    Tira d’un coup mille traitz dans mon flanc.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  5. Autre du même à la même dame

    Contente-toi d’un point :
    Tu es, je n’en mens point,
    Trop chaude à la curée ;
    Un coup suffit, la nuit,
    L’ordinaire qui suit
    Est toujours de durée.

    De reins faibles je suis,
    Relever je ne puis :
    Un cheval de bon être,
    Qui au montoir se plaît,
    Sans un nouveau surcroît
    Porte toujours son maître.

    Le nombre plus parfait
    Du premier un se fait,
    Qui par soi se compose ;
    La très simple unité,
    Loin de la pluralité
    Conserve toute chose.

    Le Monde sans pareil
    Ne porte qu’un Soleil,
    Qu’une Mer, qu’une Terre,
    Qu’une eau, qu’un Ciel ardent :
    Le nombre discordant
    Est cause de la guerre.


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    Pierre de RonsardRecueil : Pièces attribuées
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  6. Hinne à la Nuit

    Nuit, des amours ministre et sergente fidele
    Des arrests de Venus, et des saintes lois d’elle,
    Qui secrete acompaignes
    L’impatient ami de l’heure acoutumée,
    Ô l’aimée des Dieus, mais plus encore aimée
    Des étoiles compaignes,

    Nature de tes dons adore l’excellence,
    Tu caches lés plaisirs desous muet silence
    Que l’amour jouissante
    Donne, quand ton obscur étroitement assemble
    Les amans embrassés, et qu’ils tumbent ensemble
    Sous l’ardeur languissante.

    Lors que l’amie main court par la cuisse, et ores
    Par les tetins, ausquels ne s’acompare encores
    Nul ivoire qu’on voie,
    Et la langue en errant sur la joüe, et la face,
    Plus d’odeurs, et de fleurs, là naissantes, amasse
    Que I’Orient n’envoie.

    C’est toi qui les soucis, et les gennes mordantes,
    Et tout le soin enclos en nos ames ardantes
    Par ton present arraches.
    C’est toi qui rens la vie aus vergiers qui languissent,
    Aus jardins la rousée, et aus cieus qui noircissent
    Les idoles attaches.


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    Pierre de RonsardRecueil : Odes retranchées
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  7. Ode en dialogue, l’Espérance et Ronsard

    Pipé des ruses d’Amour
    Je me promenois un jour
    Devant l’huis de ma cruelle,
    Et tant rebuté j’estois,
    Qu’en jurant je prometois
    De m’enfuir de chez elle.

    Il sufist d’avoir esté
    Neuf ou dix ans arresté
    Es cordes d’Amour, disoie,
    Il faut m’en developer,
    Ou bien du tout les couper
    Afin que libre je soie.

    Et pour ce faire, je pris
    Une dague, que je mis
    Bien avant dedans la lesse :
    Et son noud j’eusse brisé
    Si lors je n’eusse avisé
    Devant l’huis une Déesse.

    Mais incontinent que j’eu
    Son dos garny d’aisles veu,
    Sa robbe et sa contenance,
    Et son roquet retroussé
    Incontinent je pensé
    Que c’estoit dame Espérance.


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    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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  8. Ode à la fièvre

    Ah fievreuse maladie,
    Coment es-tu si hardie
    D’assaillir mon pauvre cors
    Qu’amour dedans et dehors
    De nuit et de jour m’enflame,
    Jusques au profond de l’ame ;
    Et sans pitié prend à jeu
    De le mettre tout en feu :
    Ne crains-tu point vieille blême
    Qu’il ne te brule toimême ?
    Mais que cerches-tu chés moi ?
    Sonde moi partout, et voi
    Que je ne suis plus au nombre
    Des vivans, mais bien un ombre
    De ceus qu’amour et la mort
    Ont conduit delà le port
    Compagnons des troupes vaines
    Je n’ay plus ni sang, ni venes,
    Ni flanc, ni poumons, ni coeur,
    Long tems a que la rigueur
    De ma trop fiere Cassandre
    Me les a tournés en cendre.
    Donq, si tu veux m’offencer,
    Il te faut aller blesser
    Le tendre cors de m’amie,
    Car en elle gist ma vie,
    Et non en moi, qui mort suis,
    Et qui sans ame ne puis
    Sentir chose qu’on me face,
    Non plus qu’une froide mace
    De rocher, ou de metal,
    Qui ne sent ne bien ne mal.

    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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  9. Stances

    J’ay varié ma vie en devidant la trame
    Que Clothon me filoit entre malade et sain,
    Maintenant la santé se logeoit en mon sein,
    Tantost la maladie extreme fleau de l’ame.

    La goutte ja vieillard me bourrela les veines,
    Les muscles et les nerfs, execrable douleur,
    Montrant en cent façons par cent diverses peines
    Que l’homme n’est sinon le subject de malheur.

    L’un meurt en son printemps, l’autre attend la vieillesse,
    Le trespas est tout un, les accidens divers :
    Le vray tresor de l’homme est la verte jeunesse,
    Le reste de nos ans ne sont que des hivers.

    Pour long temps conserver telle richesse entiere
    Ne force ta nature, ains ensuy la raison,
    Fuy l’amour et le vin, des vices la matiere,
    Grand loyer t’en demeure en la vieille saison.


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    (il reste 1 strophes à lire)
    Pierre de RonsardRecueil : Derniers vers
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  10. Meschantes nuicts d’hyver

    Meschantes nuicts d’hyver, nuicts filles de Cocyte
    Que la terre engendra d’Encelade les seurs,
    Serpentes d’Alecton, et fureur des fureurs,
    N’aprochez de mon lict, ou bien tournez plus vitte.

    Que fait tant le soleil au gyron d’Amphytrite ?
    Leve toy, je languis accablé de douleurs,
    Mais ne pouvoir dormir c’est bien de mes malheurs
    Le plus grand, qui ma vie et chagrine et despite.

    Seize heures pour le moins je meur les yeux ouvers,
    Me tournant, me virant de droit et de travers,
    Sus l’un sus l’autre flanc je tempeste, je crie,

    Inquiet je ne puis en un lieu me tenir,
    J’appelle en vain le jour, et la mort je supplie,
    Mais elle fait la sourde, et ne veut pas venir.

    Pierre de RonsardRecueil : Derniers vers
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