1. Si tu le veux bien, divine Ignorante

    Si tu le veux bien, divine Ignorante,
    Je ferai celui qui ne sait plus rien
    Que te caresser d’une main errante,
    En le geste expert du pire vaurien,

    Si tu le veux bien, divine Ignorante.

    Soyons scandaleux sans plus nous gêner
    Qu’un cerf et sa biche ès bois authentiques.
    La honte, envoyons-la se promener.
    Même exagérons et, sinon cyniques,

    Soyons scandaleux sans plus nous gêner.


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    Paul VerlaineRecueil : Chansons pour elle
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  2. Es-tu brune ou blonde ?

    Es-tu brune ou blonde ?
    Sont-ils noirs ou bleus,
    Tes yeux ?
    Je n’en sais rien mais j’aime leur clarté profonde,
    Mais j’adore le désordre de tes cheveux.

    Es-tu douce ou dure ?
    Est-il sensible ou moqueur,
    Ton coeur ?
    Je n’en sais rien mais je rends grâce à la nature
    D’avoir fait de ton coeur mon maître et mon vainqueur.

    Fidèle, infidèle ?
    Qu’est-ce que ça fait,
    Au fait
    Puisque toujours dispose à couronner mon zèle
    Ta beauté sert de gage à mon plus cher souhait.

    Paul VerlaineRecueil : Chansons pour elle
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  3. Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre

    Le soir qu’Amour vous fit en la salle descendre
    Pour danser d’artifice un beau ballet d’amour,
    Vos yeux, bien qu’il fût nuit, ramenèrent le jour,
    Tant ils surent d’éclairs par la place répandre.

    Le ballet fut divin, qui se soulait reprendre,
    Se rompre, se refaire, et tour dessus retour
    Se mêler, s’écarter, se tourner à l’entour,
    Contre-imitant le cours du fleuve de Méandre.

    Ores il était rond, ores long, or étroit,
    Or en pointe, en triangle en la façon qu’on voit
    L’escadron de la grue évitant la froidure.

    Je faux, tu ne dansais, mais ton pied voletait
    Sur le haut de la terre ; aussi ton corps s’était
    Transformé pour ce soir en divine nature.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  4. Autre du même à la même dame

    Contente-toi d’un point :
    Tu es, je n’en mens point,
    Trop chaude à la curée ;
    Un coup suffit, la nuit,
    L’ordinaire qui suit
    Est toujours de durée.

    De reins faibles je suis,
    Relever je ne puis :
    Un cheval de bon être,
    Qui au montoir se plaît,
    Sans un nouveau surcroît
    Porte toujours son maître.

    Le nombre plus parfait
    Du premier un se fait,
    Qui par soi se compose ;
    La très simple unité,
    Loin de la pluralité
    Conserve toute chose.

    Le Monde sans pareil
    Ne porte qu’un Soleil,
    Qu’une Mer, qu’une Terre,
    Qu’une eau, qu’un Ciel ardent :
    Le nombre discordant
    Est cause de la guerre.


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    Pierre de RonsardRecueil : Pièces attribuées
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  5. Hinne à la Nuit

    Nuit, des amours ministre et sergente fidele
    Des arrests de Venus, et des saintes lois d’elle,
    Qui secrete acompaignes
    L’impatient ami de l’heure acoutumée,
    Ô l’aimée des Dieus, mais plus encore aimée
    Des étoiles compaignes,

    Nature de tes dons adore l’excellence,
    Tu caches lés plaisirs desous muet silence
    Que l’amour jouissante
    Donne, quand ton obscur étroitement assemble
    Les amans embrassés, et qu’ils tumbent ensemble
    Sous l’ardeur languissante.

    Lors que l’amie main court par la cuisse, et ores
    Par les tetins, ausquels ne s’acompare encores
    Nul ivoire qu’on voie,
    Et la langue en errant sur la joüe, et la face,
    Plus d’odeurs, et de fleurs, là naissantes, amasse
    Que I’Orient n’envoie.

    C’est toi qui les soucis, et les gennes mordantes,
    Et tout le soin enclos en nos ames ardantes
    Par ton present arraches.
    C’est toi qui rens la vie aus vergiers qui languissent,
    Aus jardins la rousée, et aus cieus qui noircissent
    Les idoles attaches.


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    Pierre de RonsardRecueil : Odes retranchées
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  6. Mignonne, allons voir si la rose

    A Cassandre

    Mignonne, allons voir si la rose
    Qui ce matin avoit desclose
    Sa robe de pourpre au Soleil,
    A point perdu ceste vesprée
    Les plis de sa robe pourprée,
    Et son teint au vostre pareil.

    Las ! voyez comme en peu d’espace,
    Mignonne, elle a dessus la place
    Las ! las ses beautez laissé cheoir !
    Ô vrayment marastre Nature,
    Puis qu’une telle fleur ne dure
    Que du matin jusques au soir !

    Donc, si vous me croyez, mignonne,
    Tandis que vostre âge fleuronne
    En sa plus verte nouveauté,
    Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
    Comme à ceste fleur la vieillesse
    Fera ternir vostre beauté.

    Pierre de RonsardRecueil : Les Odes
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  7. Odelette à sa maistresse

    Je veux aymer ardentement,
    Aussi veus-je qu’egallement
    On m’ayme d’une amour ardente :
    Toute amitié froidement lente
    Qui peut dissimuler son bien
    Ou taire son mal, ne vaut rien,
    Car faire en amours bonne mine
    De n’aymer point c’est le vray sine.

    Les amans si frois en esté
    Admirateurs de chasteté,
    Et qui morfondus petrarquisent,
    Sont toujours sots, car ils meprisent
    Amour, qui de sa nature est
    Ardent et pront, et à qui plest
    De faire qu’une amitié dure
    Quand elle tient de sa nature.

    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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  8. Ode à Cassandre

    En vous donnant ce pourtraict mien
    Dame, je ne vous donne rien
    Car tout le bien qui estoit nostre
    Amour dès le jour le fit vostre
    Que vous me fistes prisonnier,
    Mais tout ainsi qu’un jardinier
    Envoye des presens au maistre
    De son jardin loüé, pour estre
    Toujours la grace desservant
    De l’heritier, qu’il va servant
    Ainsi tous mes presens j’adresse
    A vous Cassandre ma maistresse,
    Corne à mon tout, et maintenant
    Mon portrait je vous vois donnant :
    Car la chose est bien raisonnable
    Que la peinture ressemblable,
    Au cors qui languist en souci
    Pour vostre amour, soit vostre aussi.
    Mais voyez come elle me semble
    Pensive, triste et pasle ensemble,
    Portraite de mesme couleur
    Qu’amour a portrait son seigneur.
    Que pleust à Dieu que la Nature
    M’eust fait au coeur une ouverture,
    Afin que vous eussiez pouvoir
    De me cognoistre et de me voir !
    Car ce n’est rien de voir, Maistresse,
    La face qui est tromperesse,
    Et le front bien souvent moqueur,
    C’est le tout que de voir le coeur.
    Vous voyriés du mien la constance,
    La foi, l’amour, l’obeissance,
    Et les voyant, peut estre aussi
    Qu’auriés de lui quelque merci,
    Et des angoisses qu’il endure :
    Voire quand vous seriés plus dure
    Que les rochers Caucaseans
    Ou les cruels flos Aegeans
    Qui sourds n’entendent les prieres
    Des pauvres barques marinieres.

    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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  9. J’ai pour maitresse

    J’aï pour maistresse une etrange Gorgonne,
    Qui va passant les anges en beauté,
    C’est un vray Mars en dure cruauté,
    En chasteté la fille de Latonne.

    Quand je la voy, mile fois je m’estonne
    La larme à l’oeil, ou que ma fermeté
    Ne la flechit, ou que sa dureté
    Ne me conduit d’où plus on ne retourne.

    De la nature un coeur je n’ay receu,
    Ainçois plus tost pour se nourir en feu
    i En lieu de luy j’ay une Salamandre,

    Car si j’avoi de chair un coeur humain,
    Long tems y a qu’il fust reduit en cendre,
    Veu le brasier dont toujours il ard plain.

    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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  10. Epitafe de Francois Rabelais

    Si d’un mort qui pourri repose
    Nature engendre quelque chose,
    Et si la generation
    Se fait de la corruption,
    Une vigne prendra naissance
    De l’estomac et de la pance
    Du bon Rabelais, qui boivoit
    Tousjours ce pendant qu’il vivoit
    La fosse de sa grande gueule
    Eust plus beu de vin toute seule
    (L’epuisant du nez en deus cous)
    Qu’un porc ne hume de lait dous,
    Qu’Iris de fleuves, ne qu’encore
    De vagues le rivage more.
    Jamais le Soleil ne l’a veu
    s Tant fût-il matin, qu’il n’eut beu,
    Et jamais au soir la nuit noire
    Tant fut tard, ne l’a veu sans boire.
    Car, alteré, sans nul sejour
    Le gallant boivoit nuit et jour.
    Mais quand l’ardante Canicule
    Ramenoit la saison qui brule,
    Demi-nus se troussoit les bras,
    Et se couchoit tout plat à bas
    Sur la jonchée, entre les taces :
    Et parmi des escuelles grasses
    Sans nulle honte se touillant,
    Alloit dans le vin barbouillant
    Comme une grenouille en sa fange
    Puis ivre chantoit la louange
    De son ami le bon Bacus,
    Comme sous lui furent vaincus
    Les Thebains, et comme sa mere
    Trop chaudement receut son pere,
    Qui en lieu de faire cela
    Las ! toute vive la brula.
    Il chantoit la grande massue,
    Et la jument de Gargantüe,
    Son fils Panurge, et les païs
    Des Papimanes ébaïs :
    Et chantoit les Iles Hieres
    Et frere Jan des autonnieres,
    Et d’Episteme les combas :
    Mais la mort qui ne boivoit pas
    Tira le beuveur de ce monde,
    Et ores le fait boire en l’onde
    Qui fuit trouble dans le giron
    Du large fleuve d’Acheron.
    Or toi quiconques sois qui passes
    Sur sa fosse repen des taces,
    Repen du bril, et des flacons,
    Des cervelas et des jambons,
    Car si encor dessous la lame
    Quelque sentiment a son ame,
    Il les aime mieux que les Lis,
    Tant soient ils fraichement cueillis.

    Pierre de RonsardRecueil : Le bocage
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