1. Images d’un sou

    De toutes les douleurs douces
    Je compose mes magies !
    Paul, les paupières rougies,
    Erre seul aux Pamplemousses.
    La Folle-par-amour chante
    Une ariette touchante.
    C’est la mère qui s’alarme
    De sa fille fiancée.
    C’est l’épouse délaissée
    Qui prend un sévère charme
    A s’exagérer l’attente
    Et demeure palpitante.
    C’est l’amitié qu’on néglige
    Et qui se croit méconnue.
    C’est toute angoisse ingénue,
    C’est tout bonheur qui s’afflige :
    L’enfant qui s’éveille et pleure,
    Le prisonnier qui voit l’heure,
    Les sanglots des tourterelles,
    La plainte des jeunes filles.
    C’est l’appel des Inésilles
    - Que gardent dans des tourelles
    De bons vieux oncles avares -
    A tous sonneurs de guitares.
    Voici Damon qui soupire
    Sa tendresse à Geneviève
    De Brabant qui fait ce rêve
    D’exercer un chaste empire
    Dont elle-même se pâme
    Sur la veuve de Pyrame
    Tout exprès ressuscitée,
    Et la forêt des Ardennes
    Sent circuler dans ses veines
    La flamme persécutée
    De ces princesses errantes
    Sous les branches murmurantes,
    Et madame Malbrouck monte
    A sa tour pour mieux entendre
    La viole et la voix tendre
    De ce cher trompeur de Comte
    Ory qui revient d’Espagne
    Sans qu’un doublon l’accompagne.
    Mais il s’est couvert de gloire
    Aux gorges des Pyrénées
    Et combien d’infortunées
    Au teint de lys et d’ivoire
    Ne fit-il pas à tous risques
    Là-bas, parmi les Morisques !
    Toute histoire qui se mouille
    De délicieuses larmes,
    Fût-ce à travers des chocs d’armes,
    Aussitôt chez moi s’embrouille,
    Se mêle à d’autres encore,
    Finalement s’évapore
    En capricieuses nues,
    Laissant à travers des filtres
    Subtils talismans et philtres
    Au fin fond de mes cornues
    Au feu de l’amour rougies.
    Accourez à mes magies !
    C’est très beau. Venez, d’aucunes
    Et d’aucuns. Entrez, bagasse !
    Cadet-Roussel est paillasse
    Et vous dira vos fortunes.
    C’est Crédit qui tient la caisse.
    Allons vite qu’on se presse !

    Paul VerlaineRecueil : Jadis et naguère
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  2. Je voudrais, si ma vie était encore à faire

    I

    Je voudrais, si ma vie était encore à faire,
    Qu’une femme très calme habitât avec moi,
    Plus jeune de dix ans, qui portât sans émoi
    La moitié d’une vie au fond plutôt sévère.

    Notre coeur à tous deux, dans ce château de verre,
    Notre regard commun, franchise et bonne foi,
    Un et double, dirait comme en soi-même : Voi !
    Et répondrait comme à soi-même : Persévère !

    Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,
    Nous serions en ceci le couple réussi
    Que l’inégalité, parbleu ! des caractères


    Lire le poème "Je voudrais, si ma vie était encore à faire" en entier
    (il reste 11 strophes à lire)
    Paul VerlaineRecueil : Bonheur
    • 1
  3. Tant de fois s’appointer, tant de fois se fascher

    Tant de fois s’appointer, tant de fois se fascher,
    Tant de fois rompre ensemble et puis se renoüer,
    Tantost blasmer Amour et tantost le loüer,
    Tant de fois se fuyr, tant de fois se chercher,

    Tant de fois se monstrer, tant de fois se cacher,
    Tantost se mettre au joug, tantost le secouer,
    Advouer sa promesse et la desadvouer,
    Sont signes que l’Amour de pres nous vient toucher.

    L’inconstance amoureuse est marque d’amitié.
    Si donc tout à la fois avoir haine et pitié,
    Jurer, se parjurer, sermens faicts et desfaicts,

    Esperer son espoir, confort sans reconfort
    Sont vrais signes d’amour, nous entr’aimons bien fort,
    Car nous avons tousjours ou la guerre, ou la paix.

    Pierre de RonsardRecueil : Sonnets pour Hélène
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  4. Marie, à tous les coups vous me venez reprendre

    Marie, à tous les coups vous me venez reprendre
    Que je suis trop léger, et me dites toujours,
    Quand je vous veux baiser, que j’aille à ma Cassandre,
    Et toujours m’appelez inconstant en amours.

    Je le veux être aussi, les hommes sont bien lourds
    Qui n’osent en cent lieux neuve amour entreprendre.
    Celui-là qui ne veut qu’à une seule entendre,
    N’est pas digne qu’Amour lui fasse de bons tours.

    Celui qui n’ose faire une amitié nouvelle,
    A faute de courage, ou faute de cervelle,
    Se défiant de soi, qui ne peut avoir mieux.

    Les hommes maladifs, ou matés de vieillesse,
    Doivent être constants : mais sotte est la jeunesse
    Qui n’est point éveillée, et qui n’aime en cent lieux.

    Pierre de RonsardRecueil : Second livre des Amours
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  5. Par un destin dedans mon coeur demeure

    Par un destin dedans mon coeur demeure,
    L’oeil, et la main, et le crin délié
    Qui m’ont si fort brûlé, serré, lié,
    Qu’ars, pris, lassé, par eux faut que je meure.

    Le feu, la prise, et le rets à toute heure,
    Ardant, pressant, nouant mon amitié,
    En m’immolant aux pieds de ma moitié,
    Font par la mort, ma vie être meilleure.

    Oeil, main et crin, qui flammez et gênez,
    Et r’enlacez mon coeur que vous tenez
    Au labyrint’ de votre crêpe voie.

    Hé que ne suis-je Ovide bien disant !
    Oeil tu serais un bel Astre luisant,
    Main un beau lis, crin un beau rets de soie.

    Pierre de RonsardRecueil : Premier livre des Amours
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  6. Odelette à sa maistresse

    Je veux aymer ardentement,
    Aussi veus-je qu’egallement
    On m’ayme d’une amour ardente :
    Toute amitié froidement lente
    Qui peut dissimuler son bien
    Ou taire son mal, ne vaut rien,
    Car faire en amours bonne mine
    De n’aymer point c’est le vray sine.

    Les amans si frois en esté
    Admirateurs de chasteté,
    Et qui morfondus petrarquisent,
    Sont toujours sots, car ils meprisent
    Amour, qui de sa nature est
    Ardent et pront, et à qui plest
    De faire qu’une amitié dure
    Quand elle tient de sa nature.

    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
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  7. Ode en dialogue, l’Espérance et Ronsard

    Pipé des ruses d’Amour
    Je me promenois un jour
    Devant l’huis de ma cruelle,
    Et tant rebuté j’estois,
    Qu’en jurant je prometois
    De m’enfuir de chez elle.

    Il sufist d’avoir esté
    Neuf ou dix ans arresté
    Es cordes d’Amour, disoie,
    Il faut m’en developer,
    Ou bien du tout les couper
    Afin que libre je soie.

    Et pour ce faire, je pris
    Une dague, que je mis
    Bien avant dedans la lesse :
    Et son noud j’eusse brisé
    Si lors je n’eusse avisé
    Devant l’huis une Déesse.

    Mais incontinent que j’eu
    Son dos garny d’aisles veu,
    Sa robbe et sa contenance,
    Et son roquet retroussé
    Incontinent je pensé
    Que c’estoit dame Espérance.


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    (il reste 16 strophes à lire)
    Pierre de RonsardRecueil : Les meslanges
    • 0
  8. Tristesse

    J’ai perdu ma force et ma vie,
    Et mes amis et ma gaieté;
    J’ai perdu jusqu’à la fierté
    Qui faisait croire à mon génie.

    Quand j’ai connu la Vérité,
    J’ai cru que c’était une amie ;
    Quand je l’ai comprise et sentie,
    J’en étais déjà dégoûté.

    Et pourtant elle est éternelle,
    Et ceux qui se sont passés d’elle
    Ici-bas ont tout ignoré.

    Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
    Le seul bien qui me reste au monde
    Est d’avoir quelquefois pleuré.

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
    • 2
  9. Sonnet à la même (Madame M. N.) (II)

    Vous les regrettiez presque en me les envoyant,
    Ces vers, beaux comme un rêve et purs comme l’aurore.
    Ce malheureux garçon, disiez-vous en riant,
    Va se croire obligé de me répondre encore.

    Bonjour, ami sonnet, si doux, si bienveillant,
    Poésie, amitié que le vulgaire ignore,
    Gentil bouquet de fleurs, de larmes tout brillant,
    Que dans un noble coeur un soupir fait éclore.

    Oui, nous avons ensemble, à peu près, commencé
    À songer ce grand songe où le monde est bercé.
    J’ai perdu des procès très chers, et j’en appelle.

    Mais en vous écoutant tout regret a cessé.
    Meure mon triste coeur, quand ma pauvre cervelle
    Ne saura plus sentir le charme du passé.

    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
    • 0
  10. Lucie

    Élégie

    Mes chers amis, quand je mourrai,
    Plantez un saule au cimetière.
    J’aime son feuillage éploré ;
    La pâleur m’en est douce et chère,
    Et son ombre sera légère
    À la terre où je dormirai.

    Un soir, nous étions seuls, j’étais assis près d’elle ;
    Elle penchait la tête, et sur son clavecin
    Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
    Ce n’était qu’un murmure : on eût dit les coups d’aile
    D’un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux,
    Et craignant en passant d’éveiller les oiseaux.
    Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
    Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
    Les marronniers du parc et les chênes antiques
    Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
    Nous écoutions la nuit ; la croisée entr’ouverte
    Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
    Les vents étaient muets, la plaine était déserte ;
    Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
    Je regardais Lucie. – Elle était pâle et blonde.
    Jamais deux yeux plus doux n’ont du ciel le plus pur
    Sondé la profondeur et réfléchi l’azur.
    Sa beauté m’enivrait ; je n’aimais qu’elle au monde.
    Mais je croyais l’aimer comme on aime une soeur,
    Tant ce qui venait d’elle était plein de pudeur !
    Nous nous tûmes longtemps ; ma main touchait la sienne.
    Je regardais rêver son front triste et charmant,
    Et je sentais dans l’âme, à chaque mouvement,
    Combien peuvent sur nous, pour guérir toute peine,
    Ces deux signes jumeaux de paix et de bonheur,
    Jeunesse de visage et jeunesse de coeur.
    La lune, se levant dans un ciel sans nuage,
    D’un long réseau d’argent tout à coup l’inonda.
    Elle vit dans mes yeux resplendir son image ;
    Son sourire semblait d’un ange : elle chanta.

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    Lire le poème "Lucie" en entier
    (il reste 5 strophes à lire)
    Alfred de MussetRecueil : Poésies nouvelles
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