Pourquoi on se comprend si mal entre humains, selon ce philosophe

Parler, c'est facile. Être compris, c'est une autre histoire. Entre ce que l'on pense, ce que l'on formule, ce que l'autre perçoit et ce qu'il interprète, il y a un écart que l'on franchit chaque jour sans même s'en rendre compte. Bernard Werber, écrivain français connu pour ses explorations des mécanismes humains, a formalisé cette réalité en dix étapes. Un constat qui, loin d'être décourageant, invite à regarder nos échanges quotidiens avec un peu plus de lucidité et de bienveillance.
Dix filtres entre vous et l'autre
Avant même qu'un message arrive à destination, il traverse une série de transformations invisibles. D'abord dans votre tête, où la pensée brute se heurte aux limites du langage. Ensuite dans la formulation, où l'on choisit des mots qui ne correspondent jamais tout à fait à ce que l'on ressent. Et enfin, du côté du récepteur, où chaque mot est coloré par son histoire, ses attentes, ses humeurs du jour.
Entre Ce que je pense, Ce que je veux dire, Ce que je crois dire, Ce que je dis, Ce que vous avez envie d'entendre, Ce que vous croyez entendre, Ce que vous entendez, Ce que vous avez envie de comprendre, Ce que vous croyez comprendre, Ce que vous comprenez...il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même...
Bernard Werber
Ce que cette liste pointe, ce n'est pas l'échec de la communication, mais sa nature fondamentalement imparfaite. On communique toujours à travers des filtres : émotionnels, culturels, cognitifs. Et cette imperfection est, en quelque sorte, profondément humaine.
Ce que la science dit de nos malentendus
La recherche confirme ce que l'on ressent souvent sans se l'avouer. Dès 1990, une étude menée à Stanford par Elizabeth Newton l'a démontré de façon presque comique : des participants tapotaient sur une table le rythme d'une chanson connue, persuadés qu'un auditeur devinerait facilement le titre. Ils s'attendaient à un taux de réussite d'environ 50 %. Dans la réalité, seulement 2,5 % des auditeurs ont trouvé la bonne chanson. Elle illustre le concept appelé "Malédiction de la connaissance".
En 2022, une étude plus récente, menée par des chercheurs de l'université de San Diego, est allée encore plus loin : des locuteurs racontaient une histoire en mandarin à des auditeurs qui ne comprenaient pas un mot de cette langue. Les locuteurs pensaient malgré tout avoir été en partie compris, et les auditeurs, pourtant simples spectateurs jouant le jeu, ont fini eux aussi par croire qu'ils avaient saisi le sens du récit. (L'illusion extrême de la compréhension)
Deux expériences, trente ans d'écart, un même constat : nous surestimons presque toujours notre capacité à nous faire comprendre, et celle des autres à nous comprendre vraiment.
Une science qui s'apprend, pas un talent inné
Bonne nouvelle : la communication n'est pas une aptitude figée que l'on a ou que l'on n'a pas. C'est une compétence que l'on développe, que l'on affine, parfois maladroitement, tout au long de sa vie.
La communication est une science difficile. Ce n'est pas une science exacte. Ca s'apprend et ça se cultive.
Jean-Luc Lagardère
Jean-Luc Lagardère le dit sans détour : ça s'apprend et ça se cultive. Ce qui signifie aussi que les malentendus ne sont pas une fatalité. Reformuler, questionner, vérifier qu'on a bien été compris, autant de gestes simples qui changent la qualité d'un échange.
Une étude menée en France en 2021 auprès de 312 étudiants en médecine l'a confirmé : après seulement deux jours et demi de formation à l'écoute et à la reformulation, leur capacité à comprendre l'autre a nettement progressé. (L’enseignement de la communication non violente améliore-t-il l’empathie chez les étudiants en médecine français ?)
Se comprendre soi-même, première étape pour comprendre l'autre
Il y a une dimension souvent négligée dans les difficultés de communication : la connaissance de soi. On attribue facilement les malentendus à l'autre, à son manque d'écoute ou à sa mauvaise interprétation. Mais Edgar Morin pointe quelque chose de plus inconfortable.
L'incompréhension de soi est une source très importante de l'incompréhension d'autrui. On se masque à soi-même ses carences et faiblesses, ce qui rend impitoyable pour les carences et les faiblesses d'autrui.
Edgar Morin
Quand on ne reconnaît pas ses propres zones d'ombre, ses peurs ou ses angles morts, on les projette souvent sur les autres. On devient moins tolérant face aux maladresses d'autrui, précisément parce qu'on ne reconnaît pas les siennes. Travailler sur sa propre compréhension de soi est donc, paradoxalement, l'un des meilleurs investissements pour améliorer ses relations avec les autres.
Alors, on abandonne ?
Surtout pas. La dernière phrase de Werber est peut-être la plus importante : "Mais essayons quand même." C'est là tout l'esprit de la communication humaine. On sait que le malentendu est possible, probable même. Et on tente malgré tout. Parce que l'alternative, le silence, le repli, ne résout rien.
La communication imparfaite n'est pas un bug, c'est une caractéristique. Comprendre ses mécanismes, c'est déjà faire un pas vers des échanges plus sereins. Retrouvez d'autres citations sur la communication, les relations humaines et la compréhension mutuelle pour continuer cette réflexion à votre rythme.

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)




