1. Pauline Roland

    Elle ne connaissait ni l’orgueil ni la haine ;
    Elle aimait ; elle était pauvre, simple et sereine ;
    Souvent le pain qui manque abrégeait son repas.
    Elle avait trois enfants, ce qui n’empêchait pas
    Qu’elle ne se sentît mère de ceux qui souffrent.
    Les noirs évènements qui dans la nuit s’engouffrent,
    Les flux et les reflux, les abîmes béants,
    Les nains, sapant sans bruit l’ouvrage des géants,
    Et tous nos malfaiteurs inconnus ou célèbres,
    Ne l’épouvantaient point ; derrière ces ténèbres,
    Elle apercevait Dieu construisant l’avenir.
    Elle sentait sa foi sans cesse rajeunir
    De la liberté sainte elle attisait les flammes
    Elle s’inquiétait des enfants et des femmes ;
    Elle disait, tendant la main aux travailleurs :
    La vie est dure ici, mais sera bonne ailleurs.
    Avançons ! – Elle allait, portant de l’un à l’autre
    L’espérance ; c’était une espèce d’apôtre
    Que Dieu, sur cette terre où nous gémissons tous,
    Avait fait mère et femme afin qu’il fût plus doux ;
    L’esprit le plus farouche aimait sa voix sincère.
    Tendre, elle visitait, sous leur toit de misère,
    Tous ceux que la famine ou la douleur abat,
    Les malades pensifs, gisant sur leur grabat,
    La mansarde où languit l’indigence morose ;
    Quand, par hasard moins pauvre, elle avait quelque chose,
    Elle le partageait à tous comme une soeur ;
    Quand elle n’avait rien, elle donnait son coeur.
    Calme et grande, elle aimait comme le soleil brille.
    Le genre humain pour elle était une famille
    Comme ses trois enfants étaient l’humanité.
    Elle criait : progrès ! amour ! fraternité !
    Elle ouvrait aux souffrants des horizons sublimes.

    Quand Pauline Roland eut commis tous ces crimes,
    Le sauveur de l’église et de l’ordre la prit
    Et la mit en prison. Tranquille, elle sourit,
    Car l’éponge de fiel plaît à ces lèvres pures.
    Cinq mois, elle subit le contact des souillures,
    L’oubli, le rire affreux du vice, les bourreaux,
    Et le pain noir qu’on jette à travers les barreaux,
    Edifiant la geôle au mal habituée,
    Enseignant la voleuse et la prostituée.
    Ces cinq mois écoulés, un soldat, un bandit,
    Dont le nom souillerait ces vers, vint et lui dit
    - Soumettez-vous sur l’heure au règne qui commence,
    Reniez votre foi ; sinon, pas de clémence,
    Lambessa ! choisissez. – Elle dit : Lambessa.
    Le lendemain la grille en frémissant grinça,
    Et l’on vit arriver un fourgon cellulaire.
    - Ah ! voici Lambessa, dit-elle sans colère.
    Elles étaient plusieurs qui souffraient pour le droit
    Dans la même prison. Le fourgon trop étroit
    Ne put les recevoir dans ses cloisons infâmes
    Et l’on fit traverser tout Paris à ces femmes
    Bras dessus bras dessous avec les argousins.
    Ainsi que des voleurs et que des assassins,
    Les sbires les frappaient de paroles bourrues.
    S’il arrivait parfois que les passants des rues,
    Surpris de voir mener ces femmes en troupeau,
    S’approchaient et mettaient la main à leur chapeau,
    L’argousin leur jetait des sourires obliques,
    Et les passants fuyaient, disant : filles publiques !
    Et Pauline Roland disait : courage, soeurs !
    L’océan au bruit rauque, aux sombres épaisseurs,
    Les emporta. Durant la rude traversée,
    L’horizon était noir, la bise était glacée,
    Sans l’ami qui soutient, sans la voix qui répond,
    Elles tremblaient. La nuit, il pleuvait sur le pont
    Pas de lit pour dormir, pas d’abri sous l’orage,

    Et Pauline Roland criait : mes soeurs, courage !
    Et les durs matelots pleuraient en les voyant.
    On atteignit l’Afrique au rivage effrayant,
    Les sables, les déserts qu’un ciel d’airain calcine,
    Les rocs sans une source et sans une racine ;
    L’Afrique, lieu d’horreur pour les plus résolus,
    Terre au visage étrange où l’on ne se sent plus
    Regardé par les yeux de la douce patrie.
    Et Pauline Roland, souriante et meurtrie,
    Dit aux femmes en pleurs : courage, c’est ici.
    Et quand elle était seule, elle pleurait aussi.
    Ses trois enfants ! loin d’elle ! Oh ! quelle angoisse amère !
    Un jour, un des geôliers dit à la pauvre mère
    Dans la casbah de Bône aux cachots étouffants :
    Voulez-vous être libre et revoir vos enfants ?
    Demandez grâce au prince. – Et cette femme forte
    Dit : – J’irai les revoir lorsque je serai morte.
    Alors sur la martyre, humble coeur indompté,
    On épuisa la haine et la férocité.
    Bagnes d’Afrique ! enfers qu’a sondés Ribeyrolles !
    Oh ! la pitié sanglote et manque de paroles.
    Une femme, une mère, un esprit ! ce fut là
    Que malade, accablée et seule, on l’exila.
    Le lit de camp, le froid et le chaud, la famine,
    Le jour l’affreux soleil et la nuit la vermine,
    Les verrous, le travail sans repos, les affronts,
    Rien ne plia son âme ; elle disait : – Souffrons.
    Souffrons comme Jésus, souffrons comme Socrate. -
    Captive, on la traîna sur cette terre ingrate ;
    Et, lasse, et quoiqu’un ciel torride l’écrasât,
    On la faisait marcher à pied comme un forçat.
    La fièvre la rongeait ; sombre, pâle, amaigrie,
    Le soir elle tombait sur la paille pourrie,
    Et de la France aux fers murmurait le doux nom.
    On jeta cette femme au fond d’un cabanon.
    Le mal brisait sa vie et grandissait son âme.
    Grave, elle répétait : « Il est bon qu’une femme,
    Dans cette servitude et cette lâcheté,
    Meure pour la justice et pour la liberté. »
    Voyant qu’elle râlait, sachant qu’ils rendront compte,
    Les bourreaux eurent peur, ne pouvant avoir honte
    Et l’homme de décembre abrégea son exil.
    « Puisque c’est pour mourir, qu’elle rentre ! » dit-il.
    Elle ne savait plus ce que l’on faisait d’elle.
    L’agonie à Lyon la saisit. Sa prunelle,
    Comme la nuit se fait quand baisse le flambeau,
    Devint obscure et vague, et l’ombre du tombeau
    Se leva lentement sur son visage blême.
    Son fils, pour recueillir à cette heure suprême
    Du moins son dernier souffle et son dernier regard,
    Accourut. Pauvre mère ! Il arriva trop tard.
    Elle était morte ; morte à force de souffrance,
    Morte sans avoir su qu’elle voyait la France
    Et le doux ciel natal aux rayons réchauffants
    Morte dans le délire en criant : mes enfants !
    On n’a pas même osé pleurer à ses obsèques ;
    Elle dort sous la terre. – Et maintenant, évêques,
    Debout, la mitre au front, dans l’ombre du saint lieu,
    Crachez vos Te Deum à la face de Dieu !


    12 mars 1853. Jersey.

    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 1
  2. Nox

    I

    C’est la date choisie au fond de ta pensée,
    Prince ! il faut en finir, – Cette nuit est glacée, viens, lève-toi !
    Flairant dans l’ombre les escrocs,
    Le dogue Liberté gronde et montre ses crocs.
    Quoique mis par Carlier à la chaîne, il aboie.
    N’attends pas plus longtemps ! c’est l’heure de la proie.
    Vois, décembre épaissit son brouillard le plus noir.
    Comme un baron voleur qui sort de son manoir,
    Surprends, brusque assaillant, l’ennemi que tu cernes.
    Debout ! les régiments sont là dans les casernes,

    Sac au dos, abrutis de vin et de fureur,
    N’attendant qu’un bandit pour faire un empereur.
    Mets ta main sur ta lampe et viens d’un pas oblique,
    Prends ton couteau, l’instant est bon : la République,
    Confiante, et sans voir tes yeux sombres briller,
    Dort, avec ton serment, prince, pour oreiller.

    Cavaliers, fantassins, sortez ! dehors les hordes !
    Sus aux représentants ! soldats, liez de cordes
    Vos généraux jetés dans la cave aux forçats !
    Poussez, la crosse aux reins, l’Assemblée à Mazas !
    Chassez la haute-cour à coups de plat de sabre !
    Changez-vous, preux de France, en brigands de Calabre !
    Vous, bourgeois, regardez, vil troupeau, vil limon,
    Comme un glaive rougi qu’agite un noir démon,
    Le coup d’état qui sort flamboyant de la forge !
    Les tribuns pour le droit luttent ; qu’on les égorge.
    Routiers, condottieri, vendus, prostitués,
    Frappez ! tuez Baudin ! tuez Dussoubs ! tuez !
    Que fait hors des maisons ce peuple ? Qu’il s’en aille.
    Soldats, mitraillez-moi toute cette canaille !
    Feu ! feu ! Tu voteras ensuite, ô peuple roi !
    Sabrez le droit, sabrez l’honneur, sabrez la loi !
    Que sur les boulevards le sang coule en rivières !
    Du vin plein les bidons ! des morts plein les civières !
    Qui veut de l’eau-de-vie ? En ce temps pluvieux
    Il faut boire. Soldats, fusillez-moi ce vieux.
    Tuez-moi cet enfant. Qu’est-ce que cette femme ?
    C’est la mère ? tuez. Que tout ce peuple infâme
    Tremble, et que les pavés rougissent ses talons !


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 4
  3. Luna

    Ô France, quoique tu sommeilles,
    Nous t’appelons, nous les proscrits !
    Les ténèbres ont des oreilles,
    Et les profondeurs ont des cris.

    Le despotisme âpre et sans gloire
    Sur les peuples découragés
    Ferme la grille épaisse et noire
    Des erreurs et des préjugés ;

    Il tient sous clef l’essaim fidèle
    Des fermes penseurs, des héros,
    Mais l’Idée avec un coup d’aile
    Ecartera les durs barreaux,

    Et, comme en l’an quatrevingt-onze,
    Reprendra son vol souverain ;
    Car briser la cage de bronze,
    C’est facile à l’oiseau d’airain.


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 0
  4. Le Parti du crime

    « Amis et frères ! en présence de ce gouvernement infâme, négation de toute morale, obstacle à tout progrès social, en présence de ce gouvernement meurtrier du peuple, assassin de la République et violateur des lois, de ce gouvernement né de la force et qui doit périr par la force, de ce gouvernement élevé par le crime et qui doit être terrassé par le droit, le français digne du nom de citoyen ne sait pas, ne veut pas savoir s’il y a quelque part des semblants de scrutin, des comédies de suffrage universel et des parodies d’appel à la nation; il ne s’informe pas s’il y a des hommes qui votent et des hommes qui font voter, s’il y a un troupeau qu’on appelle le sénat et qui délibère et un autre troupeau qu’on appelle le peuple et qui obéit ; il ne s’informe pas si le pape va sacrer au maître-autel de Notre-Dame l’homme qui – n’en doutez pas, ceci est l’avenir inévitable – sera ferré au poteau par le bourreau ; – en présence de M. Bonaparte et de son gouvernement, le citoyen digne de ce nom ne fait qu’une chose et n’a qu’une chose à faire : charger son fusil, et attendre l’heure.

    » JERSEY, 31 OCTOBRE 1852. »

    Déclaration des proscrits républicains de Jersey, à propos de l’empire, publiée par le Moniteur, signée pour copie conforme :

    VICTOR HUGO, FAURE, FOMBERTAUX.


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 4
  5. Joyeuse vie

    I

    Bien ! pillards, intrigants, fourbes, crétins, puissances !
    Attablez-vous en hâte autour des jouissances !
    Accourez ! place à tous !
    Maîtres, buvez, mangez, car la vie est rapide.
    Tout ce peuple conquis, tout ce peuple stupide,
    Tout ce peuple est à vous !
    Vendez l’état ! coupez les bois ! coupez les bourses !
    Videz les réservoirs et tarissez les sources !
    Les temps sont arrivés.
    Prenez le dernier sou ! prenez, gais et faciles,
    Aux travailleurs des champs, aux travailleurs des villes !
    Prenez, riez, vivez !

    Bombance ! allez ! c’est bien ! vivez ! faites ripaille !
    La famille du pauvre expire sur la paille,
    Sans porte ni volet.
    Le père en frémissant va mendier dans l’ombre ;
    La mère n’ayant plus de pain, dénûment sombre,
    L’enfant n’a plus de lait.

    II


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    (il reste 22 strophes à lire)
    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 0
  6. Force des choses

    Que devant les coquins l’honnête homme soupire ;
    Que l’histoire soit laide et plate ; que l’empire
    Boite avec Talleyrand ou louche avec Parieu ;
    Qu’un tour d’escroc bien fait ait nom grâce de Dieu ;
    Que le pape en massue ait changé sa houlette ;
    Qu’on voie au Champ de Mars piaffer sous l’épaulette
    Le Meurtre général, le Vol aide de camp ;
    Que hors de l’Elysée un prince débusquant,
    Qu’un flibustier quittant l’île de la Tortue,
    Assassine, extermine, égorge, pille et tue ;
    Que les bonzes chrétiens, cognant sur leur tam-tam
    Hurlent devant Soufflard : Attollite portam !
    Que pour claqueurs le crime ait cent journaux infâmes,
    Ceux qu’à la maison d’or, sur les genoux des femmes,
    Griffonnent les Romieux, le verre en main, et ceux
    Que saint-Ignace inspire à des gredins crasseux ;
    Qu’en ces vils tribunaux, où le regard se heurte
    De Moreau de la Seine à Moreau de la Meurthe,
    La justice ait reçu d’horribles horions ;
    Que, sur un lit de camp, par des centurions
    La loi soit violée et râle à l’agonie ;
    Que cet être choisi, créé par Dieu génie,
    L’homme, adore à genoux le loup fait empereur ;
    Qu’en un éclat de rire abrégé par l’horreur,
    Tout ce que nous voyons aujourd’hui se résume ;
    Qu’Hautpoul vende son sabre et Cucheval sa plume ;
    Que tous les grands bandits, en petit copiés,
    Revivent ; qu’on emplisse un sénat de plats-pieds
    Dont la servilité négresse et mamelouque
    Eût révolté Mahmoud et lasserait Soulouque ;
    Que l’or soit le seul culte, et qu’en ce temps vénal,
    Coffre-fort étant Dieu, Gousset soit cardinal ;
    Que la vieille Thémis ne soit plus qu’une gouine
    Baisant Mandrin dans l’antre où Mongis baragouine ;
    Que Montalembert bave accoudé sur l’autel ;
    Que Veuillot sur Sibour crève sa poche au fiel ;
    Qu’on voie aux bals de cour s’étaler des guenipes
    Qui le long des trottoirs traînaient hier leurs nippes,
    Beautés de lansquenet avec un profil grec ;
    Que Haynau dans Brescia soit pire que Lautrec ;
    Que partout, des Sept-Tours aux colonnes d’Hercule,
    Napoléon, le poing sur la hanche, recule,
    Car l’aigle est vieux, Essling grisonne, Marengo
    A la goutte, Austerlitz est pris d’un lombago ;
    Que le czar russe ait peur tout autant que le nôtre ;
    Que l’ours noir et l’ours blanc tremblent l’un devant l’autre ;
    Qu’avec son grand panache et sur son grand cheval
    Rayonne Saint-Arnaud, ci-devant Florival,
    Fort dans la pantomime et les combats à l’hache ;
    Que Sodome se montre et que Paris se cache ;
    Qu’Escobar et Houdin vendent le même onguent ;
    Que grâce à tous ces gueux qu’on touche avec le gant,
    Tout dorés au dehors, au dedans noirs de lèpres,
    Courant les bals, courant les jeux, allant à vêpres,
    Grâce à ces bateleurs mêlés aux scélérats,
    La Saint-Barthélemy s’achève en mardi gras ;
    Ô nature profonde et calme, que t’importe !
    Nature, Isis voilée assise à notre porte,
    Impénétrable aïeule aux regards attendris,
    Vieille comme Cybèle et fraîche comme Iris,
    Ce qu’on fait ici-bas s’en va devant ta face ;
    A ton rayonnement toute laideur s’efface ;
    Tu ne t’informes pas quel drôle ou quel tyran
    Est fait premier chanoine à Saint-Jean-de-Latran ;
    Décembre, les soldats ivres, les lois faussées,
    Les cadavres mêlés aux bouteilles cassées,
    Ne te font rien ; tu suis ton flux et ton reflux.
    Quand l’homme des faubourgs s’endort et ne sait plus
    Bourrer dans un fusil des balles de calibre ;
    Quand le peuple français n’est plus le peuple libre ;
    Quand mon esprit, fidèle au but qu’il se fixa,
    Sur cette léthargie applique un vers moxa,
    Toi, tu rêves ; souvent du fond des geôles sombres,
    Sort, comme d’un enfer, le murmure des ombres
    Que Baroche et Rouher gardent sous les barreaux,
    Car ce tas de laquais est un tas de bourreaux ;
    Etant les coeurs de boue, ils sont les coeurs de roche ;
    Ma strophe alors se dresse, et, pour cingler Baroche,
    Se taille un fouet sanglant dans Rouher écorché ;
    Toi, tu ne t’émeus point ; flot sans cesse épanché,
    La vie indifférente emplit toujours tes urnes ;
    Tu laisses s’élever des attentats nocturnes,
    Des crimes, des fureurs, de Rome mise en croix,
    De Paris mis aux fers, des guets-apens des rois,
    Des pièges, des serments, des toiles d’araignées,
    L’orageuse clameur des âmes indignées ;
    Dans ce calme où toujours tu te réfugias,
    Tu laisses le fumier croupir chez Augias,
    Et renaître un passé dont nous nous affranchîmes,
    Et le sang rajeunir les abus cacochymes,
    La France en deuil jeter son suprême soupir,
    Les prostitutions chanter, et se tapir
    Les lâches dans leurs trous, la taupe en ses cachettes,
    Et gronder les lions, et rugir les poëtes !
    Ce n’est pas ton affaire à toi de t’irriter.
    Tu verrais, sans frémir et sans te révolter,
    Sur tes fleurs, sous tes pins, tes ifs et tes érables,
    Errer le plus coquin de tous ces misérables.
    Quand Troplong, le matin, ouvre un oeil chassieux,
    Vénus, splendeur sereine éblouissant les cieux,
    Vénus, qui devrait fuir courroucée et hagarde,
    N’a pas l’air de savoir que Troplong la regarde !
    Tu laisserais cueillir une rose à Dupin !
    Tandis que, de velours recouvrant le sapin,
    L’escarpe couronné que l’Europe surveille,
    Trône et guette, et qu’il a, lui parlant à l’oreille,
    D’un côté Loyola, de l’autre Trestaillon,
    Ton doigt au blé dans l’ombre entrouvre le sillon.
    Pendant que l’horreur sort des sénats, des conclaves,
    Que les Etats-Unis ont des marchés d’esclaves
    Comme en eut Rome avant que Jésus-Christ passât,
    Que l’américain libre à l’africain forçat
    Met un bât, et qu’on vend des hommes pour des piastres,
    Toi, tu gonfles la mer, tu fais lever les astres,
    Tu courbes l’arc-en-ciel, tu remplis les buissons
    D’essaims, l’air de parfums et les nids de chansons,
    Tu fais dans le bois vert la toilette des roses,
    Et tu fais concourir, loin des hommes moroses,
    Pour des prix inconnus par les anges cueillis,
    La candeur de la vierge et la blancheur du lys.
    Et quand, tordant ses mains devant les turpitudes,
    Le penseur douloureux fuit dans tes solitudes,
    Tu lui dis : Viens ! c’est moi ! moi que rien ne corrompt !
    Je t’aime ! et tu répands dans l’ombre, sur son front
    Où de l’artère ardente il sent battre les ondes,
    L’âcre fraîcheur de l’herbe et des feuilles profondes !
    Par moments, à te voir, parmi les trahisons,
    Mener paisiblement tes mois et tes saisons,
    A te voir impassible et froide, quoi qu’on fasse,
    Pour qui ne creuse point plus bas que la surface,
    Tu sembles bien glacée, et l’on s’étonne un peu.
    Quand les proscrits, martyrs du peuple, élus de Dieu,
    Stoïques, dans la mort se couchent sans se plaindre,
    Tu n’as l’air de songer qu’à dorer et qu’à peindre
    L’aile du scarabée errant sur leurs tombeaux.
    Les rois font les gibets, toi, tu fais les corbeaux.
    Tu mets le même ciel sur le juste et l’injuste.
    Occupée à la mouche, à la pierre, à l’arbuste,
    Aux mouvements confus du vil monde animal,
    Tu parais ignorer le bien comme le mal ;
    Tu laisses l’homme en proie à sa misère aiguë.
    Que t’importe Socrate ! et tu fais la ciguë.
    Tu créas le besoin, l’instinct et l’appétit ;
    Le fort mange le faible et le grand le petit,
    L’ours déjeune du rat, l’autour de la colombe,
    Qu’importe ! allez, naissez, fourmillez pour la tombe,
    Multitudes ! vivez, tuez, faites l’amour,
    Croissez ! le pré verdit, la nuit succède au jour,
    L’âne brait, le cheval hennit, le taureau beugle.
    Ô figure terrible, on te croirait aveugle !
    Le bon et le mauvais se mêlent sous tes pas.
    Dans cet immense oubli, tu ne vois même pas
    Ces deux géants lointains penchés sur ton abîme,
    Satan, père du mal, Caïn, père du crime !
    Erreur ! erreur ! erreur ! ô géante aux cent yeux,
    Tu fais un grand labeur, saint et mystérieux !
    Oh ! qu’un autre que moi te blasphème, ô nature
    Tandis que notre chaîne étreint notre ceinture,
    Et que l’obscurité s’étend de toutes parts,
    Les principes cachés, les éléments épars,
    Le fleuve, le volcan à la bouche écarlate,
    Le gaz qui se condense et l’air qui se dilate,
    Les fluides, l’éther, le germe sourd et lent,
    Sont autant d’ouvriers dans l’ombre travaillant ;
    Ouvriers sans sommeil, sans fatigue, sans nombre.
    Tu viens dans cette nuit, libératrice sombre !
    Tout travaille, l’aimant, le bitume, le fer,
    Le charbon ; pour changer en éden notre enfer,
    Les forces à ta voix sortent du fond des gouffres.

    Tu murmures tout bas : – Race d’Adam qui souffres,
    Hommes, forçats pensants au vieux monde attachés,
    Chacune de mes lois vous délivre. Cherchez ! -
    Et chaque jour surgit une clarté nouvelle,
    Et le penseur épie et le hasard révèle ;
    Toujours le vent sema, le calcul récolta.
    Ici Fulton, ici Galvani, là Volta,
    Sur tes secrets profonds que chaque instant nous livre,
    Rêvent ; l’homme ébloui déchiffre enfin ton livre.
    D’heure en heure on découvre un peu plus d’horizon
    Comme un coup de bélier au mur d’une prison,
    Du genre humain qui fouille et qui creuse et qui sonde,
    Chaque tâtonnement fait tressaillir le monde.
    L’hymen des nations s’accomplit. Passions,
    Intérêts, moeurs et lois, les révolutions
    Par qui le coeur humain germe et change de formes,
    Paris, Londres, New-York, les continents énormes,
    Ont pour lien un fil qui tremble au fond des mers.
    Une force inconnue, empruntée aux éclairs,
    Mêle au courant des flots le courant des idées.
    La science, gonflant ses ondes débordées,
    Submerge trône et sceptre, idole et potentat.
    Tout va, pense, se meut, s’accroît. L’aérostat
    Passe, et du haut des cieux ensemence les hommes.
    Chanaan apparaît ; le voilà, nous y sommes !
    L’amour succède aux pleurs et l’eau vive à la mort,
    Et la bouche qui chante à la bouche qui mord.
    La science, pareille aux antiques pontifes,
    Attelle aux chars tonnants d’effrayants hippogriffes
    Le feu souffle aux naseaux de la bête d’airain.
    Le globe esclave cède à l’esprit souverain.
    Partout où la terreur régnait, où marchait l’homme,
    Triste et plus accablé que la bête de somme,
    Traînant ses fers sanglants que l’erreur a forgés,
    Partout où les carcans sortaient des préjugés,
    Partout où les césars, posant le pied sur l’âme,
    Etouffaient la clarté, la pensée et la flamme,
    Partout où le mal sombre, étendant son réseau,
    Faisait ramper le ver, tu fais naître l’oiseau !
    Par degrés, lentement, on voit sous ton haleine
    La liberté sortir de l’herbe de la plaine,
    Des pierres du chemin, des branches des forêts,
    Rayonner, convertir la science en décrets,
    Du vieil univers mort briser la carapace,
    Emplir le feu qui luit, l’eau qui bout, l’air qui passe,
    Gronder dans le tonnerre, errer dans les torrents,
    Vivre ! et tu rends le monde impossible aux tyrans !
    La matière, aujourd’hui vivante, jadis morte,
    Hier écrasait l’homme et maintenant l’emporte.
    Le bien germe à toute heure et la joie en tout lieu.
    Oh ! sois fière en ton coeur, toi qui, sous l’oeil de Dieu,
    Nous prodigues les dons que ton mystère épanche,
    Toi qui regardes, comme une mère se penche
    Pour voir naître l’enfant que son ventre a porté,
    De ton flanc éternel sortir l’humanité !
    Vie ! idée ! avenir bouillonnant dans les têtes !
    Le progrès, reliant entre elles ses conquêtes,
    Gagne un point après l’autre, et court contagieux.
    De cet obscur amas de faits prodigieux
    Qu’aucun regard n’embrasse et qu’aucun mot ne nomme,
    Tu nais plus frissonnant que l’aigle, esprit de l’homme,
    Refaisant moeurs, cités, codes, religion.
    Le passé n’est que l’oeuf d’où tu sors, Légion !
    Ô nature ! c’est là ta genèse sublime.
    Oh ! l’éblouissement nous prend sur cette cime !
    Le monde, réclamant l’essor que Dieu lui doit,
    Vibre, et dès à présent, grave, attentif, le doigt
    Sur la bouche, incliné sur les choses futures,
    Sur la création et sur les créatures,
    Une vague lueur dans son oeil éclatant,
    Le voyant, le savant, le philosophe entend
    Dans l’avenir, déjà vivant sous ses prunelles,
    La palpitation de ces millions d’ailes !


    23 mai 1853. Jersey.

    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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  7. Floréal

    Au retour des beaux jours, dans ce vert floréal
    Où meurent les Danton trahis par les Réal,
    Quand l’étable s’agite au fond des métairies,
    Quand l’eau vive au soleil se change en pierreries,
    Quand la grisette assise, une aiguille à la main,
    Soupire, et, de côté regardant le chemin,
    Voudrait aller cueillir des fleurs au lieu de coudre,
    Quand les nids font l’amour, quand le pommier se poudre
    Pour le printemps ainsi qu’un marquis pour le bal,
    Quand, par mai réveillés, Charles douze, Annibal,
    Disent : c’est l’heure ! et font vers les sanglants tumultes
    Rouler, l’un les canons, l’autre les catapultes ;
    Moi, je crie : ô soleil ! salut ! parmi les fleurs
    J’entends les gais pinsons et les merles siffleurs ;
    L’arbre chante ; j’accours ; ô printemps ! on vit double
    Gallus entraîne au bois Lycoris qui se trouble ;
    Tout rayonne ; et le ciel, couvant l’homme enchanté,
    N’est plus qu’un grand regard plein de sérénité !
    Alors l’herbe m’invite et le pré me convie ;
    Alors j’absous le sort, je pardonne à la vie,
    Et je dis : Pourquoi faire autre chose qu’aimer ?
    Je sens, comme au dehors, tout en moi s’animer,
    Et je dis aux oiseaux : e Petits oiseaux, vous n’êtes
    Que des chardonnerets et des bergeronnettes,
    Vous ne me connaissez pas même, vous allez
    Au hasard dans les champs, dans les bois, dans les blés,
    Pêle-mêle, pluviers, grimpereaux, hochequeues,
    Dressant vos huppes d’or, lissant vos plumes bleues
    Vous êtes, quoique beaux, très bêtes ; votre loi,
    C’est d’errer ; vous chantez en l’air sans savoir quoi
    Eh bien, vous m’inondez d’émotions sacrées !
    Et quand je vous entends sur les branches dorées,
    Oiseaux, mon aile s’ouvre, et mon coeur rajeuni
    Boit à l’amour sans fond et s’emplit d’infini ! »
    Et je me laisse aller aux longues rêveries.
    Ô feuilles d’arbre ! oubli ! boeufs mugissants ! prairies !
    Mais dans ces moments-là, tu le sais, Juvénal,
    Qu’il sorte par hasard de ma poche un journal,
    Et que mon oeil distrait, qui vers les cieux remonte,
    Heurte l’un de ces noms qui veulent dire honte,
    Alors toute l’horreur revient ; dans les bois verts
    Némésis m’apparaît et me montre à travers
    Les rameaux et les fleurs sa gorge de furie.

    C’est que tu veux tout l’homme, ô devoir ! ô patrie !
    C’est que lorsque ton flanc saigne, ô France, tu veux
    Que l’angoisse nous tienne et dresse nos cheveux,
    Que nous ne regardions plus autre chose au monde,
    Et que notre oeil, noyé dans la pitié profonde,
    Cesse de voir les cieux pour ne voir que ton sang !

    Et je me lève, et tout s’efface, et, frémissant,
    Je n’ai plus sous les yeux qu’un peuple à la torture,
    Crimes sans châtiment, griefs sans sépulture,
    Les géants garrottés livrés aux avortons,
    Femmes dans les cachots, enfants dans les pontons,
    Bagnes, sénats, proscrits, cadavres, gémonies
    Alors, foulant aux pieds toutes les fleurs ternies,
    Je m’enfuis, et je dis à ce soleil si doux :
    Je veux l’ombre ! et je crie aux oiseaux : taisez-vous !

    Et je pleure ! et la strophe, éclose de ma bouche,
    Bat mon front orageux de son aile farouche.


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    (il reste 2 strophes à lire)
    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 0
  8. Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont

    Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
    Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front,
    Ceux qui d’un haut. destin gravissent l’âpre cime,
    Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime,
    Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
    Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
    C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
    C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche,
    Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
    Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
    Car de son vague ennui le néant les enivre,
    Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre.
    Inutiles, épars, ils traînent ici-bas
    Le sombre accablement d’être en ne pensant pas.
    Ils s’appellent vulgus, plebs, la tourbe, la foule.
    Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule,
    Bat des mains, foule aux pieds, bâille, dit oui, dit non,
    N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ;
    Troupeau qui va, revient, juge, absout, délibère,
    Détruit, prêt à Marat comme prêt à Tibère,
    Foule triste, joyeuse, habits dorés, bras nus,
    Pêle-mêle, et poussée aux gouffres inconnus.
    Ils sont les passants froids sans but, sans nœud, sans âge ;
    Le bas du genre humain qui s’écroule en nuage ;
    Ceux qu’on ne connaît pas, ceux qu’on ne compte pas,
    Ceux qui perdent les mots, les volontés, les pas.
    L’ombre obscure autour d’eux se prolonge et recule
    Ils n’ont du plein midi qu’un lointain crépuscule,
    Car, jetant au hasard les cris, les voix, le bruit,
    Ils errent près du bord sinistre de la nuit.

    Quoi ! ne point aimer ! suivre une morne carrière
    Sans un songe en avant, sans un deuil en arrière,
    Quoi ! marcher devant soi sans savoir où l’on va,
    Rire de Jupiter sans croire à Jéhovah,
    Regarder sans respect l’astre, la fleur, la femme,
    Toujours vouloir le corps, ne jamais chercher l’âme,
    Pour de vains résultats faire de vains efforts,
    N’attendre rien d’en haut ! ciel ! oublier les morts !
    Oh non, je ne suis point de ceux-là ! grands, prospères,
    Fiers, puissants, ou cachés dans d’immondes repaires,
    Je les fuis, et je crains leurs sentiers détestés
    Et j’aimerais mieux être, ô fourmis des cités,
    Tourbe, foule, hommes faux, coeurs morts, races déchues,
    Un arbre dans les bois qu’une âme en vos cohues !

    Paris. 31 décembre l848. Minuit.

    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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  9. Aux morts du 4 décembre

    Jouissez du repos que vous donne le maître.
    Vous étiez autrefois des cœurs troublés peut-être,
    Qu’un vain songe poursuit ;
    L’erreur vous tourmentait, ou la haine, ou l’envie ;
    Vos bouches, d’où sortait la vapeur de la vie,
    Étaient pleines de bruit.

    Faces confusément l’une à l’autre apparues,
    Vous alliez et veniez en foule dans les rues,
    Ne vous arrêtant pas,
    Inquiets comme l’eau qui coule des fontaines,
    Tous, marchant au hasard, souffrant les mêmes peines,
    Mêlant les mêmes pas.

    Peut-être un feu creusait votre tête embrasée,
    Projets, espoirs, briser l’homme de l’Élysée,
    L’homme du Vatican,

    Verser le libre esprit à grands flots sur la terre
    Car dans ce siècle ardent toute âme est un cratère
    Et tout peuple un volcan.


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    (il reste 4 strophes à lire)
    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 0
  10. À Juvénal

    I

    Retournons à l’école, ô mon vieux Juvénal.
    Homme d’ivoire et d’or, descends du tribunal
    Où depuis deux mille ans tes vers superbes tonnent.
    Il paraît, vois-tu bien, ces choses nous étonnent,
    Mais c’est la vérité selon monsieur Riancey,
    Que lorsqu’un peu de temps sur le sang a passé,
    Après un an ou deux, c’est une découverte,
    Quoi qu’en disent les morts avec leur bouche verte,
    Le meurtre n’est plus meurtre et le vol n’est plus vol.
    Monsieur Veuillot, qui tient d’Ignace et d’Auriol,
    Nous l’affirme, quand l’heure a tourné sur l’horloge,
    De notre entendement ceci fait peu l’éloge,
    Pourvu qu’à Notre-Dame on brûle de l’encens
    Et que l’abonné vienne aux journaux bien pensants,
    Il paraît que, sortant de son hideux suaire,
    Joyeux, en panthéon changeant son ossuaire,
    Dans l’opération par monsieur Fould aidé,
    Par les juges lavé, par les filles fardé,
    Ô miracle ! entouré de croyants et d’apôtres,
    En dépit des rêveurs, en dépit de nous autres
    Noirs poëtes bourrus qui n’y comprenons rien,
    Le mal prend tout à coup la figure du bien.

    II

    Il est l’appui de l’ordre ; il est bon catholique
    Il signe hardiment – prospérité publique.
    La trahison s’habille en général français
    L’archevêque ébloui bénit le dieu Succès
    C’était crime jeudi, mais c’est haut fait dimanche.
    Du pourpoint Probité l’on retourne la manche.
    Tout est dit. La vertu tombe dans l’arriéré.
    L’honneur est un vieux fou dans sa cave muré.
    Ô grand penseur de bronze, en nos dures cervelles
    Faisons entrer un peu ces morales nouvelles,
    Lorsque sur la Grand’Combe ou sur le blanc de zinc
    On a revendu vingt ce qu’on a payé cinq,
    Sache qu’un guet-apens par où nous triomphâmes
    Est juste, honnête et bon. Tout au rebours des femmes,
    Sache qu’en vieillissant le crime devient beau.
    Il plane cygne après s’être envolé corbeau.
    Oui, tout cadavre utile exhale une odeur d’ambre.
    Que vient-on nous parler d’un crime de décembre
    Quand nous sommes en juin ! l’herbe a poussé dessus.
    Toute la question, la voici : fils, tissus,
    Cotons et sucres bruts prospèrent ; le temps passe.
    Le parjure difforme et la trahison basse
    En avançant en âge ont la propriété
    De perdre leur bassesse et leur difformité
    Et l’assassinat louche et tout souillé de lange
    Change son front de spectre en un visage d’ange.


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    (il reste 16 strophes à lire)
    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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