1. Aimons toujours! aimons encore!

    Aimons toujours! aimons encore!
    Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
    L’amour, c’est le cri de l’aurore,
    L’amour, c’est l’hymne de la nuit.

    Ce que le flot dit aux rivages,
    Ce que le vent dit aux vieux monts,
    Ce que l’astre dit aux nuages,
    C’est le mot ineffable: Aimons!

    L’amour fait songer, vivre et croire.
    Il a, pour réchauffer le coeur,
    Un rayon de plus que la gloire,
    Et ce rayon, c’est le bonheur!

    Aime! qu’on les loue ou les blâme,
    Toujours les grands coeurs aimeront:
    Joins cette jeunesse de l’âme
    A la jeunesse de ton front!


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    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 1
  2. À Paul M.

    Tu graves au fronton sévère de ton œuvre
    Un nom proscrit que mord en sifflant la couleuvre ;
    Au malheur, dont le flanc saigne et dont l'œil sourit,
    À la proscription, et non pas au proscrit,
    — Car le proscrit n'est rien que de l'ombre, moins noire
    Que l'autre ombre qu'on nomme éclat, bonheur, victoire ; —
    À l'exil pâle et nu, cloué sur des débris,
    Tu donnes ton grand drame où vit le grand Paris,
    Cette cité de feu, de nuit, d'airain, de verre,
    Et tu fais saluer par Rome le Calvaire.
    Sois loué, doux penseur, toi qui prends dans ta main
    Le passé, l'avenir, tout le progrès humain,
    La lumière, l'histoire, et la ville, et la France,
    Tous les dictames saints qui calment la souffrance,
    Raison, justice, espoir, vertu, foi, vérité,
    Le parfum poésie et le vin liberté,
    Et qui sur le vaincu, cœur meurtri, noir fantôme,
    Te penches, et répands l'idéal comme un baume !
    Paul, il me semble, grâce à ce fier souvenir
    Dont tu viens nous bercer, nous sacrer, nous bénir,
    Que dans ma plaie, où dort la douleur, ô poëte !
    Je sens de la charpie avec un drapeau faite.

    Marine-Terrace, août 1855.

    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 0
  3. À celle qui est restée en France

    I

    Mets-toi sur ton séant, lève tes yeux, dérange
    Ce drap glacé qui fait des plis sur ton front d'ange,
    Ouvre tes mains, et prends ce livre : il est à toi.

    Ce livre où vit mon âme, espoir, deuil, rêve, effroi,
    Ce livre qui contient le spectre de ma vie,
    Mes angoisses, mon aube, hélas ! de pleurs suivie,
    L'ombre et son ouragan, la rose et son pistil,
    Ce livre azuré, triste, orageux, d'où sort-il ?
    D'où sort le blême éclair qui déchire la brume ?
    Depuis quatre ans, j'habite un tourbillon d'écume ;
    Ce livre en a jailli. Dieu dictait, j'écrivais ;
    Car je suis paille au vent. Va ! dit l'esprit. Je vais.
    Et, quand j'eus terminé ces pages, quand ce livre
    Se mit à palpiter, à respirer, à vivre,
    Une église des champs, que le lierre verdit,
    Dont la tour sonne l'heure à mon néant, m'a dit :
    Ton cantique est fini ; donne-le-moi, poëte.
    ? Je le réclame, a dit la forêt inquiète ;
    Et le doux pré fleuri m'a dit : ? Donne-le-moi.
    La mer, en le voyant frémir, m'a dit : ? Pourquoi
    Ne pas me le jeter, puisque c'est une voile !
    ? C'est à moi qu'appartient cet hymne, a dit l'étoile.

    ? Donne-le-nous, songeur, ont crié les grands vents.
    Et les oiseaux m'ont dit : ? Vas-tu pas aux vivants
    Offrir ce livre, éclos si loin de leurs querelles ?
    Laisse-nous l'emporter dans nos nids sur nos ailes ! —
    Mais le vent n'aura point mon livre, ô cieux profonds !
    Ni la sauvage mer, livrée aux noirs typhons,
    Ouvrant et refermant ses flots, âpres embûches ;
    Ni la verte forêt qu'emplit un bruit de ruches ;
    Ni l'église où le temps fait tourner son compas ;
    Le pré ne l'aura pas, l'astre ne l'aura pas,
    L'oiseau ne l'aura pas, qu'il soit aigle ou colombe,
    Les nids ne l'auront pas ; je le donne à la tombe.


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    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 0
  4. 15 février 1843

    Aime celui qui t'aime, et sois heureuse en lui.
    — Adieu ! — sois son trésor, ô toi qui fus le nôtre !
    Va, mon enfant béni, d'une famille à l'autre.
    Emporte le bonheur et laisse-nous l'ennui !

    Ici, l'on te retient ; là-bas, on te désire.
    Fille, épouse, ange, enfant, fais ton double devoir.
    Donne-nous un regret, donne-leur un espoir,
    Sors avec une larme ! entre avec un sourire !

    Dans l'église, 15 février 1843.

    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 1
  5. Un Bon Bourgeois dans sa maison

    « Mais que je suis donc heureux d’être né en Chine ! Je possède une maison pour m’abriter, j’ai de quoi manger et boire, j’ai toutes les commodités de l’existence, j’ai des habits, des bonnets et une multitude d’agréments ; en vérité, la félicité la plus grande est mon partage ! »

    THIEN-CI-KHI, LETTRÉ CHINOIS.

    Il est certains bourgeois, prêtres du dieu Boutique,
    Plus voisins de Chrysès que de Caton d’Utique,
    Mettant par-dessus tout la rente et le coupon,
    Qui, voguant à la Bourse et tenant un harpon,
    Honnêtes gens d’ailleurs, mais de la grosse espèce,
    Acceptent Phalaris par amour pour leur caisse,
    Et le taureau d’airain à cause du veau d’or.
    Ils ont voté. Demain ils voteront encor.
    Si quelque libre écrit entre leurs mains s’égare,
    Les pieds sur les chenets et fumant son cigare,
    Chacun de ces votants tout bas raisonne ainsi :
    Ce livre est fort choquant. De quel droit celui-ci
    Est-il généreux, ferme et fier, quand je suis lâche ?
    En attaquant monsieur Bonaparte, on me fâche.
    Je pense comme lui que c’est un gueux ; pourquoi
    Le dit-il ? Soit, d’accord, Bonaparte est sans foi
    Ni loi ; c’est un parjure, un brigand, un faussaire,
    C’est vrai ; sa politique est armée en corsaire
    Il a banni jusqu’à des juges suppléants ;
    Il a coupé leur bourse aux princes d’Orléans
    C’est le pire gredin qui soit sur cette terre ;
    Mais puisque j’ai voté pour lui, l’on doit se taire.
    Ecrire contre lui, c’est me blâmer au fond ;
    C’est me dire : voilà comment les braves font
    Et c’est une façon, à nous qui restons neutres,
    De nous faire sentir que nous sommes des pleutres.
    J’en conviens, nous avons une corde au poignet.
    Que voulez-vous ? la Bourse allait mal ; on craignait
    La république rouge, et même un peu la rose
    Il fallait bien finir par faire quelque chose

    On trouve ce coquin, on le fait empereur ;
    C’est tout simple. On voulait éviter la terreur,
    Le spectre de monsieur Romieu, la jacquerie
    On s’est réfugié dans cette escroquerie.
    Or, quand on dit du mal de ce gouvernement,
    Je me sens chatouillé désagréablement.
    Qu’on fouaille avec raison cet homme, c’est possible
    Mais c’est m’insinuer à moi, bourgeois paisible
    Qui fis ce scélérat empereur ou consul,
    Que j’ai dit oui par peur et vivat par calcul.
    Je trouve impertinent, parbleu, qu’on me le dise.
    M’étant enseveli dans cette couardise,
    Il me déplaît qu’on soit intrépide aujourd’hui,
    Et je tiens pour affront le courage d’autrui. »


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 0
  6. Lux

    I

    Temps futurs ! vision sublime !
    Les peuples sont hors de l’abîme.
    Le désert morne est traversé.
    Après les sables, la pelouse ;
    Et la terre est comme une épouse,
    Et l’homme est comme un fiancé !

    Dès à présent l’oeil qui s’élève
    Voit distinctement ce beau rêve
    Qui sera le réel un jour ;
    Car Dieu dénoûra toute chaîne,
    Car le passé s’appelle haine
    Et l’avenir se nomme amour !

    Dès à présent dans nos misères
    Germe l’hymen des peuples frères ;
    Volant sur nos sombres rameaux,
    Comme un frelon que l’aube éveille,
    Le progrès, ténébreuse abeille,
    Fait du bonheur avec nos maux.


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 1
  7. Il est des jours abjects où, séduits par la joie

    Il est des jours abjects où, séduits par la joie
    Sans honneur,
    Les peuples au succès se livrent, triste proie
    Du bonheur.

    Alors des nations, que berce un fatal songe
    Dans leur lit,
    La vertu coule et tombe, ainsi que d’une éponge
    L’eau jaillit.

    Alors, devant le mal, le vice, la folle,
    Les vivants
    Imitent les saluts du vil roseau qui plie
    Sous les vents.

    Alors festins et jeux ; rien de ce que dit l’âme
    Ne s’entend ;
    On boit, on mange, on chante, on danse, on est infâme
    Et content.


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 0
  8. Éblouissements

    Ô temps miraculeux ! ô gaîtés homériques !
    Ô rires de l’Europe et des deux Amériques !
    Croûtes qui larmoyez ! bons dieux mal accrochés
    Qui saignez dans vos coins ! madones qui louchez !
    Phénomènes vivants ! ô choses inouïes !
    Candeurs ! énormités au jour épanouies !
    Le goudron déclaré fétide par le suif,
    Judas flairant Shylock et criant : c’est un juif !
    L’arsenic indigné dénonçant la morphine,
    La hotte injuriant la borne, Messaline
    Reprochant à Goton son regard effronté,
    Et Dupin accusant Sauzet de lâcheté !

    Oui, le vide-gousset flétrit le tire-laine,
    Falstaff montre du doigt le ventre de Silène,
    Lacenaire, pudique et de rougeur atteint,
    Dit en baissant les yeux : J’ai vu passer Castaing !

    Je contemple nos temps. J’en ai le droit, je pense.
    Souffrir étant mon lot, rire est ma récompense.
    Je ne sais pas comment cette pauvre Clio
    Fera pour se tirer de cet imbroglio.
    Ma rêverie au fond de ce règne pénètre,
    Quand, ne pouvant dormir, la nuit, à ma fenêtre,
    Je songe, et que là-bas, dans l’ombre, à travers l’eau,
    Je vois briller le phare auprès de Saint-Malo.
    Donc ce moment existe ! il est ! Stupeur risible !
    On le voit ; c’est réel, et ce n’est pas possible.
    L’empire est là, refait par quelques sacripants.
    Bonaparte le Grand dormait. Quel guet-apens !
    Il dormait dans sa tombe, absous par la patrie.
    Tout à coup des brigands firent une tuerie
    Qui dura tout un jour et du soir au matin ;
    Napoléon le Nain en sortit. Le destin,
    De l’expiation implacable ministre,
    Dans tout ce sang versé trempa son doigt sinistre
    Pour barbouiller, affront à la gloire en lambeau,
    Cette caricature au mur de ce tombeau.

    Ce monde-là prospère. Il prospère, vous dis-je !
    Embonpoint de la honte ! époque callipyge !
    Il trône, ce cokney d’Eglinton et d’Epsom,
    Qui, la main sur son coeur, dit : Je mens, ergo sum.
    Les jours, les mois, les ans passent ; ce flegmatique,
    Ce somnambule obscur, brusquement frénétique,
    Que Schœlcher a nommé le président Obus,
    Règne, continuant ses crimes en abus.
    Ô spectacle ! en plein jour, il marche et se promène,
    Cet être horrible, insulte à la figure humaine !
    Il s’étale effroyable, ayant tout un troupeau
    De Suins et de Fortouls qui vivent sur sa peau,
    Montrant ses nudités, cynique, infâme, indigne,
    Sans mettre à son Baroche une feuille de vigne !
    Il rit de voir à terre et montre à Machiavel
    Sa parole d’honneur qu’il a tuée en duel.
    Il sème l’or ; – venez ! – et sa largesse éclate.
    Magnan ouvre sa griffe et Troplong tend sa patte.
    Tout va. Les sous-coquins aident le drôle en chef.
    Tout est beau, tout est bon, et tout est juste ; bref,
    L’église le soutient, l’opéra le constate.
    Il vola ! Te Deum. Il égorgea ! cantate.


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
    • 2
  9. Ainsi les plus abjects, les plus vils, les plus minces

    Ainsi les plus abjects, les plus vils, les plus minces
    Vont régner ! ce n’était pas assez des vrais princes
    Qui de leur sceptre d’or insultent le ciel bleu,
    Et sont rois et méchants par la grâce de Dieu !
    Quoi ! tel gueux qui, pourvu d’un titre en bonne forme,
    A pour toute splendeur sa bâtardise énorme,
    Tel enfant du hasard, rebut des échafauds,
    Dont le nom fut un vol et la naissance un faux,
    Tel bohème pétri de ruse et d’arrogance,
    Tel intrus entrera dans le sang de Bragance,
    Dans la maison d’Autriche ou dans la maison d’Est,
    Grâce à la fiction légale is pater est,
    Criera : je suis Bourbon, ou : je suis Bonaparte,
    Mettra cyniquement ses deux poings sur la carte,
    Et dira : c’est à moi ! je suis le grand vainqueur !
    Sans que les braves gens, sans que les gens de coeur
    Rendent à Curtius ce monarque de cire !
    Et, quand je dis : faquin ! l’écho répondra : sire !
    Quoi ! ce royal croquant, ce maraud couronné,
    Qui, d’un boulet de quatre à la cheville orné,
    Devrait dans un ponton pourrir à fond de cale,
    Cette altesse en ruolz, ce prince en chrysocale,
    Se fait devant la France, horrible, ensanglanté,
    Donner de l’empereur et de la majesté,
    Il trousse sa moustache en croc et la caresse,
    Sans que sous les soufflets sa face disparaisse,
    Sans que, d’un coup de pied l’arrachant à Saint-Cloud,
    On le jette au ruisseau, dût-on salir l’égout !

    - Paix ! disent cent crétins. C’est fini. Chose faite.
    Le Trois pour cent est Dieu, Mandrin est son prophète.
    Il règne. Nous avons voté ! Vox populi. -
    Oui, je comprends, l’opprobre est un fait accompli.
    Mais qui donc a voté ? Mais qui donc tenait l’urne ?
    Mais qui donc a vu clair dans ce scrutin nocturne ?
    Où donc était la loi dans ce tour effronté ?
    Où donc la nation ? Où donc la liberté ?
    Ils ont voté !

    Troupeau que la peur mène paître
    Entre le sacristain et le garde champêtre
    Vous qui, pleins de terreur. voyez, pour vous manger,
    Pour manger vos maisons, vos bois, votre verger,
    Vos meules de luzerne et vos pommes à cidre,
    S’ouvrir tous les matins les mâchoires d’une hydre
    Braves gens, qui croyez en vos foins, et mettez
    De la religion dans vos propriétés ;
    Âmes que l’argent touche et que l’or fait dévotes
    Maires narquois, traînant vos paysans aux votes ;
    Marguilliers aux regards vitreux ; curés camus
    Hurlant à vos lutrins : Dæmonem laudamus ;
    Sots, qui vous courroucez comme flambe une bûche ;
    Marchands dont la balance incorrecte trébuche ;
    Vieux bonshommes crochus, hiboux hommes d’état,
    Qui déclarez, devant la fraude et l’attentat,
    La tribune fatale et la presse funeste ;
    Fats, qui, tout effrayés de l’esprit, cette peste,
    Criez, quoique à l’abri de la contagion ;
    Voltairiens, viveurs, fervente légion,
    Saints gaillards, qui jetez dans la même gamelle
    Dieu, l’orgie et la messe, et prenez pêle-mêle
    La défense du ciel et la taille à Goton ;
    Bons dos, qui vous courbez, adorant le bâton ;
    Contemplateurs béats des gibets de l’Autriche
    Gens de bourse effarés, qui trichez et qu’on triche ;
    Invalides, lions transformés en toutous ;
    Niais, pour qui cet homme est un sauveur ; vous tous
    Qui vous ébahissez, bestiaux de Panurge,
    Aux miracles que fait Cartouche thaumaturge ;
    Noircisseurs de papier timbré, planteurs de choux,
    Est-ce que vous croyez que la France, c’est vous,
    Que vous êtes le peuple, et que jamais vous eûtes
    Le droit de nous donner un maître, ô tas de brutes ?
    Ce droit, sachez-le bien, chiens du berger Maupas,
    Et la France et le peuple eux-mêmes ne l’ont pas.
    L’altière Vérité jamais ne tombe en cendre.
    La Liberté n’est pas une guenille à vendre,
    Jetée au tas, pendue au clou chez un fripier.
    Quand un peuple se laisse au piège estropier,
    Le droit sacré, toujours à soi-même fidèle,
    Dans chaque citoyen trouve une citadelle ;
    On s’illustre en bravant un lâche conquérant,
    Et le moindre du peuple en devient le plus grand.
    Donc, trouvez du bonheur, ô plates créatures,
    A vivre dans la fange et dans les pourritures,
    Adorez ce fumier sous ce dais de brocart,
    L’honnête homme recule et s’accoude à l’écart.
    Dans la chute d’autrui je ne veux pas descendre.
    L’honneur n’abdique point. Nul n’a droit de me prendre
    Ma liberté, mon bien, mon ciel bleu, mon amour.
    Tout l’univers aveugle est sans droit sur le jour.
    Fût-on cent millions d’esclaves, je suis libre.
    Ainsi parle Caton. Sur la Seine ou le Tibre,
    Personne n’est tombé tant qu’un seul est debout.
    Le vieux sang des aïeux qui s’indigne et qui bout,
    La vertu, la fierté, la justice, l’histoire,
    Toute une nation avec toute sa gloire
    Vit dans le dernier front qui ne veut pas plier.
    Pour soutenir le temple il suffit d’un pilier ;
    Un français, c’est la France ; un romain contient Rome,
    Et ce qui brise un peuple avorte aux pieds d’un homme.

    4 mai 1853. Jersey.

    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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  10. Ad majorem Dei gloriam

    « Vraiment, notre siècle est étrangement délicat. S’imagine-t-il donc que la cendre des bûchers soit totalement éteinte ? qu’il n’en soit pas resté le plus petit tison pour allumer une seule torche ? Les insensés ! en nous appelant jésuites, ils croient nous couvrir d’opprobre ! Mais ces jésuites leur réservent la censure, un bâillon et du feu Et, un jour, ils seront les maîtres de leurs maîtres »

    (LE PÈRE ROOTHAAN, GÉNÉRAL DES JÉSUITES, À LA CONFÉRENCE DE CHIÉRI.)

    Ils ont dit : « Nous serons les vainqueurs et les maîtres.
    Soldats par la tactique et par la robe prêtres,
    Nous détruirons progrès, lois, vertus, droits, talents.
    Nous nous ferons un fort avec tous ces décombres,
    Et pour nous y garder, comme des dogues sombres,
    Nous démusèlerons les préjugés hurlants.

    » Oui, l’échafaud est bon ; la guerre est nécessaire ;
    Acceptez l’ignorance, acceptez la misère ;
    L’enfer attend l’orgueil du tribun triomphant ;
    L’homme parvient à l’ange en passant par la buse.
    Notre gouvernement fait de force et de ruse
    Bâillonnera le père, abrutira l’enfant.


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    Victor HugoRecueil : Les Châtiments
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