1. Vers dorés

    Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant
    Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
    Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
    Mais de tous tes conseils l’univers est absent.

    Respecte dans la bête un esprit agissant :
    Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
    Un mystère d’amour dans le métal repose :
    « Tout est sensible ! » – Et tout sur ton être est puissant !

    Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie
    A la matière même un verbe est attaché
    Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

    Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;
    Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
    Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres !

    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 9
  2. Les papillons

    I

    De toutes les belles choses
    Qui nous manquent en hiver,
    Qu’aimez-vous mieux ? – Moi, les roses ;
    - Moi, l’aspect d’un beau pré vert ;
    - Moi, la moisson blondissante,
    Chevelure des sillons ;
    - Moi, le rossignol qui chante ;
    - Et moi, les beaux papillons !

    Le papillon, fleur sans tige,
    Qui voltige,
    Que l’on cueille en un réseau ;
    Dans la nature infinie,
    Harmonie
    Entre la plante et l’oiseau !

    Quand revient l’été superbe,
    Je m’en vais au bois tout seul :
    Je m’étends dans la grande herbe,
    Perdu dans ce vert linceul.
    Sur ma tête renversée,
    Là, chacun d’eux à son tour,
    Passe comme une pensée
    De poésie ou d’amour !


    Lire le poème "Les papillons" en entier
    (il reste 12 strophes à lire)
    Gérard de NervalRecueil : Odelettes
    • 8
  3. Horus

    Le dieu Kneph en tremblant ébranlait l’univers
    Isis, la mère, alors se leva sur sa couche,
    Fit un geste de haine à son époux farouche,
    Et l’ardeur d’autrefois brilla dans ses yeux verts.

    « Le voyez-vous, dit-elle, il meurt, ce vieux pervers,
    Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,
    Attachez son pied tors, éteignez son oeil louche,
    C’est le dieu des volcans et le roi des hivers ! »

    « L’aigle a déjà passé, l’esprit nouveau m’appelle,
    J’ai revêtu pour lui la robe de Cybèle
    C’est l’enfant bien-aimé d’Hermès et d’Osiris ! »

    La déesse avait fui sur sa conque dorée,
    La mer nous renvoyait son image adorée,
    Et les cieux rayonnaient sous l’écharpe d’Iris.

    Gérard de NervalRecueil : Les chimères
    • 0
  4. A Louise d’Or., reine

    Le vieux père en tremblant ébranlait l’univers.
    Isis, la mère enfin se leva sur sa couche,
    Fit un geste de haine à son époux farouche,
    Et l’ardeur d’autrefois brilla dans ses yeux verts.

    « Regardez-le ! dit-elle, il dort, ce vieux pervers,
    Tous les frimas du monde ont passé par sa bouche,
    Prenez garde à son pied, éteignez son oeil louche,
    C’est le roi des volcans et le Dieu des hivers !

    « L’aigle a déjà passé : Napoléon m’appelle ;
    J’ai revêtu pour lui la robe de Cybèle,
    C’est mon époux Hermès et mon frère Osiris » ;

    La Déesse avait fui sur sa conque dorée ;
    La mer nous renvoyait son image adorée
    Et les cieux rayonnaient sous l’écharpe d’Iris !

    Gérard de NervalRecueil : Les chimères
    • 2
  5. Oh ! pourquoi voyager ?

    « Oh ! pourquoi voyager ? » as-tu dit. C'est que l'âme
    Se prend de longs ennuis et partout et toujours ;
    C'est qu'il est un désir, ardent comme une flamme,
    Qui, nos amours éteints, survit à nos amours !
    C'est qu'on est mal ici ! ? Comme les hirondelles,
    Un vague instinct d'aller nous dévore à mourir ;
    C'est qu'à nos cœurs, mon Dieu ! vous avez mis des ailes.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que le cœur hennit en pensant aux voyages,
    Plus fort que le coursier qui sellé nous attend ;
    C'est qu'il est dans le nom des plus lointains rivages
    Des charmes sans pareils pour celui qui l'entend ;

    Irrésistible appel, ranz des vaches pour l'âme
    Qui cherche son pays perdu ? dans l'avenir ;
    C'est fier comme un clairon, doux comme un chant de femme.
    Voilà pourquoi je veux partir !

    C'est que toi, pauvre enfant, et si jeune et si belle,
    Qui vivais près de nous et couchais sur nos cœurs,
    Tu n'as pas su dompter cette force rebelle
    Qui nous jeta vers toi pour nous pousser ailleurs !
    Tu n'as plus de mystère au fond de ton sourire,
    Nous le connaissons trop pour jamais revenir ;
    La chaîne des baisers se rompt, ? l'amour expire
    Voilà pourquoi je veux partir !


    Lire le poème "Oh ! pourquoi voyager ?" en entier
    (il reste 11 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 8
  6. Le Cid

    À Georges Landry.

    Un soir, dans la Sierra, passait Campéador.
    Sur sa cuirasse d'or le soleil mirait l'or
    Des derniers flamboiements d'une soirée ardente
    Et semblait du héros la splendeur flamboyante !
    Il n'était qu'or partout, du cimier aux talons.
    L'or des cuissards froissait l'or des caparaçons.
    Des rubis grenadins faisaient feu sur son casque,
    Mais ses yeux en faisaient plus encor sous son masque
    Superbe, et de loisir, il allait sans pareil,
    Et n'ayant rien à battre, il battait le Soleil !

    Et les pâtres perchés aux rampes des montagnes
    Se le montraient flambant, au loin dans les campagnes,
    Comme une tour de feu, ce grand cavalier d'or,
    Et disaient : « C'est saint Jacque ou bien Campéador ! »

    Confondant tous les deux dans une même gloire,
    L'un pour mieux l'admirer, l'autre pour mieux y croire !


    Lire le poème "Le Cid" en entier
    (il reste 4 strophes à lire)
    Jules Barbey d'AurevillyRecueil : Poussières
    • 1
  7. 014 – Tu joues tous les jours avec la lumière de l’univers

    Tu joues tous les jours avec la lumière de l'univers.
    Subtile visiteuse, venue sur l’eau et sur la fleur.
    Tu passas la blancheur de ce petit visage que je serre
    comme une grappe, entre mes mains, chaque jour.

    Tu ne ressemble à personne depuis que je t'aime.
    Laisse-moi t’allonger sur des guirlandes jaunes.
    Qui a écrit ton nom en lettres de fumée au cœur parmi les étoiles du sud ?
    Ah! laisse-moi te rappeler comment tu étais, quand tu n'existais pas encore

    Soudain le vent hurle et frappe à ma fenêtre.
    Le ciel est un filet rempli poissons sombres
    Ici viennent frapper tous les vents, ici, tous.
    La pluie se déshabille.

    En fuyant passent les oiseaux.
    Le vent. Le vent.
    Seul, je ne peux que lutter contre la force humaine.
    Et la tempête a fait un tas des feuilles sombres
    et détaché toutes les barques qu’hier soir amarra dans le ciel.


    Lire le poème "014 – Tu joues tous les jours avec la lumière de l’univers" en entier
    (il reste 6 strophes à lire)
    Pablo NerudaRecueil : La Centaine d'amour
    • 3
  8. Supérieure

    J'entendais parler tout à l'heure
    D'une femme supérieure.
    Ce n'est, ma Mignonne pas Toi
    Car que sais-tu faire en ce monde,
    Petite reine toute ronde
    Faite au tour pour le bal du roi ?

    Oui, raconte-nous tes affaires ;
    Ah ! voilà longtemps que les verres
    De ta quenouille sont cassés !
    Tu ne sais faire, ni couture
    Les pommes au lard, par nature !
    Soit ! mais, franchement, est-ce assez ?

    Tu ne sais rien faire que lire ;
    Cependant, Tu pourrais écrire,
    Sculpter, peindre l'homme et les cieux ;
    Mais on voit ta crainte profonde
    De n'arriver que la seconde
    Et surtout derrière un monsieur.

    Si Tu cultivais la Musique,
    Ah ! quel enchantement physique !
    Quels chefs-d'œuvre de Passion !
    Mais Tu passes ton temps à lire
    Tout, de l'excellent jusqu'au pire,
    « À titre d'information ».


    Lire le poème "Supérieure" en entier
    (il reste 4 strophes à lire)
    Germain NouveauRecueil : Valentines
    • 1
  9. Le Portrait

    Depuis longtemps, je voudrais faire
    Son portrait, en pied, suis-moi bien :
    Quand elle prend son air sévère,
    Elle ne bouge et ne dit rien.

    Ne croyez pas qu'Elle ne rie
    Assez souvent ; alors, je vois
    Luire un peu de sorcellerie
    Dans les arcanes de sa voix.

    Impérieuse, à n'y pas croire !
    Pour le moment, pour son portrait,
    (Encadré d'or pur, sur ivoire)
    Plus sérieuse qu'un décret.

    Suivez-moi bien : son Âme est belle
    Autant que son visage est beau,
    Un peu plus si je me rappelle
    Que Psyché se rit du Tombeau.


    Lire le poème "Le Portrait" en entier
    (il reste 21 strophes à lire)
    Germain NouveauRecueil : Valentines
    • 2
  10. La Cour

    Je connais, Madame, un bonhomme
    Qui serait bien mal à la Cour.
    Je ne sais comment il se nomme,
    Sa femme n'est pas laide, en somme,
    Non, elle est très digne d'amour.

    Elle a de l'œil et de la taille,
    Un petit soulier de satin.
    C'est une blonde, toute en paille.
    Mais, voyez, Madame, elle baille
    Dès les onze heures du matin.

    L'hiver, sa servante auprès d'elle,
    Elle garde le coin du feu,
    Demandant s'il vente ou s'il gèle ;
    Quelquefois un bout de querelle
    Avec son chéri, c'est fort peu.

    Au mois de juin, pour la distraire,
    Celui-ci la mène à la mer,
    Mais son fauteuil est solitaire ;
    Surtout, pas de célibataire ;
    Car ces messieurs vous ont un air


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    (il reste 7 strophes à lire)
    Germain NouveauRecueil : Valentines
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