1. L’affiche rouge

    Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
    Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
    Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
    Vous vous étiez servis simplement de vos armes
    La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

    Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
    Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
    L’affiche qui semblait une tache de sang
    Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
    Y cherchait un effet de peur sur les passants

    Nul ne semblait vous voir Français de préférence
    Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
    Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
    Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

    Et les mornes matins en étaient différents
    Tout avait la couleur uniforme du givre
    A la fin février pour vos derniers moments
    Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
    Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
    Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand


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    Louis AragonRecueil : Le Roman inachevé
    • 3
  2. Je chante pour passer le temps

    Je chante pour passer le temps
    Petit qu’il me reste de vivre
    Comme on dessine sur le givre
    Comme on se fait le coeur content
    A lancer cailloux sur l’étang
    Je chante pour passer le temps

    J’ai vécu le jour des merveilles
    Vous et moi souvenez-vous-en
    Et j’ai franchi le mur des ans
    Des miracles plein les oreilles
    Notre univers n’est plus pareil
    J’ai vécu le jour des merveilles

    Allons que ces doigts se dénouent
    Comme le front d’avec la gloire
    Nos yeux furent premiers à voir
    Les nuages plus bas que nous
    Et l’alouette à nos genoux
    Allons que ces doigts se dénouent

    Nous avons fait des clairs de lune
    Pour nos palais et nos statues
    Qu’importe à présent qu’on nous tue
    Les nuits tomberont une à une
    La Chine s’est mise en Commune
    Nous avons fait des clairs de lune


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    (il reste 3 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : Le Roman inachevé
    • 0
  3. Éclairage à Perte de Vue

    Je tiens ce nuage or et mauve au bout d'un jonc
    l'ombrelle ou l'oiseau ou la fleur
    La chevelure
    descend des cendres du soleil se décolore
    entre mes doigts
    Le jour est gorge-de-pigeon
    Vite un miroir Participé-je à ce mirage
    Si le parasol change en paradis le sol
    jouons
    à l'ange
    à la mésange
    au passereau
    Mais elles qui vaincraient les grêles et l'orage
    mes ailes oublieront les bras et les travaux
    Plus léger que l'argent de l'air où je me love
    je file au ras des rêts et m'évade du rêve

    La Nature se plie et sait ce que je vaux

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
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  4. Chambre garnie

    A l'hôtel de l'Univers et de l'Aveyron
    le Métropolitain passe par la fenêtre
    La fille aux-yeux-de-sol m'y rejoindra peut-être
    Mon cœur
    que lui dirons-nous quand nous la verrons
    Compte les fleurs ma chère
    compte les fleurs du mur
    Mon cœur est en jachères
    Attention
    L'escalier est peu sûr
    Que n'es-tu la vachère
    qui mène les amants en Mésopotamie

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
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  5. Modèle

    Les Hommes et leurs animaux

    Les filets des arbres ont pris beaucoup d'oiseaux
    Natures,
    Les pattes des oiseaux ont pris les branches sûres
    À leurs os.

    Paul EluardRecueil : Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animaux
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  6. Tempête et calme

    À Herminie.

    L’ombre
    Suit
    Sombre
    Nuit ;
    Une
    Lune
    Brune
    Luit.

    Tranquille
    L’air pur
    Distille
    L’azur ;
    Le sage
    Engage
    Voyage
    Bien sûr !

    L’atmosphère
    De la fleur
    Régénère
    La senteur,
    S’incorpore,
    Evapore
    Pour l’aurore
    Son odeur.


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    Jules Vernes
    • 1
  7. Lorsque la douce nuit

    Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,
    S’avance pas à pas, à la chute du jour,
    S’avance dans le ciel, tendre, timide et lente,
    Toute heureuse d’un fol amour ;

    Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,
    Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,
    Eparpillent au loin leurs gerbes d’artifices,
    Dans les espaces purs et blancs ;

    Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,
    Tout chaud de ce soleil qui vient de l’embraser,
    A la terre, pour lui pleine d’amour et d’ombres,
    S’unit dans un brûlant baiser ;

    Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,
    L’étoile de l’azur, sur le sol transparent,
    Allume au sein de l’herbe une étoile timide,
    Cette étoile du ver luisant ;


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    (il reste 7 strophes à lire)
    Jules Vernes
    • 2
  8. Le jeudi saint a ténèbres

    J’aime d’un amour saint l’immense cathédrale
    Qui porte fièrement sa tête colossale,
    Lève sa tour altière où la cloche se plaint,
    Et fait frissonner l’air sous son marteau d’airain.
    Surtout au crépuscule, à ces heures funèbres,
    Lorsque le
    Jeudi saint nous appelle à
    Ténèbres,
    Où la nuit veut en vain, en doublant ses vapeurs,
    Enchaîner en son sein le grand jour des douleurs,
    Où l’âme plus chagrine, et plus mélancolique,
    Pressent dans la nature un spectacle tragique,
    J’aime à venir entendre au temple triste et noir
    Les chants, les cris, les pleurs de l’office du soir.

    Tout est regret ! la lune à peine entrouvre l’ombre,
    Jetant un vain regard sur la terre trop sombre ;
    Elle en comprend le crime et se revêt de deuil ;
    Puis un instant, du ciel demeurant sur le seuil,
    Craignant d’en dissiper la ténébreuse teinte,
    Elle fuit ; pâlit ; meurt, comme une lampe éteinte !
    Dans ces nuits de douleur, la tristesse est au ciel,
    Le remords sur la terre, et dans l’âme le fiel :
    Tout gémit, et tout pleure ; en l’univers fixée,
    La mort entoure tout de sa froide pensée !

    Implorant le
    Seigneur de ses géantes tours,

    Elevant jusqu’à lui ses bras larges et lourds,


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    Jules Vernes
    • 1
  9. Le Génie

    Comme un pur stalactite, œuvre de la nature,
    Le génie incompris apparaît à nos yeux.
    Il est là, dans l’endroit où l’ont placé les Cieux,
    Et d’eux seuls, il reçoit sa vie et sa structure.

    Jamais la main de l’homme assez audacieuse
    Ne le pourra créer, car son essence est pure,
    Et le Dieu tout-puissant le fit à sa figure ;
    Le mortel pauvre et laid, pourrait-il faire mieux ?

    Il ne se taille pas, ce diamant byzarre,
    Et de quelques couleurs dont l’azur le chamarre,
    Qu’il reste tel qu’il est, que le fit l’éternel !

    Si l’on veut corriger le brillant stalactite,
    Ce n’est plus aussitôt qu’un caillou sans mérite,
    Qui ne réfléchit plus les étoiles du ciel.

    Jules Vernes
    • 0
  10. L’orpheline au couvent

    J’étais seule sur terre, encor bien jeune, hélas !

    Faible fleur sans racine,
    Sans appui, sans parents que je ne connus pas.

    Je restais orpheline !

    La mort avait frappé, comme frappe un faucheur


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    (il reste 113 strophes à lire)
    Jules Vernes
    • 4
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