1. A un martyr

    On lit dans les Annales de la propagation de la Foi :

    « Une lettre de Hong-Kong (Chine), en date du 24 juillet 1832,
    nous annonce que M. Bonnard, missionnaire du Tong-King,
    a été décapité pour la foi, le 1er mai dernier.
    » Ce nouveau martyr était né dans le diocèse de Lyon
    et appartenait à la Société des Missions étrangères.
    Il était parti pour le Tong-King en 1849. »

    I

    Ô saint prêtre ! grande âme ! oh ! je tombe à genoux !
    Jeune, il avait encor de longs jours parmi nous,
    Il n’en a pas compté le nombre ;
    Il était à cet âge où le bonheur fleurit ;
    Il a considéré la croix de Jésus-Christ
    Toute rayonnante dans l’ombre.


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    (il reste 25 strophes à lire)
    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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  2. À Juvénal

    I

    Retournons à l’école, ô mon vieux Juvénal.
    Homme d’ivoire et d’or, descends du tribunal
    Où depuis deux mille ans tes vers superbes tonnent.
    Il paraît, vois-tu bien, ces choses nous étonnent,
    Mais c’est la vérité selon monsieur Riancey,
    Que lorsqu’un peu de temps sur le sang a passé,
    Après un an ou deux, c’est une découverte,
    Quoi qu’en disent les morts avec leur bouche verte,
    Le meurtre n’est plus meurtre et le vol n’est plus vol.
    Monsieur Veuillot, qui tient d’Ignace et d’Auriol,
    Nous l’affirme, quand l’heure a tourné sur l’horloge,
    De notre entendement ceci fait peu l’éloge,
    Pourvu qu’à Notre-Dame on brûle de l’encens
    Et que l’abonné vienne aux journaux bien pensants,
    Il paraît que, sortant de son hideux suaire,
    Joyeux, en panthéon changeant son ossuaire,
    Dans l’opération par monsieur Fould aidé,
    Par les juges lavé, par les filles fardé,
    Ô miracle ! entouré de croyants et d’apôtres,
    En dépit des rêveurs, en dépit de nous autres
    Noirs poëtes bourrus qui n’y comprenons rien,
    Le mal prend tout à coup la figure du bien.

    II

    Il est l’appui de l’ordre ; il est bon catholique
    Il signe hardiment – prospérité publique.
    La trahison s’habille en général français
    L’archevêque ébloui bénit le dieu Succès
    C’était crime jeudi, mais c’est haut fait dimanche.
    Du pourpoint Probité l’on retourne la manche.
    Tout est dit. La vertu tombe dans l’arriéré.
    L’honneur est un vieux fou dans sa cave muré.
    Ô grand penseur de bronze, en nos dures cervelles
    Faisons entrer un peu ces morales nouvelles,
    Lorsque sur la Grand’Combe ou sur le blanc de zinc
    On a revendu vingt ce qu’on a payé cinq,
    Sache qu’un guet-apens par où nous triomphâmes
    Est juste, honnête et bon. Tout au rebours des femmes,
    Sache qu’en vieillissant le crime devient beau.
    Il plane cygne après s’être envolé corbeau.
    Oui, tout cadavre utile exhale une odeur d’ambre.
    Que vient-on nous parler d’un crime de décembre
    Quand nous sommes en juin ! l’herbe a poussé dessus.
    Toute la question, la voici : fils, tissus,
    Cotons et sucres bruts prospèrent ; le temps passe.
    Le parjure difforme et la trahison basse
    En avançant en âge ont la propriété
    De perdre leur bassesse et leur difformité
    Et l’assassinat louche et tout souillé de lange
    Change son front de spectre en un visage d’ange.


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    (il reste 16 strophes à lire)
    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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  3. Conte

    Un Prince était vexé de ne s'être employé jamais qu'à la perfection des générosités vulgaires. Il prévoyait d'étonnantes révolutions de l'amour, et soupçonnait ses femmes de pouvoir mieux que cette complaisance agrémentée de ciel et de luxe. Il voulait voir la vérité, l'heure du désir et de la satisfaction essentiels. Que ce fût ou non une aberration de piété, il voulut. Il possédait au moins un assez large pouvoir humain.

    Toutes les femmes qui l'avaient connu furent assassinées. Quel saccage du jardin de la beauté ! Sous le sabre, elles le bénirent. Il n'en commanda point de nouvelles. — Les femmes réapparurent.

    Il tua tous ceux qui le suivaient, après la chasse ou les libations. — Tous le suivaient.

    Il s'amusa à égorger les bêtes de luxe. Il fit flamber les palais. Il se ruait sur les gens et les taillait en pièces. — La foule, les toits d'or, les belles bêtes existaient encore.


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    (il reste 4 strophes à lire)
    Arthur RimbaudRecueil : Illuminations
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  4. Ô saisons, ô châteaux

    Ô saisons ô châteaux,
    Quelle âme est sans défauts ?

    Ô saisons, ô châteaux,

    J’ai fait la magique étude
    Du Bonheur, que nul n’élude.

    Ô vive lui, chaque fois
    Que chante son coq gaulois.


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    (il reste 7 strophes à lire)
    Arthur RimbaudRecueil : Derniers vers
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  5. Images d’un sou

    De toutes les douleurs douces
    Je compose mes magies !
    Paul, les paupières rougies,
    Erre seul aux Pamplemousses.
    La Folle-par-amour chante
    Une ariette touchante.
    C’est la mère qui s’alarme
    De sa fille fiancée.
    C’est l’épouse délaissée
    Qui prend un sévère charme
    A s’exagérer l’attente
    Et demeure palpitante.
    C’est l’amitié qu’on néglige
    Et qui se croit méconnue.
    C’est toute angoisse ingénue,
    C’est tout bonheur qui s’afflige :
    L’enfant qui s’éveille et pleure,
    Le prisonnier qui voit l’heure,
    Les sanglots des tourterelles,
    La plainte des jeunes filles.
    C’est l’appel des Inésilles
    - Que gardent dans des tourelles
    De bons vieux oncles avares -
    A tous sonneurs de guitares.
    Voici Damon qui soupire
    Sa tendresse à Geneviève
    De Brabant qui fait ce rêve
    D’exercer un chaste empire
    Dont elle-même se pâme
    Sur la veuve de Pyrame
    Tout exprès ressuscitée,
    Et la forêt des Ardennes
    Sent circuler dans ses veines
    La flamme persécutée
    De ces princesses errantes
    Sous les branches murmurantes,
    Et madame Malbrouck monte
    A sa tour pour mieux entendre
    La viole et la voix tendre
    De ce cher trompeur de Comte
    Ory qui revient d’Espagne
    Sans qu’un doublon l’accompagne.
    Mais il s’est couvert de gloire
    Aux gorges des Pyrénées
    Et combien d’infortunées
    Au teint de lys et d’ivoire
    Ne fit-il pas à tous risques
    Là-bas, parmi les Morisques !
    Toute histoire qui se mouille
    De délicieuses larmes,
    Fût-ce à travers des chocs d’armes,
    Aussitôt chez moi s’embrouille,
    Se mêle à d’autres encore,
    Finalement s’évapore
    En capricieuses nues,
    Laissant à travers des filtres
    Subtils talismans et philtres
    Au fin fond de mes cornues
    Au feu de l’amour rougies.
    Accourez à mes magies !
    C’est très beau. Venez, d’aucunes
    Et d’aucuns. Entrez, bagasse !
    Cadet-Roussel est paillasse
    Et vous dira vos fortunes.
    C’est Crédit qui tient la caisse.
    Allons vite qu’on se presse !

    Paul VerlaineRecueil : Jadis et naguère
    • 0
  6. Circonspection

    Donne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nous
    Sous cet arbre géant où vient mourir la brise
    En soupirs inégaux sous la ramure grise
    Que caresse le clair de lune blême et doux.

    Immobiles, baissons nos yeux vers nos genoux.
    Ne pensons pas, rêvons. Laissons faire à leur guise
    Le bonheur qui s’enfuit et l’amour qui s’épuise,
    Et nos cheveux frôlés par l’aile des hiboux.

    Oublions d’espérer. Discrète et contenue,
    Que l’âme de chacun de nous deux continue
    Ce calme et cette mort sereine du soleil.

    Restons silencieux parmi la paix nocturne :
    Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeil
    La nature, ce dieu féroce et taciturne.

    Paul VerlaineRecueil : Jadis et naguère
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  7. Colloque sentimental

    Dans le vieux parc solitaire et glacé
    Deux formes ont tout à l’heure passé.

    Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
    Et l’on entend à peine leurs paroles.

    Dans le vieux parc solitaire et glacé
    Deux spectres ont évoqué le passé.

    - Te souvient-il de notre extase ancienne?
    - Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne?


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    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
    • 0
  8. Clair de lune

    Votre âme est un paysage choisi
    Que vont charmant masques et bergamasques
    Jouant du luth et dansant et quasi
    Tristes sous leurs déguisements fantasques.

    Tout en chantant sur le mode mineur
    L’amour vainqueur et la vie opportune,
    Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur
    Et leur chanson se mêle au clair de lune,

    Au calme clair de lune triste et beau,
    Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
    Et sangloter d’extase les jets d’eau,
    Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

    Paul VerlaineRecueil : Fêtes galantes
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  9. Que ton âme soit blanche ou noire

    Que ton âme soit blanche ou noire,
    Que fait ? Ta peau de jeune ivoire
    Est rose et blanche et jaune un peu.
    Elle sent bon, ta chair, perverse
    Ou non, que fait ? puisqu’elle berce
    La mienne de chair, nom de Dieu !

    Elle la berce, ma chair folle,
    Ta folle de chair, ma parole
    La plus sacrée ! – et que donc bien !
    Et la mienne, grâce à la tienne,
    Quelque réserve qui la tienne,
    Elle s’en donne, nom d’un chien !

    Quant à nos âmes, dis, Madame,
    Tu sais, mon âme et puis ton âme,
    Nous en moquons-nous ? Que non pas !
    Seulement nous sommes au monde.
    Ici-bas, sur la terre ronde,
    Et non au ciel, mais ici-bas.

    Or, ici-bas, faut qu’on profite
    Du plaisir qui passe si vite
    Et du bonheur de se pâmer.
    Aimons, ma petite méchante,
    Telle l’eau va, tel l’oiseau chante,
    Et tels, nous ne devons qu’aimer.

    Paul VerlaineRecueil : Chansons pour elle
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  10. Je voudrais, si ma vie était encore à faire

    I

    Je voudrais, si ma vie était encore à faire,
    Qu’une femme très calme habitât avec moi,
    Plus jeune de dix ans, qui portât sans émoi
    La moitié d’une vie au fond plutôt sévère.

    Notre coeur à tous deux, dans ce château de verre,
    Notre regard commun, franchise et bonne foi,
    Un et double, dirait comme en soi-même : Voi !
    Et répondrait comme à soi-même : Persévère !

    Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,
    Nous serions en ceci le couple réussi
    Que l’inégalité, parbleu ! des caractères


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    (il reste 11 strophes à lire)
    Paul VerlaineRecueil : Bonheur
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