Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesMon âme est triste jusqu’à la mort !
J’ai vécu ; c’est-à-dire à moi-même inconnu
Ma mère en gémissant m’a jeté faible et nu ;
J’ai compté dans le ciel le coucher et l’aurore
D’un astre qui descend pour remonter encore,
Et dont l’homme, qui s’use à les compter en vain,
Attend, toujours trompé, toujours un lendemain ;
Mon âme a, quelques jours, animé de sa vie
Un peu de cette fange à ces sillons ravie,
Qui répugnait à vivre et tendait à la mort,
Faisait pour se dissoudre un éternel effort,
Et que par la douleur je retenais à peine ;
La douleur ! noeud fatal, mystérieuse chaîne,
Qui dans l’homme étonné réunit pour un jour
Deux natures luttant dans un contraire amour
Et dont chacune à part serait digne d’envie,
L’une dans son néant et l’autre dans sa vie,
Si la vie et la mort ne sont pas même, hélas !
Deux mots créés par l’homme et que Dieu n’entend pas ?
Maintenant ce lien que chacun d’eux accuse,
Prêt à se rompre enfin sous la douleur qui l’use,
Laisse s’évanouir comme un rêve léger
L’inexplicable tout qui veut se partager ;
Je ne tenterai pas d’en renouer la trame,
J’abandonne à leur chance et mes sens et mon âme :
Qu’ils aillent où Dieu sait, chacun de leur côté !
Adieu, monde fuyant ! nature, humanité,
Vaine forme de l’être, ombre d’un météore,
Nous nous connaissons trop pour nous tromper encore !Oui, je te connais trop, ô vie !
Que tu sais bien dorer ton magique lointain !
Qu’il est beau l’horizon de ton riant matin !
Quand le premier amour et la fraîche espérance
Nous entrouvrent l’espace où notre âme s’élance
N’emportant avec soi qu’innocence et beauté,
Et que d’un seul objet notre coeur enchanté
Dit comme Roméo : « Non, ce n’est pas l’aurore !
Aimons toujours ! l’oiseau ne chante pas encore ! »
Tout le bonheur de l’homme est dans ce seul instant ;
Le sentier de nos jours n’est vert qu’en le montant !
De ce point de la vie où l’on en sent le terme
On voit s’évanouir tout ce qu’elle renferme ;
L’espérance reprend son vol vers l’Orient ;
On trouve au fond de tout le vide et le néant ;
Avant d’avoir goûté l’âme se rassasie ;
Jusque dans cet amour qui peut créer la vie
On entend une voix : Vous créez pour mourir !
Et le baiser de feu sent un frisson courir !
Quand le bonheur n’a plus ni lointain ni mystère,
Quand le nuage d’or laisse à nu cette terre,
Quand la vie une fois a perdu son erreur,
Quand elle ne ment plus, c’en est fait du bonheur !Ah ! si vous paraissiez sans ombre et sans emblème,
Source de la lumière et toi lumière même,
Ame de l’infini, qui resplendit de toi !
Si, frappés seulement d’un rayon de ta foi,
Nous te réfléchissions dans notre intelligence,
Comme une mer obscure où nage un disque immense,
Tout s’évanouirait devant ce pur soleil,
Comme l’ombre au matin, comme un songe au réveil ;
Tout s’évaporerait sous le rayon de flamme,
La matière, et l’esprit, et les formes, et l’âme,
Tout serait pour nos yeux, à ta pure clarté,
Ce qu’est la pâle image à la réalité !
La vie, à ton aspect, ne serait plus la vie,
Elle s’élèverait triomphante et ravie,
Ou, si ta volonté comprimait son transport,
Elle ne serait plus qu’une éternelle mort !
Malgré le voile épais qui te cache à ma vue,
Voilà, voilà mon mal ! c’est ta soif qui me tue !
Mon âme n’est vers toi qu’un éternel soupir,
Une veille que rien ne peut plus assoupir ;
Je meurs de ne pouvoir nommer ce que j’adore,
Et si tu m’apparais ! tu vois, je meurs encore !
Et de mon impuissance à la fin convaincu,
Me voilà ! demandant si j’ai jamais vécu,
Touchant au terme obscur de mes courtes années,
Comptant mes pas perdus et mes heures sonnées,
Aussi surpris de vivre, aussi vide, aussi nu,
Que le jour où l’on dit : Un enfant m’est venu !
Prêt à rentrer sous l’herbe, à tarir, à me taire,
Comme le filet d’eau qui, surgi de la terre,
Y rentre de nouveau par la terre englouti
À quelques pas du sol dont il était sorti !
Seulement, cette eau fuit sans savoir qu’elle coule ;
Ce sable ne sait pas où la vague le roule ;
Ils n’ont ni sentiment, ni murmure, ni pleurs,
Et moi, je vis assez pour sentir que je meurs !
Mourir ! ah ! ce seul mot fait horreur de la vie !
L’éternité vaut-elle une heure d’agonie ?
La douleur nous précède, et nous enfante au jour,
La douleur à la mort nous enfante à son tour !
Je ne mesure plus le temps qu’elle me laisse,
Comme je mesurais, dans ma verte jeunesse,
En ajoutant aux jours de longs jours à venir,
Mais, en les retranchant de mon court avenir,
Je dis : Un jour de plus, un jour de moins ; l’aurore
Me retranche un de ceux qui me restaient encore ;
je ne les attends plus, comme dans mon matin,
Pleins, brillants, et dorés des rayons du lointain,
Mais ternes, mais pâlis, décolorés et vides
Comme une urne fêlée et dont les flancs arides
Laissent fuir l’eau du ciel que l’homme y cherche en vain,
Passé sans souvenir, présent sans lendemain,
Et je sais que le jour est semblable à la veille,
Et le matin n’a plus de voix qui me réveille,
Et j’envie au tombeau le long sommeil qu’il dort,
Et mon âme est déjà triste comme la mort !- 0
Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesLe cri de l’âme
Quand le souffle divin qui flotte sur le monde
S’arrête sur mon âme ouverte au moindre vent,
Et la fait tout à coup frissonner comme une onde
Où le cygne s’abat dans un cercle mouvant !Quand mon regard se plonge au rayonnant abîme,
Où luisent ces trésors du riche firmament,
Ces perles de la nuit que son souffle ranime,
Des sentiers du Seigneur innombrable ornement !Quand d’un ciel de printemps l’aurore qui ruisselle
Se brise et rejaillit en gerbes de chaleur,
Que chaque atome d’air roule son étincelle,
Et que tout sous mes pas devient lumière ou fleur !Quand tout chante ou gazouille, ou roucoule ou bourdonne,
Que d’immortalité tout semble se nourrir,
Et que l’homme, ébloui de cet air qui rayonne,
Croit qu’un jour si vivant ne pourra plus mourir !
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Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesLe premier regret
Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
Déroule ses flots bleus aux pieds de l’oranger
Il est, près du sentier, sous la haie odorante,
Une pierre petite, étroite, indifférente
Aux pas distraits de l’étranger !La giroflée y cache un seul nom sous ses gerbes.
Un nom que nul écho n’a jamais répété !
Quelquefois seulement le passant arrêté,
Lisant l’âge et la date en écartant les herbes,
Et sentant dans ses yeux quelques larmes courir,
Dit : Elle avait seize ans! c’est bien tôt pour mourir !Mais pourquoi m’entraîner vers ces scènes passées ?
Laissons le vent gémir et le flot murmurer ;
Revenez, revenez, ô mes tristes pensées !
Je veux rêver et non pleurer !Dit : Elle avait seize ans ! – Oui, seize ans ! et cet âge
N’avait jamais brillé sur un front plus charmant !
Et jamais tout l’éclat de ce brûlant rivage
Ne s’était réfléchi dans un oeil plus aimant !
Moi seul, je la revois, telle que la pensée
Dans l’âme où rien ne meurt, vivante l’a laissée ;
Vivante ! comme à l’heure où les yeux sur les miens,
Prolongeant sur la mer nos premiers entretiens,
Ses cheveux noirs livrés au vent qui les dénoue,
Et l’ombre de la voile errante sur sa joue,
Elle écoutait le chant du nocturne pêcheur,
De la brise embaumée aspirait la fraîcheur,
Me montrait dans le ciel la lune épanouie
Comme une fleur des nuits dont l’aube est réjouie,
Et l’écume argentée ; et me disait : Pourquoi
Tout brille-t-il ainsi dans les airs et dans moi ?
Jamais ces champs d’azur semés de tant de flammes,
Jamais ces sables d’or où vont mourir les lames,
Ces monts dont les sommets tremblent au fond des cieux,
Ces golfes couronnés de bois silencieux,
Ces lueurs sur la côte, et ces champs sur les vagues,
N’avaient ému mes sens de voluptés si vagues !
Pourquoi comme ce soir n’ai-je jamais rêvé ?
Un astre dans mon coeur s’est-il aussi levé ?
Et toi, fils du matin ! dis, à ces nuits si belles
Les nuits de ton pays, sans moi, ressemblaient-elles ?
Puis regardant sa mère assise auprès de nous
Posait pour s’endormir son front sur ses genoux.
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Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesL’humanité – suite de Jehova
A de plus hauts degrés de l’échelle de l’être
En traits plus éclatants Jehova va paraître,
La nuit qui le voilait ici s’évanouit !
Voyez aux purs rayons de l’amour qui va naître
La vierge qui s’épanouit !Elle n’éblouit pas encore
L’oeil fasciné qu’elle suspend,
On voit qu’elle-même elle ignore
La volupté qu’elle répand ;
Pareille, en sa fleur virginale,
A l’heure pure et matinale
Qui suit l’ombre et que le jour suit,
Doublement belle à la paupière,
Et des splendeurs de la lumière
Et des mystères de la nuit !Son front léger s’élève et plane
Sur un cou flexible, élancé,
Comme sur le flot diaphane
Un cygne mollement bercé ;
Sous la voûte à peine décrite
De ce temple où son âme habite,
On voit le sourcil s’ébaucher,
Arc onduleux d’or ou d’ébène
Que craint d’effacer une haleine,
Ou le pinceau de retoucher !Là jaillissent deux étincelles
Que voile et couvre à chaque instant,
Comme un oiseau qui bat des ailes,
La paupière au cil palpitant!
Sur la narine transparente
Les veines où le sang serpente
S’entrelacent comme à dessein,
Et de sa lèvre qui respire
Se répand avec le sourire
Le souffle embaumé de son sein !
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Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesJehova ou l’idée de dieu
Sinaï! Sinaï ! quelle nuit sur ta cime !
Quels éclairs, sur tes flancs, éblouissent les yeux !
Les noires vapeurs de l’abîme
Roulent en plis sanglants leurs vagues dans tes cieux !
La nue enflammée
Où ton front se perd
Vomit la fumée
Comme un chaume verd;
Le ciel d’où s’échappe
Eclair sur éclair,
Et pareil au fer
Que le marteau frappe,
Lançant coups sur coups
La nuit, la lumière,
Se voile ou s’éclaire,
S’ouvre ou se resserre,
Comme la paupière
D’un homme en courroux !Un homme, un homme seul gravit tes flancs qui grondent,
En vain tes mille échos tonnent et se répondent,
Ses regards assurés ne se détournent pas !
Tout un peuple éperdu le regarde d’en bas;
Jusqu’aux lieux où ta cime et le ciel se confondent,
Il monte, et la tempête enveloppe ses pas !
Le nuage crève;
Son brûlant carreau
Jaillit comme un glaive
Qui sort du fourreau !
Les foudres portées
Sur ses plis mouvants,
Au hasard jetées
Par les quatre vents,
Entre elles heurtées,
Partent en tous sens,
Comme une volée
D’aiglons aguerris
Qu’un bruit de mêlée
A soudain surpris,
Qui, battant de l’aile,
Volent pêle-mêle
Autour de leurs nids,
Et loin de leur mère,
La mort dans leur serre,
S’élancent de l’aire
En poussant des cris !
Le cèdre s’embrase,
Crie, éclate, écrase
Sa brûlante base
Sous ses bras fumants !
La flamme en colonne
Monte, tourbillonne,
Retombe et bouillonne
En feux écumants;
La lave serpente,
Et de pente en pente
Etend son foyer;
La montagne ardente
Paraît ondoyer;
Le firmament double
Les feux dont il luit;
Tout regard se trouble,
Tout meurt ou tout fuit;
Et l’air qui s’enflamme,
Repliant la flamme
Autour du haut lieu,
Va de place en place
Où le vent le chasse,
Semer dans l’espace
Des lambeaux de feu !Sous ce rideau brûlant qui le voile et l’éclaire,
Moïse a seul, vivant, osé s’ensevelir;
Quel regard sondera ce terrible mystère ?
Entre l’homme et le feu que va-t-il s’accomplir ?
Dissipez, vains mortels, l’effroi qui vous atterre !
C’est Jehova qui sort ! Il descend au milieu
Des tempêtes et du tonnerre !
C’est Dieu qui se choisit son peuple sur la terre,
C’est un peuple à genoux qui reconnaît son Dieu !L’Indien, élevant son âme
Aux voûtes de son ciel d’azur,
Adore l’éternelle flamme
Prise à son foyer le plus pur;
Au premier rayon de l’aurore,
Il s’incline, il chante, il adore
L’astre d’où ruisselle le jour;
Et le soir, sa triste paupière
Sur le tombeau de la lumière
Pleure avec des larmes d’amour !
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Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesEternité de la nature, brièveté de l’homme
Roulez dans vos sentiers de flamme,
Astres, rois de l’1immensité!
Insultez, écrasez mon âme
Par votre presque éternité!
Et vous, comètes vagabondes,
Du divin océan des mondes
Débordement prodigieux,
Sortez des limites tracées,
Et révélez d’autres pensées
De celui qui pensa les cieux!Triomphe, immortelle nature!
A qui la main pleine de jours
Prête des forces sans mesure,
Des temps qui renaissent toujours!
La mort retrempe ta puissance,
Donne, ravis, rends l’existence
A tout ce qui la puise en toi;
Insecte éclos de ton sourire,
Je nais, je regarde et j’expire,
Marche et ne pense plus à moi!Vieil océan, dans tes rivages
Flotte comme un ciel écumant,
Plus orageux que les nuages,
Plus lumineux qu’un firmament!
Pendant que les empires naissent,
Grandissent, tombent, disparaissent
Avec leurs générations,
Dresse tes bouillonnantes crêtes,
Bats ta rive! et dis aux: tempêtes :
Où sont les nids des nations?Toi qui n’es pas lasse d’éclore
Depuis la naissance des jours.
Lève-toi, rayonnante aurore,
Couche-toi, lève-toi toujours!
Réfléchissez ses feux sublimes,
Neiges éclatantes des cimes,
Où le jour descend comme un roi!
Brillez, brillez pour me confondre,
Vous qu’un rayon du jour peut fondre,
Vous subsisterez plus que moi!
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(il reste 7 strophes à lire)- 0
Alphonse de LamartineRecueil : Harmonies poétiques et religieusesHymne au Christ
L’astre qu’à ton berceau le mage vit éclore,
L’étoile qui guida les bergers de l’aurore
Vers le Dieu couronné d’indigence et d’affront,
Répandit sur la terre un jour qui luit encore,
Que chaque âge à son tour reçoit, bénit, adore
Qui dans la nuit des temps jamais ne s’évapore,
Et ne s’éteindra pas quand les cieux s’éteindront !Ils disent cependant que cet astre se voile,
Que les clartés du siècle ont vaincu cette étoile ;
Que ce monde vieilli n’a plus besoin de toi !
Que la raison est seule immortelle et divine,
Que la rouille des temps a rongé ta doctrine,
Et que de jour en jour de ton temple en ruine
Quelque pierre en tombant déracine ta foi !Ô toi qui fis lever cette seconde aurore,
Dont un second chaos vit l’harmonie éclore,
Parole qui portais, avec la vérité,
Justice et tolérance, amour et liberté !
Règne à jamais, ô Christ, sur la raison humaine,
Et de l’homme à son Dieu sois la divine chaîne !
Illumine sans fin de tes feux éclatants
Les siècles endormis dans le berceau des temps !
Et que ton nom, légué pour unique héritage,
De la mère à l’enfant descende d’âge en âge,
Tant que l’oeil dans la nuit aura soif de clarté,
Et le coeur d’espérance et d’immortalité !
Tant que l’humanité plaintive et désolée
Arrosera de pleurs sa terrestre vallée,
Et tant que les vertus garderont leurs autels,
Ou n’auront pas changé de nom chez les mortels !
Pour moi, soit que ton nom ressuscite ou succombe,
Ô Dieu de mon berceau, sois le Dieu de ma tombe !
Plus la nuit est obscure et plus mes faibles yeux
S’attachent au flambeau qui pâlit dans les cieux ;
Et quand l’autel brisé que la foule abandonne
S’écroulerait sur moi ! temple que je chéris,
Temple où j’ai tout reçu, temple où j’ai tout appris,
J’embrasserais encor ta dernière colonne,
Dussé-je être écrasé sous tes sacrés débris !- 0
Alphonse de LamartineRecueil : Edition des souscripteursUn nom
Il est un nom caché dans l’ombre de mon âme,
Que j’y lis nuit et jour et qu’aucun oeil n’y voit,
Comme un anneau perdu que la main d’une femme
Dans l’abîme des mers laissa glisser du doigt.Dans l’arche de mon coeur, qui pour lui seul s’entrouvre,
Il dort enseveli sous une clef d’airain ;
De mystère et de peur mon amour le recouvre,
Comme après une fête on referme un écrin.Si vous le demandez, ma lèvre est sans réponse,
Mais, tel qu’un talisman formé d’un mot secret,
Quand seul avec l’écho ma bouche le prononce,
Ma nuit s’ouvre, et dans l’âme un être m’apparaît.En jour éblouissant l’ombre se transfigure ;
Des rayons, échappés par les fentes des cieux,
Colorent de pudeur une blanche figure
Sur qui l’ange ébloui n’ose lever les yeux.
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(il reste 9 strophes à lire)- 0
Victor HugoRecueil : Les ContemplationsViens! — une flûte invisible
Viens! — une flûte invisible
Soupire dans les vergers. –
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.Le vent ride, sous l’yeuse,
Le sombre miroir des eaux. –
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous! aimons toujours! –
La chanson la plus charmante
Est la chanson des amours.Les Metz, août 18
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Victor HugoRecueil : Les ContemplationsVere Novo
Comme le matin rit sur les roses en pleurs!
Oh! les charmants petits amoureux qu’ont les fleurs!
Ce n’est dans les jasmins, ce n’est dans les pervenches
Qu’un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s’en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
O printemps! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Au message d’amour, d’ivresse et de délire
Qu’on reçoit en avril et qu’en mai l’on déchire,
On croit voir s’envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billets doux, devenus papillons.Mai 1831.
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