1. J’arrive où je suis étranger

    Rien n’est précaire comme vivre
    Rien comme être n’est passager
    C’est un peu fondre pour le givre
    Et pour le vent être léger
    J’arrive où je suis étranger
    Un jour tu passes la frontière
    D’où viens-tu mais où vas-tu donc
    Demain qu’importe et qu’importe hier
    Le coeur change avec le chardon
    Tout est sans rime ni pardon
    Passe ton doigt là sur ta tempe
    Touche l’enfance de tes yeux
    Mieux vaut laisser basses les lampes
    La nuit plus longtemps nous va mieux
    C’est le grand jour qui se fait vieux
    Les arbres sont beaux en automne
    Mais l’enfant qu’est-il devenu
    Je me regarde et je m’étonne
    De ce voyageur inconnu
    De son visage et ses pieds nus
    Peu a peu tu te fais silence
    Mais pas assez vite pourtant
    Pour ne sentir ta dissemblance
    Et sur le toi-même d’antan
    Tomber la poussière du temps
    C’est long vieillir au bout du compte
    Le sable en fuit entre nos doigts
    C’est comme une eau froide qui monte
    C’est comme une honte qui croît
    Un cuir à crier qu’on corroie
    C’est long d’être un homme une chose
    C’est long de renoncer à tout
    Et sens-tu les métamorphoses
    Qui se font au-dedans de nous
    Lentement plier nos genoux
    Ô mer amère ô mer profonde
    Quelle est l’heure de tes marées
    Combien faut-il d’années-secondes
    À l’homme pour l’homme abjurer
    Pourquoi pourquoi ces simagrées
    Rien n’est précaire comme vivre
    Rien comme être n’est passager
    C’est un peu fondre pour le givre
    Et pour le vent être léger
    J’arrive où je suis étranger.

    Louis AragonRecueil : Le Voyage de Hollande et autres poèmes
    • 2
  2. Elsa

    Tandis que je parlais le langage des vers
    Elle s’est doucement tendrement endormie
    Comme une maison d’ombre au creux de notre vie
    Une lampe baissée au coeur des myrrhes verts

    Sa joue a retrouvé le printemps du repos
    Ô corps sans poids posé dans un songe de toile
    Ciel formé de ses yeux à l’heure des étoiles
    Un jeune sang l’habite au couvert de sa peau
    La voila qui reprend le versant de ses fables
    Dieu sait obéissant à quels lointains signaux
    Et c’est toujours le bal la neige les traîneaux
    Elle a rejoint la nuit dans ses bras adorables
    Je vois sa main bouger Sa bouche Et je me dis
    Qu’elle reste pareille aux marches du silence
    Qui m’échappe pourtant de toute son enfance
    Dans ce pays secret à mes pas interdit
    Je te supplie amour au nom de nous ensemble
    De ma suppliciante et folle jalousie
    Ne t’en va pas trop loin sur la pente choisie
    Je suis auprès de toi comme un saule qui tremble
    J’ai peur éperdument du sommeil de tes yeux
    Je me ronge le coeur de ce coeur que j’écoute
    Amour arrête-toi dans ton rêve et ta route
    Rends-moi ta conscience et mon mal merveilleux

    Louis AragonRecueil : Le Roman inachevé
    • 1
  3. Santa Espina

    Je me souviens d’un air qu’on ne pouvait entendre
    Sans que le coeur battît et le sang fût en feu
    Sans que le feu reprît comme un coeur sous la cendre
    Et l’on savait enfin pourquoi le ciel est bleu

    Je me souviens d’un air pareil à l’air du large
    D’un air pareil au cri des oiseaux migrateurs
    Un air dont le sanglot semble porter en marge
    La revanche de sel des mers sur leurs dompteurs

    Je me souviens d’un air que l’on sifflait dans l’ombre
    Dans les temps sans soleils ni chevaliers errants
    Quand l’enfance pleurait et dans les catacombes
    Rêvait un peuple pur à la mort des tyrans

    Il portait dans son nom les épines sacrées
    Qui font au front d’un dieu ses larmes de couleur
    Et le chant dans la chair comme une barque ancrée
    Ravivait sa blessure et rouvrait sa douleur


    Lire le poème "Santa Espina" en entier
    (il reste 5 strophes à lire)
    Louis AragonRecueil : Le Crève-coeur
    • 1
  4. Vie de Jean-Baptiste A***

    Une ombre au milieu du soleil dort
    soleil d'or
    Jean-Bart
    dans l'avenue aux catalpas
    Mais patience
    En ce temps je n'étais pas né
    Le train repart

    ROSA la rose et ce goût d'encre ô mon enfance
    Calculer Cos. ?
    en fonction de
    tg ?/2

    Ma jeunesse Apéro qu'à peine ont aperçu
    les glaces d'un café lasses de tant de mouches
    Jeunesse et je n'ai pas baisé toutes les bouches

    Le premier arrivé au fond du corridor
    1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 MORT
    Une ombre au milieu du soleil dort c'est l'œil

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
    • 1
  5. Vie de Jean-Baptiste A***

    Une ombre au milieu du soleil dort
    soleil d'or
    Jean-Bart
    dans l'avenue aux catalpas
    Mais patience
    En ce temps je n'étais pas né
    Le train repart

    ROSA la rose et ce goût d'encre ô mon enfance
    Calculer Cos. ?
    en fonction de
    tg ?/2

    Ma jeunesse Apéro qu'à peine ont aperçu
    les glaces d'un café lasses de tant de mouches
    Jeunesse et je n'ai pas baisé toutes les bouches

    Le premier arrivé au fond du corridor
    1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 MORT
    Une ombre au milieu du soleil dort c'est l'œil

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
    • 0
  6. Le Délire du Fantassin

    L’enfant fantôme fend de l'homme
    entre les piliers de pierre :
    2 ? R, son tour de tête.
    ( La tour monte, attention au ciel )
    Comme il mue, avec sa voix de rogomme
    il effraye à tort ou à raison l'orfraie empaillée
    Qu'on ne voit pas à cause de la chaleur
    à cause de la couleur
    à cause de la douleur

    Jamais la boule en buis ne pourra retomber
    Sur le bout de bois blanc du bilboquet

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
    • 0
  7. Le Délire du Fantassin

    L’enfant fantôme fend de l'homme
    entre les piliers de pierre :
    2 ? R, son tour de tête.
    ( La tour monte, attention au ciel )
    Comme il mue, avec sa voix de rogomme
    il effraye à tort ou à raison l'orfraie empaillée
    Qu'on ne voit pas à cause de la chaleur
    à cause de la couleur
    à cause de la douleur

    Jamais la boule en buis ne pourra retomber
    Sur le bout de bois blanc du bilboquet

    Louis AragonRecueil : Feu de joie
    • 0
  8. Il faut bien y croire

    Les jeux de ces curieux enfants qui sont les nôtres
    Jeux simples qui leur font les yeux émerveillés
    Pleins d'une fièvre qui les rapproche et les éloigne
    Du monde où nous rêvons de faire place aux autres

    Les jeux d'azur et de nuages
    De gentillesses et de courses à la mesure d'un cœur futur
    Qui ne sera jamais coupable
    Les yeux de ces enfants qui sont nos yeux anciens

    Nous eûmes plus de charmes que jamais les fées.

    Paul EluardRecueil : Le Phénix
    • 0
  9. Dominique aujourd’hui présente

    Toutes les choses au hasard
    Tous les mots dits sans y penser
    Et qui sont pris comme ils sont dits
    Et nul n’y perd et nul n'y gagne

    Les sentiments à la dérive
    Et l'effort le plus quotidien
    Le vague souvenir des songes
    L'avenir en butte à demain

    Les mots coincés dans un enfer
    De roues usées de lignes mortes
    Les choses grises et semblables
    Les hommes tournant dans le vent

    Muscles voyants squelette intime
    Et la vapeur des sentiments
    Le cœur réglé comme un cercueil
    Les espoirs réduits à néant


    Lire le poème "Dominique aujourd’hui présente" en entier
    (il reste 11 strophes à lire)
    Paul EluardRecueil : Le Phénix
    • 1
  10. Pluie

    « Le mal, c'est comme les enfants, sur terre on doit en avoir. » Tu dis cela tranquillement, tes deux yeux surveillant le soir.

    Par ce temps qui délabre tout, as-tu donc un si grand souci que je vois rien de ta peine, que ton calme est presque méchant —

    et que l'eau qui tombe entre nous tombe entre nous comme dans un trou ?

    Paul EluardRecueil : Le Devoir et l'Inquiétude
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