Paul EluardRecueil : Le PhénixJe t’aime
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n’effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pasQui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublieJe t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.1950
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Paul EluardRecueil : Le PhénixEt un sourire
La nuit n'est jamais complète
Il y a toujours puisque je le dis
Puisque je l'affirme
Au bout du chagrin une fenêtre ouverte
Une fenêtre éclairée
Il y a toujours un rêve qui veille
Désir à combler faim à satisfaire
Un cœur généreux
Une main tendue une main ouverte
Des yeux attentifs
Une vie la vie à se partager.- 3
Paul EluardRecueil : Le PhénixChanson
Dans l'amour la vie a encore
L'eau pure de ses yeux d'enfant
Sa bouche est encore une fleur
Qui s'ouvre sans savoir commentDans l'amour la vie a encore
Ses mains agrippantes d'enfant
Ses pieds partent de la lumière
Et ils s'en vont vers la lumièreDans l'amour la vie a toujours
Un cœur léger et renaissant
Rien n'y pourra jamais finir
Demain s'y allège d'hier.- 0
Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'InquiétudeCrépuscule
Ce n'est pas la nuit, c'est la lune. Le ciel, doux comme un bol de lait, te fait sourire, vieil amoureux.
Et tu me parles d'eux. Ils ornent ton esprit, ils ornent ta maison, ils ornent notre vie.
Mon ami, ils sont trop : père, mère, enfants, femme, à n'être pas heureux.
Pourtant, ton rêve est calme, et je calcule trop.
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Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'InquiétudeFidèle
Vivant dans un village calme
D'où la route part longue et dure
Pour un lieu de sang et de larmes
Nous sommes purs.Les nuits sont chaudes et tranquilles
Et nous gardons aux amoureuses
Cette fidélité précieuse
Entre toutes : l'espoir de vivre.- 0
Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'InquiétudeAu but
La vie entièrement conquise, on pourrait s'en aller chez soi.
« Les blés sont bien mûrs et la plaine immense. »
Sûrs d'être heureux pour toujours, on n'aurait plus de soucis.
« Ma plaine est immense et j'y bois l'oubli. »
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(il reste 2 strophes à lire)- 0
Paul EluardRecueil : L'Amour la poésieOù la vie se contemple tout est submergé
Où la vie se contemple tout est submergé
Monté les couronnes d'oubli
Les vertiges au cœur des métamorphoses
D'une écriture d'algues solaires
L'amour et l'amour.Tes mains font le jour dans l'herbe
Tes yeux font l'amour en plein jour
Les sourires par la taille
Et tes lèvres par les ailes
Tu prends la place des caresses
Tu prends la place des réveils.- 1
Jules VernesLe Génie
Comme un pur stalactite, œuvre de la nature,
Le génie incompris apparaît à nos yeux.
Il est là, dans l’endroit où l’ont placé les Cieux,
Et d’eux seuls, il reçoit sa vie et sa structure.Jamais la main de l’homme assez audacieuse
Ne le pourra créer, car son essence est pure,
Et le Dieu tout-puissant le fit à sa figure ;
Le mortel pauvre et laid, pourrait-il faire mieux ?Il ne se taille pas, ce diamant byzarre,
Et de quelques couleurs dont l’azur le chamarre,
Qu’il reste tel qu’il est, que le fit l’éternel !Si l’on veut corriger le brillant stalactite,
Ce n’est plus aussitôt qu’un caillou sans mérite,
Qui ne réfléchit plus les étoiles du ciel.- 0
Jules VernesLe cancan
J’ai souvent du jeune homme admiré le cancan ;
Je l’ai vu s’agiter à l’instar de la canne,
Voler plus promptement que les soldats du
Khan,
Plus vite que le plomb fuyant la sarbacane ;J’ai souvent entendu des vieilles le cancan,
Qui sournois dit son mot, ferme un œil et ricane,
Puis gronde, et puis s’enflamme, et devient un volcan,
Qui trop souvent hélas ! vomit des coups de canne ;Eh bien ! un bon penseur, du haut du
Vatican,
Sans mettre son esprit trop longtemps au carcan,
Peut dire, sans laisser matière à la chicane :Le cancan, c’est la vie ! ici, dans
Astrakan,
Qu’on soit femme, homme,
Turc,
Français,
Russe,
Anglican ;
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(il reste 1 strophes à lire)- 0
Jules VernesLa Mort
Dans ce pauvre village où la vie est amère,
Le triste champ de mort, à l’aspect maladif,
Vient étaler les pleurs du cyprès et de l’if
A l’âme du passant qui pâlit et se serre !Là, point de ces tombeaux, au chapiteau plaintif,
Où des riches s’endort la gloire mensongère,
Mais de fragiles croix, indice si naïf
De l’endroit où du pauvre a fini la misère !A la ville où toujours pétille le plaisir,
Où l’abondance obvie au plus simple désir,
La mort n’est pas la fin d’un esclavage !Mais au triste village, où gît l’accablement,
Oh ! la mort ne saurait venir trop promptement !
Et pourtant à la ville, on meurt comme au village !- 0