Cette angoisse de la rentrée qui ne disparaît jamais vraiment, même des années après l'école

Emilie Deffains | publié le | modifié le | 7 minutes de lecture
Cette angoisse de la rentrée qui ne disparaît jamais vraiment, même des années après l'école
illustration cottonbro studio
Pas besoin d'avoir un enfant à scolariser, ni même d'avoir détesté l'école : cette sensation diffuse, entre lourdeur et appréhension, touche aussi des adultes qui n'ont plus mis les pieds dans une salle de classe depuis vingt ans. C'est un phénomène documenté, qui s'aggrave d'ailleurs d'année en année en France, et la psychologie commence à en détailler les mécanismes.
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Une reprise de plus en plus difficile, chiffres à l'appui

"Après les vacances d’été, comment voyez-vous votre rentrée ?". Une enquête menée par QAPA (solution digitale d'Adecco) auprès de 1 002 Français début août 2022 donne une idée de l'ampleur du phénomène : 58 % des personnes interrogées jugeaient la reprise "très difficile", et 61 % associaient spontanément ce moment au mot "déprime", contre 54 % deux ans plus tôt.

Seuls 36 % trouvaient cette rentrée "normale", contre 52 % en 2015, et seulement 7 % l'abordaient avec enthousiasme, contre 21 % sept ans auparavant. La tendance est claire : ce n'est pas une gêne ponctuelle, c'est une lassitude qui progresse.

Le vrai coupable n'est pas septembre, mais la fin des vacances

La fin de l’été peut provoquer nostalgie, déception ou baisse de moral face à la reprise du quotidien.

Bonnie Scott, thérapeute, rappelle que cette mélancolie est liée au sentiment que le temps passe vite, tandis que le philosophe Fabrice Midal conseille d’accepter ses émotions sans culpabiliser, puis de se projeter vers l’automne en retrouvant du plaisir dans de nouvelles activités, projets ou habitudes.
Bonjour !, la matinale de TF1, nous livre quelques conseils pour mieux vivre la rentrée.

Pour beaucoup de Français, les vacances d'été se terminent fin juillet ou courant août. Le temps que l'effet des congés s'estompe naturellement correspond presque exactement au moment où arrive la rentrée de septembre.

Ce n'est donc pas la date en elle-même qui pèse, mais la coïncidence entre la fin programmée de ce répit psychologique et la reprise généralisée de l'activité, scolaire, professionnelle, associative, qui donne l'impression que tout s'effondre en même temps. Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase :

On n'a jamais autant besoin de vacances que lorsqu'on en revient.
Ann Landers

Une angoisse de rentrée qui commence bien avant le jour J

Ce mécanisme a un nom en psychologie : l'anxiété anticipatoire, une inquiétude centrée sur un événement futur précis, qui s'installe parfois plusieurs jours à l'avance, sans lien avec un événement présent. Une corrélation entre l'intensité de cette anxiété anticipatoire et la détresse réellement ressentie une fois l'échéance arrivée peut exister.

Le retour au travail peut raviver stress, ruminations et anxiété d’anticipation en raison du changement brutal de rythme et du retour des contraintes, sans pour autant signifier que l’on déteste son métier.

Mélissa Manacorda, auteure introvertie, invite ainsi à reprendre progressivement, à distinguer les vraies priorités de la culpabilité, à accepter une part d’imprévu et surtout à écouter les signaux que nous envoie notre corps pour ne pas laisser l’anxiété prendre toute la place. (Anxiété de la rentrée : pourquoi le retour au travail peut être si difficile)

C'est le même mécanisme qui s'active avant un examen, un déménagement ou un rendez-vous médical. La rentrée en est simplement un déclencheur particulièrement puissant, parce qu'elle est prévisible, collective, et répétée chaque année depuis l'enfance.

A lire aussi : Anxiété : la méthode des 5 sens pour se calmer quand le mental s’emballe

Pourquoi cette angoisse de la rentrée, même sans enfants à l'école ?

C'est là que se trouve l'explication la plus intéressante pour les adultes qui n'ont plus aucun lien direct avec le monde scolaire. Pendant une dizaine d'années au minimum, le cerveau associe le mois de septembre à un ensemble très précis de signaux : nouveauté, évaluation, incertitude sociale, changement de rythme brutal.

En psychologie, on appelle cette période neutre qui finit par déclencher une réponse émotionnelle simplement parce qu'elle a longtemps coïncidé avec du stress, le conditionnement.

Une fois cette association installée dans l'enfance, elle ne s'efface pas nécessairement à l'âge adulte, même quand la cause d'origine : la peur de la maîtresse, la crainte de ne pas se faire d'amis, a disparu depuis longtemps. Le corps continue de réagir à un signal que l'esprit, lui, ne juge plus rationnellement menaçant.

Ce qu'en disent les spécialistes sur les ondes

Le sujet a fait l'objet d'une émission sur France Inter, "Stress, fatigue : comment tenir le choc de la rentrée ?" (Grand bien vous fasse, 8 septembre 2025), avec le psychiatre Michel Lejoyeux, professeur à l'hôpital Bichat, et le Dr Adrian Chaboche, médecin spécialiste de la fatigue et du repos.

À la rentrée, il est normal de ressentir une fatigue passagère liée au changement de rythme et au retour de la charge mentale, mais Adrian Chaboche rappelle qu’elle doit progressivement s’atténuer. Michel Lejoyeux souligne que le véritable signal d’alerte apparaît lorsque la fatigue s’accompagne d’une perte d’envie, de confiance et de désir.

"C'est bon signe quand on ressent du stress à la rentrée", explique ce dernier : un stress modéré fonctionnant comme un signal de mobilisation plutôt que comme un signe de dysfonctionnement. L'enjeu n'est donc pas de faire disparaître cette tension à tout prix, mais de la distinguer d'un stress qui s'installe et ne redescend jamais.

Ce que ça change de le savoir

Rien de tout cela ne rend cette angoisse moins réelle, mais ça change la façon de la regarder. Elle n'est ni un signe de fragilité personnelle ni une anomalie à corriger en urgence.

C'est simplement trois mécanismes qui se superposent chaque année : la fin naturelle du répit apporté par les vacances, un réflexe d'anticipation que tout le monde partage, et une vieille empreinte émotionnelle que le calendrier ravive.

Savoir que ce ressenti a un nom, une origine documentée, et qu'il touche une majorité de Français, ne le fait pas disparaître, mais ça enlève au moins la question "qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?", qui, elle, n'a jamais eu lieu d'être.

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Rentrée scolaireFabrice Midal
Emilie Deffains

Curieuse et dynamique, après 20 années dans le secteur du commerce, une reconversion professionnelle et une formation, je participe aujourd'hui à l'animation de ce site. J'aime le sport et partager ces moments avec mes enfants dans leurs activités sportives. J'apprécie cuisiner et je suis plutôt pour le fait maison . Je lis occasionnellement et je découvre actuellement le plaisir de jouer aux jeux de sociétés! Pour moi, chaque changement est... (lire la suite...)

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