Ces mots ch'tis que tout le monde utilise sans connaître leur vraie signification

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 9 minutes de lecture
Ces mots ch'tis que tout le monde utilise sans connaître leur vraie signification
illustration Matteo Angeloni
Le Nord a longtemps eu mauvaise réputation côté météo, mais une réputation en or côté cœur. Le ch'ti est une langue parlée dans les Hauts-de-France depuis le Moyen Âge, bien avant que le film Bienvenue chez lesCh'tis ne la fasse connaître à toute la France en 2008. Derrière ses mots, parfois incompréhensibles, se cache une région marquée par la solidarité et un goût prononcé pour la fête. Découvrez ce qui se dit vraiment dans le Nord... et impressionnez vos amis.
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D'où vient vraiment le ch'ti ?

Le ch'ti, ou plus précisément le picard, est une langue d'oïl (ancien français) parlée dans les Hauts-de-France. Il descend du latin populaire parlé en Gaule du Nord, transformé au fil des siècles sous l'influence du francique, la langue des Francs. Entre le XIIe et le XIVe siècle, le picard connaît même un rayonnement littéraire : des auteurs comme Adam de la Halle écrivent dans cette langue, à une époque où elle dépasse largement les frontières régionales, un peu comme l'occitan dans le sud.

Les choses changent à partir du XVe siècle, quand le français de Paris s'impose comme langue de référence. Le picard devient peu à peu un "patois", transmis à l'oral plutôt qu'à l'écrit.

Quant au mot "ch'ti" lui-même, il est bien plus récent : il daterait de la Première Guerre mondiale, quand les soldats venus d'autres régions imitaient la façon dont ceux du Nord prononçaient "ch'est ti ?" (c'est toi ?). Le ch'ti n'est donc pas une langue à part : c'est une variante du picard, propre au bassin minier et à l'agglomération lilloise, à distinguer aussi du flamand, parlé du côté de Dunkerque, qui lui est une langue germanique sans lien avec le français.

Dictons ch'tis sur la pluie et le tempérament du Nord

"Il drache" ou "la drache". Ça ne veut pas dire qu'il pleut un peu, mais qu'il pleut fort, le genre d'averse qui pousse à courir se mettre à l'abri.

"Un temps d'bren". Littéralement un temps pourri. À utiliser les jours de ciel gris, ce qui, dans le Nord, laisse quelques occasions.

"I drache toudis ichi éddin, in n'incachrot nin un kien à l'cour." : il pleut tout le temps ici, on n'enfermerait pas un chien dans la cour. Ou quel temps de chien ! Le classique pour se plaindre de la météo.

"Pleuf à siept heures, ch'est du solel pou onze heures !" Signifie que si la pluie tombe tôt le matin (à sept heures), le temps peut vite changer et le soleil revenir avant midi (à onze heures)

"I pleut à cloquettes". Il pleut à clochettes, signe que ce n'est pas prêt de s'arrêter.

Expressions emblématiques en ch'ti (et leur traduction)

  • "Biloute" : copain, pote. Terme affectueux entre hommes, popularisé bien au-delà du Nord par le cinéma.
  • "Quinquin" : bébé, tout petit enfant. Le mot est indissociable de la berceuse P'tit Quinquin, écrite au XIXe siècle par le poète lillois Alexandre Desrousseaux.
  • "Wassingue" : serpillière. Un classique du vocabulaire domestique ch'ti.
  • "Chicon" : endive. Dans le Nord, on ne dit jamais "endive", et le débat sur le sujet peut durer longtemps.
  • "Braire" : pleurer. Rien à voir avec l'âne, tout à voir avec les larmes.
  • "Babache" : un peu bête, un benêt. Le mot a gagné en popularité grâce à Dany Boon, au point d'entrer dans certains dictionnaires.
  • "Ducasse" : fête foraine ou kermesse locale, souvent annuelle, très attendue dans les villages.
  • "Cayelle" : chaise.
  • "Adé" : au revoir, en version familière et rapide.
  • "Un crayon de bois" : un simple crayon à papier. De quoi surprendre un instituteur venu d'ailleurs.
  • "On se dit quoi" : on reste en contact, on se tient au courant. Une façon très nordiste de se dire au revoir sans vraiment se quitter.
  • "Saque ed din" : donne tout ce que tu as, vas-y à fond. Une expression qui porte en elle tout l'esprit ouvrier et courageux de la région.

Autres expressions courantes dans le Nord

"Ferme eut’bouque, tin nez va querre eud’dins" : ferme ta bouche, ton nez va tomber dedans

"T’es eun vraie bouc’ à chuque" : tu es une vraie bouche à sucre

"T’as une rute babelle ti !" : tu as la langue sacrément bien pendue

"Quoque ch’est qu’te berdoules ? " : mais qu’est-ce que tu fabriques ?

"In n'est nin né din l'cafetiére" : on n'est pas né de la dernière pluie. Pour dire qu'on a de l'expérience, qu'on ne se laisse pas berner.

"Éch'ti quî voudrot, i pourrot" : quand on veut, on peut. Une variante nordiste d'un dicton universel.

"Prinds eune cayèle, pis assîs té par tièrre" : prends une chaise et assieds-toi. Une formule d'accueil, typique de l'hospitalité nordiste.

"À nous guifes" : à la nôtre ! Le toast qu'on porte entre amis, autour d'un verre.

"Un neu ramon, i ramonne toudis miu" : tout nouveau, tout beau. Se dit de ce qui est neuf et qui, pour l'instant, fonctionne mieux.

"Quaind in ravîsse quécun, on n'en voit que la moitié" : il ne faut pas se fier aux apparences.

"Éch'ti qui parte à l'ducasse, i pièrd s' plache" : qui part à la fête perd sa place. Un avertissement joueur, lié à la tradition des ducasses.

"Èj n'in minjros su l'tiète d'un pouilleu" : c'est délicieux, j'adore ça. Littéralement "j'en mangerais sur la tête d'un pouilleux", une image très imagée pour dire qu'un plat est excellent.

Citations de film et chansons qui ont fait connaître le Nord

Quand on vient dans le Nord on braie deux fois : quand on arrive, et quand on repart.
film Bienvenue chez les Ch'tis
C'est pas compliqué de parler le ch'timi. On ne dit pas : " pardonnez-moi je n'ai pas bien saisi le sens de votre question ", on dit : " Hein ? ".
film Bienvenue chez les Ch'tis
Ici, tout le monde s’appelle Biloute. C’est le surnom à tout le monde.
film Bienvenue chez les Ch'tis

Ces répliques, rendues célèbres par le film Bienvenue chez les Ch'tis, résume à elles seules l'esprit de la région : la première impression trompe, l'attachement, lui, ne ment pas.

"Au nord, c'était les corons, la terre c'était le charbon, le ciel c'était l'horizon..."

Ces mots, écrits par Jean-Pierre Lang et chantés par Pierre Bachelet en 1982 dans Les Corons, sont devenus un hymne officieux du Nord minier. La chanson rend hommage à la fierté et à la vie quotidienne des mineurs, dans une région où le charbon a façonné le paysage autant que les mentalités : le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais est d'ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2012.

Dors mon p'tit Quinquin
Mon p'tit poussin
Mon grand trésor
Tu m'feras du chagrin
Si tu n'dors pas jusqu'à demain...

Plus d'un siècle avant cette chanson, c'est le poète Alexandre Desrousseaux qui immortalisait la tendresse nordiste avec Dors, min tit quinquin, une berceuse écrite en 1853 et toujours chantée aujourd'hui aux enfants de la région. Deux œuvres, deux époques, un même fil rouge : la chaleur humaine comme carte d'identité du Nord.

Le Nord : une terre de mines, de fêtes et de solidarité

Au-delà de ces clichés, les Hauts-de-France, née en 2016 de la fusion du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie, cultive une identité bien plus riche. L'héritage minier y a laissé des terrils, ces collines artificielles formées par accumulation de résidus miniers, devenues symboles régionaux. Il laisse aussi un sens aigu de la solidarité : dans les corons, on s'entraidait par nécessité, une habitude qui a traversé les générations.

Cet esprit se retrouve aujourd'hui dans les grands rendez-vous populaires, comme la Braderie de Lille et ses immenses tablées de moules-frites, où des inconnus finissent la soirée en amis. Le picard, langue régionale toujours vivante, continue d'être transmis, parlé et chanté, notamment à travers des œuvres comme celles de Desrousseaux.

Alors la prochaine fois qu'on vous parlera de la pluie du Nord, souvenez-vous : c'est surtout une région où l'on pleure de tristesse en repartant !

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Expressions ch'tiHauts-de-France
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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