1. Chant d’amour (V)

    Viens, cherchons cette ombre propice
    Jusqu’à l’heure où de ce séjour
    Les fleurs fermeront leur calice
    Aux regards languissants du jour.
    Voilà ton ciel, ô mon étoile !
    Soulève, oh ! soulève ce voile,
    Éclaire la nuit de ces lieux ;
    Parle, chante, rêve, soupire,
    Pourvu que mon regard attire
    Un regard errant de tes yeux.

    Laisse-moi parsemer de roses
    La tendre mousse où tu t’assieds,
    Et près du lit où tu reposes
    Laisse-moi m’asseoir à tes pieds.
    Heureux le gazon que tu foules,
    Et le bouton dont tu déroules
    Sous tes doigts les fraîches couleurs !
    Heureuses ces coupes vermeilles
    Que pressent tes lèvres, pareilles
    Aux frelons qui tètent les fleurs !

    Si l’onde des lis que tu cueilles
    Roule les calices flétris,
    Des tiges que ta bouche effeuille
    Si le vent m’apporte un débris,
    Si ta bouche qui se dénoue
    Vient, en ondulant sur ma joue,
    De ma lèvre effleurer le bord ;
    Si ton souffle léger résonne,
    Je sens sur mon front qui frissonne
    Passer les ailes de la mort.

    Souviens-toi de l’heure bénie
    Où les dieux, d’une tendre main,
    Te répandirent sur ma vie
    Comme l’ombre sur le chemin.
    Depuis cette heure fortunée,
    Ma vie à ta vie enchaînée,
    Qui s’écoule comme un seul jour,
    Est une coupe toujours pleine,
    Où mes lèvres à longue haleine
    Puisent l’innocence et l’amour.


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  2. Chant d’amour (II)

    Un de ses bras fléchit sous son cou qui le presse,
    L’autre sur son beau front retombe avec mollesse,
    Et le couvre à demi :
    Telle, pour sommeiller, la blanche tourterelle
    Courbe son cou d’albâtre et ramène son aile
    Sur son oeil endormi !

    Le doux gémissement de son sein qui respire
    Se mêle au bruit plaintif de l’onde qui soupire
    À flots harmonieux ;
    Et l’ombre de ses cils, que le zéphyr soulève,
    Flotte légèrement comme l’ombre d’un rêve
    Qui passe sur ses yeux !

    .

    Que ton sommeil est doux, ô vierge ! ô ma colombe !
    Comme d’un cours égal ton sein monte et retombe
    Avec un long soupir !
    Deux vagues que blanchit le rayon de la lune,
    D’un mouvement moins doux viennent l’une après l’une
    Murmurer et mourir !


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  3. Chant d’amour (I)

    Naples, 1822.

    Si tu pouvais jamais égaler, ô ma lyre,
    Le doux frémissement des ailes du zéphyre
    À travers les rameaux,
    Ou l’onde qui murmure en caressant ces rives,
    Ou le roucoulement des colombes plaintives,
    Jouant aux bords des eaux ;

    Si, comme ce roseau qu’un souffle heureux anime,
    Tes cordes exhalaient ce langage sublime,
    Divin secret des cieux,
    Que, dans le pur séjour où l’esprit seul s’envole,
    Les anges amoureux se parlent sans parole,
    Comme les yeux aux yeux ;

    Si de ta douce voix la flexible harmonie,
    Caressant doucement une âme épanouie
    Au souffle de l’amour,
    La berçait mollement sur de vagues images,
    Comme le vent du ciel fait flotter les nuages
    Dans la pourpre du jour :


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  4. Adieux a la mer

    Murmure autour de ma nacelle,
    Douce mer dont les flots chéris,
    Ainsi qu’une amante fidèle,
    Jettent une plainte éternelle
    Sur ces poétiques débris.

    Que j’aime à flotter sur ton onde.
    A l’heure où du haut du rocher
    L’oranger, la vigne féconde,
    Versent sur ta vague profonde
    Une ombre propice au nocher !

    Souvent, dans ma barque sans rame,
    Me confiant à ton amour,
    Comme pour assoupir mon âme,
    Je ferme au branle de ta lame
    Mes regards fatigués du jour.

    Comme un coursier souple et docile
    Dont on laisse flotter le mors,
    Toujours, vers quelque frais asile,
    Tu pousses ma barque fragile
    Avec l’écume de tes bords.


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    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
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  5. A El***

    Lorsque seul avec toi, pensive et recueillie,
    Tes deux mains dans la mienne, assis à tes côtés,
    J’abandonne mon âme aux molles voluptés
    Et je laisse couler les heures que j’oublie;
    Lorsqu’au fond des forêts je t’entraîne avec moi,
    Lorsque tes doux soupirs charment seuls mon oreille,
    Ou que, te répétant les serments de la veille,
    Je te jure à mon tour de n’adorer que toi;
    Lorsqu’enfin, plus heureux, ton front charmant repose
    Sur mon genou tremblant qui lui sert de soutien,
    Et que mes doux regards sont suspendus au tien
    Comme l’abeille avide aux feuilles de la rose;
    Souvent alors, souvent, dans le fond de mon coeur
    Pénètre comme un trait une vague terreur;
    Tu me vois tressaillir; je pâlis, je frissonne,
    Et troublé tout à coup dans le sein du bonheur,
    Je sens couler des pleurs dont mon âme s’étonne.
    Tu me presses soudain dans tes bras caressants,
    Tu m’interroges, tu t’alarmes,
    Et je vois de tes yeux s’échapper quelques larmes
    Qui viennent se mêler aux pleurs que je répands.
    » De quel ennui secret ton âme est-elle atteinte?
    Me dis-tu : cher amour, épanche ta douleur;
    J’adoucirai ta peine en écoutant ta plainte,
    Et mon coeur versera le baume dans ton coeur. »
    Ne m’interroge plus, à moitié de moi-même!
    Enlacé dans tes bras, quand tu me dis : Je t’aime;
    Quand mes yeux enivrés se soulèvent vers toi,
    Nul mortel sous les cieux n’est plus heureux que moi?
    Mais jusque dans le sein des heures fortunées
    Je ne sais quelle voix que j’entends retentir
    Me poursuit, et vient m’avertir
    Que le bonheur s’enfuit sur l’aile des années,
    Et que de nos amours le flambeau doit mourir!
    D’un vol épouvanté, dans le sombre avenir
    Mon âme avec effroi se plonge,
    Et je me dis : Ce n’est qu’un songe
    Que le bonheur qui doit finir.

    Alphonse de LamartineRecueil : Nouvelles méditations poétiques
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  6. Philosophie

    (Au Marquis de L.M.F)

    Oh ! qui m’emportera vers les tièdes rivages,
    Où l’Arno couronné de ses pâles ombrages,
    Aux murs des Médicis en sa course arrêté,
    Réfléchit le palais par un sage habité,
    Et semble, au bruit flatteur de son onde plus lente,
    Murmurer les grands noms de Pétrarque et du Dante ?
    Ou plutôt, que ne puis-je, au doux tomber du jour,
    Quand le front soulagé du fardeau de la cour,
    Tu vas sous tes bosquets chercher ton Égérie,
    Suivre, en rêvant, tes pas de prairie en prairie;
    Jusqu’au modeste toit par tes mains embelli,
    Où tu cours adorer le silence et l’oubli !
    J’adore aussi ces dieux : depuis que la sagesse
    Aux rayons du malheur a mûri ma jeunesse,
    Pour nourrir ma raison des seuls fruits immortels,
    J’y cherche en soupirant l’ombre de leurs autels ;
    Et, s’il est au sommet de la verte colline,
    S’il est sur le penchant du coteau qui s’incline,
    S’il est aux bords déserts du torrent ignoré
    Quelque rustique abri, de verdure entouré,
    Dont le pampre arrondi sur le seuil domestique
    Dessine en serpentant le flexible portique;
    Semblable à la colombe errante sur les eaux,
    Qui, des cèdres d’Arar découvrant les rameaux,
    Vola sur leur sommet poser ses pieds de rose,
    Soudain mon âme errante y vole et s’y repose !
    Aussi, pendant qu’admis dans les conseils des rois,
    Représentant d’un maître honoré par son choix,
    Tu tiens un des grands fils de la trame du monde ;
    Moi, parmi les pasteurs, assis aux bords de l’onde,
    Je suis d’un oeil rêveur les barques sur les eaux ;
    J’écoute les soupirs du vent dans les roseaux ;
    Nonchalamment couché près du lit des fontaines,
    Je suis l’ombre qui tourne autour du tronc des chênes,
    Ou je grave un vain nom sur l’écorce des bois,
    Ou je parle à l’écho qui répond à ma voix,
    Ou dans le vague azur contemplant les nuages,
    Je laisse errer comme eux mes flottantes images ;
    La nuit tombe, et le Temps, de son doigt redouté,
    Me marque un jour de plus que je n’ai pas compté !

    Quelquefois seulement quand mon âme oppressée
    Sent en rythmes nombreux déborder ma pensée ;
    Au souffle inspirateur du soir dans les déserts,
    Ma lyre abandonnée exhale encor des vers !
    J’aime à sentir ces fruits d’une sève plus mûre,
    Tomber, sans qu’on les cueille, au gré de la nature,
    Comme le sauvageon secoué par les vents,
    Sur les gazons flétris, de ses rameaux mouvants
    Laisse tomber ces fruits que la branche abandonne,
    Et qui meurent au pied de l’arbre qui les donne !
    Il fut un temps, peut-être, où mes jours mieux remplis,
    Par la gloire éclairés, par l’amour embellis,
    Et fuyant loin de moi sur des ailes rapides,
    Dans la nuit du passé ne tombaient pas si vides.
    Aux douteuses clartés de l’humaine raison,
    Egaré dans les cieux sur les pas de Platon,
    Par ma propre vertu je cherchais à connaître
    Si l’âme est en effet un souffle du grand être ;
    Si ce rayon divers, dans l’argile enfermé,
    Doit être par la mort éteint ou rallumé ;
    S’il doit après mille ans revivre sur la terre ;
    Ou si, changeant sept fois de destins et de sphère,
    Et montant d’astre en astre à son centre divin,
    D’un but qui fuit toujours il s’approche sans fin ?
    Si dans ces changements nos souvenirs survivent ?
    Si nos soins, nos amours, si nos vertus nous suivent
    S’il est un juge assis aux portes des enfers,
    Qui sépare à jamais les justes des pervers ?
    S’il est de saintes lois qui, du ciel émanées,
    Des empires mortels prolongent les années,
    Jettent un frein au peuple indocile à leur voix,
    Et placent l’équité sous la garde des rois ?
    Ou si d’un dieu qui dort l’aveugle nonchalance
    Laisse au gré du destin trébucher sa balance,
    Et livre, en détournant ses yeux indifférents,
    La nature au hasard, et la terre aux tyrans ?
    Mais ainsi que des cieux, où son vol se déploie,
    L’aigle souvent trompé redescend sans sa proie,
    Dans ces vastes hauteurs où mon oeil s’est porté
    Je n’ai rien découvert que doute et vanité !
    Et las d’errer sans fin dans des champs sans limite,
    Au seul jour où je vis, au seul bord que j’habite,
    J’ai borné désormais ma pensée et mes soins :
    Pourvu qu’un dieu caché fournisse à mes besoins !
    Pourvu que dans les bras d’une épouse chérie
    Je goûte obscurément les doux fruits de ma vie !
    Que le rustique enclos par mes pères planté
    Me donne un toit l’hiver, et de l’ombre l’été ;
    Et que d’heureux enfants ma table couronnée
    D’un convive de plus se peuple chaque année !
    Ami ! je n’irai plus ravir si loin de moi,
    Dans les secrets de Dieu ces comment ; ces pourquoi,
    Ni du risible effort de mon faible génie,
    Aider péniblement la sagesse infinie !
    Vivre est assez pour nous; un plus sage l’a dit :
    Le soin de chaque jour à chaque jour suffit.
    Humble, et du saint des saints respectant les mystères,
    J’héritai l’innocence et le dieu de mes pères ;
    En inclinant mon front j’élève à lui mes bras,
    Car la terre l’adore et ne le comprend pas :
    Semblable à l’Alcyon, que la mer dorme ou gronde,
    Qui dans son nid flottant s’endort en paix sur l’onde,
    Me reposant sur Dieu du soin de me guider
    A ce port invisible où tout doit aborder,
    Je laisse mon esprit, libre d’inquiétude,
    D’un facile bonheur faisant sa seule étude,
    Et prêtant sans orgueil la voile à tous les vents,
    Les yeux tournés vers lui, suivre le cours du temps.

    Toi, qui longtemps battu des vents et de l’orage,
    Jouissant aujourd’hui de ce ciel sans nuage,
    Du sein de ton repos contemples du même oeil
    Nos revers sans dédain, nos erreurs sans orgueil ;
    Dont la raison facile, et chaste sans rudesse,
    Des sages de ton temps n’a pris que la sagesse,
    Et qui reçus d’en haut ce don mystérieux
    De parler aux mortels dans la langue des dieux ;
    De ces bords enchanteurs où ta voix me convie,
    Où s’écoule à flots purs l’automne de ta vie,
    Où les eaux et les fleurs, et l’ombre, et l’amitié,
    De tes jours nonchalants usurpent la moitié,
    Dans ces vers inégaux que ta muse entrelace,
    Dis-nous, comme autrefois nous l’aurait dit Horace,
    Si l’homme doit combattre ou suivre son destin ?
    Si je me suis trompé de but ou de chemin ?
    S’il est vers la sagesse une autre route à suivre ?
    Et si l’art d’être heureux n’est as tout l’art de vivre.

    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
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  7. Souvenir

    En vain le jour succède au jour,
    Ils glissent sans laisser de trace ;
    Dans mon âme rien ne t’efface,
    Ô dernier songe de l’amour !

    Je vois mes rapides années
    S’accumuler derrière moi,
    Comme le chêne autour de soi
    Voit tomber ses feuilles fanées.

    Mon front est blanchi par le temps ;
    Mon sang refroidi coule à peine,
    Semblable à cette onde qu’enchaîne
    Le souffle glacé des autans.

    Mais ta jeune et brillante image,
    Que le regret vient embellir,
    Dans mon sein ne saurait vieillir
    Comme l’âme, elle n’a point d’âge.


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    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
    • 1
  8. Le vallon

    Mon coeur, lassé de tout, même de l’espérance,
    N’ira plus de ses voeux importuner le sort ;
    Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance,
    Un asile d’un jour pour attendre la mort.

    Voici l’étroit sentier de l’obscure vallée :
    Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais,
    Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée,
    Me couvrent tout entier de silence et de paix.

    Là, deux ruisseaux cachés sous des ponts de verdure
    Tracent en serpentant les contours du vallon ;
    Ils mêlent un moment leur onde et leur murmure,
    Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.

    La source de mes jours comme eux s’est écoulée ;
    Elle a passé sans bruit, sans nom et sans retour :
    Mais leur onde est limpide, et mon âme troublée
    N’aura pas réfléchi les clartés d’un beau jour.


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    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
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  9. Ode

    Peuple ! des crimes de tes pères
    Le Ciel punissant tes enfants,
    De châtiments héréditaires
    Accablera leurs descendants !
    Jusqu’à ce qu’une main propice
    Relève l’auguste édifice
    Par qui la terre touche aux cieux,
    Et que le zèle et la prière
    Dissipent l’indigne poussière
    Qui couvre l’image des dieux !

    Sortez de vos débris antiques,
    Temples que pleurait Israël ;
    Relevez-vous, sacrés portiques ;
    Lévites, montez à l’autel !
    Aux sons des harpes de Solime,
    Que la renaissante victime
    S’immole sous vos chastes mains !
    Et qu’avec les pleurs de la terre
    Son sang éteigne le tonnerre
    Qui gronde encor sur les humains !
    Plein d’une superbe folie,

    Ce peuple au front audacieux
    S’est dit un jour : » Dieu m’humilie ;
    Soyons à nous-mêmes nos dieux.
    Notre intelligence sublime
    A sondé le ciel et l’abîme
    Pour y chercher ce grand esprit !
    Mais ni dans les flancs de la terre,
    Mais ni dans les feux de la sphère,
    Son nom pour nous ne fut écrit.

    » Déjà nous enseignons au monde
    A briser le sceptre des rois ;
    Déjà notre audace profonde
    Se rit du joug usé des lois.
    Secouez, malheureux esclaves,
    Secouez d’indignes entraves.
    Rentrez dans votre liberté !
    Mortel ! du jour où tu respires,
    Ta loi, c’est ce que tu désires ;
    Ton devoir, c’est la volupté !


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  10. Le temple

    Qu’il est doux, quand du soir l’étoile solitaire,
    Précédant de la nuit le char silencieux,
    S’élève lentement dans la voûte des cieux,
    Et que l’ombre et le jour se disputent la terre,
    Qu’il est doux de porter ses pas religieux
    Dans le fond du vallon, vers ce temple rustique
    Dont la mousse a couvert le modeste portique,
    Mais où le ciel encor parle à des coeurs pieux !

    Salut, bois consacré ! Salut, champ funéraire,
    Des tombeaux du village humble dépositaire ;
    Je bénis en passant tes simples monuments.
    Malheur à qui des morts profane la poussière !
    J’ai fléchi le genou devant leur humble pierre,
    Et la nef a reçu mes pas retentissants.
    Quelle nuit ! quel silence ! au fond du sanctuaire
    A peine on aperçoit la tremblante lumière
    De la lampe qui brûle auprès des saints autels.
    Seule elle luit encor, quand l’univers sommeille :
    Emblème consolant de la bonté qui veille
    Pour recueillir ici les soupirs des mortels.
    Avançons. Aucun bruit n’a frappé mon oreille ;
    Le parvis frémit seul sous mes pas mesurés ;
    Du sanctuaire enfin j’ai franchi les degrés.
    Murs sacrés, saints autels ! je suis seul, et mon âme
    Peut verser devant vous ses douleurs et sa flamme,
    Et confier au ciel des accents ignorés,
    Que lui seul connaîtra, que vous seuls entendrez.
    Mais quoi ! de ces autels j’ose approcher sans crainte !
    J’ose apporter, grand Dieu, dans cette auguste enceinte
    Un coeur encor brûlant de douleur et d’amour !
    Et je ne tremble pas que ta majesté sainte
    Ne venge le respect qu’on doit à son séjour !
    Non : je ne rougis plus du feu qui me consume :
    L’amour est innocent quand la vertu l’allume.
    Aussi pur que l’objet à qui je l’ai juré,
    Le mien brûle mon coeur, mais c’est d’un feu sacré ;
    La constance l’honore et le malheur l’épure.
    Je l’ai dit à la terre, à toute la nature ;
    Devant tes saints autels je l’ai dit sans effroi :
    J’oserais, Dieu puissant, la nommer devant toi.
    Oui, malgré la terreur que ton temple m’inspire,
    Ma bouche a murmuré tout bas le nom d’Elvire ;
    Et ce nom répété de tombeaux en tombeaux,
    Comme l’accent plaintif d’une ombre qui soupire,
    De l’enceinte funèbre a troublé le repos.

    Adieu, froids monuments ! adieu, saintes demeures !
    Deux fois l’écho nocturne a répété les heures,
    Depuis que devant vous mes larmes ont coulé :
    Le ciel a vu ces pleurs, et je sors consolé.

    Peut-être au même instant, sur un autre rivage,
    Elvire veille ainsi, seule avec mon image,
    Et dans un temple obscur, les yeux baignés de pleurs
    Vient aux autels déserts confier ses douleurs.

    Alphonse de LamartineRecueil : Méditations poétiques
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