1. L’isolement

    Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
    Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
    Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
    Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

    Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
    Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
    Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
    Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.

    Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
    Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
    Et le char vaporeux de la reine des ombres
    Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.

    Cependant, s’élançant de la flèche gothique,
    Un son religieux se répand dans les airs :
    Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
    Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.


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    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
    • 0
  2. L’automne

    Salut ! bois couronnés d’un reste de verdure !
    Feuillages jaunissants sur les gazons épars !
    Salut, derniers beaux jours ! Le deuil de la nature
    Convient à la douleur et plaît à mes regards !

    Je suis d’un pas rêveur le sentier solitaire,
    J’aime à revoir encor, pour la dernière fois,
    Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
    Perce à peine à mes pieds l’obscurité des bois !

    Oui, dans ces jours d’automne où la nature expire,
    A ses regards voilés, je trouve plus d’attraits,
    C’est l’adieu d’un ami, c’est le dernier sourire
    Des lèvres que la mort va fermer pour jamais !

    Ainsi, prêt à quitter l’horizon de la vie,
    Pleurant de mes longs jours l’espoir évanoui,
    Je me retourne encore, et d’un regard d’envie
    Je contemple ses biens dont je n’ai pas joui !


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    (il reste 4 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
    • 3
  3. Pourquoi mon âme est-elle triste ?

    Pourquoi gémis-tu sans cesse,
    O mon âme ? réponds-moi !
    D’où vient ce poids de tristesse
    Qui pèse aujourd’hui sur toi ?
    Au tombeau qui nous dévore,
    Pleurant, tu n’as pas encore
    Conduit tes derniers amis !
    L’astre serein de ta vie
    S’élève encore; et l’envie
    Cherche pourquoi tu gémis !

    La terre encore a des plages,
    Le ciel encore a des jours,
    La gloire encor des orages,
    Le coeur encor des amours ;
    La nature offre à tes veilles
    Des mystères, des merveilles,
    Qu’aucun oeil n’a profané,
    Et flétrissant tout d’avance
    Dans les champs de l’espérance
    Ta main n’a pas tout glané !

    Et qu’est-ce que la terre? Une prison flottante,
    Une demeure étroite, un navire, une tente
    Que son Dieu dans l’espace a dressé pour un jour,
    Et dont le vent du ciel en trois pas fait le tour !
    Des plaines, des vallons, des mers et des collines
    Où tout sort de la poudre et retourne en ruines,
    Et dont la masse à peine est à l’immensité
    Ce que l’heure qui sonne est à l’éternité!
    Fange en palais pétrie, hélas ! mais toujours fange,
    Où tout est monotone et cependant tout change !

    Et qu’est-ce que la vie ? Un réveil d’un moment !
    De naître et de mourir un court étonnement !
    Un mot qu’avec mépris l’Etre éternel prononce !
    Labyrinthe sans clef ! question sans réponse,
    Songe qui s’évapore, étincelle qui fuit !
    Eclair qui sort de l’ombre et rentre dans la nuit,
    Minute que le temps prête et retire à l’homme,
    Chose qui ne vaut pas le mot dont on la nomme !


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    (il reste 21 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieuses
    • 0
  4. Pensée des morts

    Voilà les feuilles sans sève
    Qui tombent sur le gazon,
    Voilà le vent qui s’élève
    Et gémit dans le vallon,
    Voilà l’errante hirondelle .
    Qui rase du bout de l’aile :
    L’eau dormante des marais,
    Voilà l’enfant des chaumières
    Qui glane sur les bruyères
    Le bois tombé des forêts.

    L’onde n’a plus le murmure ,
    Dont elle enchantait les bois ;
    Sous des rameaux sans verdure.
    Les oiseaux n’ont plus de voix ;
    Le soir est près de l’aurore,
    L’astre à peine vient d’éclore
    Qu’il va terminer son tour,
    Il jette par intervalle
    Une heure de clarté pâle
    Qu’on appelle encore un jour.

    L’aube n’a plus de zéphire
    Sous ses nuages dorés,
    La pourpre du soir expire
    Sur les flots décolorés,
    La mer solitaire et vide
    N’est plus qu’un désert aride
    Où l’oeil cherche en vain l’esquif,
    Et sur la grève plus sourde
    La vague orageuse et lourde
    N’a qu’un murmure plaintif.

    La brebis sur les collines
    Ne trouve plus le gazon,
    Son agneau laisse aux épines
    Les débris de sa toison,
    La flûte aux accords champêtres
    Ne réjouit plus les hêtres
    Des airs de joie ou d’amour,
    Toute herbe aux champs est glanée :
    Ainsi finit une année,
    Ainsi finissent nos jours !


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    (il reste 26 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieuses
    • 1
  5. Milly ou la terre natale (II)

    Voilà le banc rustique où s’asseyait mon père,
    La salle où résonnait sa voix mâle et sévère,
    Quand les pasteurs assis sur leurs socs renversés
    Lui comptaient les sillons par chaque heure tracés,
    Ou qu’encor palpitant des scènes de sa gloire,
    De l’échafaud des rois il nous disait l’histoire,
    Et, plein du grand combat qu’il avait combattu,
    En racontant sa vie enseignait la vertu !
    Voilà la place vide où ma mère à toute heure
    Au plus léger soupir sortait de sa demeure,
    Et, nous faisant porter ou la laine ou le pain,
    Vêtissait l’indigence ou nourrissait la faim ;
    Voilà les toits de chaume où sa main attentive
    Versait sur la blessure ou le miel ou l’olive,
    Ouvrait près du chevet des vieillards expirants
    Ce livre où l’espérance est permise aux mourants,
    Recueillait leurs soupirs sur leur bouche oppressée,
    Faisait tourner vers Dieu leur dernière pensée,
    Et tenant par la main les plus jeunes de nous,
    A la veuve, à l’enfant, qui tombaient à genoux,
    Disait, en essuyant les pleurs de leurs paupières :
    Je vous donne un peu d’or, rendez-leur vos prières !

    Voilà le seuil, à l’ombre, où son pied nous berçait,
    La branche du figuier que sa main abaissait,
    Voici l’étroit sentier où, quand l’airain sonore
    Dans le temple lointain vibrait avec l’aurore,
    Nous montions sur sa trace à l’autel du Seigneur
    Offrir deux purs encens, innocence et bonheur !
    C’est ici que sa voix pieuse et solennelle
    Nous expliquait un Dieu que nous sentions en elle,
    Et nous montrant l’épi dans son germe enfermé,
    La grappe distillant son breuvage embaumé,
    La génisse en lait pur changeant le suc des plantes,
    Le rocher qui s’entr’ouvre aux sources ruisselantes,
    La laine des brebis dérobée aux rameaux
    Servant à tapisser les doux nids des oiseaux,
    Et le soleil exact à ses douze demeures,
    Partageant aux climats les saisons et les heures,
    Et ces astres des nuits que Dieu seul peut compter,
    Mondes où la pensée ose à peine monter,
    Nous enseignait la foi par la reconnaissance,
    Et faisait admirer à notre simple enfance
    Comment l’astre et l’insecte invisible à nos yeux
    Avaient, ainsi que nous, leur père dans les cieux !
    Ces bruyères, ces champs, ces vignes, ces prairies,
    Ont tous leurs souvenirs et leurs ombres chéries.
    Là, mes soeurs folâtraient, et le vent dans leurs jeux
    Les suivait en jouant avec leurs blonds cheveux !
    Là, guidant les bergers aux sommets des collines,
    J’allumais des bûchers de bois mort et d’épines,
    Et mes yeux, suspendus aux flammes du foyer,
    Passaient heure après heure à les voir ondoyer.
    Là, contre la fureur de l’aquilon rapide
    Le saule caverneux nous prêtait son tronc vide,
    Et j’écoutais siffler dans son feuillage mort
    Des brises dont mon âme a retenu l’accord.
    Voilà le peuplier qui, penché sur l’abîme,
    Dans la saison des nids nous berçait sur sa cime,
    Le ruisseau dans les prés dont les dormantes eaux
    Submergeaient lentement nos barques de roseaux,
    Le chêne, le rocher, le moulin monotone,
    Et le mur au soleil où, dans les jours d’automne,
    je venais sur la pierre, assis près des vieillards,
    Suivre le jour qui meurt de mes derniers regards !
    Tout est encor debout; tout renaît à sa place :
    De nos pas sur le sable on suit encor la trace ;
    Rien ne manque à ces lieux qu’un coeur pour en jouir,
    Mais, hélas ! l’heure baisse et va s’évanouir.

    La vie a dispersé, comme l’épi sur l’aire,
    Loin du champ paternel les enfants et la mère,
    Et ce foyer chéri ressemble aux nids déserts
    D’où l’hirondelle a fui pendant de longs hivers !
    Déjà l’herbe qui croît sur les dalles antiques
    Efface autour des murs les sentiers domestiques
    Et le lierre, flottant comme un manteau de deuil,
    Couvre à demi la porte et rampe sur le seuil ;
    Bientôt peut-être ! écarte, ô mon Dieu ! ce présage !
    Bientôt un étranger, inconnu du village,
    Viendra, l’or à la main, s’emparer de ces lieux
    Qu’habite encor pour nous l’ombre de nos aïeux,
    Et d’où nos souvenirs des berceaux et des tombes
    S’enfuiront à sa voix, comme un nid de colombes
    Dont la hache a fauché l’arbre dans les forêts,
    Et qui ne savent plus où se poser après !

    Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieuses
    • 0
  6. Mon âme est triste jusqu’à la mort !

    J’ai vécu ; c’est-à-dire à moi-même inconnu
    Ma mère en gémissant m’a jeté faible et nu ;
    J’ai compté dans le ciel le coucher et l’aurore
    D’un astre qui descend pour remonter encore,
    Et dont l’homme, qui s’use à les compter en vain,
    Attend, toujours trompé, toujours un lendemain ;
    Mon âme a, quelques jours, animé de sa vie
    Un peu de cette fange à ces sillons ravie,
    Qui répugnait à vivre et tendait à la mort,
    Faisait pour se dissoudre un éternel effort,
    Et que par la douleur je retenais à peine ;
    La douleur ! noeud fatal, mystérieuse chaîne,
    Qui dans l’homme étonné réunit pour un jour
    Deux natures luttant dans un contraire amour
    Et dont chacune à part serait digne d’envie,
    L’une dans son néant et l’autre dans sa vie,
    Si la vie et la mort ne sont pas même, hélas !
    Deux mots créés par l’homme et que Dieu n’entend pas ?
    Maintenant ce lien que chacun d’eux accuse,
    Prêt à se rompre enfin sous la douleur qui l’use,
    Laisse s’évanouir comme un rêve léger
    L’inexplicable tout qui veut se partager ;
    Je ne tenterai pas d’en renouer la trame,
    J’abandonne à leur chance et mes sens et mon âme :
    Qu’ils aillent où Dieu sait, chacun de leur côté !
    Adieu, monde fuyant ! nature, humanité,
    Vaine forme de l’être, ombre d’un météore,
    Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore !

    Oui, je te connais trop, ô vie !
    Que tu sais bien dorer ton magique lointain !
    Qu’il est beau l’horizon de ton riant matin !
    Quand le premier amour et la fraîche espérance
    Nous entrouvrent l’espace où notre âme s’élance
    N’emportant avec soi qu’innocence et beauté,
    Et que d’un seul objet notre coeur enchanté
    Dit comme Roméo : « Non, ce n’est pas l’aurore !
    Aimons toujours ! l’oiseau ne chante pas encore ! »
    Tout le bonheur de l’homme est dans ce seul instant ;
    Le sentier de nos jours n’est vert qu’en le montant !
    De ce point de la vie où l’on en sent le terme
    On voit s’évanouir tout ce qu’elle renferme ;
    L’espérance reprend son vol vers l’Orient ;
    On trouve au fond de tout le vide et le néant ;
    Avant d’avoir goûté l’âme se rassasie ;
    Jusque dans cet amour qui peut créer la vie
    On entend une voix : Vous créez pour mourir !
    Et le baiser de feu sent un frisson courir !
    Quand le bonheur n’a plus ni lointain ni mystère,
    Quand le nuage d’or laisse à nu cette terre,
    Quand la vie une fois a perdu son erreur,
    Quand elle ne ment plus, c’en est fait du bonheur !

    Ah ! si vous paraissiez sans ombre et sans emblème,
    Source de la lumière et toi lumière même,
    Ame de l’infini, qui resplendit de toi !
    Si, frappés seulement d’un rayon de ta foi,
    Nous te réfléchissions dans notre intelligence,
    Comme une mer obscure où nage un disque immense,
    Tout s’évanouirait devant ce pur soleil,
    Comme l’ombre au matin, comme un songe au réveil ;
    Tout s’évaporerait sous le rayon de flamme,
    La matière, et l’esprit, et les formes, et l’âme,
    Tout serait pour nos yeux, à ta pure clarté,
    Ce qu’est la pâle image à la réalité !
    La vie, à ton aspect, ne serait plus la vie,
    Elle s’élèverait triomphante et ravie,
    Ou, si ta volonté comprimait son transport,
    Elle ne serait plus qu’une éternelle mort !
    Malgré le voile épais qui te cache à ma vue,
    Voilà, voilà mon mal ! c’est ta soif qui me tue !
    Mon âme n’est vers toi qu’un éternel soupir,
    Une veille que rien ne peut plus assoupir ;
    Je meurs de ne pouvoir nommer ce que j’adore,
    Et si tu m’apparais ! tu vois, je meurs encore !
    Et de mon impuissance à la fin convaincu,
    Me voilà ! demandant si j’ai jamais vécu,
    Touchant au terme obscur de mes courtes années,
    Comptant mes pas perdus et mes heures sonnées,
    Aussi surpris de vivre, aussi vide, aussi nu,
    Que le jour où l’on dit : Un enfant m’est venu !
    Prêt à rentrer sous l’herbe, à tarir, à me taire,
    Comme le filet d’eau qui, surgi de la terre,
    Y rentre de nouveau par la terre englouti
    À quelques pas du sol dont il était sorti !
    Seulement, cette eau fuit sans savoir qu’elle coule ;
    Ce sable ne sait pas où la vague le roule ;
    Ils n’ont ni sentiment, ni murmure, ni pleurs,
    Et moi, je vis assez pour sentir que je meurs !
    Mourir ! ah ! ce seul mot fait horreur de la vie !
    L’éternité vaut-elle une heure d’agonie ?
    La douleur nous précède, et nous enfante au jour,
    La douleur à la mort nous enfante à son tour !
    Je ne mesure plus le temps qu’elle me laisse,
    Comme je mesurais, dans ma verte jeunesse,
    En ajoutant aux jours de longs jours à venir,
    Mais, en les retranchant de mon court avenir,
    Je dis : Un jour de plus, un jour de moins ; l’aurore
    Me retranche un de ceux qui me restaient encore ;
    je ne les attends plus, comme dans mon matin,
    Pleins, brillants, et dorés des rayons du lointain,
    Mais ternes, mais pâlis, décolorés et vides
    Comme une urne fêlée et dont les flancs arides
    Laissent fuir l’eau du ciel que l’homme y cherche en vain,
    Passé sans souvenir, présent sans lendemain,
    Et je sais que le jour est semblable à la veille,
    Et le matin n’a plus de voix qui me réveille,
    Et j’envie au tombeau le long sommeil qu’il dort,
    Et mon âme est déjà triste comme la mort !

    Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieuses
    • 0
  7. Le premier regret

    Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
    Déroule ses flots bleus aux pieds de l’oranger
    Il est, près du sentier, sous la haie odorante,
    Une pierre petite, étroite, indifférente
    Aux pas distraits de l’étranger !

    La giroflée y cache un seul nom sous ses gerbes.
    Un nom que nul écho n’a jamais répété !
    Quelquefois seulement le passant arrêté,
    Lisant l’âge et la date en écartant les herbes,
    Et sentant dans ses yeux quelques larmes courir,
    Dit : Elle avait seize ans! c’est bien tôt pour mourir !

    Mais pourquoi m’entraîner vers ces scènes passées ?
    Laissons le vent gémir et le flot murmurer ;
    Revenez, revenez, ô mes tristes pensées !
    Je veux rêver et non pleurer !

    Dit : Elle avait seize ans ! – Oui, seize ans ! et cet âge
    N’avait jamais brillé sur un front plus charmant !
    Et jamais tout l’éclat de ce brûlant rivage
    Ne s’était réfléchi dans un oeil plus aimant !
    Moi seul, je la revois, telle que la pensée
    Dans l’âme où rien ne meurt, vivante l’a laissée ;
    Vivante ! comme à l’heure où les yeux sur les miens,
    Prolongeant sur la mer nos premiers entretiens,
    Ses cheveux noirs livrés au vent qui les dénoue,
    Et l’ombre de la voile errante sur sa joue,
    Elle écoutait le chant du nocturne pêcheur,
    De la brise embaumée aspirait la fraîcheur,
    Me montrait dans le ciel la lune épanouie
    Comme une fleur des nuits dont l’aube est réjouie,
    Et l’écume argentée ; et me disait : Pourquoi
    Tout brille-t-il ainsi dans les airs et dans moi ?
    Jamais ces champs d’azur semés de tant de flammes,
    Jamais ces sables d’or où vont mourir les lames,
    Ces monts dont les sommets tremblent au fond des cieux,
    Ces golfes couronnés de bois silencieux,
    Ces lueurs sur la côte, et ces champs sur les vagues,
    N’avaient ému mes sens de voluptés si vagues !
    Pourquoi comme ce soir n’ai-je jamais rêvé ?
    Un astre dans mon coeur s’est-il aussi levé ?
    Et toi, fils du matin ! dis, à ces nuits si belles
    Les nuits de ton pays, sans moi, ressemblaient-elles ?
    Puis regardant sa mère assise auprès de nous
    Posait pour s’endormir son front sur ses genoux.


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    (il reste 11 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieuses
    • 0
  8. L’idée de Dieu – suite de Jehova

    Heureux l’oeil éclairé de ce jour sans nuage
    Qui partout ici-bas le contemple et le lit !
    Heureux le coeur épris de cette grande image,
    Toujours vide et trompé si Dieu ne le remplit !

    Ah ! pour celui-là seul la nature est son ombre !
    En vain le temps se voile et reculent les cieux !
    Le ciel n’a point d’abîme et le temps point de nombre
    Qui le cache à ces yeux !

    Pour qui ne l’y voit pas tout est nuit et mystères,
    Cet alphabet de jeu dans le ciel répandu
    Est semblable pour eux à ces vains caractères
    Dont le sens, s’ils en ont, dans les temps s’est perdu !

    Le savant sous ses mains les retourne et les brise
    Et dit : Ce n’est qu’un jeu d’un art capricieux ;
    Et cent fois en tombant ces lettres qu’il méprise
    D’elles-même ont écrit le nom mystérieux!


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    • 0
  9. Hymne de l’enfant à son réveil

    Ô père qu’adore mon père!
    Toi qu’on ne nomme qu’à genoux!
    Toi, dont le nom terrible et doux
    Fait courber le front de ma mère!

    On dit que ce brillant soleil
    N’est qu’un jouet de ta puissance;
    Que sous tes pieds il se balance
    Comme une lampe de vermeil.

    On dit que c’est toi qui fais naître
    Les petits oiseaux dans les champs,
    Et qui donne aux petits enfants
    Une âme aussi pour te connaître!

    On dit que c’est toi qui produis
    Les fleurs dont le jardin se pare,
    El que, sans toi, toujours avare,
    Le verger n’aurait point de fruits.


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    (il reste 14 strophes à lire)
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    • 0
  10. Un nom

    Il est un nom caché dans l’ombre de mon âme,
    Que j’y lis nuit et jour et qu’aucun oeil n’y voit,
    Comme un anneau perdu que la main d’une femme
    Dans l’abîme des mers laissa glisser du doigt.

    Dans l’arche de mon coeur, qui pour lui seul s’entrouvre,
    Il dort enseveli sous une clef d’airain ;
    De mystère et de peur mon amour le recouvre,
    Comme après une fête on referme un écrin.

    Si vous le demandez, ma lèvre est sans réponse,
    Mais, tel qu’un talisman formé d’un mot secret,
    Quand seul avec l’écho ma bouche le prononce,
    Ma nuit s’ouvre, et dans l’âme un être m’apparaît.

    En jour éblouissant l’ombre se transfigure ;
    Des rayons, échappés par les fentes des cieux,
    Colorent de pudeur une blanche figure
    Sur qui l’ange ébloui n’ose lever les yeux.


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    (il reste 9 strophes à lire)
    Alphonse de LamartineRecueil : Edition des souscripteurs
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