1. Bonne pensée du matin

    A quatre heures du matin, l’été,
    Le sommeil d’amour dure encore.
    Sous les bosquets l’aube évapore
    L’odeur du soir fêté.

    Mais là-bas dans l’immense chantier
    Vers le soleil des Hespérides,
    En bras de chemise, les charpentiers
    Déjà s’agitent.

    Dans leur désert de mousse, tranquilles,
    Ils préparent les lambris précieux
    Où la richesse de la ville
    Rira sous de faux cieux.

    Ah ! pour ces Ouvriers charmants
    Sujets d’un roi de Babylone,
    Vénus ! laisse un peu les Amants,
    Dont l’âme est en couronne.


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    Arthur RimbaudRecueil : Derniers vers
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  2. Age d’or

    Quelqu’une des voix
    Toujours angélique
    - Il s’agit de moi, -
    Vertement s’explique :

    Ces mille questions
    Qui se ramifient
    N’amènent, au fond,
    Qu’ivresse et folie ;

    Reconnais ce tour
    Si gai, si facile :
    Ce n’est qu’onde, flore,
    Et c’est ta famille !

    Puis elle chante. Ô
    Si gai, si facile,
    Et visible à l’oeil nu
    - Je chante avec elle, -


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    Arthur RimbaudRecueil : Derniers vers
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  3. Dans la grotte

    Là ! Je me tue à vos genoux !
    Car ma détresse est infinie,
    Et la tigresse épouvantable d’Hyrcanie
    Est une agnelle au prix de vous.

    Oui, céans, cruelle Clymène,
    Ce glaive, qui dans maints combats
    Mit tant de Scipions et de Cyrus à bas,
    Va finir ma vie et ma peine !
    Ai-je même besoin de lui
    Pour descendre aux Champs Élysées ?
    Amour perça-t-il pas de flèches aiguisées
    Mon coeur, dès que votre oeil m’eut lui ?

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  4. Clair de lune

    Votre âme est un paysage choisi
    Que vont charmant masques et bergamasques
    Jouant du luth et dansant et quasi
    Tristes sous leurs déguisements fantasques.

    Tout en chantant sur le mode mineur
    L’amour vainqueur et la vie opportune,
    Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
    Et leur chanson se mêle au clair de lune,

    Au calme clair de lune triste et beau,
    Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
    Et sangloter d’extase les jets d’eau,
    Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  5. A un passant

    Mon cher enfant que j’ai vu dans ma vie errante,
    Mon cher enfant, que, mon Dieu, tu me recueillis,
    Moi-même pauvre ainsi que toi, purs comme lys,
    Mon cher enfant que j’ai vu dans ma vie errante !

    Et beau comme notre âme pure et transparente,
    Mon cher enfant, grande vertu de moi, la rente,
    De mon effort de charité, nous, fleurs de lys !
    On te dit mort Mort ou vivant, sois ma mémoire !

    Et qu’on ne hurle donc plus que c’est de la gloire
    Que je m’occupe, fou qu’il fallut et qu’il faut
    Petit ! mort ou vivant, qui fis vibrer mes fibres,

    Quoi qu’en aient dit et dit tels imbéciles noirs
    Compagnon qui ressuscitas les saints espoirs,
    Va donc, vivant ou mort, dans les espaces libres !

    Paul VerlaineRecueil : Dédicaces
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  6. Vers sans rimes

    Le bruit de ton aiguille et celui de ma plume
    Sont le silence d’or dont on parla d’argent.
    Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,
    Et travaillons tranquillement au nez des gens !

    Quant à souffrir, quant à mourir, c’est nos affaires
    Ou plutôt celles des toc-tocs et des tic-tacs
    De la pendule en garni dont la voix sévère
    Voudrait persévérer à nous donner le trac

    De mourir le premier ou le dernier. Qu’importe,
    Si l’on doit, ô mon Dieu, se revoir à jamais ?
    Qu’importe la pendule et notre vie, ô Mort ?
    Ce n’est plus nous que l’ennui de tant vivre effraye !

    Paul VerlaineRecueil : Chair
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  7. La vie est bien sévère

    La vie est bien sévère
    À cet homme trop gai :
    Plus le vin dans le verre
    Pour le sang fatigué,

    Plus l’huile dans la lampe
    Pour les yeux et la main,
    Plus l’envieux qui rampe
    Pour l’orgueil surhumain,

    Plus l’épouse choisie
    Pour vivre et pour mourir,
    En qui l’on s’extasie
    Pour s’aider à souffrir,

    Hélas ! et plus les femmes
    Pour le coeur et la chair,
    Plus la Foi, sel des âmes,
    Pour la peur de l’Enfer,


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    Paul VerlaineRecueil : Bonheur
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  8. La cathédrale est majestueuse

    La cathédrale est majestueuse
    Que j’imagine en pleine campagne
    Sur quelque affluent de quelque Meuse
    Non loin de l’Océan qu’il regagne,

    L’Océan pas vu que je devine
    Par l’air chargé de sels et d’arômes.
    La croix est d’or dans la nuit divine
    D’entre l’envol des tours et des dômes.

    Des angélus font aux campaniles
    Une couronne d’argent qui chante.
    De blancs hiboux, aux longs cris graciles,
    Tournent sans fin de sorte charmante.

    Des processions jeunes et claires
    Vont et viennent de porches sans nombre,
    Soie et perles de vivants rosaires,
    Rogations pour de chers fruits d’ombre.


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    Paul VerlaineRecueil : Bonheur
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  9. Je voudrais, si ma vie était encore à faire

    I

    Je voudrais, si ma vie était encore à faire,
    Qu’une femme très calme habitât avec moi,
    Plus jeune de dix ans, qui portât sans émoi
    La moitié d’une vie au fond plutôt sévère.

    Notre coeur à tous deux, dans ce château de verre,
    Notre regard commun, franchise et bonne foi,
    Un et double, dirait comme en soi-même : Voi !
    Et répondrait comme à soi-même : Persévère !

    Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,
    Nous serions en ceci le couple réussi
    Que l’inégalité, parbleu ! des caractères


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    Paul VerlaineRecueil : Bonheur
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  10. Bibliophobes

    I

    La Femme, en qui l'on doit mettre tout son amour,
    Tout son espoir et toute — au fond — sa confiance,
    Néanmoins contriste le cœur, ombre et nuance,
    Du bon bibliophile, encor que bien né pour

    La paix et le repos promis au jour le jour
    À qui du Livre fait un peu sa vie, et lance
    Dans ce gouffre ingénu de calme et de silence
    Son ancienne fièvre et les faits d'alentour.

    La Femme, ange et démon, suivant le vieux distique,
    Est naturellement soumise et despotique,
    Et naturellement plaintive et dure aussi !


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    Paul VerlaineRecueil : Biblio-sonnets
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