1. La Fille de l’air

    À Herminie.

    Je suis blonde et charmante,
    Ailée et transparente,
    Sylphe, follet léger, je suis fille de l’air,
    Que puis-je avoir à craindre ?
    Une nuit de m’éteindre ?
    Qu’importe de mourir comme meurt un éclair !

    Je vole sur la nue ;
    Aux mortels inconnue,
    Je dispute en riant la vitesse aux zéphirs !
    Il n’est point de tempête
    Qui pende sur ma tête ;
    Je plane, et n’entends plus des trop lointains soupirs.

    Je vais où va l’aurore ;
    On me retrouve encore
    Aux mers où tout en feu se plonge le soleil !
    Quand son tour le ramène,
    Prompte, sans perdre haleine,
    je le joins, et c’est moi qu’on salue au réveil.


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    Jules Vernes
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  2. L’orpheline au couvent

    J’étais seule sur terre, encor bien jeune, hélas !

    Faible fleur sans racine,
    Sans appui, sans parents que je ne connus pas.

    Je restais orpheline !

    La mort avait frappé, comme frappe un faucheur


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    Jules Vernes
    • 4
  3. J’aime ces doux oiseaux

    J’aime ces doux oiseaux, qui promènent dans l’air
    Leur vie et leur amour, et plus prompts que l’éclair,
    Qui s’envolent ensemble !
    J’aime la fleur des champs, que l’on cueille au matin,
    Et que le soir, au bal, on pose sur son sein
    Qui d’enivrement tremble !

    J’aime les tourbillons des danses, des plaisirs,
    Les fêtes, la toilette, et les tendres désirs
    Qui s’éveillent dans l’âme !
    J’aime l’ange gardien qui dirige mes pas,
    Qui me presse la main, et me donne tout bas
    Pour les maux un dictame !

    J’aime du triste saule, au soir muet du jour,
    La tête chaude encor, pleine d’ombre et d’amour,
    Qui se penche et qui pense !
    J’aime la main de Dieu, laissant sur notre cœur
    Tomber en souriant cette amoureuse fleur
    Qu’on nomme l’espérance !

    J’aime le doux orchestre, en larmes, gémissant
    Qui verse sur mon âme un langoureux accent,
    Une triste harmonie !
    J’aime seule écouter le langage des cieux
    Qui parlent à la terre, et l’emplissent de feux
    De soleil et de vie.


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    Jules Vernes
    • 1
  4. Hésitation

    À une jeune personne à la noble tournure, aux yeux grands et noirs.

    Celle que j’aime a de grands yeux
    Sous de brunes prunelles ;
    Celle que j’aime sous les cieux
    Est la belle des belles.
    Elle dore, embellit mes jours,
    Oh ! si j’étais à même,
    Mon Dieu, je voudrais voir toujours
    Celle que j’aime.

    Celle que j’aime est douce à voir,
    Il est doux de l’entendre ;
    Sa vue au cœur fixe l’espoir
    Que sa voix fait comprendre.
    Son amour sera-t-il pour moi,
    Pour moi seul, pour moi-même ?
    Si j’aime, c’est que je la vois
    Celle que j’aime.

    Auprès d’elle, hélas ! je ressens
    Une émotion douce ;
    Absente, vers elle en mes sens
    Quelque chose me pousse.
    Pour moi dans le fond de son cœur
    S’il en était de même ?
    Aurait-elle un regard trompeur,
    Celle que j’aime ?


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    Jules Vernes
    • 1
  5. A la potence !

    A la potence où tant de gens hideux
    Qui pour le crime avaient fait parler d’eux
    Ont terminé leur vie ithyphallique
    Pour honorer la morale publique
    Ne faut-il pas les pendre deux par deux,
    Ces haut placés, corrupteurs monstrueux,
    Et faire aller ce ministère affreux
    Qui de la
    France ouvertement trafique,
    A la potence ?

    Dans l’ancien temps, on chassait les lépreux !
    Faut-il garder ces hommes frauduleux,
    Qui maniant leur morale élastique,
    Font des brigands en ordre politique ?
    Non pas,
    Français, attachons tous ces gueux
    A la potence !

    Jules Vernes
    • 0
  6. Alchimie de la douleur

    L’un t’éclaire avec son ardeur,
    L’autre en toi met son deuil, Nature !
    Ce qui dit à l’un : Sépulture !
    Dit à l’autre : Vie et splendeur !

    Hermès inconnu qui m’assistes
    Et qui toujours m’intimidas,
    Tu me rends l’égal de Midas,
    Le plus triste des alchimistes ;

    Par toi je change l’or en fer
    Et le paradis en enfer ;
    Dans le suaire des nuages

    Je découvre un cadavre cher,
    Et sur les célestes rivages
    Je bâtis de grands sarcophages.

    Charles BaudelaireRecueil : Les Fleurs du Mal
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  7. A une Malabaraise

    Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche
    Est Large à faire envie à la plus belle blanche ;
    A l’artiste pensif ton corps est doux et cher ;
    Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair.

    Aux pays chauds et bleus où ton Dieu t’a fait naître,
    Ta tâche est d’allumer la pipe de ton maître,
    De pourvoir les flacons d’eaux fraîches et d’odeurs,
    De chasser loin du lit les moustiques rôdeurs,
    Et, dès que le matin fait chanter les platanes,
    D’acheter au bazar ananas et bananes.
    Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus
    Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus ;
    Et quand descend le soir au manteau d’écarlate,
    Tu poses doucement ton corps sur une natte,
    Où tes rêves flottants sont pleins de colibris,
    Et toujours, comme toi, gracieux et fleuris.

    Pourquoi, l’heureuse enfant, veux-tu voir notre France,
    Ce pays trop peuplé que fauche la souffrance,
    Et, confiant ta vie aux bras forts des marins,
    Faire de grands adieux à tes chers tamarins ?
    Toi, vêtue à moitié de mousselines frêles,
    Frissonnante là-bas sous la neige et les grêles,
    Comme tu pleurerais tes loisirs doux et francs,
    Si, le corset brutal emprisonnant tes flancs,
    Il te fallait glaner ton souper dans nos fanges
    Et vendre le parfum de tes charmes étranges,
    L’oeil pensif, et suivant, dans nos sales brouillards,
    Des cocotiers absents les fantômes épars !

    Charles BaudelaireRecueil : Les Fleurs du Mal
    • 0
  8. Une Mort héroïque

    Fancioulle était un admirable bouffon, et presque un des amis du Prince. Mais pour les personnes vouées par état au comique, les choses sérieuses ont de fatales attractions, et, bien qu'il puisse paraître bizarre que les idées de patrie et de liberté s'emparent despotiquement du cerveau d'un histrion, un jour Fancioulle entra dans une conspiration formée par quelques gentilshommes mécontents.

    Il existe partout des hommes de bien pour dénoncer au pouvoir ces individus d'humeur atrabilaire qui veulent déposer les princes et opérer, sans la consulter, le déménagement d'une société. Les seigneurs en question furent arrêtés, ainsi que Fancioulle, et voués à une mort certaine.

    Je croirais volontiers que le Prince fut presque fâché de trouver son comédien favori parmi les rebelles. Le Prince n'était ni meilleur ni pire qu'un autre ; mais une excessive sensibilité le rendait, en beaucoup de cas, plus cruel et plus despote que tous ses pareils. Amoureux passionné des beaux-arts, excellent connaisseur d'ailleurs, il était vraiment insatiable de voluptés. Assez indifférent relativement aux hommes et à la morale, véritable artiste lui-même, il ne connaissait d'ennemi dangereux que l'Ennui, et les efforts bizarres qu'il faisait pour fuir ou pour vaincre ce tyran du monde lui auraient certainement attiré, de la part d'un historien sévère, l'épithète de « monstre », s'il avait été permis, dans ses domaines, d'écrire quoi que ce fût qui ne tendît pas uniquement au plaisir ou à l'étonnement, qui est une des formes les plus délicates du plaisir. Le grand malheur de ce Prince fut qu'il n'eut jamais un théâtre assez vaste pour son génie. Il y a de jeunes Nérons qui étouffent dans des limites trop étroites, et dont les siècles à venir ignoreront toujours le nom et la bonne volonté. L'imprévoyante Providence avait donné à celui-ci des facultés plus grandes que ses États.

    Tout d'un coup le bruit courut que le souverain voulait faire grâce à tous les conjurés ; et l'origine de ce bruit fut l'annonce d'un grand spectacle où Fancioulle devait jouer l'un de ses principaux et de ses meilleurs rôles, et auquel assisteraient même, disait-on, les gentilshommes condamnés ; signe évident, ajoutaient les esprits superficiels, des tendances généreuses du Prince offensé.


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    Charles BaudelaireRecueil : Le Spleen de Paris
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  9. À propos d’un importun

    À M. EUGÈNE FROMENTIN

    À PROPOS D'UN IMPORTUN

    QUI SE DISAIT SON AMI

    Il me dit qu'il était très-riche,
    Mais qu'il craignait le choléra ;
    — Que de son or il était chiche,
    Mais qu'il goûtait fort l'Opéra ;


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    Charles BaudelaireRecueil : Les Épaves
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  10. Portraits de maîtresses

    Dans un boudoir d'hommes, c'est-à-dire dans un fumoir attenant à un élégant tripot, quatre hommes fumaient et buvaient. Ils n'étaient précisément ni jeunes ni vieux, ni beaux ni laids ; mais vieux ou jeunes, ils portaient cette distinction non méconnaissable des vétérans de la joie, cet indescriptible je ne sais quoi, cette tristesse froide et railleuse qui dit clairement : « Nous avons fortement vécu, et nous cherchons ce que nous pourrions aimer et estimer. »

    L'un d'eux jeta la causerie sur le sujet des femmes. Il eût été plus philosophique de n'en pas parler du tout ; mais il y a des gens d'esprit qui, après boire, ne méprisent pas les conversations banales. On écoute alors celui qui parle, comme on écouterait de la musique de danse.

    « Tous les hommes, disait celui-ci, ont eu l'âge de Chérubin : c'est l'époque où, faute de dryades, on embrasse, sans dégoût, le tronc des chênes. C'est le premier degré de l'amour. Au second degré, on commence à choisir. Pouvoir délibérer, c'est déjà une décadence. C'est alors qu'on recherche décidément la beauté. Pour moi, messieurs, je me fais gloire d'être arrivé, depuis longtemps, à l'époque climatérique du troisième degré où la beauté elle-même ne suffit plus, si elle n'est assaisonnée par le parfum, la parure, et cætera. J'avouerai même que j'aspire quelquefois, comme à un bonheur inconnu, à un certain quatrième degré qui doit marquer le calme absolu. Mais, durant toute ma vie, excepté à l'âge de Chérubin, j'ai été plus sensible que tout autre à l'énervante sottise, à l'irritante médiocrité des femmes. Ce que j'aime surtout dans les animaux, c'est leur candeur. Jugez donc combien j'ai dû souffrir par ma dernière maîtresse.

    « C'était la bâtarde d'un prince. Belle, cela va sans dire ; sans cela, pourquoi l'aurais-je prise ? Mais elle gâtait cette grande qualité par une ambition malséante et difforme. C'était une femme qui voulait toujours faire l'homme. « Vous n'êtes pas un homme ! Ah ! si j'étais un homme ! De nous deux, c'est moi qui suis l'homme ! » Tels étaient les insupportables refrains qui sortaient de cette bouche d'où je n'aurais voulu voir s'envoler que des chansons. À propos d'un livre, d'un poëme, d'un opéra pour lequel je laissais échapper mon admiration : « Vous croyez peut-être que cela est très-fort ? disait-elle aussitôt ; est-ce que vous vous connaissez en force ? » et elle argumentait.


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    Charles BaudelaireRecueil : Le Spleen de Paris
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