1. Les femmes sont sur la terre

    Les femmes sont sur la terre
    Pour tout idéaliser;
    L’univers est un mystère
    Que commente leur baiser.

    C’est l’amour qui, pour ceinture,
    A l’onde et le firmament,
    Et dont toute la nature,
    N’est, au fond, que l’ornement.

    Tout ce qui brille, offre à l’âme
    Son parfum ou sa couleur;
    Si Dieu n’avait fait la femme,
    Il n’aurait pas fait la fleur.

    A quoi bon vos étincelles,
    Bleus saphirs, sans les yeux doux?
    Les diamants, sans les belles,
    Ne sont plus que des cailloux;


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    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
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  2. Le firmament est plein de la vaste clarté

    Le firmament est plein de la vaste clarté ;
    Tout est joie, innocence, espoir, bonheur, bonté.
    Le beau lac brille au fond du vallon qui le mure ;
    Le champ sera fécond, la vigne sera mûre ;
    Tout regorge de sève et de vie et de bruit,
    De rameaux verts, d'azur frissonnant, d'eau qui luit,
    Et de petits oiseaux qui se cherchent querelle.
    Qu'a donc le papillon ? qu'a donc la sauterelle ?
    La sauterelle à l'herbe, et le papillon l'air ;
    Et tous deux ont avril, qui rit dans le ciel clair.
    Un refrain joyeux sort de la nature entière;
    Chanson qui doucement monte et devient prière.
    Le poussin court, l'enfant joue et danse, l'agneau
    Saute, et, laissant tomber goutte à goutte son eau,
    Le vieux antre, attendri, pleure comme un visage ;
    Le vent lit à quelqu'un d'invisible un passage
    Du poëme inouï de la création ;
    L'oiseau parle au parfum; la fleur parle au rayon ;
    Les pins sur les étangs dressent leur verte ombelle ;
    Les nids ont chaud ; l'azur trouve la terre belle,
    Onde et sphère, à la fois tous les climats flottants ;
    Ici l'automne, ici l'été ; là le printemps.
    Ô coteaux ! ô sillons ! souffles, soupirs, haleines !
    L'hosanna des forêts, des fleuves et des plaines,
    S'élève gravement vers Dieu, père du jour ;
    Et toutes les blancheurs sont des strophes d'amour ;
    Le cygne dit : Lumière! et le lys dit : Clémence
    Le ciel s'ouvre à ce chant comme une oreille immense.
    Le soir vient ; et le globe à son tour s'éblouit,
    Devient un œil énorme et regarde la nuit ;
    Il savoure, éperdu, l'immensité sacrée,
    La contemplation du splendide empyrée,
    Les nuages de crêpe et d'argent, le zénith,
    Qui, formidable, brille et flamboie et bénit,
    Les constellations, ces hydres étoilées,
    Les effluves du sombre et du profond, mêlées
    À vos effusions, astres de diamant,
    Et toute l'ombre avec tout le rayonnement !
    L'infini tout entier d'extase se soulève.
    Et, pendant ce temps-là, Satan, l'envieux, rêve.

    La Terrasse, avril 1840.

    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
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  3. La Fête chez Thérèse

    La chose fut exquise et fort bien ordonnée.
    C’était au mois d’avril, et dans une journée
    Si douce, qu’on eût dit qu’amour l’eût faite exprès.
    Thérèse la duchesse à qui je donnerais,
    Si j’étais roi, Paris, si j’étais Dieu, le monde,
    Quand elle ne serait que Thérèse la blonde;
    Cette belle Thérèse, aux yeux de diamant,
    Nous avait conviés dans son jardin charmant.
    On était peu nombreux. Le choix faisait la fête.
    Nous étions tous ensemble et chacun tête à tête.
    Des couples pas à pas erraient de tous côtés.
    C’étaient les fiers seigneurs et les rares beautés,
    Les Amyntas rêvant auprès des Léonores,
    Les marquises riant avec les monsignores;
    Et l’on voyait rôder dans les grands escaliers
    Un nain qui dérobait leur bourse aux cavaliers.

    A midi, le spectacle avec la mélodie.
    Pourquoi jouer Plautus la nuit? La comédie
    Est une belle fille, et rit mieux au grand jour.
    Or, on avait bâti, comme un temple d’amour,
    Près d’un bassin dans l’ombre habité par un cygne,
    Un théâtre en treillage où grimpait une vigne.
    Un cintre à claire-voie en anse de panier,
    Cage verte où sifflait un bouvreuil prisonnier,
    Couvrait toute la scène, et, sur leurs gorges blanches,
    Les actrices sentaient errer l’ombre des branches.
    On entendait au loin de magiques accords;
    Et, tout en haut, sortant de la frise à mi-corps,
    Pour attirer la foule aux lazzis qu’il répète,
    Le blanc Pulcinella sonnait de la trompette.
    Deux faunes soutenaient le manteau d’Arlequin;
    Trivelin leur riait au nez comme un faquin.
    Parmi les ornements sculptés dans le treillage,
    Colombine dormait dans un gros coquillage,
    Et, quand elle montrait son sein et ses bras nus,
    On eût cru voir la conque, et l’on eût dit Vénus.
    Le seigneur Pantalon, dans une niche, à droite,
    Vendait des limons doux sur une table étroite,
    Et criait par instants: -Seigneurs, l’homme est divin.
    — Dieu n’avait fait que l’eau, mais l’homme a fait le vin.-
    Scaramouche en un coin harcelait de sa batte
    Le tragique Alcantor, suivi du triste Arbate;
    Crispin, vêtu de noir, jouait de l’éventail;
    Perché, jambe pendante, au sommet du portail,
    Carlino se penchait, écoutant les aubades,
    Et son pied ébauchait de rêveuses gambades.

    Le soleil tenait lieu de lustre; la saison
    Avait brodé de fleurs un immense gazon,
    Vert tapis déroulé sous maint groupe folâtre.
    Rangés des deux côtés de l’agreste théâtre,
    Les vrais arbres du parc, les sorbiers, les lilas,
    Les ébéniers qu’avril charge de falbalas,
    De leur sève embaumée exhalant les délices,
    Semblaient se divertir à faire les coulisses,
    Et, pour nous voir, ouvrant leurs fleurs comme des yeux,
    Joignaient aux violons leur murmure joyeux;
    Si bien qu’à ce concert gracieux et classique,
    La nature mêlait un peu de sa musique.

    Tout nous charmait, les bois, le jour serein, l’air pur,
    Les femmes tout amour, et le ciel tout azur.
    Pour la pièce, elle était fort bonne, quoique ancienne,
    C’était, nonchalamment assis sur l’avant-scène,
    Pierrot qui haranguait, dans un grave entretien,
    Un singe timbalier à cheval sur un chien.


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    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
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  4. La chouette

    Une chouette était sur une porte clouée ;
    Larve de l'ombre au toit des hommes échouée.
    La nature, qui mêle une âme aux rameaux verts,
    Qui remplit tout, et vit, à des degrés divers,
    Dans la bête sauvage et la bête de somme,
    Toujours en dialogue avec l'esprit de l'homme,
    Lui donne à déchiffrer les animaux, qui sont
    Ses signes, alphabet formidable et profond ;
    Et, sombre, ayant pour mots l'oiseau, le ver, l'insecte,
    Parle deux langues : l'une, admirable et correcte,
    L'autre, obscur bégaîment. L'éléphant aux pieds lourds,
    Le lion, ce grand front de l'antre, l'aigle, l'ours,
    Le taureau, le cheval, le tigre au bond superbe,
    Sont le langage altier et splendide, le verbe ;
    Et la chauve-souris, le crapaud, le putois,
    Le crabe, le hibou, le porc, sont le patois.
    Or, j'étais là, pensif, bienveillant, presque tendre,
    Épelant ce squelette, et tâchant de comprendre
    Ce qu'entre les trois clous où son spectre pendait,
    Aux vivants, aux souffrants, au bœuf triste, au baudet,
    Disait, hélas ! la pauvre et sinistre chouette,
    Du côté noir de l'être informe silhouette.

    Elle disait :

    — Sur son front sombre
    Comme la brume se répand !

    Il remplit tout le fond de l'ombre.
    Comme sa tête morte pend !
    De ses yeux coulent ses pensées.
    Ses pieds troués, ses mains percées
    Bleuissent à l'air glacial,
    Oh ! comme il saigne dans le gouffre !
    Lui qui faisait le bien, il souffre
    Comme moi qui faisait le mal.


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    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 0
  5. Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans

    Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.
    Ton regard dit : Matin, et ton front dit : Printemps.
    Il semble que ta main porte un lys invisible.
    Don Juan te voit passer et murmure : Impossible ! —
    Sois belle. Sois bénie, enfant, dans ta beauté.
    La nature s'égaie à toute ta clarté ;
    Tu fais une lueur sous les arbres ; la guêpe
    Touche ta joue en fleur de son aile de crêpe ;
    La mouche à tes yeux vole ainsi qu'à des flambeaux.
    Ton souffle est un encens qui monte au ciel. Lesbos
    Et les marins d'Hydra, s'ils te voyaient sans voiles,
    Te prendraient pour l'Aurore aux cheveux pleins d'étoiles.
    Les êtres de l'azur froncent leur pur sourcil
    Quand l'homme, spectre obscur du mal et de l'exil,
    Ose approcher ton âme, aux rayons fiancée.
    Sois belle. Tu te sens par l'ombre caressée,
    Un ange vient baiser ton pied quand il est nu,
    Et c'est ce qui te fait ton sourire ingénu.

    Février 184..

    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 2
  6. Je respire où tu palpites

    Je respire où tu palpites,
    Tu sais; à quoi bon, hélas!
    Rester là si tu me quittes,
    Et vivre si tu t’en vas?

    A quoi bon vivre, étant l’ombre
    De cet ange qui s’enfuit!
    A quoi bon, sous le ciel sombre,
    N’être plus que de la nuit?

    Je suis la fleur des murailles,
    Dont avril est le seul bien.
    Il suffit que tu t’en ailles
    Pour qu’il ne reste plus rien.

    Tu m’entoures d’auréoles;
    Te voir est mon seul souci.
    Il suffit que tu t’envoles
    Pour que je m’envole aussi.


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    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 1
  7. Je lisais. Que lisais-je? Oh! le vieux livre austère

    Je lisais. Que lisais-je? Oh! le vieux livre austère,
    Le poëme éternel! — La Bible? — Non, la terre.
    Platon, tous les matins, quand revit le ciel bleu,
    Lisait les vers d’Homère, et moi les fleurs de Dieu.
    J’épèle les buissons, les brins d’herbe, les sources;
    Et je n’ai pas besoin d’emporter dans mes courses
    Mon livre sous mon bras, car je l’ai sous mes pieds.
    Je m’en vais devant moi dans les lieux non frayés,
    Et j’étudie à fond le texte, et je me penche,
    Cherchant à déchiffrer la corolle et la branche.
    Donc, courbé, — c’est ainsi qu’en marchant je traduis
    La lumière en idée, en syllabes les bruits, –
    J’étais en train de lire un champ, page fleurie.
    Je fus interrompu dans cette rêverie;
    Un doux martinet noir avec un ventre blanc
    Me parlait; il disait: — O pauvre homme, tremblant
    Entre le doute morne et la foi qui délivre,
    Je t’approuve. Il est bon de lire dans ce livre.
    Lis toujours, lis sans cesse, ô penseur agité,
    Et que les champs profonds t’emplissent de clarté!
    Il est sain de toujours feuilleter la nature,
    Car c’est la grande lettre et la grande écriture;
    Car la terre, cantique où nous nous abîmons,
    A pour versets les bois et pour strophes les monts!
    Lis. Il n’est rien dans tout ce que peut sonder l’homme
    Qui, bien questionné par l’âme, ne se nomme.
    Médite. Tout est plein de jour, même la nuit;
    Et tout ce qui travaille, éclaire, aime ou détruit,
    A des rayons: la roue au dur moyeu, l’étoile,
    La fleur, et l’araignée au centre de sa toile.
    Rends-toi compte de Dieu. Comprendre, c’est aimer.
    Les plaines où le ciel aide l’herbe à germer,
    L’eau, les prés, sont autant de phrases où le sage
    Voit serpenter des sens qu’il saisit au passage.
    Marche au vrai. Le réel, c’est le juste, vois-tu;
    Et voir la vérité, c’est trouver la vertu.
    Bien lire l’univers, c’est bien lire la vie.
    Le monde est l’oeuvre où rien ne ment et ne dévie,
    Et dont les mots sacrés répandent de l’encens.
    L’homme injuste est celui qui fait des contre-sens.
    Oui, la création tout entière, les choses,
    Les êtres, les rapports, les éléments, les causes,
    Rameaux dont le ciel clair perce le réseau noir,
    L’arabesque des bois sur les cuivres du soir,
    La bête, le rocher, l’épi d’or, l’aile peinte,
    Tout cet ensemble obscur, végétation sainte,
    Compose en se croisant ce chiffre énorme: DIEU.
    L’éternel est écrit dans ce qui dure peu;
    Toute l’immensité, sombre, bleue, étoilée,
    Traverse l’humble fleur, du penseur contemplée;
    On voit les champs, mais c’est de Dieu qu’on s’éblouit.
    Le lys que tu comprends en toi s’épanouit;
    Les roses que tu lis s’ajoutent à ton âme.
    Les fleurs chastes, d’où sort une invisible flamme,
    Sont les conseils que Dieu sème sur le chemin;
    C’est l’âme qui les doit cueillir, et non la main.
    Ainsi tu fais; aussi l’aube est sur ton front sombre;
    Aussi tu deviens bon, juste et sage; et dans l’ombre
    Tu reprends la candeur sublime du berceau. –
    Je répondis: — Hélas! tu te trompes, oiseau.
    Ma chair, faite de cendre, à chaque instant succombe;
    Mon âme ne sera blanche que dans la tombe;
    Car l’homme, quoi qu’il fasse, est aveugle ou méchant.
    Et je continuai la lecture du champ.

    Juillet 1833.

    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 1
  8. Horror

    I

    Esprit mystérieux qui, le doigt sur ta bouche,
    Passes ne t'en va pas ! parle à l'homme farouche
    Ivre d'ombre et d'immensité,
    Parle-moi, toi, front blanc qui dans ma nuit te penches ;
    Réponds-moi, toi qui luis et marches sous les branches,
    Comme un souffle de la clarté !

    Est-ce toi que chez moi minuit parfois apporte ?
    Est-ce toi qui heurtais l'autre nuit à ma porte,
    Pendant que je ne dormais pas ?
    C'est donc vers moi que vient lentement ta lumière ?
    La pierre de mon seuil peut-être est la première
    Des sombres marches du trépas.

    Peut-être qu'à ma porte ouvrant sur l'ombre immense,
    L'invisible escalier des ténèbres commence ;
    Peut-être, ô pâles échappés,
    Quand vous montez du fond de l'horreur sépulcrale,
    Ô morts, quand vous sortez de la froide spirale,
    Est-ce chez moi que vous frappez !


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    • 1
  9. Épitaphe

    Il vivait, il jouait, riante créature.
    Que te sert d'avoir pris cet enfant, ô nature ?
    N'as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,
    Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l'onde amère ?
    Que te sert d'avoir pris cet enfant à sa mère,
    Et de l'avoir caché sous des touffes de fleurs ?

    Pour cet enfant de plus tu n'es pas plus peuplée,
    Tu n'es pas plus joyeuse, ô nature étoilée !
    Et le cœur de la mère en proie à tant de soins,
    Ce cœur où toute joie engendre une torture,
    Cet abîme aussi grand que toi-même, ô nature,
    Est vide et désolé pour cet enfant de moins !

    Mai 1843.

    Victor HugoRecueil : Les Contemplations
    • 1
  10. En frappant à une porte

    J'ai perdu mon père et ma mère,
    Mon premier né, bien jeune, hélas !
    Et pour moi la nature entière
    Sonne le glas.

    Je dormais entre mes deux frères ;
    Enfants, nous étions trois oiseaux ;
    Hélas ! le sort change en deux bières
    Leurs deux berceaux.

    Je t'ai perdue, ô fille chère,
    Toi qui remplis, ô mon orgueil,
    Tout mon destin de la lumière
    De ton cercueil !

    J'ai su monter, j'ai su descendre.
    J'ai vu l'aube et l'ombre en mes cieux.
    J'ai connu la pourpre, et la cendre
    Qui me va mieux.


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    • 0
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