1. Ballade en rêve

    Au docteur Louis Jullien.

    J’ai rêvé d’elle, et nous nous pardonnions
    Non pas nos torts, il n’en est en amour,
    Mais l’absolu de nos opinions
    Et que la vie ait pour nous pris ce tour.
    Simple elle était comme au temps de ma cour,
    En robe grise et verte et voilà tout,
    (J’aimai toujours les femmes dans ce goût),
    Et son langage était sincère et coi.
    Mais quel émoi de me dire au débout :
    J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi.

    Elle ni moi nous ne nous résignions
    À plus souffrir pas plus tard que ce jour.
    Ô nous revoir encore compagnons,
    Chacun étant descendu de sa tour
    Pour un baiser bien payé de retour !
    Le beau projet ! Et nous étions debout,
    Main dans la main, avec du sang qui bout
    Et chante un fier ‘donec gratus’. Mais quoi ?
    C’était un songe, ô tristesse et dégoût !
    J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi.

    Et nous suivions tes luisants fanions,
    Soie et satin, ô Bonheur vainqueur, pour
    Jusqu’à la mort, que d’ailleurs nous niions.
    J’allais par les chemins, en troubadour,
    Chantant, ballant, sans craindre ce pandour
    Qui vous saute à la gorge et vous découd.
    Elle évoquait la chère nuit d’Août
    Où son aveu bas et lent me fit roi.
    Moi, j’adorais ce retour qui m’absout.
    J’ai rêvé d’elle et pas elle de moi !


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    Paul VerlaineRecueil : Amour
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  2. Madrigal

    Si c'est aimer, Madame, et de jour et de nuit
    Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
    Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
    Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit :

    Si c'est aimer de suivre un bonheur qui me fuit,
    De me perdre moi-même, et d'être solitaire,
    Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre, et me taire
    Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit :

    Si c'est aimer de vivre en vous plus qu'en moi-même,
    Cacher d'un front joyeux une langueur extrême,
    Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
    Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

    Honteux, parlant à vous, de confesser mon mal !
    Si cela c'est aimer, furieux, je vous aime :
    Je vous aime, et sais bien que mon mal est fatal :
    Le cœur le dit assez, mais la langue est muette.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  3. Si je trépasse entre tes bras, Madame

    Si je trépasse entre tes bras, Madame,
    Il me suffit, car je ne veux avoir
    Plus grand honneur, sinon que de me voir
    En te baisant, dans ton sein rendre l’âme.

    Celui que Mars horriblement enflamme
    Aille à la guerre, et manque de pouvoir,
    Et jeune d’ans, s’ébatte à recevoir
    En sa poitrine une Espagnole lame ;

    Mais moi, plus froid, je ne requiers, sinon
    Après cent ans, sans gloire, et sans renom,
    Mourir oisif en ton giron, Cassandre.

    Car je me trompe, ou c’est plus de bonheur,
    Mourir ainsi, que d’avoir tout l’honneur,
    Pour vivre peu, d’un guerrier Alexandre.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  4. Souvenir

    J’espérais bien pleurer, mais je croyais souffrir
    En osant te revoir, place à jamais sacrée,
    O la plus chère tombe et la plus ignorée
    Où dorme un souvenir !

    Que redoutiez-vous donc de cette solitude,
    Et pourquoi, mes amis, me preniez-vous la main,
    Alors qu’une si douce et si vieille habitude
    Me montrait ce chemin ?

    Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
    Et ces pas argentins sur le sable muet,
    Ces sentiers amoureux, remplis de causeries,
    Où son bras m’enlaçait.

    Les voilà, ces sapins à la sombre verdure,
    Cette gorge profonde aux nonchalants détours,
    Ces sauvages amis, dont l’antique murmure
    A bercé mes beaux jours.


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  5. Lucie

    Élégie

    Mes chers amis, quand je mourrai,
    Plantez un saule au cimetière.
    J’aime son feuillage éploré ;
    La pâleur m’en est douce et chère,
    Et son ombre sera légère
    À la terre où je dormirai.

    Un soir, nous étions seuls, j’étais assis près d’elle ;
    Elle penchait la tête, et sur son clavecin
    Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
    Ce n’était qu’un murmure : on eût dit les coups d’aile
    D’un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux,
    Et craignant en passant d’éveiller les oiseaux.
    Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
    Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
    Les marronniers du parc et les chênes antiques
    Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
    Nous écoutions la nuit ; la croisée entr’ouverte
    Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
    Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
    Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
    Je regardais Lucie. – Elle était pâle et blonde.
    Jamais deux yeux plus doux n’ont du ciel le plus pur
    Sondé la profondeur et réfléchi l’azur.
    Sa beauté m’enivrait ; je n’aimais qu’elle au monde.
    Mais je croyais l’aimer comme on aime une soeur,
    Tant ce qui venait d’elle était plein de pudeur !
    Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sienne.
    Je regardais rêver son front triste et charmant,
    Et je sentais dans l’âme, à chaque mouvement,
    Combien peuvent sur nous, pour guérir toute peine,
    Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur,
    Jeunesse de visage et jeunesse de coeur.
    La lune, se levant dans un ciel sans nuage,
    D’un long réseau d’argent tout à coup l’inonda.
    Elle vit dans mes yeux resplendir son image ;
    Son sourire semblait d’un ange : elle chanta.

    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
    . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  6. La nuit de mai

    LA MUSE

    Poète, prends ton luth et me donne un baiser ;
    La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore,
    Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embraser ;
    Et la bergeronnette, en attendant l’aurore,
    Aux premiers buissons verts commence à se poser.
    Poète, prends ton luth, et me donne un baiser.

    LE POÈTE

    Comme il fait noir dans la vallée !
    J’ai cru qu’une forme voilée
    Flottait là-bas sur la forêt.
    Elle sortait de la prairie ;
    Son pied rasait l’herbe fleurie ;
    C’est une étrange rêverie ;
    Elle s’efface et disparaît.


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  7. La nuit d’octobre

    LE POÈTE

    Le mal dont j’ai souffert s’est enfui comme un rêve.
    Je n’en puis comparer le lointain souvenir
    Qu’à ces brouillards légers que l’aurore soulève,
    Et qu’avec la rosée on voit s’évanouir.

    LA MUSE

    Qu’aviez-vous donc, ô mon poète !
    Et quelle est la peine secrète
    Qui de moi vous a séparé ?
    Hélas ! je m’en ressens encore.
    Quel est donc ce mal que j’ignore
    Et dont j’ai si longtemps pleuré ?


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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  8. La nuit d’août

    LA MUSE

    Depuis que le soleil, dans l’horizon immense,
    A franchi le Cancer sur son axe enflammé,
    Le bonheur m’a quittée, et j’attends en silence
    L’heure où m’appellera mon ami bien-aimé.
    Hélas ! depuis longtemps sa demeure est déserte ;
    Des beaux jours d’autrefois rien n’y semble vivant.
    Seule, je viens encor, de mon voile couverte,
    Poser mon front brûlant sur sa porte entr’ouverte,
    Comme une veuve en pleurs au tombeau d’un enfant.

    LE POÈTE

    Salut à ma fidèle amie !
    Salut, ma gloire et mon amour !
    La meilleure et la plus chérie
    Est celle qu’on trouve au retour.
    L’opinion et l’avarice
    Viennent un temps de m’emporter.
    Salut, ma mère et ma nourrice !
    Salut, salut consolatrice !
    Ouvre tes bras, je viens chanter.


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  9. Idylle

    A quoi passer la nuit quand on soupe en carême ?
    Ainsi, le verre en main, raisonnaient deux amis.
    Quels entretiens choisir, honnêtes et permis,
    Mais gais, tels qu’un vieux vin les conseille et les aime ?

    RODOLPHE

    Parlons de nos amours ; la joie et la beauté
    Sont mes dieux les plus chers, après la liberté.
    Ébauchons, en trinquant, une joyeuse idylle.
    Par les bois et les prés, les bergers de Virgile
    Fêtaient la poésie à toute heure, en tout lieu ;
    Ainsi chante au soleil la cigale-dorée.
    D’une voix plus modeste, au hasard inspirée,
    Nous, comme le grillon, chantons au coin du feu.

    ALBERT


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  10. Adieux à Suzon

    Adieu, Suzon, ma rose blonde,
    Qui m’as aimé pendant huit jours ;
    Les plus courts plaisirs de ce monde
    Souvent font les meilleurs amours.
    Sais-je, au moment où je te quitte,
    Où m’entraîne mon astre errant ?
    Je m’en vais pourtant, ma petite,
    Bien loin, bien vite,
    Toujours courant.

    Je pars, et sur ma lèvre ardente
    Brûle encor ton dernier baiser.
    Entre mes bras, chère imprudente,
    Ton beau front vient de reposer.
    Sens-tu mon coeur, comme il palpite ?
    Le tien, comme il battait gaiement !
    Je m’en vais pourtant, ma petite,
    Bien loin, bien vite,
    Toujours t’aimant.

    Paf ! c’est mon cheval qu’on apprête.
    Enfant, que ne puis-je en chemin
    Emporter ta mauvaise tête,
    Qui m’a tout embaumé la main !
    Tu souris, petite hypocrite,
    Comme la nymphe, en t’enfuyant.
    Je m’en vais pourtant, ma petite,
    Bien loin, bien vite,
    Tout en riant.

    Que de tristesse, et que de charmes,
    Tendre enfant, dans tes doux adieux !
    Tout m’enivre, jusqu’à tes larmes,
    Lorsque ton coeur est dans tes yeux.
    A vivre ton regard m’invite ;
    Il me consolerait mourant.
    Je m’en vais pourtant, ma petite,
    Bien loin, bien vite,
    Tout en pleurant.


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    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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