Louis AragonRecueil : Le Roman inachevéL’affiche rouge
Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des PartisansVous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passantsNul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCEEt les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
A la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
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Louis AragonRecueil : Le Roman inachevéJe chante pour passer le temps
Je chante pour passer le temps
Petit qu’il me reste de vivre
Comme on dessine sur le givre
Comme on se fait le coeur content
A lancer cailloux sur l’étang
Je chante pour passer le tempsJ’ai vécu le jour des merveilles
Vous et moi souvenez-vous-en
Et j’ai franchi le mur des ans
Des miracles plein les oreilles
Notre univers n’est plus pareil
J’ai vécu le jour des merveillesAllons que ces doigts se dénouent
Comme le front d’avec la gloire
Nos yeux furent premiers à voir
Les nuages plus bas que nous
Et l’alouette à nos genoux
Allons que ces doigts se dénouentNous avons fait des clairs de lune
Pour nos palais et nos statues
Qu’importe à présent qu’on nous tue
Les nuits tomberont une à une
La Chine s’est mise en Commune
Nous avons fait des clairs de lune
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Louis AragonRecueil : Feu de joieÉclairage à Perte de Vue
Je tiens ce nuage or et mauve au bout d'un jonc
l'ombrelle ou l'oiseau ou la fleur
La chevelure
descend des cendres du soleil se décolore
entre mes doigts
Le jour est gorge-de-pigeon
Vite un miroir Participé-je à ce mirage
Si le parasol change en paradis le sol
jouons
à l'ange
à la mésange
au passereau
Mais elles qui vaincraient les grêles et l'orage
mes ailes oublieront les bras et les travaux
Plus léger que l'argent de l'air où je me love
je file au ras des rêts et m'évade du rêveLa Nature se plie et sait ce que je vaux
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Louis AragonRecueil : Feu de joieChambre garnie
A l'hôtel de l'Univers et de l'Aveyron
le Métropolitain passe par la fenêtre
La fille aux-yeux-de-sol m'y rejoindra peut-être
Mon cœur
que lui dirons-nous quand nous la verrons
Compte les fleurs ma chère
compte les fleurs du mur
Mon cœur est en jachères
Attention
L'escalier est peu sûr
Que n'es-tu la vachère
qui mène les amants en Mésopotamie- 0
Paul EluardRecueil : Les Animaux et leurs hommes, les hommes et leurs animauxModèle
Les Hommes et leurs animaux
Les filets des arbres ont pris beaucoup d'oiseaux
Natures,
Les pattes des oiseaux ont pris les branches sûres
À leurs os.- 0
Jules VernesTempête et calme
À Herminie.
L’ombre
Suit
Sombre
Nuit ;
Une
Lune
Brune
Luit.Tranquille
L’air pur
Distille
L’azur ;
Le sage
Engage
Voyage
Bien sûr !L’atmosphère
De la fleur
Régénère
La senteur,
S’incorpore,
Evapore
Pour l’aurore
Son odeur.
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Jules VernesLorsque la douce nuit
Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,
S’avance pas à pas, à la chute du jour,
S’avance dans le ciel, tendre, timide et lente,
Toute heureuse d’un fol amour ;Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,
Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,
Eparpillent au loin leurs gerbes d’artifices,
Dans les espaces purs et blancs ;Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,
Tout chaud de ce soleil qui vient de l’embraser,
A la terre, pour lui pleine d’amour et d’ombres,
S’unit dans un brûlant baiser ;Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,
L’étoile de l’azur, sur le sol transparent,
Allume au sein de l’herbe une étoile timide,
Cette étoile du ver luisant ;
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Jules VernesLe jeudi saint a ténèbres
J’aime d’un amour saint l’immense cathédrale
Qui porte fièrement sa tête colossale,
Lève sa tour altière où la cloche se plaint,
Et fait frissonner l’air sous son marteau d’airain.
Surtout au crépuscule, à ces heures funèbres,
Lorsque le
Jeudi saint nous appelle à
Ténèbres,
Où la nuit veut en vain, en doublant ses vapeurs,
Enchaîner en son sein le grand jour des douleurs,
Où l’âme plus chagrine, et plus mélancolique,
Pressent dans la nature un spectacle tragique,
J’aime à venir entendre au temple triste et noir
Les chants, les cris, les pleurs de l’office du soir.Tout est regret ! la lune à peine entrouvre l’ombre,
Jetant un vain regard sur la terre trop sombre ;
Elle en comprend le crime et se revêt de deuil ;
Puis un instant, du ciel demeurant sur le seuil,
Craignant d’en dissiper la ténébreuse teinte,
Elle fuit ; pâlit ; meurt, comme une lampe éteinte !
Dans ces nuits de douleur, la tristesse est au ciel,
Le remords sur la terre, et dans l’âme le fiel :
Tout gémit, et tout pleure ; en l’univers fixée,
La mort entoure tout de sa froide pensée !Implorant le
Seigneur de ses géantes tours,Elevant jusqu’à lui ses bras larges et lourds,
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Jules VernesLe Génie
Comme un pur stalactite, œuvre de la nature,
Le génie incompris apparaît à nos yeux.
Il est là, dans l’endroit où l’ont placé les Cieux,
Et d’eux seuls, il reçoit sa vie et sa structure.Jamais la main de l’homme assez audacieuse
Ne le pourra créer, car son essence est pure,
Et le Dieu tout-puissant le fit à sa figure ;
Le mortel pauvre et laid, pourrait-il faire mieux ?Il ne se taille pas, ce diamant byzarre,
Et de quelques couleurs dont l’azur le chamarre,
Qu’il reste tel qu’il est, que le fit l’éternel !Si l’on veut corriger le brillant stalactite,
Ce n’est plus aussitôt qu’un caillou sans mérite,
Qui ne réfléchit plus les étoiles du ciel.- 0
Jules VernesL’orpheline au couvent
J’étais seule sur terre, encor bien jeune, hélas !
Faible fleur sans racine,
Sans appui, sans parents que je ne connus pas.Je restais orpheline !
La mort avait frappé, comme frappe un faucheur
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