10 phrases qui trahissent une anxiété cachée, selon la psychologie

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 7 minutes de lecture
10 phrases qui trahissent une anxiété cachée, selon la psychologie
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"Ça va, je suis juste fatigué." "Non, non, je m'inquiète pas, c'est juste que je réfléchis beaucoup." "Je suis comme ça, c'est tout." Si l'une de ces phrases vous semble familière, vous connaissez peut-être l'anxiété cachée de l'intérieur : ce bruit de fond permanent qu'on minimise, qu'on rationalise, et qu'on finit par ne plus vraiment voir.
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Pourquoi on cache son anxiété (même à soi-même) ?

L'anxiété invisible ne ressemble pas toujours à une crise de panique. Elle prend souvent la forme d'une fatiguequi ne passe pas, d'un perfectionnisme tenace, d'un besoin de tout anticiper ou d'une habitude de s'excuser pour tout. Chez d'autres, l'anxiété passe par la tête : on se dit qu'on "réfléchit beaucoup", alors qu'on tourne en boucle sur ce qui inquiète.

Ce sont des comportements acceptés, parfois même valorisés, et c'est justement pour ça qu'ils sont difficiles à repérer, y compris par la personne concernée.

On apprend tôt que montrer son inquiétude, c'est risquer de paraître faible ou de déranger. Alors on s'adapte et on affiche le calme. Les psychologues appellent ce mécanisme la « suppression expressive » : on retient l'expression d'une émotion, mais l'émotion elle-même reste là.
Le psychologue James Gross, de l'université Stanford, l'étudie depuis les années 1990. Ses travaux montrent que cacher une émotion ne la fait pas disparaître. Le corps continue de réagir, parfois même davantage.

En 2003, avec Oliver John, il observe que les personnes qui cachent souvent leurs émotions ressentent moins d'émotions positives et se sentent moins proches des autres. Faire semblant d'aller bien demande de l'énergie, ce qui explique en partie cette fatigue qu'on met sur le compte du travail ou du sommeil.

10 phrases pour nommer ce que vous ressentez vraiment

Mettre des mots sur une anxiété cachée, c'est déjà commencer à la désamorcer. En 2007, une équipe de l'université de Californie à Los Angeles, menée par Matthew Lieberman, a observé que nommer une émotion diminue l'activité de l'amygdale, la zone du cerveau qui déclenche nos réactions d'alarme.

Vous n'avez pas besoin de toutes les utiliser : choisissez celle qui vous semble la plus juste, et dites-la à voix haute ou écrivez-la.

Pour en parler à quelqu'un de confiance

  • "Je ne suis pas vraiment inquiet, mais je n'arrive pas à m'arrêter de penser à ça."
  • "Je crois que j'ai l'air calme, mais dans ma tête c'est rarement aussi tranquille."
  • "Je tourne en rond depuis quelques jours et je n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui cloche."
Mal que l'on tait demeure sans conseil ; douleur cachée, sans médecine.
Proverbe français

Une inquiétude qu'on garde pour soi ne peut pas être soulagée, puisque personne ne sait qu'elle existe.

Pour vous parler à vous-même (ou dans un journal)

  • "Là, je sens que je contrôle tout pour ne pas avoir à ressentir quelque chose."
  • "Je m'occupe beaucoup en ce moment, peut-être trop, pour ne pas m'asseoir avec ce que j'ai en tête."
  • "Je ne suis pas fatigué physiquement. Je suis fatigué d'anticiper."
Freud décrivait ce piège dès 1926, dans Inhibition, symptôme et angoisse : se rassurer fait du bien sur le moment, mais n'aide pas à y voir plus clair.
Lorsque celui qui chemine dans l'obscurité chante, il nie son anxiété mais il n'y voit pas plus clair pour autant
Sigmund Freud

Pour expliquer votre fonctionnement à votre entourage

  • "Parfois je souris et je dis que tout va bien, mais c'est plus un réflexe qu'un état réel."
  • "J'ai tendance à minimiser ce que je ressens, même quand ça prend beaucoup de place."

Pour en parler à un professionnel de santé

  • "Ce n'est pas une crise, c'est plutôt quelque chose de constant que je n'arrive pas à nommer."
  • "Je fonctionne bien de l'extérieur, mais intérieurement il y a une tension que je traîne depuis longtemps."
L'anxiété peut aussi prendre l'apparence de la lucidité. On doute de tout, on prévoit le pire, on se méfie des bonnes nouvelles, et on appelle ça de l'esprit critique, alors que c'est parfois une inquiétude qui a pris une forme plus présentable. Le philosophe Emil Cioran, grand insomniaque, l'a résumé en une formule :
Le scepticisme est l'élégance de l'anxiété.
Emil Michel Cioran

Quand l'anxiété cachée mérite d'être prise au sérieux

Choisir de ne pas parler de son anxiété dans un contexte donné, ce n'est pas la même chose que ne plus être capable de la reconnaître. Dans le premier cas, c'est un choix. Dans le second, c'est un mécanisme de défense installé avec le temps.

Quand l'anxiété reste masquée longtemps, elle finit par se manifester autrement : irritabilité soudaine, besoin de contrôle, troubles du sommeil, procrastination.

On parle parfois d'« anxiété à haut fonctionnement » pour décrire ces personnes qui assurent tout en s'inquiétant en silence. Ce n'est pas un diagnostic officiel. En revanche, la fatigue fait bien partie des signes du trouble anxieux généralisé décrits dans le DSM-5, le manuel de référence des psychiatres.

Elle y figure avec l'irritabilité, les tensions musculaires et les troubles du sommeil. Quand l'inquiétude est présente presque tous les jours depuis plus de six mois, il vaut la peine d'en parler à un médecin ou à un psychologue.

Selon l'OMS, les troubles anxieux sont les troubles mentaux les plus fréquents dans le monde : environ 470 millions de personnes étaient concernées en 2023, soit environ 5,8 % de la population mondiale.
Et seule une personne concernée sur quatre est soignée, preuve que beaucoup gardent leur anxiété pour elles.


Pourquoi mettre des mots sur son anxiété aide vraiment ?

Mettre des mots sur son anxiété, ce n'est pas la dramatiser. C'est simplement lui retirer le pouvoir qu'elle a quand elle reste dans l'ombre.

Une fois qu'on a les mots, on peut choisir : en parler, consulter, ou simplement arrêter de se répéter que "c'est rien" quand c'est clairement quelque chose. Ce changement de vocabulaire, aussi petit soit-il, modifie la relation qu'on entretient avec soi-même. Et ça, ça compte !

Pour aller plus loin : Anxiété : la méthode des 5 sens pour se calmer quand le mental s’emballe

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AnxiétéExpressive suppressionJames Gross
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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