1. L’Amateur des beaux-arts en Belgique

    Un ministre qu'on dit le Mecenas flamand,
    Me promenait un jour dans son appartement,
    Interrogeant mes yeux devant chaque peinture,
    Parlant un peu de l'art, beaucoup de la nature,
    Vantant le paysage, expliquant le sujet,

    Et surtout me marquant le prix de chaque objet.
    — Mais voilà qu'arrivé devant un portrait d'Ingres,
    (Pédant dont j'aime peu les qualités malingres)
    Je fus pris tout à coup d'une sainte fureur
    De célébrer David, le grand peintre empereur !
    — Lui, se tourne vers son fournisseur ordinaire,
    Qui se tenait debout comme un factionnaire,
    Ou comme un chambellan qui savoure avec foi
    Les sottises tombant des lèvres de son roi,
    Et lui dit, avec l'œil d'un marchand de la Beauce :
    « Je crois, mon cher, je crois que David est en hausse ! »

    Charles BaudelaireRecueil : Amœnitates Belgicæ
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  2. Tristesse

    Ramenez-moi, disais-je, au fortuné rivage
    Où Naples réfléchit dans une mer d’azur
    Ses palais, ses coteaux, ses astres sans nuage,
    Où l’oranger fleurit sous un ciel toujours pur.
    Que tardez-vous? Partons! Je veux revoir encore
    Le Vésuve enflammé sortant du sein des eaux;
    Je veux de ses hauteurs voir se lever l’aurore;
    Je veux, guidant les pas de celle que j’adore,
    Redescendre, en rêvant, de ces riants coteaux;
    Suis-moi dans les détours de ce golfe tranquille;
    Retournons sur ces bords à nos pas si connus,
    Aux jardins de Cinthie, au tombeau de Virgile,
    Près des débris épars du temple de Vénus :
    Là, sous les orangers, sous la vigne fleurie,
    Dont le pampre flexible au myrte se marie,
    Et tresse sur ta tête une voûte de fleurs,
    Au doux bruit de la vague ou du vent qui murmure,
    Seuls avec notre amour, seuls avec la nature,
    La vie et la lumière auront plus de douceurs.

    De mes jours pâlissants le flambeau se consume,
    Il s’éteint par degrés au souffle du malheur,
    Ou, s’il jette parfois une faible lueur,
    C’est quand ton souvenir dans mon sein le rallume;
    Je ne sais si les dieux me permettront enfin
    D’achever ici-bas ma pénible journée.
    Mon horizon se borne, et mon oeil incertain
    Ose l’étendre à peine au-delà d’une année.
    Mais s’il faut périr au matin,
    S’il faut, sur une terre au bonheur destinée,
    Laisser échapper de ma main
    Cette coupe que le destin
    Semblait avoir pour moi de roses couronnée,
    Je ne demande aux dieux que de guider mes pas
    Jusqu’aux bords qu’embellit ta mémoire chérie,
    De saluer de loin ces fortunés climats,
    Et de mourir aux lieux où j’ai goûté la vie.

    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
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  3. Sapho

    L’aurore se levait, la mer battait la plage ;
    Ainsi parla Sapho debout sur le rivage,
    Et près d’elle, à genoux, les filles de Lesbos
    Se penchaient sur l’abîme et contemplaient les flots :

    Fatal rocher, profond abîme !
    Je vous aborde sans effroi !
    Vous allez à Vénus dérober sa victime :
    J’ai méconnu l’amour, l’amour punit mon crime.
    Ô Neptune ! tes flots seront plus doux pour moi !
    Vois-tu de quelles fleurs j’ai couronné ma tête ?
    Vois : ce front, si longtemps chargé de mon ennui,
    Orné pour mon trépas comme pour une fête,
    Du bandeau solennel étincelle aujourd’hui !

    On dit que dans ton sein mais je ne puis le croire !
    On échappe au courroux de l’implacable Amour ;
    On dit que, par tes soins, si l’on renaît au jour,
    D’une flamme insensée on y perd la mémoire !
    Mais de l’abîme, ô dieu ! quel que soit le secours,
    Garde-toi, garde-toi de préserver mes jours !
    Je ne viens pas chercher dans tes ondes propices
    Un oubli passager, vain remède à mes maux !
    J’y viens, j’y viens trouver le calme des tombeaux !
    Reçois, ô roi des mers, mes joyeux sacrifices !
    Et vous, pourquoi ces pleurs ? pourquoi ces vains sanglots ?
    Chantez, chantez un hymne, ô vierges de Lesbos !

    Importuns souvenirs, me suivrez-vous sans cesse ?
    C’était sous les bosquets du temple de Vénus ;
    Moi-même, de Vénus insensible prêtresse,
    Je chantais sur la lyre un hymne à la déesse :
    Aux pieds de ses autels, soudain je t’aperçus !
    Dieux ! quels transports nouveaux ! ô dieux ! comment décrire
    Tous les feux dont mon sein se remplit à la fois ?
    Ma langue se glaça, je demeurais sans voix,
    Et ma tremblante main laissa tomber ma lyre !
    Non: jamais aux regards de l’ingrate Daphné
    Tu ne parus plus beau, divin fils de Latone ;
    Jamais le thyrse en main, de pampres couronné,
    Le jeune dieu de l’Inde, en triomphe traîné,
    N’apparut plus brillant aux regards d’Erigone.
    Tout sortit de lui seul je me souvins, hélas !
    Sans rougir de ma flamme, en tout temps, à toute heure,
    J’errais seule et pensive autour de sa demeure.
    Un pouvoir plus qu’humain m’enchaînait sur ses pas !
    Que j’aimais à le voir, de la foule enivrée,
    Au gymnase, au théâtre, attirer tous les yeux,
    Lancer le disque au loin, d’une main assurée,
    Et sur tous ses rivaux l’emporter dans nos jeux !
    Que j’aimais à le voir, penché sur la crinière
    D’un coursier de I’EIide aussi prompt que les vents,
    S’élancer le premier au bout de la carrière,
    Et, le front couronné, revenir à pas lents !
    Ah ! de tous ses succès, que mon âme était fière !
    Et si de ce beau front de sueur humecté
    J’avais pu seulement essuyer la poussière
    Ô dieux ! j’aurais donné tout, jusqu’à ma beauté,
    Pour être un seul instant ou sa soeur ou sa mère !
    Vous, qui n’avez jamais rien pu pour mon bonheur !
    Vaines divinités des rives du Permesse,
    Moi-même, dans vos arts, j’instruisis sa jeunesse ;
    Je composai pour lui ces chants pleins de douceur,
    Ces chants qui m’ont valu les transports de la Grèce :
    Ces chants, qui des Enfers fléchiraient la rigueur,
    Malheureuse Sapho ! n’ont pu fléchir son coeur,
    Et son ingratitude a payé ta tendresse !


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    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
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  4. Le Crucifix

    Toi que j’ai recueilli sur sa bouche expirante
    Avec son dernier souffle et son dernier adieu,
    Symbole deux fois saint, don d’une main mourante,
    Image de mon Dieu !

    Que de pleurs ont coulé sur tes pieds, que j’adore,
    Depuis l’heure sacrée où, du sein d’un martyr,
    Dans mes tremblantes mains tu passas, tiède encore
    De son dernier soupir !

    Les saints flambeaux jetaient une dernière flamme ;
    Le prêtre murmurait ces doux chants de la mort,
    Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme
    A l’enfant qui s’endort.
    .

    De son pieux espoir son front gardait la trace,
    Et sur ses traits, frappés d’une auguste beauté,
    La douleur fugitive avait empreint sa grâce,
    La mort sa majesté.


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    (il reste 20 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
    • 0
  5. Ischia

    Le soleil va porter le jour à d’autres mondes;
    Dans l’horizon désert Phébé monte sans bruit,
    Et jette, en pénétrant les ténèbres profondes,
    Un voile transparent sur le front de la nuit.

    Voyez du haut des monts ses clartés ondoyantes
    Comme un fleuve de flamme inonder les coteaux,
    Dormir dans les vallons, ou glisser sur les pentes,
    Ou rejaillir au loin du sein brillant des eaux.

    La douteuse lueur, dans l’ombre répandue,
    Teint d’un jour azuré la pâle obscurité,
    Et fait nager au loin dans la vague étendue
    Les horizons baignés par sa molle clarté!

    L’Océan amoureux de ces rives tranquilles
    Calme, en baisant leurs pieds, ses orageux transports,
    Et pressant dans ses bras ces golfes et ces îles,
    De son humide haleine en rafraîchit les bords.


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    (il reste 20 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
    • 0
  6. Apparition

    Toi qui du jour mourant consoles la nature,
    Parais, flambeau des nuits, lève-toi dans les cieux;
    Etends autour de moi, sur la pâle verdure,
    Les douteuses clartés d’un jour mystérieux!
    Tous les infortunés chérissent ta lumière;
    L’éclat brillant du jour repousse leurs douleurs :
    Aux regards du soleil ils ferment leur paupière,
    Et rouvrent devant toi leurs yeux noyés de pleurs.

    Viens guider mes pas vers la tombe
    Où ton rayon s’est abaissé,
    Où chaque soir mon genou tombe
    Sur un saint nom presque effacé.
    Mais quoi! la pierre le repousse!
    J’entends! oui! des pas sur la mousse!
    Un léger souffle a murmuré;
    Mon oeil se trouble, je chancelle :
    Non, non, ce n’est plus toi; c’est elle
    Dont le regard m’a pénétré!

    Est-ce bien toi? toi qui t’inclines
    Sur celui qui fut ton amant?
    Parle; que tes lèvres divines
    Prononcent un mot seulement.
    Ce mot que murmurait ta bouche
    Quand, planant sur ta sombre couche,
    La mort interrompit ta voix.
    Sa bouche commence Ah! j’achève :
    Oui, c’est toi! ce n’est point un rêve!
    Anges du ciel, je la revois!

    Ainsi donc l’ardente prière
    Perce le ciel et les enfers!
    Ton âme a franchi la barrière
    Qui sépare deux univers!
    Gloire à ton nom, Dieu qui l’envoie!
    Ta grâce a permis que je voie
    Ce que mes yeux cherchaient toujours.
    Que veux-tu? faut-il que je meure?
    Tiens, je te donne pour cette heure
    Toutes les heures de mes jours!


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    (il reste 1 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
    • 0
  7. Le lézard

    Sur les ruines de Rome.

    Un jour, seul dans le Colisée,
    Ruine de l'orgueil romain,
    Sur l'herbe de sang arrosée
    Je m'assis, Tacite à la main.

    Je lisais les crimes de Rome,
    Et l'empire à l'encan vendu,
    Et, pour élever un seul homme,
    L'univers si bas descendu.

    Je voyais la plèbe idolâtre,
    Saluant les triomphateurs,
    Baigner ses yeux sur le théâtre
    Dans le sang des gladiateurs.


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    (il reste 6 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques inédites
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  8. Philosophie

    (Au Marquis de L.M.F)

    Oh ! qui m’emportera vers les tièdes rivages,
    Où l’Arno couronné de ses pâles ombrages,
    Aux murs des Médicis en sa course arrêté,
    Réfléchit le palais par un sage habité,
    Et semble, au bruit flatteur de son onde plus lente,
    Murmurer les grands noms de Pétrarque et du Dante ?
    Ou plutôt, que ne puis-je, au doux tomber du jour,
    Quand le front soulagé du fardeau de la cour,
    Tu vas sous tes bosquets chercher ton Égérie,
    Suivre, en rêvant, tes pas de prairie en prairie;
    Jusqu’au modeste toit par tes mains embelli,
    Où tu cours adorer le silence et l’oubli !
    J’adore aussi ces dieux : depuis que la sagesse
    Aux rayons du malheur a mûri ma jeunesse,
    Pour nourrir ma raison des seuls fruits immortels,
    J’y cherche en soupirant l’ombre de leurs autels ;
    Et, s’il est au sommet de la verte colline,
    S’il est sur le penchant du coteau qui s’incline,
    S’il est aux bords déserts du torrent ignoré
    Quelque rustique abri, de verdure entouré,
    Dont le pampre arrondi sur le seuil domestique
    Dessine en serpentant le flexible portique;
    Semblable à la colombe errante sur les eaux,
    Qui, des cèdres d’Arar découvrant les rameaux,
    Vola sur leur sommet poser ses pieds de rose,
    Soudain mon âme errante y vole et s’y repose !
    Aussi, pendant qu’admis dans les conseils des rois,
    Représentant d’un maître honoré par son choix,
    Tu tiens un des grands fils de la trame du monde ;
    Moi, parmi les pasteurs, assis aux bords de l’onde,
    Je suis d’un oeil rêveur les barques sur les eaux ;
    J’écoute les soupirs du vent dans les roseaux ;
    Nonchalamment couché près du lit des fontaines,
    Je suis l’ombre qui tourne autour du tronc des chênes,
    Ou je grave un vain nom sur l’écorce des bois,
    Ou je parle à l’écho qui répond à ma voix,
    Ou dans le vague azur contemplant les nuages,
    Je laisse errer comme eux mes flottantes images ;
    La nuit tombe, et le Temps, de son doigt redouté,
    Me marque un jour de plus que je n’ai pas compté !

    Quelquefois seulement quand mon âme oppressée
    Sent en rythmes nombreux déborder ma pensée ;
    Au souffle inspirateur du soir dans les déserts,
    Ma lyre abandonnée exhale encor des vers !
    J’aime à sentir ces fruits d’une sève plus mûre,
    Tomber, sans qu’on les cueille, au gré de la nature,
    Comme le sauvageon secoué par les vents,
    Sur les gazons flétris, de ses rameaux mouvants
    Laisse tomber ces fruits que la branche abandonne,
    Et qui meurent au pied de l’arbre qui les donne !
    Il fut un temps, peut-être, où mes jours mieux remplis,
    Par la gloire éclairés, par l’amour embellis,
    Et fuyant loin de moi sur des ailes rapides,
    Dans la nuit du passé ne tombaient pas si vides.
    Aux douteuses clartés de l’humaine raison,
    Egaré dans les cieux sur les pas de Platon,
    Par ma propre vertu je cherchais à connaître
    Si l’âme est en effet un souffle du grand être ;
    Si ce rayon divers, dans l’argile enfermé,
    Doit être par la mort éteint ou rallumé ;
    S’il doit après mille ans revivre sur la terre ;
    Ou si, changeant sept fois de destins et de sphère,
    Et montant d’astre en astre à son centre divin,
    D’un but qui fuit toujours il s’approche sans fin ?
    Si dans ces changements nos souvenirs survivent ?
    Si nos soins, nos amours, si nos vertus nous suivent
    S’il est un juge assis aux portes des enfers,
    Qui sépare à jamais les justes des pervers ?
    S’il est de saintes lois qui, du ciel émanées,
    Des empires mortels prolongent les années,
    Jettent un frein au peuple indocile à leur voix,
    Et placent l’équité sous la garde des rois ?
    Ou si d’un dieu qui dort l’aveugle nonchalance
    Laisse au gré du destin trébucher sa balance,
    Et livre, en détournant ses yeux indifférents,
    La nature au hasard, et la terre aux tyrans ?
    Mais ainsi que des cieux, où son vol se déploie,
    L’aigle souvent trompé redescend sans sa proie,
    Dans ces vastes hauteurs où mon oeil s’est porté
    Je n’ai rien découvert que doute et vanité !
    Et las d’errer sans fin dans des champs sans limite,
    Au seul jour où je vis, au seul bord que j’habite,
    J’ai borné désormais ma pensée et mes soins :
    Pourvu qu’un dieu caché fournisse à mes besoins !
    Pourvu que dans les bras d’une épouse chérie
    Je goûte obscurément les doux fruits de ma vie !
    Que le rustique enclos par mes pères planté
    Me donne un toit l’hiver, et de l’ombre l’été ;
    Et que d’heureux enfants ma table couronnée
    D’un convive de plus se peuple chaque année !
    Ami ! je n’irai plus ravir si loin de moi,
    Dans les secrets de Dieu ces comment ; ces pourquoi,
    Ni du risible effort de mon faible génie,
    Aider péniblement la sagesse infinie !
    Vivre est assez pour nous; un plus sage l’a dit :
    Le soin de chaque jour à chaque jour suffit.
    Humble, et du saint des saints respectant les mystères,
    J’héritai l’innocence et le dieu de mes pères ;
    En inclinant mon front j’élève à lui mes bras,
    Car la terre l’adore et ne le comprend pas :
    Semblable à l’Alcyon, que la mer dorme ou gronde,
    Qui dans son nid flottant s’endort en paix sur l’onde,
    Me reposant sur Dieu du soin de me guider
    A ce port invisible où tout doit aborder,
    Je laisse mon esprit, libre d’inquiétude,
    D’un facile bonheur faisant sa seule étude,
    Et prêtant sans orgueil la voile à tous les vents,
    Les yeux tournés vers lui, suivre le cours du temps.

    Toi, qui longtemps battu des vents et de l’orage,
    Jouissant aujourd’hui de ce ciel sans nuage,
    Du sein de ton repos contemples du même oeil
    Nos revers sans dédain, nos erreurs sans orgueil ;
    Dont la raison facile, et chaste sans rudesse,
    Des sages de ton temps n’a pris que la sagesse,
    Et qui reçus d’en haut ce don mystérieux
    De parler aux mortels dans la langue des dieux ;
    De ces bords enchanteurs où ta voix me convie,
    Où s’écoule à flots purs l’automne de ta vie,
    Où les eaux et les fleurs, et l’ombre, et l’amitié,
    De tes jours nonchalants usurpent la moitié,
    Dans ces vers inégaux que ta muse entrelace,
    Dis-nous, comme autrefois nous l’aurait dit Horace,
    Si l’homme doit combattre ou suivre son destin ?
    Si je me suis trompé de but ou de chemin ?
    S’il est vers la sagesse une autre route à suivre ?
    Et si l’art d’être heureux n’est as tout l’art de vivre.

    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
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  9. Le vallon

    Mon coeur, lassé de tout, même de l’espérance,
    N’ira plus de ses voeux importuner le sort ;
    Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
    Un asile d’un jour pour attendre la mort.

    Voici l’étroit sentier de l’obscure vallée :
    Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
    Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
    Me couvrent tout entier de silence et de paix.

    Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
    Tracent en serpentant les contours du vallon ;
    Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
    Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

    La source de mes jours comme eux s’est écoulée ;
    Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
    Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
    N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour.


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    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
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  10. Ode

    Peuple ! des crimes de tes pères
    Le Ciel punissant tes enfants,
    De châtiments héréditaires
    Accablera leurs descendants !
    Jusqu’à ce qu’une main propice
    Relève l’auguste édifice
    Par qui la terre touche aux cieux,
    Et que le zèle et la prière
    Dissipent l’indigne poussière
    Qui couvre l’image des dieux !

    Sortez de vos débris antiques,
    Temples que pleurait Israël ;
    Relevez-vous, sacrés portiques ;
    Lévites, montez à l’autel !
    Aux sons des harpes de Solime,
    Que la renaissante victime
    S’immole sous vos chastes mains !
    Et qu’avec les pleurs de la terre
    Son sang éteigne le tonnerre
    Qui gronde encor sur les humains !
    Plein d’une superbe folie,

    Ce peuple au front audacieux
    S’est dit un jour : » Dieu m’humilie ;
    Soyons à nous-mêmes nos dieux.
    Notre intelligence sublime
    A sondé le ciel et l’abîme
    Pour y chercher ce grand esprit !
    Mais ni dans les flancs de la terre,
    Mais ni dans les feux de la sphère,
    Son nom pour nous ne fut écrit.

    » Déjà nous enseignons au monde
    A briser le sceptre des rois ;
    Déjà notre audace profonde
    Se rit du joug usé des lois.
    Secouez, malheureux esclaves,
    Secouez d’indignes entraves.
    Rentrez dans votre liberté !
    Mortel ! du jour où tu respires,
    Ta loi, c’est ce que tu désires ;
    Ton devoir, c’est la volupté !


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    (il reste 9 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
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