1. Je t’aime

    Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
    Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
    Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
    Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
    Pour les animaux purs que l'homme n’effraie pas
    Je t'aime pour aimer
    Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

    Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
    Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
    Entre autrefois et aujourd'hui
    Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
    Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
    Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
    Comme on oublie

    Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
    Pour la santé
    Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
    Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
    Tu crois être le doute et tu n'es que raison
    Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
    Quand je suis sûr de moi.

    1950

    Paul EluardRecueil : Le Phénix
    • 2
  2. Et un sourire

    La nuit n'est jamais complète
    Il y a toujours puisque je le dis
    Puisque je l'affirme
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
    Une fenêtre éclairée
    Il y a toujours un rêve qui veille
    Désir à combler faim à satisfaire
    Un cœur généreux
    Une main tendue une main ouverte
    Des yeux attentifs
    Une vie la vie à se partager.

    Paul EluardRecueil : Le Phénix
    • 3
  3. Chanson

    Dans l'amour la vie a encore
    L'eau pure de ses yeux d'enfant
    Sa bouche est encore une fleur
    Qui s'ouvre sans savoir comment

    Dans l'amour la vie a encore
    Ses mains agrippantes d'enfant
    Ses pieds partent de la lumière
    Et ils s'en vont vers la lumière

    Dans l'amour la vie a toujours
    Un cœur léger et renaissant
    Rien n'y pourra jamais finir
    Demain s'y allège d'hier.

    Paul EluardRecueil : Le Phénix
    • 0
  4. Crépuscule

    Ce n'est pas la nuit, c'est la lune. Le ciel, doux comme un bol de lait, te fait sourire, vieil amoureux.

    Et tu me parles d'eux. Ils ornent ton esprit, ils ornent ta maison, ils ornent notre vie.

    Mon ami, ils sont trop : père, mère, enfants, femme, à n'être pas heureux.

    Pourtant, ton rêve est calme, et je calcule trop.

    Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'Inquiétude
    • 1
  5. Fidèle

    Vivant dans un village calme
    D'où la route part longue et dure
    Pour un lieu de sang et de larmes
    Nous sommes purs.

    Les nuits sont chaudes et tranquilles
    Et nous gardons aux amoureuses
    Cette fidélité précieuse
    Entre toutes : l'espoir de vivre.

    Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'Inquiétude
    • 0
  6. Au but

    La vie entièrement conquise, on pourrait s'en aller chez soi.

    « Les blés sont bien mûrs et la plaine immense. »

    Sûrs d'être heureux pour toujours, on n'aurait plus de soucis.

    « Ma plaine est immense et j'y bois l'oubli. »


    Lire le poème "Au but" en entier
    (il reste 2 strophes à lire)
    Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'Inquiétude
    • 0
  7. Où la vie se contemple tout est submergé

    Où la vie se contemple tout est submergé
    Monté les couronnes d'oubli
    Les vertiges au cœur des métamorphoses
    D'une écriture d'algues solaires
    L'amour et l'amour.

    Tes mains font le jour dans l'herbe
    Tes yeux font l'amour en plein jour
    Les sourires par la taille
    Et tes lèvres par les ailes
    Tu prends la place des caresses
    Tu prends la place des réveils.

    Paul EluardRecueil : L'Amour la poésie
    • 1
  8. Le Génie

    Comme un pur stalactite, œuvre de la nature,
    Le génie incompris apparaît à nos yeux.
    Il est là, dans l’endroit où l’ont placé les Cieux,
    Et d’eux seuls, il reçoit sa vie et sa structure.

    Jamais la main de l’homme assez audacieuse
    Ne le pourra créer, car son essence est pure,
    Et le Dieu tout-puissant le fit à sa figure ;
    Le mortel pauvre et laid, pourrait-il faire mieux ?

    Il ne se taille pas, ce diamant byzarre,
    Et de quelques couleurs dont l’azur le chamarre,
    Qu’il reste tel qu’il est, que le fit l’éternel !

    Si l’on veut corriger le brillant stalactite,
    Ce n’est plus aussitôt qu’un caillou sans mérite,
    Qui ne réfléchit plus les étoiles du ciel.

    Jules Vernes
    • 0
  9. Le cancan

    J’ai souvent du jeune homme admiré le cancan ;
    Je l’ai vu s’agiter à l’instar de la canne,
    Voler plus promptement que les soldats du
    Khan,
    Plus vite que le plomb fuyant la sarbacane ;

    J’ai souvent entendu des vieilles le cancan,
    Qui sournois dit son mot, ferme un œil et ricane,
    Puis gronde, et puis s’enflamme, et devient un volcan,
    Qui trop souvent hélas ! vomit des coups de canne ;

    Eh bien ! un bon penseur, du haut du
    Vatican,
    Sans mettre son esprit trop longtemps au carcan,
    Peut dire, sans laisser matière à la chicane :

    Le cancan, c’est la vie ! ici, dans
    Astrakan,
    Qu’on soit femme, homme,
    Turc,
    Français,
    Russe,
    Anglican ;


    Lire le poème "Le cancan" en entier
    (il reste 1 strophes à lire)
    Jules Vernes
    • 0
  10. La Mort

    Dans ce pauvre village où la vie est amère,
    Le triste champ de mort, à l’aspect maladif,
    Vient étaler les pleurs du cyprès et de l’if
    A l’âme du passant qui pâlit et se serre !

    Là, point de ces tombeaux, au chapiteau plaintif,
    Où des riches s’endort la gloire mensongère,
    Mais de fragiles croix, indice si naïf
    De l’endroit où du pauvre a fini la misère !

    A la ville où toujours pétille le plaisir,
    Où l’abondance obvie au plus simple désir,
    La mort n’est pas la fin d’un esclavage !

    Mais au triste village, où gît l’accablement,
    Oh ! la mort ne saurait venir trop promptement !
    Et pourtant à la ville, on meurt comme au village !

    Jules Vernes
    • 0
Accès à la page :